Iggy & The Stooges Festival Effervessonnes, Evry, 04 juin 2005

Effervessonnes. Festival débutant. L’affaire se tient en région parisienne, à Evry. Dans un stade de banlieue, Bondoufle. Le nom seul ne promet pas monts et merveilles, on est d’accord.

Ciel menaçant. Public mi-hype, mi-touriste. Et affiche incertaine.

Il n’y a pas foule, non plus.

Et il n’y a qu’une scène.

Et comme par magie, j’arrive trop tard pour voir Candidate qui de toute façon, ne me tentait pas plus que ça.

Nic Armstrong monte sur scène après une petite demi-heure d’attente. Armstrong est totalement en phase avec l’esprit revival actuel. Mais il n’est pas assez hype pour passer sur MTV2. Et pourtant, son groupe a toutes les qualités requises. Coupes de cheveux douteuses, allures négligées, tee-shirts siglés avec goût (le bassiste porte un vintage Sex), et un son.

Un son follement rock’n roll. Un garage rock équilibré, suffisamment sale et élégant. De petites bombes écrites à la main. Qui roulent à la perfection. Et qui enflamment bien comme il faut les amateurs du genre. Le batteur, sosie étrange de Gérard Depardieu, achève de soulever la foule en assurant le spectacle.

Piers Faccini prend la suite, après un set de DJ horripilant pour faire patienter (entre chaque concert, les DJ se relaient… volume sonore indécent, pas de repos pour les oreilles entre les sets, énorme point noir du festival). Piers Faccini opère dans un folk mélancolique aux allures très chiantes dans une configuration pareille. Le type baragouine sur cette scène trop grande pour lui avec sa maigre guitare. Franchement pas palpitant.

Et on en vient au premier gros morceau de cette soirée. Daniel Darc, ancien leader de Taxi Girl, aujourd’hui en solo. Daniel Darc, le mythe dandy/junkie/punk. La dernière fois que je l’ai vu remonte à un an, aux Eurocks 2004 où il avait donné un concert bouleversant. Ce soir, l’émotion est absente. Sa voix n’est pas au point. Il n’est pas en forme (et quand on connaît un peu Darc, on sait ce que ça donne).

Et les titres sont creux. Parce que la grande force des chansons de Daniel Darc, c’est qu’elles sont toujours le fil. D’une beauté aveuglante lorsque tout fonctionne. Ridicules, les mauvais jours. Ce samedi-là ne brille pas au firmament. Et Daniel Darc s’enlise. Arrache quelques sourires en se présentant sous le nom du terrible Vincent Delerm. Mais Darc ennuie. Et m’ennuie (jamais je n’aurais cru dire un jour ça de lui).

La suite est longue et sans intérêt. DJ poussifs et Louis Bertignac égal à lui-même. Tout juste égaye t-il un peu son set en reprenant les Who, à deux reprises (dont un « My Generation » qui met en jambe). Pendant ce temps, les jeunes apprentis dandys de la scène garage parisienne s’ébattent joyeusement dans l’herbe.

DJ Zebra prend la suite. Et là, c’est la déferlante de hits parfaite. The Hives, Jet, Prodigy, The Kinks et bien d’autres. L’adrénaline monte, le public se masse vers la scène, ça se dandine, ça trépigne de tous les côtés. Des vieux rockers baroudeurs à qui on ne l’a fait pas. Des jeunes premiers avec ou sans mèches. Des touristes en quête de branchouille attitude. Des punks pas piqués des vers. Des familles nombreuses, petits bouts scotchés aux basques. Des hippies qui se sont trompés de festival.

Et puis. Iggy Pop déboule, torse nu. Jean moulant, usé jusqu’à la corde, tombant sur ses hanches… son uniforme. Les gros loubards Asheton, en retrait, à l’arrière.

Ce soir, on ne vient pas pour Iggy Pop. On vient pour Iggy Stooge.
The Stooges. Les mythiques. Reformés il y a quelques mois. Ils sont là, devant nous. Bedonnants mais ce sont eux. Iggy a toujours la ligne, il est bien le seul.

Chapeau de roue directement. Premier grand moment avec ce titre, ce titre haut de gamme, ce titre qui nous rend tous complètement dingues. « I Wanna Be Your Dog ». Insolence. La version est anthologique. Rock’n roll ? Mais « I Wanna Be Your Dog » EST le rock’n roll. Ni plus, ni moins. Iggy se contorsionne, nez au vent et air bravache. Imprécations, invitations. Sous-entendus. La scène est envahie à la demande d’Iggy lorsque les accords de « No Fun » résonnent.

On aperçoit sur scène aux côtés du maîtres, les jeunes pousses de tout à l’heure, Gustave et ses Naasts en tête de gondole. C’est la folie sur scène et dans la fosse. Boxon incroyable entre vomi party et traces sanglantes. « Real Cool Time », plus vrai que nature, s’élève. Délire complet, langues pendantes. Tout le monde aime Iggy… il chevauche les amplis, apostrophe la foule, s’offre tout entier. Son charisme est indéniable, son aura incroyable.

Il tient la foule. Il la tient fermement sous sa coupe et tout le monde est pendu à ses lèvres, en admiration devant chacun de ses gestes. Pendant ce temps, les frères Asheton pochetronnent derrière, déroulent, produisent un son gras, lourd et sale. Le son Stooges, celui qu’ils ont inventé. Punk à l’état primitif, pas encore totalement codé, à cheval entre deux ères.

Iggy lance un « Hallo Every » (comprendre : bonjour Evry) sincère et hilarant. Et les titres s’enchaînent tous plus jouissifs les uns que les autres. « Dirt » et ses airs mauvais, plus malsain tu meurs. Les hymnes « 1969 » et « 1970 », le reptilien « TV Eyes », un « Fun House » so rock’n roll… On reprochera une seule chose à cette set-list : la quasi absence de titres issus de Raw Power (il y a probablement des choses qui ont été mal digérées, il y a fort longtemps).

Mais enfin, ce soir, un mec en bonne place pour remporter la course à la béatification est monté sur scène. Devant nous. Dans un petit stade de banlieue. Un mythe vivant et ses acolytes d’époque. The Stooges, meilleur groupe rock’n roll live du monde ? On en est pas loin. « I say we will have a real cool time tonight ». Assurément, The Stooges nous ont offert là l’un des meilleurs de l’année.