Marilyn Manson Foire aux Vins, Colmar, 14 août 2005

Elle court, elle court, la rumeur… On m’avait promis des hordes d’évangélistes bien pensants, attroupés à l’entrée du Parc des Expositions colmarien, la voix cassée à force de scander des extraits de la Bible, le visage blême d’avoir prié depuis trois nuits pour empêcher la venue de l’apôtre sataniste (ou satanique, jamais compris la différence, j’attends la polémique :p).

On m’avait aussi juré, « sur la vie de ma mère », que des jeunes du Quartier de l’Europe, ZUP ô combien chaude de la ravissante cité de Bartholdi, menaçaient de venir par centaines cramer le théâtre à ciel ouvert, histoire de se débarasser de tous les gotheux et sataneux du coin.

Enfin, on m’avait prévenu : je devrais faire gaffe à moi, avec tous ces tarés fringués comme à l’enterrement de leur mémé, assoiffés de sang et sexuellement déviants ; heureusement, m’avait-on quand même rassuré, le service d’ordre comptait mettre en place un bac pour recueillir tous les bracelets à pointes à l’entrée ; j’éviterai au moins de me crever les yeux, à défaut de sauver mon âme. Mouhahahaha.

Vous imaginez bien qu’avec tout ça, j’attendais avec une impatience de gamine avant Noël le concert de Marilyn Manson, histoire de voir si le trouble qui régnait depuis l’annonce de la venue du gros patachon dans la capitale des vins d’Alsace allait effectivement donner lieu à l’Apocalypse prévue dans tous les bistros, boulangeries et autres lieux de papotage intensif de la région.

Enfin, voici venus le jour J et l’heure H. A l’entrée du théâtre, les mansonneux maquillés comme des pandas sont finalement peu nombreux, noyés dans une masse de rockeurs, métalleux, goths assez discrets (certainement terrorisés à l’idée qu’on les reconnaisse et qu’on les traîte de pseudo-goths), et beaucoup de personnes somme toute aussi normales que vous ou moi (:p).

Beaucoup de parents accompagnent leurs ados en rebellitude, je compatis tout en m’enfilant mon casse-dalle qui devrait me permettre de survivre à la déferlante Manson. Les minutes sont longues avant d’entrer dans le saint des saints, le service d’ordre a visiblement eu vent de la rumeur et en a un peu trop tenu compte ; le bac à bracelets est à mon grand regret absent : j’aurais bien voulu voir combien de kilos de piques ça représente, un concert du God of Fuck.

J’ai mal aux pieds en entrant enfin dans l’arène, après 1h15 d’attente devant les grilles, et mes compagnons et moi-même décidons très vite d’aller confortablement nous installer sur les gradins.

Je passerai très vite sur la prestation de Skull, groupe local qui a réussi à enthousiasmer une grande partie du public jusqu’à provoquer des pogos assez démentiels ; guère amatrice de metal extrême, je me prends 15 ans dans les dents du haut de mon perchoir, hypnotisée par le spectacle de centaines de demi-portions à peine pubères qui donnent de la voix et se jettent violemment les uns contre les autres (et ça ne faisait que commencer).

J’en prendrai 15 de plus en voyant quelques jours plus tard l’album du groupe désigné comme « indispensable » par la Fnuc (oui oui, la Fnuc :p) colmarienne. J’en concluerai que c’était une première partie de qualité, mais que c’est moi qui suis trop vieille, ou qui ait des goûts de ch… Passons dès lors à l’essentiel.

Le show tant attendu de Manson commence enfin ; alors que la scène est plongée dans le noir le plus total, un candélabre fais soudain son apparition, tandis que les premières notes de « The Family Trip » emplissent le théâtre. On ne distingue pas encore la personne qui tient l’objet, mais une clameur qui me rappelle la cour de mon collège quand une bagarre éclatait s’élève soudain ; de l’endroit où je suis, l’ouverture des rideaux qui masquent la scène jusqu’au début de « The Love Song », premier véritable titre du concert, est phénoménale ; c’est l’hystérie dans la fosse, et je souris à l’idée que le khôl de certains ne va pas tenir longtemps.

