Bob Dylan Zénith, Paris

Bob Dylan

Il est difficile de parler folk rock sans évoquer Bob Dylan, qui incarne toujours une véritable légende. En décidant de se lancer en 2005 dans un Never Ending Tour, la légende nous montre également que l’homme est encore bien vivant. Alors que la salle se remplie lentement de spectateur de tous âges, chacun parie sur quelle sera la première partie. Mais lorsque les ombres des musiciens arrivent sur scène, c’est la voix de Dylan qui nous accueille directement.

Le concert débute par « Maggie’s Farm », un titre qui a aujourd’hui quarante ans et semble pourtant ne jamais avoir pris la poussière. Depuis la voix est devenue plus grave, mais c’est pleine d’une chaleur incroyable qu’elle revisite un répertoire très années 60, accompagnée d’un groupe de cinq musiciens (au talent bien inégal parfois). Debout derrière son clavier, Dylan laisse apparaître un large sourire qui n’est masqué que de temps à autre par l’harmonica. Le plafond du zénith semble avoir laissé place à un ciel étoilé, le sol à un parquet au bon goût du sud sur lequel une bonne partie du public frappe du pied en rythme. Les réorchestrations alternent avec habilité les titres rock avec d‘autres plus posés, véritables hymnes si propice au rêve.Une chaleur dans le chant mais c’est tout, Dylan ne parle pas entre les chansons et lorsqu’il le fait, c’est pour annoncer une pause.

Les lumières se rallument un instant avant de laisser place à une seconde partie, qui supplante de loin la première. La version de «It Ain’t Me, Babe » notamment fait chanter la salle entière, pas toujours avec justesse mais avec joie en tout cas. Pendant ce temps, une guitare attend sur un support derrière Dylan et c’est le regard braqué sur elle que l’on espère le voir l’empoigner. Viennent le rappel et la frustration puisque c’est finalement l’ombre d’un technicien qui empoigne la guitare et la ramène en coulisse. Il est vrai que déjà dans ses derniers concerts, Dylan restait au clavier mais il y avait tout de même cet espoir de le voir revenir seul pour un ou deux titres, à gratter les cordes uniquement accompagné d’un harmonica. Un gros regret donc mais qui n’empêche pas pour autant de ne pas apprécier ce rappel, les premières notes de « Like a Rolling Stone » déclenchant des cris côté public. On repense à la file d’attente et à cet éditeur qui faisait la pub du dernier livre de Greil Marcus, consacré à cette chanson et au retentissement qu’elle a eu. On y repense avec un regard plus actuel et des oreilles grandes ouvertes, en se disant que certains titres ne vieilliront jamais. Une chanson plus tard, l’homme est sorti. La légende quant à elle, va nous raccompagner encore un bon moment.