Tonino Benacquista Saga

Satire télévisuelle

Couverture de « Saga »

Note :
4/5
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L’argument

Ils sont 4. Louis, un ancien du cinéma, Jérôme, avec ses rêves hollywoodiens plein la tête, Mathilde, spécialiste des romans d’amour, et enfin Marco, qui n’a qu’une envie, devenir scénariste.

C’est le hasard (ou peut-être pas finalement…) qui les fait se rencontrer tous les quatre un matin dans le bureau d’un directeur de production d’une chaîne télévisé française. On leur explique rapidement qu’à cause d’une sombre histoire de quotas français non respectés que le Conseil supérieur de l’Audiovisuel a condamné, il leur faut créer un feuilleton. Seule directive, faire n’importe quoi, au moindre coût possible. Parce que tout le monde se fiche de la création française, et que ce feuilleton va passer la nuit, destiné à n’être vu par personne, sauf peut-être par eux quatre.

Et les voilà tous les quatre embarqués dans l’histoire de ‘Saga’, leur Saga.

Saga, c’est à la fois le titre de la série qu’ils vont scénariser, mais c’est aussi la saga de leur vie, avec son lot de phrases nues.

Et puis, contre toute attente, Saga bouleversera la vie de beaucoup plus de personne que prévu…

Genre littéraire

Roman moderne sur fond d’aventures télévisées, ou la genèse d’un feuilleton.

Ca commence comme ça

« Elle était allongée sur le parquet, le front en sang et la main gauche perdue dans les rideaux.
_ J’ai vos pieds dans le champ, dit le type de l’Identification.
L’inspecteur principal recula d’un pas, le temps de lui laisser prendre quelques plans d’ensemble du corps.
_ Ca s’est passé quand ?
_ Il y a moyen de faire du café ?
_ Le voisin a entendu du bordel vers sept heures du matin.
_ On peut enlever le corps ?
_ Elle n’était pas censée se trouver là, l’agresseur a été pris de court.
Le plus jeune des deux inspecteurs sortit le nez de son calepin, jeta un oeil vers son collègue et proposa une hypothèse avant qu’on ne la lui vole. »

Avis personnel

Saga est le livre qu’on aurait aimé n’avoir jamais lu… Pour pouvoir le relire à l’infini et y prendre toujours plus de plaisir.

Si je devais ne garder qu’un livre, ce serait celui ci.

L’écriture de Benacquista est parfaite, sans aucune faute de goût. Moderne, agréable, avec juste ce qu’il faut d’humour et de sentiment.

On s’attache sincèrement à ces quatre compères qui veulent révolutionner la télévision avec les moyens du bord. Les personnages semblent tellement vrais, avec leurs défauts et leurs personnalités diverses.

Avec un rythme ni trop rapide, ni trop lent, Saga fait rire, fait pleurer, mais surtout fait vivre.

Les intrigues parallèles à l’histoire de la série rendent le livre encore plus attachant, avec un suspense qui nous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne.

On finit rapidement par devenir le cinquième scénariste du livre, il suffit de fermer les yeux, et on est dans le bureau, en compagnie de Louis, Jérôme, Mathilde et Marco à imaginer Saga. Et c’est incroyablement plaisant.

Vraiment, Saga est le livre qu’on ne voudrait jamais finir, pour pouvoir continuer à le vivre en même temps que les protagonistes.

Et on en rêve encore longtemps après…

Le grain de sable

Lorsqu’il était enfant, Tonino Benacquista lisait très peu, préférant sans hésitation regarder la télévision, et il y passait d’ailleurs le plus clair de son temps libre. Comme quoi, la télévision mène à tout même à la littérature.

Le gramophone

Packing for the crash, de Tom McRae, pour le rythme ni trop lent, ni trop rapide qui s’adapte parfaitement à celui du roman.

Sur le mur

« Television », copyright House Pant.

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Dans la même veine

Malavita (Gallimard), le dernier roman de Benacquista, noir mais à l’humour aussi corrosif que Saga. L’histoire d’une famille mafieuse new-yorkaise qui s’installe en Normandie car la tête du père de famille est mise à prix par la pègre new-yorkaise.

A propos de Tonino Benacquista

Tonino Benacquista est né le 1er septembre 1961 en France. Il abandonne rapidement ses études de littérature et cinéma, préférant entamer des petits boulots comme gardien de nuit dans un musée, surveillant des Wagons-lits, ou encore pique-assiette mondain. Ses expériences professionnelles lui serviront plus tard de source d’inspiration pour ses futurs romans.

Il publie en 1985 son premier roman, Epinglé comme une pin-up dans un placard de G.I. (Fleuve Noir), puis suivent La maldonne des sleepings (Gallimard) en 1989 et Trois carrés rouges sur fond noir (Gallimard) en 1990. Mais le succès n’arrive véritablement qu’en 1991 avec La commedia des ratés (Gallimard), puisqu’il reçoit différents prix. Il se fait enfin connaître du grand public. En 1992 paraît La morsure de l’aube (Rivages). Jusqu’ici, tous ses romans sont résolument noirs.

Il abandonne ce style le temps d’un roman, publiant ainsi Saga en 1997 à l’humour décapant.

Il multiplie les expériences en scénarisant une BD avec Jacques Ferrandez (L’Outremangeur), en créant des scénarios pour des séries TV (La Souris Noire, Puissance 4) et une pièce de théâtre (Le Contrat). Peu de temps après il se tourne vers le cinéma et participe à l’écriture de quelques films (notamment Sur mes lèvres co-écrit en 2001 avec Jacques Audiart, qui leur vaudra un Oscar du Meilleur Scénario).

Mais Benacquista n’a pas délaissé l’écriture puisqu’il publie la même année Quelqu’un d’autre (Gallimard) et un recueil de nouvelles Tout à l’ego (Gallimard). Son dernier livre, Malavita (Gallimard) est sorti en 2004. Cette même année, Benacquista co-écrit De battre mon coeur s’est arrêté avec Jacques Audiart, qui leur vaudra également de très nombreux César. La suite de Malavita, intitulée Malavita encore est sortie en 2008 aux éditions Gallimard.

Références

Éditions folio Gallimard, 1999, 439 pages.