Tim Powers Les Voies d'Anubis

Brouillard égyptien sur Londres

Note :
5/5
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L’argument

Embauché pour animer une conférence dans le passé par un riche excentrique ayant percé les secrets du voyage temporel, Brendan Doyle se retrouve coincé en 1810 où il ne donne pas cher de sa peau s’il ne parvient pas à retrouver l’homme qui l’a fait enlever et qui semble en savoir long sur la manière de rentrer à son époque. Prisonnier du passé, il tente de ne rien modifier mais les événements étranges s’enchaînent autour de lui.

Ça commence comme ça

D’entre deux arbres, à la crête d’une colline, un très vieil homme observait, avec une poignante nostalgie dont il ne serait plus cru capable, le dernier groupe de pique-niqueurs qui remballaient leurs paniers, enfourchaient leurs montures puis s’éloignaient vers le sud, avec quelque hâte, car ils avaient six bons milles à faire pour rentrer à Londres et le soleil rougissant silhouettait déjà les branches des arbres bordant la Brent, à deux milles environ vers l’ouest.

Avis personnel

Sachant que ce roman est considéré comme le précurseur du steampunk moderne, j’avais à cœur de le lire depuis bien longtemps. Le malheur, c’était la difficulté de mettre la main sur un exemplaire d’occasion à un prix abordable, la rareté se monnayant à prix d’or. C’est là que la réédition chez Bragelonne est purement salvatrice. Enfin un des textes fondateurs du genre remis sur le marché, et dans un écrin du plus bel effet, car il faut bien le dire, c’est un livre-objet, ténèbres et dorures, qu’on s’apprête à dévorer.

Et dévorer, c’est bien le mot, tant ce roman est prenant. Quelques pages pour entrer dans l’histoire, et une fois Brendan Doyle projeté dans le passé, point de temps mort ou de lassitude, l’intrigue est tellement dense que s’arrêter devient difficile. Loin d’être linéaire, le scénario mêle voyage dans le temps, mythe du loup-garou, sociétés secrètes et dieux égyptiens dans un festival d’aventures étranges où se croisent d’improbables personnages.

Ainsi, on fait la connaissance d’Hurabielle, celui qui m’a sans aucun doute mise le plus mal à l’aise, puisque je n’ai pas tardé à l’associer au Ça de Stephen King, tout deux étant clowns et particulièrement malfaisants. Celui-ci se déplace sur des échasses et dirige un étrange théâtre de guignols ainsi qu’une entreprise de mendiants effrayants. Il y a son principal concurrent, le Capitaine, Jacky, son second moustachu, déjà beaucoup moins perturbés, et les sorciers égyptologues qui tentent de tirer les ficelles grâce à la magie, à savoir Aménophis Fikee, Romanelli et Romany -dont l’un est le ka de l’autre, une sorte de clone- au service d’un mystérieux maître. Leurs ambitions sont démesurées et un grain de sable dans le rouage -Brendan Doyle donc- va légèrement perturber leurs plans si soigneusement préparés.

Certains personnages ayant réellement existés donne une teneur réaliste à l’ensemble. On croise les écrivains Lord Byron et Coleridge bien malmenés par les sorciers égyptiens, les failles temporelles et le laudanum.

Bien que l’Egypte apparaisse en toile de fond assez régulièrement, pas besoin d’en connaître beaucoup sur ce pays, sa culture et ses anciens dieux pour comprendre ce qui s’y trame. Le décor dans lequel on évolue la plupart du temps est bien le Londres du XIXè siècle et ses codes nous sont plus familiers. La multiplicité des lieux et des époques, dans lesquels on voyage de manière parfois survoltée lorsque les choses se corsent, rend l’affaire encore plus palpitante, étonnante, exotique.

Mêlant habilement diverses facettes de la littérature fantastique, ce roman n’usurpe pas son statut d’ouvrage de référence du steampunk. Un vrai classique pour les fans du genre, une lecture détonante pour les autres.

Le grain de sable

Ce roman a remporté le Prix Memorial Philip K. Dick en 1984, ainsi que le Prix Apollo en 1987. Il a par ailleurs été nominé pour d’autres récompenses, tel que le Prix Locus (en 1984 et 1998).

Sur le mur

L’ankh, une croix égyptienne, parfois utilisée comme talisman.

Gramophone

La bande original de La Momie.

Dans la même veine

  • Pour la communauté steampunk, dans la même collection: Confessions d’un automate mangeur d’opium de Mathieu Gaborit et Fabrice Colin et L’étrange affaire de Spring Heeled Jack, de Mark Hodder.
  • Pour les plus égyptoloves d’entre vous: Le Baiser de l’homme mort, paru aux éditions de l’Oxymore.

A propos de Tim Powers

Né le 29 février 1952 dans l’Etat de New York, Tim Powers vit aujourd’hui en Californie. Il est ami avec Philip K. Dick, autre célèbre auteur de science-fiction. Son premier roman, Les chevaliers de la brune, sort en 1979, mais Les voies d’Anubis, édité quatre ans plus tard, lui apporte bien plus de notoriété. Il est l’auteur, entre autres, de la trilogie du Roi Pêcheur (dont seulement deux tomes ont été traduits en français), Sur des mers plus ignorées, qui inspira le quatrième volet de Pirates des Caraïbes, de plusieurs recueils de nouvelles dont un seul est paru en France sous le titre d’Itinéraires nocturnes chez Denoël, ainsi que de deux romans bientôt réédités chez Bragelonne, Le poids de son regard et Parmi les tombes qui peut être considéré comme sa suite.

Références

  • Editions Bragelonne (présenté ici), 2013, 476 pages, traduction de Gérard Lebec, illustration de couverture (très réussie) de Didier Graffet.
  • Editions J’ai lu, plusieurs éditions depuis la première parution en 1986.

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