Regina Spektor Soviet Kitsch

Anti-folk

Coup de cœur de La Lune Mauve

Pochette de « Soviet Kitsch » de Regina Spektor

Note :
4/5
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Soviet Kitsch est le troisième album de Regina Spektor, sorti en 2004 sur une major. Et pourtant, ce qui frappe d’emblée, c’est la tonalité intimiste et honnête de l’oeuvre. Un peu comme s’il s’agissait du premier album d’une surdouée encore inconnue. Seulement, si elle est effectivement surdouée, la Spektor n’en était alors pas à son premier coup d’essai.

Regina Spektor enregistre ses premières chansons en 1999, et sortira une démo et deux albums avant d’être repérée par Gordon Raphael, le producteur des Strokes: elle assurera la première partie de leurs concerts en 2003, et enregistrera le duo Modern Girls & Old Fashion Men.

Cette expérience, qui permet à l’artiste de sortir de l’ombre, lui permettra de sortir Soviet Kitsch sur une major. Une chose en entraînant une autre, plusieurs des morceaux de l’album seront utilisés par le cinéma ou la publicité, participant à faire de Regina une musicienne célèbre et… bankable.

Mais revenons-en à Soviet Kitsch: comme son nom l’indique, l’album s’ancre directement dans l’héritage culturel russe de l’artiste. En effet, née dans les années 1980 en Russie, Regina Spektor suivra sa famille dans le Bronx, à New York, à l’âge de neuf ans. Où son accent à couper au couteau a sûrement dû lui valoir quelques quolibets, et, donc, la convaincre de le scander bien fort sur ses albums. Le titre Soviet Kitsch quant à lui est directement inspiré d’une expression de Milan Kundera pour qualifier l’esthétique vide du communisme, dans son célèbre ouvrage L’insoutenable légèreté de l’être.

Spontanément, on est tenté de rapprocher la musique de Regina Spektor de célèbres singers/songwriters : on pense à Fiona Apple, parfois à Tori Amos, mais aussi à Amanda Palmer pour la façon de chanter assez rentre-dedans. Néanmoins, Regina a son univers bien à elle. L’album est composé de 11 petites histoires personnelles, qui ont à voir tantôt avec l’amour (Us, Ode to Divorce), l’enfance que la maladie (Chemo Limo). Truffée de détails intimistes, ces morceaux dessinent l’univers de Regina Spektor, entre introspection, observation mais aussi second degré: l’artiste est souvent joueuse, et son attitude vocale, ainsi que certains phrasés de piano, sont éminemment mutins.

Toujours, c’est le minimalisme de Soviet Kitsch qui fascine, tant le duo piano/voix coule de source. La voix de Regina Spektor oscille entre de douces mélopées et des a coups plus rauques – voire carrément punk dans l’O.M.N.I Your Honor.

Chemo Limo est un véritable coup de coeur. La tonalité y est globalement mineure, survolée par le chant poignant de Regina Spektor – à l’exception des refrains qui, soudain, repassent en mode majeur et voient le chant de Regina se saccader pour mieux scander une sorte de gouaille rapesque surprenante mais ô combien rafraîchissante. Là où certaines songwriteuses auraient tendance à rester dans des schémas musicaux plus classiques (on pense par exemple à Charlotte Martin), Regina Spektor a trop de tempérament pour se contenter de chansonnettes qui ne seraient que jolies. Il y a tellement de profondeur d’âme dans ce morceau, mais aussi tant de burlesque (la narratrice, atteinte d’un cancer, préfère acheter une limousine plutôt que de payer sa chimiothérapie, qu’elle trouve trop chère), qu’on se prend d’une immense sympathie à l’égard du personnage.

Qualifiée d’anti-folk par les critiques musicaux américains, la musique de Regina Spektor est la rencontre réussie entre un piano brut, une voix charmeuse et joueuse, et des compositions tantôt primesautières, tantôt plus mélancoliques, l’ensemble produit avec justesse et doigté. Regina Spektor est non seulement une pianiste intéressante (peut-être moins virtuose qu’une Tori Amos, mais toute aussi passionnée qu’une Fiona Apple), mais c’est surtout sa voix qui laisse des traces dans notre esprit, une fois ses disques terminés. Passant des graves aux aigus les plus stridents, capable de puissance tout en expérimentant avec ce qui ressemble souvent à des chuchotements, la voix de Regina Spektor possède une originalité intrinsèque que renforce encore ses compositions.

Pour rester dans l’univers de Regina Spektor