Janvs Vega

Black mélodique

Note :
5/5
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Au commencement simple velléité artistique d’un dénommé Vinctor, ce n’est qu’en 2004 que Janvs devient un groupe à part entière, un trio composé de gaillards natifs des environs du Latium.

Injustement délaissé par la scène metal, leur parcours semble toutefois riche en singularités et intéresse les plus curieux. En témoigne leur dernier bijou ayant vu le jour, Vega, véritable consécration musicale, étoile aussi perdue qu’éperdue parmi ses sœurs constellées, astre pourtant ô combien coruscant mais oblitéré par de vastes nébuleuses hypercommerciales.

Soit. Penchons-nous un peu plus en détail sur ledit disque. Nonobstant une introduction somme toute assez bancale, j’objecterai à ceux qui manquent de patience : ne vous laissez pas submerger par une soudaine vague de monotonie. Une fois les premières minutes égrenées, la mélodie s’abandonne entièrement à vous, je peux vous l’assurer.

Car même s’il est vrai que Torri di Vetro fait écho à un black traditionnel au possible (exception faite à quelques passages aériens), ce qui s’ensuit est on ne peut plus surprenant.

Sous ses aspects progressifs rappelant vaguement les débuts d’Opeth, Janvs ne se cantonne pas à un genre unique, loin s’en faut. Le groupe transfigure, remanie les lacis de l’Univers à sa guise et garde les fondements black comme autant de valeurs sûres, clairsemant ça et là maintes distorsions et autre vortex de placidité.

Saphire apparaît, tel un prisme océanique, gonflé de par ses riffs hachés mâchés et sa batterie orageuse, imposant une certaine pesanteur qui, crescendo, s’entremêle à quelques paroles d’essence italienne. Un chant limpide, peu commun, en contraste avec l’apparition soudaine d’une voix gutturale.

Sur ces bonnes notes, on se prête volontiers à une écoute plus attentive, les pistes correspondent entre elles via des interludes nimbés de claviers aux nappes spatiales, carrément stratosphériques, et, sans comprendre comment ni pourquoi, on vibre d’une itinérance sensorielle aussi ineffable qu’inspirante.

Quant à Vesper II, elle constitue probablement l’aboutissement de toutes les compositions précédentes. C’est sur un air d’une sincérité remarquable qu’une myriade de mondes se déclinent et affleurent au creux des oreilles. Ici, en ces dimensions surprenantes où la temporalité n’en fait qu’à sa tête, les ariettes grondent et les grésillements éthérés paraissent empreints d’une légèreté attendrissante.

Non content de nous envahir de son trouble exquis, le côté ambiant de certaines résonances projette et offre gracieusement teintes, couleurs, nitescences et chimères dansantes aux pupilles. Une façon comme une autre de rendre au Cosmos son eurythmie originelle…

Au final, et cela n’engage que moi, il est réducteur en pareil cas de parler d’album, puisque ce dernier prend et défend de multiples formes, laissant tantôt entrevoir les marques d’une aquarelle stellaire, tantôt une poésie qui, un jour, fut fredonnée par un homme rongé de morosité ; celle-là finit par rejoindre les sphères isolées et vaporeuses de l’espace. Nul doute que Janvs a su imposer son propre style et ce, en l’espace de quelques titres.

Le cœur se serre devant la justesse de ce qui constitue une pièce maîtresse au sein du black mélodique : forgée d’un caractère éphémère, tout aussi insignifiante que nous le sommes, mais incontestablement liée au regard de l’Infini en qui elle a su puiser et préserver les fragments de beauté les plus intimes… Finalement partagés ici-bas. Nous serions odieux de ne pas les accepter, non ?

Écoutez « Saphire »

Quando la tua celestiale grazia
soffia sul mio cuore
credo che sia ancora possibile
con la tua aurea spada spezzare
le catene di questa condanna
e finalmente zittire le onde
per sempre.

Le grain de sable

Janus représente, dans la mythologie romaine, le Dieu des transitions, des changements, des traversées sans fin ainsi que des boucles éternelles. Rien d’étonnant à ce que le groupe ait choisi de se figurer symboliquement via cette divinité, donc.