Marilyn Manson Smells Like Children

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Marilyn Manson - Smells Like Children

This is your world in which we grow
And we will grow to hate you
– Rock’n Roll Nigger –

A l’origine, Smells Like Children ne devait être que le maxi-single de « Dope Hat », extrait du premier album Portrait Of An American Family. Or c’est un EP de quinze titres qui voit le jour en 1995.

Inclassable et joyeusement bordélique, ledit EP est une collection d’expérimentations en tous genres, de remixes et de reprises. L’univers cartoonesque et enfantin de Portrait Of An American Family est toujours bien présent, en témoigne la pochette du disque où Marilyn Manson se mue en Willy Wonka ou les plages « S****y Chicken Gang Bang » et « Scabs, Guns And Peanut Butter », dignes des plus grands génériques de dessins animés (si, si, en fermant les yeux et en hurlant).

D’autres plages proposent des extraits de dialogue entre interlocuteurs mal identifiés : « Sympathy For The Parents » où l’on reconnaît la voix de Marilyn Manson, « May Cause Discoloration Of The Urine Or Feces » (admirez, si ce n’est déjà fait, le vocabulaire fleuri) qui est censé être une conversation entre Barbara Warner (la mère de Manson qui était infirmière) et une malade (Blanche Wyers) qui aurait oublié de prendre ses médicaments, ou encore « Dancing With The One-Legged » qui est un dialogue entre Manson et un de ses compagnons fortement imbibé (à noter que l’expression « dancing with the one-legged » était une sorte de code établi durant la tournée précédente : faire danser l’unijambiste signifiait se faire une ligne de cocaïne, l’unijambiste en question étant une figurine d’Huggy Les Bons Tuyaux à laquelle il manquait une jambe et dans laquelle le groupe planquait la drogue – inventif).

Pour la petite histoire, le titre « Fuck Franckie », composé de cris de jouissance probablement prononcés par Manson lui-même, est destiné à l’ancien manager du groupe, Franckie, licencié pour avoir piqué dans la caisse 20000 dollars en notes de frais. Ces plages totalement étranges n’ont pas d’autre utilité que de densifier l’opacité du disque, alourdir encore plus l’ambiance glauque qui s’en dégage. Et faire rire un peu, faut l’avouer. Force est de constater que l’objectif est atteint. C’est sombre et totalement incompréhensible.

En ce qui concerne les remixes, ils sont au nombre de cinq (deux pour « Dope Hat », deux pour « Cake And Sodomy » et un pour « Organ Grinder »). Pour trois d’entre eux (« Kiddie Grinder », « Everlasting C***sucker » et « Dance Of The Dope Hats »), ils sont largement d’orientation industriel-soft avec boucles électro, rythmes syncopés et échos métalliques. Trent Reznor est toujours aux commandes de la production à cette époque et ça s’entend même si ça peut sonner un peu dégoulinant et daté, il faut le dire. Pour « Diary Of A Dope Friend » (assurément l’un des meilleurs remixes), le morceau original « Dope Hat » est méconnaissable : alourdi, distordu, macabre à souhait, le titre est une réussite.

Le dernier remix est lui aussi méconnaissable mais pour de toutes autres raisons… Il s’agit de « White Trash » (remix de « Cake And Sodomy »), chanté par Tony F. Wiggins, sur fond de guitare acoustique. Wiggins était le chauffeur du bus de Danzig lorsqu’il fit la connaissance du groupe (tournée commune au printemps 1995). Comme l’explique lui-même Manson : « puisque la chanson critique les inepties blanches et chrétiennes du Sud, on s’est immédiatement dit qu’il fallait remixer avec Wiggins pianotant et fredonnant une version plouc ». Assurément, le moment le plus amusant du disque.

Et enfin, vient le gros morceau de l’objet : les reprises. On ne s’attardera pas sur le sur-médiatisé et particulièrement réussi « Sweet Dreams (are made of this) » : ambiance ultra-malsaine, voix éraillée opportune, riffs de guitares secs, hurlements à vous glacer le sang. Tout le monde connaît, tout le monde a compris. Les deux autres reprises, injustement éclipsées par « Sweet Dreams », sont du même acabit : parfaites. « I Put A Spell On You » (de Screamin’Jay Hawkins) est sublimé par la voix obsédante de Manson et une basse plombante. Le morceau est sombre et ésotérique, sonne comme une cérémonie vaudoue tout en parlant de sado-masochisme et de possession et aurait pu figurer en bonne place dans notre top des meilleurs chansons d’Halloween aux côtés de la non moins fringante version originale. Un grand moment.

Quant à « Rock’n’Roll Nigger » (de Patti Smith), le groupe la jouait déjà en concert depuis un petit moment, accompagné bien souvent de Corey, un ami afro américain, pour répondre aux différentes polices locales qui, à chaque concert, pressaient le groupe, sous peine de poursuites, de ne pas jouer ce morceau, jugé raciste. Sur Smells Like Children, la prise semble live et l’effet n’en est que mieux rendu : le chant hurlé, les riffs rageurs et la batterie impressionnante de violence dispensent allègrement une énergie communicatrice.

Smells Like Children est véritablement un ovni dans la discographie mansonienne. Souvent décrié par les fans du groupe, le disque n’en reste pas moins un réservoir de pépites pour qui arrive à les dénicher dans cet océan expérimental d’une noirceur insondable.

[rating:4]