The Hives & Blues Explosion Zénith, Paris, 15 avril 2005

The Hives

D4 ouvre la soirée, toutes guitares dehors.
4 excités, lookés bien comme il faut. Qui balancent la purée. Ca joue vite. L’énergie est là. Les compos un peu moins. Mais le son gâche tout. Bien trop fort pour un groupe chargé de démarrer les hostilités. Et malgré toute la volonté qui y est mise, la lassitude pointe rapidement le bout de son nez.

Et puis, c’est le Blues Explosion qui prend place. J’attendais beaucoup de ce groupe, peut-être plus que du suivant. Et… quelle déception. Le Zénith étouffe ce genre de groupe. Scène trop grande pour le trio, éclairage rendu miteux par l’immensité, et surtout morceaux qui ne se prêtent pas du tout à ce genre de salle. Et de nouveau, il y a ce son. Toujours trop fort.

Et surtout, extrêmement brouillon. On ne distingue rien, tout se confond tant et si bien que le rock ‘n roll garage hypnotique du combo devient pâteux et franchement énervant. Heureusement, Jon Spencer est toujours aussi charismatique (même si de loin et mal éclairé, l’effet n’est pas le même) et il reste ces moments de pure folie sonore où il se mue en un Elvis pervers à souhait.

Vieux routard serviteur de la cause, le Blues Explosion tire finalement son épingle du jeu, à de rares instants, lorsque la frénésie, caractéristique de la musique du groupe, prend le dessus et envoûte, -que dis-je- possède musiciens et spectateurs.

Vient alors le gros morceau de la soirée.

The Hives affichent d’entrée la couleur. Lettres clignotantes, rouge pétard, sur une enseigne ultra cheap. Et les voilà qui débarquent, costumes blancs/chemises noires, gomina à gogo. 50’s in da place. Et Howlin’Pelle Almquist de s’être laissé pousser la moustache, caricature de lui-même encore plus acerbe.
Immédiatement, le Zénith s’enflamme. Les 5 suédois (parce qu’avec ça, les bougres sont suédois) répondent aussitôt en balançant en pâture les morceaux les plus attendus qui prennent une tout autre dimension en live : « Hate To Say I Told You So », « Walk Idiot Walk », « Two Timing-Touch And Broken Bones », « Abra Cadaver », « Main Offender », etc…

Encore plus débiles, encore plus accrocheurs. Même les slogans scandés paraissent plus idiots. Punk-rock de base, relents garage, 3 minutes chrono par morceau. Folie douce, ringard attitude et crétinerie assumée en sus. The Hives sont les rois de la surenchère sans que jamais, cela ne soit trop.

Devant moi, deux petits garçons, 10/11 ans à tout casser, cheveux rouges teints à la bombe bon marché, entament une danse hilarante avec les barrières de sécurité, leurs corps parcourus de spasmes, leurs têtes bringuebalantes, tout en poussant des hurlements enflammés. The Hives, c’est ça… le règne du grand n’importe quoi et une quête absolue, celle du fun.

Et avec ça, le son est excellent, ultra-carré. Et Pelle, véritable showman, harangue la foule, la séduit rapidement en balbutiant quelques mots doux en français, « Paris, mon amour », ou en lançant aux groupies du premier rang avec qui il se frotte des « mais qu’est-ce qu’elles sont bruteuses ! » interloqués. Il grimpe sur les amplis, crie comme un damné, entame des danses possédées, le tout en prenant des poses jaggeriennes de bon aloi. Et il tape du pied, increvable.

Quand vient le premier rappel, c’est toute la salle qui hurle de bonheur. L’énergie est là, positive et survitaminée. Les sourires sont scotchés aux lèvres, sur scène, comme dans la salle. Puis un deuxième rappel, qui ne se fait pas prier. Et là, tout le monde exulte. Les musiciens s’éternisent, viennent saluer la foule. L’interaction avec le public est totale, chacun étant heureux d’être là. De participer à cette grande fête, qui voit The Hives transformer leur essai dans une grande salle, leur première du genre en France et en tête d’affiche.

Le contrat est rempli : à l’instar de tous les groupes rock’n revival actuels qui posent plus qu’ils ne jouent, The Hives se démarquent. Leur singularité ? Assumer leur ridicule et le transcender pour proposer un spectacle (oui, un spectacle) d’une sincérité rafraîchissante. Entre punk-rock bien senti et éclats de rire, entre énergie dévastatrice et show grandiloquent, The Hives prouvent qu’on peut faire du rock avec des têtes d’abrutis finis. Et qu’en plus, on le fait avec plus de réussite que tous les mécheux ténébreux à grosses têtes qui hantent la scène rock actuelle.