Stéphane Beauverger Le Déchronologue

Uchronie flambée au rhum

Couverture du « Déchronologue » de Stéphane Beauverger

Note :
5/5
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L’argument

1653 et ses environs, mer des Caraïbes.

Henri Villon et son équipage de pirates partent à la recherche de trésors, les maravillas, à bord de leur bateau: Le déchronologue, dont les canons tirent du temps.

Perturbations temporelles, objets débarqués du futur, monde sans dessus dessous, qu’arrivera-t-il au capitaine et à ses hommes sur les mers déchaînées où leur vie ne tient qu’à un fil, celui de l’eau ?

Ça commence comme ça

Je suis le capitaine Henri Villon et je mourrai bientôt.
Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. Quant à celles et ceux qui liront mon récit jusqu’au bout, j’espère qu’ils sauront pardonner un peu de mon impertinence et, à l’instant de refermer ces chroniques, m’accorder leur indulgence.

Avis personnel

Alors que j’avais très envie d’une histoire de pirates, j’avoue que c’est la couverture qui m’a littéralement attirée vers ce roman. Enigmatique, onirique, froide et sombre, superbe. Son histoire de temps qui part dans tous les sens à fini de me convaincre. Pourtant je suis toujours inquiète quand il s’agit d’entamer une histoire de science-fiction, qui me semble un domaine trop complexe pour savoir d’avance si on aimera ou pas tel livre, contrairement à d’autres genres plus faciles à cerner. Enfin, science-fiction c’est vite dit: nous sommes tout de même au XVIIè siècle. Et nous parcourons les mers avec des pirates de l’époque. Oui mais, venus du futur, des objets insolites se sont glissés dans le monde du capitaine Villon, notamment le navire moderne qui s’opposera au sien, monstre de métal glissant dans l’océan, étrange, inquiétant et meurtrier.

La version éclatée des chapitres, qui ne nous sont pas livrés dans un ordre linéaire, a été un peu rude au premier abord. Nous faisons des bonds dans le temps à chaque changement de chapitres. J’ai longtemps hésité à prendre des notes pour m’y retrouver, mais une fois bien entrée dans l’histoire, finie cette drôle d’idée. Cela dit, on peut choisir de les lire dans l’ordre chronologique, même si je dois admettre que le roman perd en charme ce qu’il gagne en facilité. Certes, quelques personnages disparaissent, reviennent, sans que les explications ne daignent arriver, mais elles finissent par pointer leurs trognes au fil des pages. Cette histoire, fidèle à son temps qui s’échappe, est un puzzle, dont les pièces nous sont données, pas vraiment au hasard, et qu’il nous faut replacer petit à petit pour voir, en s’éloignant un peu, le tableau d’ensemble. L’intérêt du livre n’en est que décuplé, la recherche de réponses nous entraînant toujours plus loin, vers le large.

Le personnage principal, notre capitaine flibustier Henri Villon, est un être complexe, droit et altruiste malgré son rang de chef des pirates qui l’oblige à des choix violents de tuerie et de destruction. Il frôle peut-être la folie, après avoir vu plusieurs fois la mort -sa mort- de près, et parce qu’il est perdu dans les incohérences temporelles que lui impose ce monde déchiré entre les époques, voyant surgir tantôt le passé, tantôt le futur. Cela ne le rend que plus intéressant à suivre, car grâce à l’écriture captivante de Stéphane Beauverger, nous sommes nous aussi à bord du Déchronologue, respirant l’air iodé du large, parcourant les océans, chantant avec le reste de l’équipage, dont chaque lecteur fait partie.

Une petite carte des Caraïbes nous est fournie en début de roman, histoire que les déconnectés de la géographie -dont je fais pitoyablement partie- puissent suivre et comprendre le périple. Et l’auteur, pour ceux qui voudraient poursuivre leur exploration, nous laisse une bibliographie des œuvres qui l’ont aidé à construire son monde, de nombreux documents concernant les pirates bien sûr, mais également sur les Mayas.

Le grain de sable

Le déchronologue a reçu plusieurs prix:

  • Grand prix de l’Imaginaire 2010
  • Prix européen Utopiales 2009
  • Nouveau Grand Prix de la Science-Fiction française 2010
  • Prix Bob Morane 2010

Sur le mur

Une carte ancienne des Caraïbes

Gramophone

Abney Park – Airship pirate

A propos de Stéphane Beauverger

Breton exilé à Paris, où il travaille ses écrits et ses bandes dessinées, Stéphane Beauverger est un pur produit de 1969. Il est l’auteur du triptyque Chromozone – Les Noctivores – La Cité nymphale, tous parus aux Éditions La Volte, et scénariste des bandes dessinées Necrolympia, mettant en scène un zombie détective privé, ainsi que de Quartier M, bande dessinée de science-fiction.

Stéphane Beauverger - Utopiales 2009

photo ©2009 Utopiales (image originale)

Dans les mêmes eaux

Si vous cherchez des pirates, vous pouvez vous faire plaisir en lisant ou relisant L’île au trésor de Robert Louis Stevenson, vous pouvez également essayer Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, bien que je ne l’ai pas encore lu, il semble correspondre aux mêmes lecteurs.

Références

  • Éditions La Volte, 2009, 390 pages
  • Illustrations: Corinne Billon

Liens

La page du livre sur le site des Éditions La Volte