Paul Cleave Nécrologie

Exhumation littéraire

Note :
5/5
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L’argument

Alors que Théodore Tate, détective privé, ancien flic, exhume un corps dans le cadre d’une enquête sur une mort suspecte,  un glissement de terrain près du lac qui longe le cimetière provoque la remontée à la surface de trois cadavres de plus. Pour ne rien arranger, le défunt dans le cercueil n’est pas celui qui devrait s’y trouver. Le tueur en série surnommé « le boucher de Christchurch » sème des morts et Tate va devoir découvrir si ceux-ci sont aussi les siens, ou si un autre criminel hante la petite ville pas si tranquille de Nouvelle-Zélande.

Ça commence comme ça

Des ongles bleus.

C’est à cause d’eux que je suis ici, debout dans le vent froid, tremblant. Les ongles bleus ne m’appartiennent pas, ils sont rattachés à quelqu’un d’autre – un type mort que je n’ai jamais vu. Le soleil de Christchurch qui me brûlait la peau plus tôt dans l’après-midi s’en est allé. C’est le genre de temps changeant auquel je suis habitué. Il y a une heure, je transpirais. Il y a une heure, je voulais prendre ma journée et aller à la plage. Maintenant, je suis content de ne pas l’avoir fait. Mes propres ongles sont probablement en train de virer au bleu, mais je n’ose pas regarder.

Je suis ici à cause d’un type mort. Pas celui qui se trouve dans la tombe devant moi, mais un autre qui est toujours à la morgue. Il a l’air aussi décontracté que possible pour un type qui a été découpé et recousu comme une poupée de chiffon. Décontracté pour un type qui est mort d’un empoisonnement à l’arsenic.

Avis personnel

Commencer ce roman dans un cimetière, en pleine exhumation de cadavre, donne le ton. En effet, c’est ce qu’on va retrouver tout au long du livre, du déterrage. De cadavres et de secrets.

Tout est sombre dans ce roman. Le personnage principal, Théodore Tate, traîne un passé lourd après un drame personnel qui a changé sa vie. D’abord à demi-mot, et de plus en plus clairement, on comprend que sa famille est détruite. En partie enterrée, en partie hospitalisée. Et le responsable de son malheur a mystérieusement disparu deux ans plus tôt. Ses anciens collègues au commissariat de police le soupçonne de s’être occupé de son cas.

La ville ensuite, Christchurch elle-même semble être une petite ville tranquille donnant tout droit sur les portes de l’Enfer. Le Sunnydale de Nouvelle-Zélande, en quelque sorte, qui ferait naître des tueurs en série. Son église, son cimetière et son lac, des lieux publics importants dans la vie d’une communauté -et même son commissariat, pour qui a lu Un employé modèle– apparaissent comme chargés d’énergie néfaste. Regroupés les uns accolés aux autres, ces trois endroits constituent un puissant appel, tellement attractif qu’on y passe la plus grande partie de l’histoire, Tate y revenant inlassablement pour en percer les mystères.

Le roman est pourtant un thriller tout ce qu’il y a de plus cartésien, ne versant pas dans le fantastique. Pourtant cet amas de noirceur nous amène à nous demander si Christchurch -avec son nom si symbolique- ne serait pas une ville un brin maléfique.

Aucun temps mort dans l’action, l’enquête est menée tambours battants depuis la funeste découverte du début jusqu’au dénouement dont je ne piperai mot ici, mais qui ne dénote pas avec la qualité du reste du roman, par un Tate mis sur la touche par des flics tellement occupés qu’il passe malgré tout entre les mailles du filet, lui même traité comme un criminel alors qu’il tente d’en pourchasser un autrement plus dangereux. La seule chose un peu pénible chez ce personnage c’est sa façon d’excuser tout ce qu’il fait grâce à son passé douloureux, comme si on pouvait tout lui passer sous prétexte qu’il a vécu un drame. Si on va par là, nombreux sont les gens qui pourraient tout se permettre.

La culpabilité, la rédemption, les vies qu’on brise. Bienvenue à Christchurch.

Le grain de sable

Nécrologie se déroule parallèlement à Un employé modèle. Ce qui explique que Théodore Tate soit chargé d’exhumer un corps alors qu’il n’appartient plus à la police, celle-ci étant débordée par les cadavres semés par « le boucher ».

Sur le mur

Une pelle; c’est bien utile, une pelle.

Gramophone

La bande originale du film From hell, musique signée Trevor Jones.

Dans la même veine

  • Un employé modèle, du même Paul Cleave, dont l’histoire se déroule en parallèle de Nécrologie, dans la même ville, Cristchurch.

A propos de Paul Cleave

Cet auteur de génie (et je pèse mes mots) a toujours su qu’il voulait être écrivain. Il place ses histoires à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, la ville qui l’a vu naître le 10 décembre 1974 et où il réside toujours. Il a pourtant été prêteur sur gages avant de se consacrer à sa passion première. Un employé modèle (The Cleaner, en version original) est son premier roman à être édité. En France, sont ensuite parus Un père idéal (Blood men) et Nécrologie (Cemetary lake). N’ont pas encore été traduits The killing hour, Collecting Cooper et The laughterhouse. Prions que Sonatine nous les mette rapidement entre les pattes.

Références

Sonatine Editions, 2013, 432 pages

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