Biographie de The Velvet Underground

The Velvet Underground

La légende dit que chacune des personnes ayant acheté un exemplaire du premier album du Velvet Underground (The Velvet Underground And Nico) à sa sortie en 1967 aura par la suite formé son propre groupe. Gageons qu’ils étaient peu nombreux et que, peut-être, nous en connaissons aujourd’hui certains.
Aujourd’hui, tout le monde connaît le Velvet Underground et tout le monde possède un exemplaire de leur premier album. Aujourd’hui, le Velvet Underground est unanimement salué comme étant l’un des meilleurs groupes de tous les temps. Il y a longtemps que Lou Reed a été déifié (bien qu’il ait tout fait pour ne pas l’être). John Cale lui, demeure dans l’ombre, son travail de producteur étant bien plus connu que ses disques solos. Quant à Sterling Morrison et Moe Tucker, eh bien… demandez autour de vous et vous aurez votre réponse (parlez aussi de Doug Yule, vous achèverez votre auditoire). Nico s’en sort bien, on sait pourquoi.
Toujours est-il que ne passe pas une journée sans qu’un tout jeune groupe cite le Velvet Underground à la tête de ses influences. Ne passe pas une année sans que le souterrain de velours ne fasse l’actualité, à grands renforts de rééditions et autres best-of.
La mission de subversion du Velvet Underground n’est toujours pas achevée. On peut se lamenter qu’un autre groupe n’ait pas pris la relève. Ou, plus sûrement, comme l’expliquait Alain Pacadis en 1973 : « Le Velvet a chanté l’éclatement suicidaire d’un monde qui meurt sous les fastes et les oripeaux dans un sacrifice païen qui mélange drogue, homosexualité, cuir et velours noir », oui, plus sûrement, on se lamentera de cette agonie qui n’a de cesse de se prolonger depuis près de 40 ans.

Membres

  • – Lou Reed : guitare, voix, piano, harmonica (1965-1970)
  • – John Cale : basse, violon, orgue, voix (1965-1968)
  • – Sterling Morrison : guitare, basse (1965-1971)
  • – Maureen « Moe » Tucker : batterie, voix (1965-1972)
  • – Doug Yule : basse, claviers, guitare, voix (1968-1973)
  • – Nico : voix (1967)


Discographie

  • – The Velvet Underground And Nico (1967)
  • – White Light / White Heat (1968)
  • – The Velvet Underground (1969)
  • – Loaded (1970)
  • – Live at Max’s Kansas City (1972)
  • – Live MCMXCIIII (1993)

