El Perro del Mar Centre culturel Suédois, Paris

El Perro Del Mar (photo par Luis Otávio Lopes)

Le centre culturel suédois est caché derrière un grand porche comme tant d’autres dans le quartier, simplement signalé par une enseigne. La petite salle de spectacle qu’il abrite a une certaine élégance avec ses panneaux de bois et ses poutres au plafond. Le concert est complet, et pour cause, le deuxième album de El Perro del Mar, From the Valley to the Star déjà sorti dans les pays Scandinaves est sur le point d’arriver en France, sans compter que la salle est de taille réduite, moins de cent places à tout casser.

Sarah Assbring – difficile d’appeler El Perro del Mar une seule personne même si c’est elle avant tout – commence par gratter à la guitare sur Dog, mise en bouche d’une douceur infinie. Cette nudité met clairement la voix en valeur, elle vient s’élever et emplir l’espace et se fait enveloppante. Candy avec son refrain en plein vol sera un véritable plaisir, d’un mouvement lent et élancé. Avec un air sans âge, elle chante à un pas du premier rang en laissant son regard glisser dans le public quand elle n’est pas penchée sur sa guitare.

Après plusieurs morceaux du premier album, elle la quitte et se met devant le clavier pour introduire les nouvelles compositions de From the Valley to the Stars, dont beaucoup ont été écrites au piano. Dans sa version studio How did we Forget n’en comporte pas une note mais se plie sans difficulté à l’exercice. Dépouillée de tout arrangements vient planer sur elle une forte impression d’intimité, comme si elle chantait tout contre le public pour le bercer. Sur Do not Despair on la rêverait sur scène accompagnée d’un petit orgue. A d’autres occasions Sarah Assbring a montré son goût pour Nico, lui empruntant notamment I’m not Saying, la reprise de l’orgue portatif serait tout à fait envisageable… A moins de rêver carrément du prochain concert dans une petite chapelle pleine campagne.

L’exploration de l’album se poursuit avec une religiosité caressante avant que Sarah Assbring ne retourne attraper sa guitare. Sur Hello/Goodbye elle s’y accrochera fermement, laissant libre cours aux variations de cette chanson de quatre mots. Dans une fuite en avant elle laisse échapper une fragilité de sa voix, jusque là présente mais restée discrète, donnant lieu à cet incroyable moment où une faille se dévoile. D’une manière plus atténuée on en trouvait déjà des accents lorsqu’elle entonnait Party.

L’exhortation pop God Knows (you gotta give to get) devient en un instant brûlante d’une foi toute musicale. Suspendu à la voix qui prend de l’ampleur c’est un plaisir de se faire sermonner de la sorte. Privés d’électricité les titres les plus pop sont investis par la présence de la chanteuse appuyant leur part de folk exquis sans sacrifier leur rythmes. Sur I Can’t Talk about It le battement se transporte des percussions à la guitare même pendant que le chant s’envole à nouveau.

Une certaine tristesse se dégage immanquablement de ces titres, aussi aériens et entraînants soient-ils. De cette tristesse particulière, éthérée plutôt que noire, qui paraît lourde comme une plume et fait un morceau comme Loneliness, appel de détresse autant qu’appel angélique. Une tristesse étrange, prise par la douceur, mise en chanson et renversée. Entre-temps Coming down the Hill descend sur nous.
Do not despair, Hapiness won over us.