Sur scène, les lumières, les décors (notamment la potence à laquelle est fixée le clavier de Madonna Wayne Gracy), les tenues des héros de la soirée forment un ensemble esthétiquement impeccable. Très vite, sans véritables pauses, ni la moindre communication avec le public, les titres de la tournée « best of » du groupe s’enchaînent ; le show est hyper carré, bien calibré et plutôt distrayant ; Manson rugit, éructe, se dandine, soulève sa jupette sous laquelle il a pris soin d’enfiler des sous-vêtements décents (notez bien le détail, ça aura son importance ultérieurement), balance son pied de micro dans tous les sens et surtout par-terre (qu’un larbin s’empressera de courir ramasser à chaque fois, ce qui aura au moins le mérite de faire rire aux larmes deux dames d’une quarantaine d’années assises à côté de moi) change d’accessoires à chaque chanson (chapeaux, échasses, tout y passe), des confettis et autres serpentins tombent du plafond…

Mais. Mais il manque l’essentiel : la passion, la rage, l’émotion brute qui font d’un concert de rock qu’il est un concert de rock (et le premier qui m’emmerde parce que Manson c’est pas du rock je le cloue au mur). Je frissonne sur « Great Big White World », qui est une de mes chansons préférées du bonhomme, je savoure « The Fight Song », je me surprends à vibrer sur « Sweet Dreams ». Mais c’est tout. Je ne suis pas déçue, on m’avait prévenu que je ne devais pas attendre la lune de ce concert, que Manson, bah c’était mieux avant.

Mais quand même. Voir Manson après Iggy Pop (la veille au soir dans le même théâtre), ça fait le même effet que de manger un plat de nouilles chauffées au micro-ondes après une soirée d’enfer : c’est bien sympa, ça requinque toujours, mais bon, c’est pas tout ça mais faudrait quand même songer à aller se coucher, non ?

Après 1h15 de show digne de la parade à Disneyland, le rappel se résume à « Antichrist Superstar », chanté du haut d’une estrade ; puis Manson et sa clique quittent la scène sans le moindre mot pour leur public, pourtant galvanisé. Les lumières se rallument brusquement : cassez vous bande de nazes, on remballe le chapiteau. Mais n’oubliez quand même pas d’acheter un T-shirt avant de partir. J’ai un fou rire nerveux en quittant le théâtre. Voilà, j’ai vu Manson en concert.

Dans le hall de la Foire aux Vins, une amie de mes parents me croise et s’offusque de me voir sortir du concert : « mais tu sais pas qu’il tue des poussins sur scène d’habitude ? Bon cette fois-ci il a pas eu l’autorisation blablabla… » J’acquiesce gentillement, alors que mon cousin, qui m’avait accompagné, rencontre une de ses amies : « c’est vrai qu’il s’est mis à poil ? Qu’il a montré ses parties ? ». La rumeur n’a pas fini de courir on dirait. En attendant qu’elle s’essouffle, je réécoute religieusement Mechanical Animals et prie pour une résurrection de l’Antéchrist. Parce que Manson, bordel, c’était quand même sacrément mieux avant.

Setlist
01 Instrumental de Antechrist Superstar
02 Prélude : The Family Trip
03 The Love Song
04 Irresponsable Hate Anthem
05 Disposable Teens
06 mOBSCENE
07 Intro de Minute of Decay
08 Tourniquet
09 Personal Jesus
10 Get Your Gunn
11 Great Big White World
12 Tainted Love
13 The Fight Song
14 The Nobodies
15 Intro de Diary of a Dope Fiend
16 The Dope Show
17 Rock Is Dead
18 The Golden Age Of Grotesque
19 Sweet Dreams (Are Made Of This)
20 The Beautiful People
21 Rappel : Antichrist Superstar