Tori Amos From the Choirgirl Hotel

Art pop

Coup de cœur de La Lune Mauve

Pochette de « From the Choirgirl Hotel » de Tori Amos

Note :
5/5
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Choisir un album de Tori Amos comme unique représentant de sa discographie dans nos albums cultes relève de l’exploit. Parce que Little Earthquakes, parce que Boys for Pele. Et pourtant, une fois le choix effectué, expliquer pourquoi From the Choirgirl Hotel est « the » album à retenir en priorité se révèle moins compliqué qu’on ne l’aurait pensé.

Déjà, parce que From the Choirgirl Hotel est un album qui fait la synthèse entre les sons presque acoustiques qui ont révélé Tori Amos au public (où l’on peut dresser un lien sonique entre Pandora’s Aquarium et Bells for Her), et des sons carrément electro (Raspberry Swirl), style musical où l’on n’attendait pas la musicienne, mais qu’elle poussera à son paroxysme sur l’album suivant, To Venus and back. From the Choirgirl Hotel comme rite de passage du passé vers l’avenir ; et qui dit passage, dit forcément bilan.

Or, à bien y écouter et à y lire, les paroles de From the Choirgirl Hotel marquent une apothéose dans le style lyrique propre à Tori Amos, sur le mode d’un « ok, je fais le bilan et je vous dis tout… mais à vous de déchiffrer ». Et ce que l’artiste nous confesse n’a rien de léger ou de facile, pour ceux que la rencontre piano-voix-Américaine rebuterait. Oui, un disque pop peut être profond, même si le génie de Tori Amos est trop grand pour resté confiné au seul genre pop. On enlèverait la musique et on ne retiendrait que les paroles, From the Choirgirl Hotel serait déjà un immense album. Tori Amos y parle d’une fausse couche – une de plus -, de l’enfant qui n’a pas voulu d’elle comme mère (Playboy Mommy, Pandora’s Aquarium), de relations addictives (She’s your cocaine), de l’absence de notre ange gardien quand on aurait vraiment besoin de lui (Cruel, iieee), ou encore d’abus sexuels (Black Dove) – le tout de cette façon si poétique, cryptée et mélodieuse propre à l’artiste.

Amos aborde ces thèmes difficiles de manière incroyablement dynamique. S’il peut falloir une bonne minute pour véritablement entrer dans Spark (la faute à la production de la guitare?), il est ensuite impossible de s’extraire du disque jusqu’à ce que la note ultime ait résonné. Cet album en appelle à quelque chose de plus grand que nous, à quelque chose dont on ne pourrait peut-être pas parler de façon « normale », mais que la musique permet justement d’exprimer. L’intelligence de l’écriture textuelle et musicale de Tori Amos, ainsi que son chant si caractéristique, sensuel, aussi troublant que troublé, permet à tout auditeur de retrouver une partie de lui dans l’œuvre jouée, d’en être touché, bouleversé même.

Choirgirl n’a, de fait, que peu à voir avec un « disque pop » : c’est un aller simple pour une autre dimension émotionnelle, un portoloin menant à l’intime et au refoulé. Rien de moins.