Même The Horrors grandissent

The Horrors

Après un excellent premier EP (We Are The Horrors – 2006) et un album inégal (Strange House – 2007), revoici donc The Horrors, très jeunes anglais au look plutôt repoussant (imaginez tout ce qu’il y a de plus visuellement tape-à-l’œil dans l’emo et le goth, ajoutez de la laque extra-forte et mélangez).
D’une ambiance gotho-surf, très film d’horreur old-school et fortement influencé par les Cramps, dont nous retiendrons surtout la poignée de monstrueux singles (« Death At The Chapel », « Sheena Is A Parasite » et « Count In Fives »), nous passons à… Primary Colors, leur second effort, sorti ces jours-ci.

On dit souvent que le deuxième album est celui de la maturité. C’est très bête à dire et ça m’ennuie de le faire parce que ça revient un peu à enfoncer des portes ouvertes.
Mais quand c’est aussi vrai que maintenant, il faut quand même le souligner.
Ah ça, si on s’attendait à des chansons de plus de 7 minutes de la part de ce groupe !

The Horrors - Primary Colors

Primary Colors est un superbe album post-punk. Bien loin des poussifs White Lies, nouveau Bravery, dont on nous rebat les oreilles à l’heure actuelle, The Horrors se classent aux côtés de White Rose Movement (en moins dansant), rayon franche réussite.

Convoquant la plus élégante cold-wave et le plus tourbillonnant shoegaze, Primary Colors est un disque sombre, sinueux et semble coincé pour l’éternité dans une chambre d’écho. Pas vraiment sain d’esprit, relativement peu confortable, moyennement rassurant, tout n’est ici que tension et bourdonnement et ce n’est pas la voix glacée de Faris Rotter qui allège l’atmosphère. Produit par Geoff Barrow, Primary Colors en retient les tonalités grises du dernier Portishead (Third – 2008) mais il digère aussi Joy Division (la basse sur « Scarlet Fields » pour ne citer qu’elle) et My Bloody Valentine (les guitares sur tous les titres et spécialement sur « Who Can Say »), The Jesus & Mary Chain et Public Image Limited. L’influence Cramps demeure également tapie dans l’ombre, moins évidente (« New Ice Age »). On pourrait faire pire niveau héritage. On pourrait faire plus original aussi, certes. Ce disque est un exercice de style, oui, sûrement. Mais lorsque les chansons sont bonnes, on peut dire que l’essai est transformé. Et c’est tout ce qui compte.

Meilleurs titres :
« Do You Remember », « Mirror’s Image », « New Ice Age » et la merveilleuse « Sea Within Sea» qui clôt l’album.

Site officiel
Myspace