Biographie de Jane's Addiction

Coup de cœur de La Lune Mauve

Jane's Addiction

« If you did something dangerously fun and outrageous in the late ‘80s and ‘90s that your parents didn’t like, you can probably thank Perry Farrell and Jane’s Addiction« , voilà ce qu’écrit un journaliste de Spin en août 2003.

Oui, Jane’s Addiction est probablement l’un des groupes les plus dingues de la scène alt-rock US des années 80/90. Il est probablement aussi l’un des plus excitants. L’un des plus talentueux. L’un des plus camés. L’un des plus importants.

Pourtant, lorsqu’on pense à ces années là, et en particulier au rock de ces années, Jane’s Addiction n’est pas le premier groupe qui nous vient à l’esprit. Beaucoup n’en ont même jamais entendu parler. Alors… simple et évidente question… à qui la faute ?

Tentative de réponse : à l’Amérique puritaine, aux excès, à Perry Farrell, aux mass-médias, à Nirvana, aux egos hypertrophiés, aux albums qui n’ont jamais vu le jour, à Dave Navarro, au public ignorant… à vous, à moi, à eux surtout… Tous coupable.

Il y a des groupes à qui la gloire et la reconnaissance échapperont toujours. Il y a des histoires comme ça qui riment avec gâchis.

Rock and roll.

Et c’est dommage. Vraiment dommage. Pour vous, pour moi. Pour eux surtout.

Jane’s Addiction n’a pas sauvé le rock n’roll. Mais elle aurait pu le faire.

Discographie :

  • Jane’s Addiction (Live) 1987 Triple X
  • Nothing’s Shocking (Album) 1988 Warner
  • Ritual De Lo Habitual (Album) 1990 Warner
  • Kettle Whistle (Demos/Live) 1997 Warner
  • Strays (Album) 2003 Capitol

Membres :

  • Perry Farrell –voix
  • Steve Perkins- batterie
  • Dave Navarro – guitare
  • Eric Avery – basse (jusqu’en 1991)
  • Flea – basse (tournée Kettle Whistle – 1997)
  • Chris Chaney – basse (2003)

Biographie :

L’histoire de Jane’s Addiction, c’est d’abord celle d’un seul homme. Celle de Perry Farrell, frais gaillard, débarqué seul en terre californienne à l’âge de 17 ans, et qui grâce à un look décoiffant, à une arrogance rare et à un talent monstre réussit à se tailler une place de choix dans la scène underground florissante de Los Angeles, pourtant peu avare d’excentriques et de freaks en tous genres. Amoureux de Joy Division et fasciné par la scène goth dite de la « deuxième génération » qui est en train d’exploser, ici (Christian Death et Kommunity FK) et ailleurs (The Sister Of Mercy, The [Southern Death] Cult, Flesh For Lulu), Farrell intègre Psi-Com, groupe très proche de la mouvance sus-citée, en tant que frontman. Il ne s’épanouit qu’un temps dans le art-goth-rock-atmospheric (ambitieuse dénomination) du groupe. Farrell, ivre de liberté (Psi-Com devenant peu à peu un ramassis d’anti-quelque chose : anti-drogues, anti-sexe, anti-viande, anti-anti…), s’échappe. Nous sommes en 1985 et il décide de monter un nouveau groupe, ambitieux et plein d’énergie, un groupe à l’image des Red Hot Chili Peppers qui sont en train de créer une mini-révolution tant par leur musique inspirée que par leurs shows débridés. Farrell recrute d’abord un bassiste, Eric Avery, parfait inconnu à Hollywood mais talentueux compositeur. Accompagné d’un batteur d’appoint (Matt Chaikin de Kommunity FK) et d’un guitariste (Chris Brinkman) qui ne fera pas long feu, Jane’s Addiction monte sur scène pour un concert au Black Radio de Los Angeles. Dans la salle, deux jeunes chevelus, fan de heavy metal, prennent une claque monumentale devant la tornade Jane, mélange d’énergie et de créativité hautement débridées. Ces deux adolescents ne sont autres que Dave Navarro et Stephen Perkins. Auditionnés par Farrell qui est à la recherche de musiciens non-junkies (ce qui est un vrai casse-tête à trouver à LA), ils sont immédiatement engagés. Farrell les trouve, je cite : « absolument adorables » et les surnomme « Jane’s Teen Rock-a-Babes » en raison de leur jeune âge. A l’époque, ils ont tout juste 18 ans tandis que Farrell approche de sa 27ème année. Des mauvaises langues diront plus tard que Farrell a pris des musiciens si jeunes pour pouvoir les modeler à l’envi. C’est oublier les talents de musiciens des deux gus, considérés aujourd’hui comme parmi les meilleurs de leur génération. Le groupe commence alors à enchaîner les concerts-orgies (marque de fabrique du groupe) et le succès pointe le bout de son nez : Warner colle aux basques de Farrell, sans discontinuer. Entre-temps, un nouvel élément a intégré le groupe, membre à part entière de l’entité Jane’s dans son ensemble (musique, mode de vie, esprit) : l’héroïne.

