Iggy & The Stooges Foire aux Vins, Colmar, 13 août 2005

Il y a encore quelques mois, rien ne m’aurait prédisposé à aller voir Iggy Pop & The Stooges à la Foire aux Vins de Colmar. Brainstormons un peu. Iggy, ça m’évoquait quoi ? Les jingles de Radio Nostalgie ; la cassette pourrie que mon papa écoute à fond dans sa voiture, sur laquelle « No Fun » est coupée en deux entre les faces A et B, et qu’on entend à peine entre un vieux tube d’Eddy Mitchell et « Rain and Tears » d’Aphrodite’s Children ; un mec tout maigre et tout le temps torse nu ; pour résumer, un vieux blaireau parmi tant d’autres, plus très frais et sur le retour.

Sauf que le vieux blaireau en question se débrouille plutôt pas mal en mélodies rock’n’rougnesques, il faut bien que je l’admette ; je remercierai donc, avant de me plonger dans la chronique de ce concert absolument dément, une certaine P., normalement bien connue de mes chers lecteurs, et un certain Lester B., que ces mêmes chers lecteurs devraient s’empresser de découvrir, s’ils ne veulent plus jamais rater de soirée extatique comme je viens d’en passer une.

Ainsi, revenons quelques heures en arrière : me voilà installée dans l’estrade du théâtre en plein air de Colmar, en charmante compagnie, prête à affronter les assauts du légendaire Iguane. Stop. Pardonnez moi, j’ai failli omettre un petit détail : avant qu’Iggy et ses Stooges n’envahissent la scène, il faudra que que je subisse le spectacle de la première partie, dont le choix est selon moi des plus incongrus : il s’agit de Superbus, groupe pop’n’gum qui passe en boucle sur MTV, paraît-il. Je n’ai retenu que le visage de la chanteuse, tête à claques des plus notoires. Je ressors du concert indifférente, ne retenant que ce que cette ravissante tête de linotte dira aux quelques centaines de fans qui sont venus la voir : « ça me fait tout chaud dans mon petit coeur d’être là ». Tiens donc.

Revenons en au vif du sujet : Iggy. Oui, Iggy, même pas les Stooges, qui resteront statiques et discrets tout au long du concert, assurant cependant une impeccable orchestration des morceaux, témoins patients et bienveillants des pitreries de leur leader. Iggy, qui à peine arrivé sur scène, envahit tout l’espace, usant et abusant de son corps et de sa voix pour prendre littéralement possession du public. Nom d’une pipe, papa, ce mec-là est plus vieux que toi, et il n’a même pas une place correcte sur ta cassette. Ya pas à dire, le respect se perd de nos jours.

Les premières notes de « Loose » sont à peine jouées que l’Iguane se balance dans la foule ; c’est l’hystérie collective, les gradins tremblent, les fans hurlent, et je me dis, tellement surprise que j’en éclate de rire, que ce vieil idiot est complètement fou, ou que ce vieux fou est complètement idiot, je ne sais plus exactement ; au fond, ça n’a pas d’importance : je suis très vite emportée dans la transe, m’agitant comme une folle sur ces psalmodies rock qui prouvent que ce dernier respire encore, quoiqu’on en dise et malgré ce que certains essayent de nous prouver.

Après quelques titres, je ne compte plus le nombre de fois qu’Iggy s’est déjà balancé dans le public ; il grimpe partout, sautille comme un échevelé, mime l’acte sexuel à tout va, avec le micro, les amplis, le public ; tout ceci va tellement vite que la caméra qui filme la scène pour la retransmettre sur les écrans géants peine à suivre tous ses mouvements. La communion avec le public est totale, presque obscène, atteignant un sommet lorsque sur « No Fun » une quinzaine de bienheureux vont rejoindre leur idole sur scène pour ce qui ressemblera à un sabbat. Tandis qu’une partie d’entre eux dansent, béats, une plantureuse demoiselle, véritable Sable Starr du XXIème siècle, s’accroche aux lèvres de l’Iguane, bien décidée à ne plus le lâcher. Incrédule, un autre regarde le public, comme plongé dans un rêve halluciné. Le délire est total. 7000 possédés trépignent, et j’ouvre grands les yeux, me jurant de ne pas oublier une miette de ce spectacle jusqu’à ce que le grand barbu là-haut décide que mon heure sera venue.

Malgré toutes ses cabrioles, les incantations d’Iggy sont puissantes jusqu’au bout ; son chant est brûlant, sincère et passionné, et « I wanna be Your Dog », qu’il chantera deux fois (!), reste incontestablement un des plus grands moments « live » que j’ai pu vivre depuis que je me rends à des concerts.

Un rappel d’un seul titre, et puis voilà ; 1h15 d’un ouragan nommé Iggy, ça laisse des dégâts sur son passage. Si vous ne me croyez pas, allez voir par vous-même ; vous n’en sortirez pas indemnes. Sur ce, je vous salue bien bas, j’ai une cassette à effacer et quelques critiques rock à re-re-re-re-relire de toute urgence.

Set List
01 Loose
02 Down On The Street
03 1969
04 I Wanna Be Your Dog
05 T.V. Eye
06 Dirt
07 Real Cool Time
08 No Fun
09 1970
10 Fun House/L.A. Blues
11 Skull Ring
12 Dead Rock Star
13 Little Doll
14 I Wanna Be Your Dog
15 Rappel : Not Right