Biographie

1960. L’Université de Syracuse accueille le jeune Lou Reed, féru de littérature et guitariste apprenti. Très rapidement, il s’accroche aux basques de son professeur, le fascinant et instable auteur Delmore Schwartz, et se prend de passion pour Bob Dylan (qui vient de donner un concert à Syracuse) et les tout jeunes Rolling Stones. Il intègre le groupe LA And The Eldorados, en tant que chanteur. Un après-midi, alors que Lou malmène honteusement sa guitare, son voisin du dessous, alerté par le bruit abominable, frappe à sa porte. Il s’agit de Sterling Morrison, jeune étudiant dilettante. L’histoire du sacro-saint Velvet Underground commence ici, dans cette chambre d’étudiant.
Les années passent et Lou finit par quitter Syracuse. Nous sommes en 1964 et il se réinstalle à Freeport (Long Island), près de ses parents. Il devient un songwriter mercenaire pour le compte de Pickwick International, une obscure maison de disque locale. Il forme quelques groupes, tous éphémères et sort même un single avec l’un d’entre eux, The Primitives. Pour l’occasion, les Primitives sont invités à se produire dans une émission de télévision. Mais le patron de Pickwick jugeant les acolytes de Lou Reed trop peu télégéniques engage deux musiciens avec de parfaites tronches d’idoles teenagers : Tony Conrad et John Cale. La rencontre de Lou Reed et de John Cale, alors violoniste au sein du Theater Of Eternal Music aux côtés de l’avant-gardiste LaMonte Young, est déterminante. L’aventure Primitives est un échec cuisant mais les deux hommes s’installent ensemble à Manhattan et montent un nouveau groupe. Heureux hasard, Lou croise Sterling Morrison dans la rue et le convainc aussitôt de les rejoindre en tant que guitariste. Puis, c’est au tour de Maureen Tucker (la sœur d’un ami commun de Lou et Sterling à Syracuse) qui débarque et squatte la batterie. Le premier concert du Velvet Underground se tient le 11 décembre 1965 dans un lycée du New Jersey. Quelques jours plus tard, ils s’emparent de la scène du Café Bizarre. Dans la salle, se trouvent Barbara Rubin, Paul Morrissey et Gerard Malanga, tous trois dans le sillage du ponte arty underground, Andy Warhol. Le lendemain, il viendra voir par lui-même ce groupe étrange dont ses courtisans lui ont parlé. Dès lors, Warhol les prend sous son aile, leur présente Nico (qui entame immédiatement une liaison sulfureuse avec Lou) et les intègre à son fameux « The Exploding Plastic Inevitable » durant lequel le groupe met à genoux l’intelligentsia rock new yorkaise. Dans la foulée, ils enregistrent un album The Velvet Underground And Nico (en 8 heures chrono selon la légende), financé par Warhol qui impose Nico au chant au grand dam de Lou Reed qui après avoir rompu avec elle la déteste maintenant farouchement. La musique du groupe atteint là des sommets, le disque est sulfureux et cérébral, tour à tour, sexuel, sombre et glaçant. Et fondamentalement novateur. Lou s’impose comme un conteur de génie tandis que l’aura étrange de Nico achève d’hypnotiser quiconque jette une oreille sur disque. Et ils seront bien peu à écouter cette œuvre pourtant magistrale, malheureusement eclipsée par le Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles qui sort à la même période. Entretemps, Lou est frappé par une hépatite qui le cloue au lit et Nico enregistre son premier disque solo, Chelsea Girls, produit par John Cale. Arrivant difficilement à gérer son engagement dans le Velvet et sa carrière solo naissante, Nico est congédié par un Lou Reed furibard qui par la même occasion se débarrasse d’Andy Warhol, jugé trop envahissant, au profit de Steve Sesnick, patron d’un club de Boston (le Tea Party). Des tensions apparaissent au sein du groupe, notamment parce que John Cale ne voit pas cette nouvelle alliance d’un très bon œil. Bon an mal an, le groupe poursuit son chemin et entame une tournée, histoire de sauver les meubles (leur album ayant été un monstrueux échec commercial). Fin 1967, ils entrent en studio pour enregistrer White Light / White Heat qui sort en janvier de l’année suivante. Ode incantatoire à la drogue et en particulier aux amphétamines, le disque est un massacre sonore, une véritable déflagration qui tient son apogée dans le morceau « Sister Ray », 17 minutes de démence hallucinée. Inutile de préciser que ce nouvel album se solde par un autre échec commercial. Alors que le groupe repart en tournée, Andy Warhol est victime d’une tentative d’assassinat. John Cale se marie. Et Lou Reed tourne comme un lion en cage. En septembre 1968, il éjecte proprement et simplement Cale du groupe contre l’avis de Sterling Morrison et Moe Tucker. Doug Yule, jeune homme originaire de Long Island et fan fervent du Velvet Underground, le remplace quasi-immédiatement. Le groupe entre en studio à Hollywood pour un troisième album. Sobrement intitulé The Velvet Underground, il fait la part belle aux aspirations d’un Lou Reed plus que jamais en perdition. La musique du groupe apparaît débarrassée des prétentions avant-gardistes et des déluges rugissants qui caractérisait White Light / White Heat. L’absence de John Cale est par là même flagrante. VU offre un rock presque paisible, mais néanmoins nuancé, sur lequel le songwriting de Lou Reed n’a rien perdu de sa superbe. Mais une fois n’est pas coutume, le groupe est obligé de reprendre la route pour renflouer les caisses, l’album se heurtant à l’indifférence générale.
Mai 1969. C’est presque frénétiquement que le Velvet rentre de nouveau en studio, cette fois, au Record Plant de New York. Une douzaine de titres sont mis en boîte. Seulement, la maison de disque du groupe, MGM, refuse de les sortir. Les tensions au sein du clan Velvet sont alors à leur apogée. Lou Reed ne supporte plus Doug Yule, jugé trop peu docile. Et puis, il y a Steve Sesnick qui semble prendre un malin plaisir à tous les dresser les uns contre les autres. Pourtant, durant cette période totalement instable, le groupe trouve les moyens d’enregistrer Loaded. Moe, enceinte, ne participe pas aux sessions. Et Lou, déprimé et dévoré par une paranoïa galopante, laisse les commandes à Doug Yule qui peut enfin satisfaire ses ambitions et en profite pour placer Billy Yule, son propre frère, derrière les fûts. Paradoxalement, Loaded apparaît comme l’album le plus enjoué du groupe. Lou Reed écrit l’un de ses plus grands classiques, l’énorme « Sweet Jane », et distille tout au long du disque une étrange bonne humeur. De façade. Alors que l’album est unanimement plébiscité par la presse musicale, Lou quitte le groupe. Un soir de concert au Max’s Kansas City, à New York, il ne vient tout bonnement pas.

Le Velvet Underground est mort. Vive le Velvet Underground. Tel semble être le mantra de Doug Yule qui non seulement ne dissous pas le groupe mais en plus, sort Squeeze en 1973 alors même que Sterling Morrison et Moe Tucker ont déserté le navire.

Branle-bas de combat à la fin des années 80. Le 22 février 1987 très exactement, le jour où Andy Warhol meurt à la suite d’une opération chirurgicale qui a mal tournée. John Cale et Lou Reed se retrouvent côte à côte lors de son enterrement. Et décident de lui rendre hommage. En 1988, ils écrivent 15 titres retraçant la vie d’Andy et donnent un concert à l’église Sainte Anne de Brooklyn. Les titres sont ensuite enregistrés en studio, Songs For Drella sort en avril 1990. En juin de la même année, à l’occasion d’une rétrospective Warhol/Velvet organisée par la fondation Cartier en région parisienne, l’impensable survient. Lou et John qui donnent un concert dans le parc du château de Jouy en Josas (où est organisée la rétrospective) sont rejoints sur scène par Sterling et Maureen. Le Velvet Underground mythique au grand complet. La scène est surnaturelle tant les brouilles paraissaient éternelles.
Encore plus incroyable, la tournée de reformation qui s’ensuit en 1993 qui s’attarde trois soirs durant à l’Olympia de Paris et qui s’achève un peu piteusement dans les stades en première de U2.
Mais Lou Reed retrouve vite ses vieux démons. Et s’en est fini des étreintes chaleureuses et des réunions d’anciens combattants.

Le décès de Sterling Morrison des suites d’un cancer le 31 août 1995 parachève l’histoire. Cette fois, le Velvet Underground est bel et bien mort.
« I missed the train back to New York and sat on the cement pavement waiting for another. I very badly wanted a cigarette and a drink. My God, I thought, We’ll never play guitar together again. No more Nico. No more Andy. No more Sterl. » Lou Reed. New York Times. 31 décembre 1995.