En 1986, le groupe signe finalement sur un label indé Triple X et l’année suivante sort un premier enregistrement, un live enregistré au mythique Roxy. On raconte que les Red Hot Chili Peppers, présents dans le club ce soir-là, ont été littéralement bouleversés par la performance du groupe, notamment Anthony Kiedis (front-man des Red Hot) plus qu’impressionné par son homologue Perry Farrell. Quant aux Guns and Roses, autre groupe phare de la scène de Los Angeles à l’époque, ils deviennent les pires ennemis de Jane’s Addiction. La même année, Iggy Pop propose au groupe d’assurer la première partie de sa tournée. Jane’s enchaîne ensuite avec des dates en compagnie de Peter Murphy et Love and Rockets, notamment. Malheureusement, les premières dissensions apparaissent au sein du groupe et en particulier entre Dave Navarro et Perry Farrell. Il n’est pas rare qu’à leur descente de scène, les deux gais lurons se tapent joyeusement dessus.

En 1988, le groupe signe chez Warner et sort Nothing’s Shocking, album psychotrope, très sombre, en partie inspiré par le tueur en série Ted Bundy pour lequel Perry éprouve une étrange fascination. Rolling Stone détruit le groupe et le disque : « This band is full of shit ». MTV refuse de passer le clip du premier single « Mountain Song ». Wal-Mart et autres supermarchés du disque retirent l’album de leurs rayons en raison d’une pochette jugée indécente. Pourtant, le groupe trouve un public grâce aux structures alternatives qui diffusent l’album et au bouche à oreille. L’album est un succès même s’il n’atteindra jamais les ventes record d’un Nevermind. Mais ce qu’il convient de rappeler et de marteler, c’est que sans cet album et sans Jane’s Addiction, le rock underground n’aurait sans doute jamais été ce qu’il fut à l’époque. Seattle et Nirvana sont entrés par la porte que Jane’s avait laissé ouverte. C’est un fait que personne ne peut nier.

