Tool Le Zénith, Paris

Coup de cœur de La Lune Mauve

Il y a quelques jours à peine Tool sortait 10000 Days, son cinquième album.

Un disque monstrueusement sombre. Lourd à digérer. Une masse opaque, presque impénétrable.
C’est absolument pas préparée, avec à peine une écoute de la bête derrière moi, que je me présente aux portes du Zénith. Pas prête du tout à me prendre mon premier concert de Tool dans les dents.

Agréable surprise : pas de première partie. Qui, de toute façon, saurait/pourrait rivaliser avec Tool ? Papa Roach ? Hum. Pardon.

Alors les lumières s’éteignent.

« Lost Keys » s’annonce, prétexte à l’entrée en scène du groupe. La longue intro, tortueuse et trippante, affiche direct la couleur. Ce qui suit sera terriblement puissant. Et étrange.

Sans plus de cérémonie, c’est le violent « Rosetta Stoned » qui est jeté en pâture. Les cris dans la salle redoublent lorsque apparaît la silhouette de l’animal Maynard en ombre chinoise. Furieusement punk (visez-moi la crête), il éructe à travers un vocoder, plus énervé que jamais. La surprise est telle que je me demande un instant si je ne me suis pas plantée quelque part. C’est KMFDM qui assure la première partie et personne ne m’a prévenue, c’est ça ? Puis, sa voix devient claire. Cette voix reconnaissable entre mille. Je reprends mes marques. Rythme tribal familier. Non, non, c’est Tool.

Adam Jones (photo de Deep Schismic)

Déboule « Stinkfist », surpuissant. Et je ne vais tous les faire comme ça sous peine que cette chronique devienne redondante. Chaque titre envoyé ce soir là s’assemble parfaitement au précédent dans un crescendo de violence et de douleur. Comme si leur musique faisait trembler le sol et y réveillait quelque chose. Un torrent de lave ou une fumée noire opaque. Quelque chose de non-humain. Quelque chose qui vient d’en dessous. Quelque chose qu’ils appellent. La musique de Tool tient de l’invocation. Et en live, c’est encore plus vrai. Regardez-les. Leurs visages habités. Tournés vers ce fil qu’ils tendent Et écoutez. Ces morceaux bourdonnants qui s’étirent à l’infini, semblent ne plus jamais finir.

Gigantesque jam, absolue cavalcade. A l’image de ces énormes « Right In Two » et « Lateralus » qui, j’en suis sûre, résonnent encore quelque part. Tout comme ce cri, presque animal, lors du « Stinkfist » précité.
Alors quand vient l’interruption, après les salves bien connues, après la double surprise « Opiate », après les petits nouveaux, après que même les délires footballistiques de Maynard n’aient aucunement réussi à interrompre le flot sacré, c’est à genoux, langues pendantes qu’on leur demande de continuer. Et eux de nous laisser mariner.

Quatre gustaves assis sur le devant de la scène qui savourent avec de petits airs de parvenus une gigantesque standing ovation.

Alors est venu « Vicarious ». Puissance ahurissante. Le grand huit version sans les mains, version sans arrêt. Version nulle part et pour toujours.

Alors tu penses qu’ils ne peuvent pas aller plus loin, que c’était maintenant le sommet. Tu te trompes lourdement. Ils ont joué « Aenema ». Là, tu pleures. Presque 10 minutes au paroxysme, ça mérite bien que t’en chiale, merde.

T’as vu Dieu ou un truc du genre et c’est dans Maynard qu’il s’incarne. Nous avons cru qu’il allait se briser.