Stefano Benni Terra !

Science-fiction déjantée

Couverture de « Terra ! » de Stefano Benni

Note :
2/5
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L’argument

2157. La Terre vit un nouvel âge glaciaire, du aux guerres mondiales nucléaires qui se sont succédées. Mais voilà qu’il semblerait qu’il existe une planète similaire à la Terre, un Eden où tout recommencer. Trois vaisseaux spatiaux sont envoyés à sa recherche, le premier par la Fédération sino-européenne, les deux autres suivants le premier avec l’intention, une fois la localisation de cette Terre 2 faite avec certitude, d’éliminer les rivaux pour s’octroyer le droit sur cette terre nouvelle. Dans le même temps, une mystérieuse source d’énergie perturbe les ordinateurs, sur un très ancien site Inca…

ça commence comme ça

Prologue

La nuit du 30 août 2039, une vague de chaleur exceptionnelle s’abattit sur les Etats-Unis. Le thermomètre marqua 42 °C à New York. A minuit, toutes les douches de la ville exhalèrent un hululement d’agonie et le râle des tuyauteries annonça que la distribution d’eau était suspendue jusqu’à 8 heures du matin. La moitié de la population se répandit dans les rues, courant vers la mer pour y chercher refuge. Rien que dans cette seule nuit, il se vendit 40 millions de litres de Coca-Cola : un lac noir et sirupeux dont les flots auraient pu porter toute la flotte des U.S.A. Les glaçons valaient plus cher que les diamants, et l’on dit que des familles entières burent l’eau de leur piscine.

Avis personnel

Dès le premier chapitre, le ton est donné. Terra ! est bien un roman de science-fiction post-apocalyptique, mais un roman humoristique. Satirique, même.  On ne peut pas parcourir le livre sans reconnaître, ici et là, des piques à l’encontre de notre société moderne, que ce soit l’emprise des médias et leur manipulation, le comportement de l’Homme quand il a affaire à des terres nouvelles mais déjà habitées ou sa course au confort technologique et/ou à l’argent et/ou au pouvoir, quel qu’en soit le prix. L’auteur étant italien, et quelques notes de bas de page du traducteur aidant, on constate aussi que cette satire du monde contemporain est aussi une critique de la politique italienne.

Politique, critique, dénonciation… oui mais, avec humour ! Rien n’est sérieux dans ce livre, tout est déjanté ! Et ce n’est pas la profusion d’idées, proprement ahurissantes, qui démentira cet aspect loufoque de l’histoire. L’auteur nous mitraille de jeux de mots, de situations absurdes, de personnages sortis d’on ne sait où tant ils sont caricaturaux, de récits enchâssés dans le récit… J’en ai eu le tournis et j’ai parfois eu l’impression d’être noyée sous le flot, ne sachant plus qui était qui, quel était le but de qui et où diable on en était dans cette intrigue dissimulée sous un tas de petites histoires annexes.

Heureusement, il m’a été permis de reprendre mon souffle de temps en temps ! Au détour d’un passage plein de poésie, comme ce récit enchâssé contant comment un organisme extra-terrestre, ayant la forme d’étoiles de mer noires ou blanches, sauva la vie du seul homme à les avoir considérées avec tendresse et non comme source de profit. Il y aussi ces passages où l’auteur aborde le comportement conquérant et sanglant de l’Homme face aux terres qu’il colonise et face aux autochtones en général. Tous ces rares passages où le vernis de l’humour s’efface pour mieux souligner la gravité du message.

Satire oui, assurément, même si la volubilité de l’auteur dans ses idées loufoques prête à l’oublier. Terra ! n’est pas aisé à lire, de ce fait. Stefano Benni semble parfois s’éparpiller dans ce trop-plein de trouvailles rigolotes, et on s’y perd à sa suite. L’intrigue suit pourtant son chemin, jusqu’à un final qui extrapole sur certains grands mystères – les vestiges de la civilisation Inca, les dessins laissés par les Nazcas, la nature des trous noirs… Malheureusement, le dénouement est quelque peu précipité et laisse sur sa faim. Dommage, car après tant d’imagination humoristique, je m’attendais à quelque chose de plus consistant en matière de grand final.

Le grain de sable

L’un des personnages porte le même nom que Cu Chulainn, un des héros de la mythologie irlandaise. Mais c’est bien là leur seul point commun ! De nombreux autres noms de personnages sont aussi des références à d’illustres personnes.

Gramophone

Un ensemble discordant mêlant discours, pièces de métal rouillées s’entrechoquant, bips électroniques et rires enregistrés.

Sur le mur


Un des gigantesques et mystérieux dessins laissés par les Nazcas.

Dans la même veine

Si Terra ! vous a plu, vous apprécierez aussi Les Croisés du cosmos de Poul Anderson (Folio SF, 2004) ainsi que Une étoile m’a dit (Denoël Présence du futur, 1996) et Martiens, go home ! (Folio SF, 2000), tous deux de Fredric Brown.

A propos de Stefano Benni

Né en Italie en 1947, Stefano Benni est journaliste à La Repubblica. Il a également collaboré à la revue Il Manifesto. Il a publié son premier ouvrage, un recueil de nouvelles, en 1976. Portant le titre de Bar sport, il n’a pas été traduit en France. D’autres textes ont suivi : romans, nouvelles ou poésies, et certains ont été traduits comme Le Bar sous la mer (Actes Sud, 1987), La Grammaire de Dieu Actes Sud, 2007) ou encore Achille aux pieds légers (Actes Sud, 2003). Son genre de prédilection est la satire de la société italienne contemporaine, souvent mâtinée d’une fantaisie débridée.

Références

Editions Mnémos, 2010, 283 pages.