1990, l’album culte de Jane’s Addiction sort. Ritual De Lo Habitual est une merveille de psyché-rock déjanté, rempli à ras bord de soleil californien et de folle exaltation, mais toujours avec une touche mélancolique, quelque chose de parfois triste à pleurer. Encore une fois, le groupe s’attire les foudres de la censure. La pochette représente une sculpture montrant Perry, sa petite amie Casey et la jeune Xiola, s’enlaçant, nus. Le morceau « Three Days » évoque les trois jours qu’ont passé les trois jeunes gens à se droguer et à faire l’amour. Xiola, une ancienne petite amie de Perry, héroïnomane de longue date, sera retrouvée morte, quelques semaines plus tard. Overdose. A 19 ans. La pochette de Ritual De Lo Habitual est un hommage à la jeune fille. Mais les associations conservatrices et les parents de Xiola ne l’entendent pas de cette oreille. L’album sera remis en vente avec une autre pochette, intégralement blanche et porteuse du premier amendement de la constitution américaine. A partir de là, le groupe bénéficie d’une forte exposition médiatique, obtenant même un MTV award pour la vidéo de « Been Caught Stealing ». Le groupe entame une tournée mondiale alors même que les tensions entre chacun des membres sont à leur paroxysme. Dave Navarro racontera par la suite que l’enregistrement de Ritual De Lo Habitual ne s’est pas fait collectivement. Les musiciens ont enregistré séparément leurs parties. Quasiment sans se croiser. Après la toute première édition du Lollapalooza (voir plus bas), le groupe splitte. Nous sommes en 1991 et Jane’s Addiction meurt une première fois, crucifiée par ses egos. Perry Farell et Stephen Perkins s’en vont former Porno For Pyros, un sous Jane’s Addiction halluciné. Dave Navarro va prêter main forte aux Red Hot Chili Peppers pour l’album One Hot Minute et la tournée qui s’ensuit.

Puis en 1997, Jane’s renaît, sans Eric Avery (bassiste originel). Il est remplacé par Flea, le charismatique bassiste des Red Hot Chili Peppers, plus qu’honoré d’avoir été sollicité : « It was like being asked to play in the Jimi Hendrix Experience or Led Zeppelin or Joy Division or some great epic band ». S’ensuit une folle tournée : Relapse, grevée par les excès de drogues. Kettle Whistle, bric à brac de démos et de morceaux live sort la même année. Nouveau split. Et nouvelle reformation en 2001 pour le Jubilee Tour dont les bénéfices seront reversés à une association soudanaise. Mais toujours pas d’album à l’horizon.

Il faudra attendre 2003 et la sortie du sublime Strays pour enfin avoir un nouvel opus. Le bassiste Chris Chaney ( Tommy Lee, Alanis Morissette) fait désormais partie du line-up. Et le groupe, débarrassé des mauvaises habitudes et de nouveau ambitieux, entame une tournée mondiale (qui passe d’ailleurs par Paris en octobre 2003 pour un concert mémorable, à la fois intimiste et intense, plein d’émotion et carrément jouissif). Le succès est total. Jane’s est enfin reconnu. L’avenir s’annonce radieux.

Sauf que… nous sommes en 2004 et Jane’s Addiction vient tout juste de splitter.

Lollapalooza

Outre Jane’s Addiction, Perry Farrell est également connu pour être le parrain du rock alternatif américain. En 1991, il crée le Lollapalooza Tour, gigantesque festival qui mêle musique, performance, art et militantisme. Véritable festival culturel, la toute première édition réunit sur une même scène des artistes aussi différents que Jane’s Addiction, Siouxsie And The Banshees, NIN, Body Count (Ice-T) et le Rollins Band. L’année suivante, le festival accueille les performers issus du Jim Rose Circus. En 1996, le festival a un tel succès qu’une troisième scène fait son apparition, les têtes d’affiche cette année-là sont : RATM, Metallica, Cocteau Twins, Wu Tang Clan, les Ramones et The Melvins… excusez du peu. Pourtant devenu une véritable institution de l’underground américain, le Lollapalooza connaît une éclipse entre 1998 et 2002, Perry Farrell ayant quitté la tête de l’organisation. Il renaît en 2003, en même temps que Jane’s Addiction et accueille Queens Of The Stone Age, Audioslave, Incubus, A Perfect Circle et The Distillers.

Malheureusement, l’édition 2004 est annulée faute de ventes suffisantes. Quand on sait que Morrissey, Pj Harvey, Sonic Youth et Le Tigre faisait partie du line-up, on se dit que, vraiment, le rock n’est plus ce qu’il était…