Série « Les endroits les plus étranges sur Terre » – Partie 5

Aokigahara La forêt du suicide

Aokigahara

Avertissement : cet article contient des informations, des photographies et des liens qui peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes et des personnes sensibles. Si vous êtes de nature sensible, nous vous déconseillons la lecture de cet article.

Aux pieds du Mont Fuji, au Japon, existe une étrange forêt : Aokigahara (青木ヶ原), qu’on appelle également la « Mer d’Arbres » (The Sea of Trees, 樹海, Jukai), à cause de l’incroyable densité des arbres qui la peuplent.

En 864, le Mont Fuji entra en éruption, et la lave ainsi accumulée constitua le berceau fertile de la future forêt.

Le sol d'Aokigahara est traître…

Mais ce n’est pas le silence pesant qui y règne, ni le fait que le soleil n’y perce jamais à cause de la densité et de la hauteur des arbres qui rendent cette forêt célèbre. Si Aokigahara est célèbre, c’est parce que de nombreux Japonais viennent s’y donner la mort : on y dénombre une centaine de suicides par an. Ce qui explique l’origine du deuxième surnom de Aokigahara, qu’on appelle aussi « la Forêt du Suicide ».

Le deuxième lieu le plus suicidaire du monde

Aokigahara est le lieu où les gens se suicident le plus au Japon, et occupe la seconde place sur le podium des « lieux à suicides » les plus populaires du monde, juste derrière le Golden Gate Bridge de San Francisco.

Historiquement, au Japon, le suicide était surtout le fait des samouraïs (seppuku / harakiri), tandis que les familles pauvres venaient parfois abandonner leurs aînés dans les montagnes, ne pouvant plus subvenir à leurs besoins. Mais les suicides dans les forêts est un phénomène relativement récent au Japon.

Aokigahara contient de nombreux panneaux installés par les services publics, exhortant les personnes suicidaires qui pénètrent dans la forêt à reconsidérer leur acte (Votre vie est un cadeau précieux de vos parents. S’il vous plaît, pensez à vos parents, à vos proches et à vos enfants. Ne restez pas seul avec vos problèmes, parlez-en.).

Panneau de prévention du suicide

Lorsqu’on se promène dans cette forêt, il n’est pas rare de tomber nez à nez avec des tentes ou d’autres objets abandonnés, des boîtes de somnifères vides, des cordes pendant aux arbres, des ossements, voire, dans certains cas, des cadavres…

Ossements retrouvés à Aokigahara

À cause de son taux d’humidité élevé et de sa faune, Aokigahara est un lieu où les cadavres se décomposent très rapidement. De nombreux randonneurs ont eu la désagréable surprise d’être témoins d’effroyables scènes morbides, et en ont partagé les photos sur Internet afin d’informer la population de la réalité des faits, et de dissuader, peut-être, les candidats au suicide qui verraient dans cette mort végétale quelque chose de digne.

Ainsi, si on ne prend pas garde, une simple recherche Google Images nous mène sans qu’on l’ait demandé à observer le cadavre d’un pendu, dont la main est dévorée par les insectes…

Une origine littéraire ?

Le culte morbide que suscite Aokigahara semble puiser ses racines dans la littérature.

Ainsi, en 1960, l’écrivain japonais Seichō Matsumoto a écrit une nouvelle intitulée 波の塔, Nami no Tou (littéralement « pagode de vagues »), dans lequel il évoque cette « magnifique forêt abandonnée et sauvage », en affirmant qu’elle est l’endroit idéal pour mourir en secret, sans que l’on puisse retrouver votre corps. La nouvelle s’achève avec le suicide de deux amants dans la forêt. La publication de cette histoire aurait vu le nombre de suicidés augmenter à Aokigahara.

En 1993, un autre écrivain japonais du nom de Wataru Tsutsumi aurait publié un livre intitulé Le guide complet du suicide. Ce livre décrirait les différentes façons de se suicider en précisant les risques que chaque méthode comporte. Dans cet ouvrage, l’auteur recommanderait la pendaison, et indiquerait les endroits d’Aokigahara qu’il faudrait, selon lui, privilégier pour éviter que le corps soit retrouvé et que la police conclue à une disparition et non à un suicide.

Il paraît que de nombreux suicidés auraient été retrouvés précisément aux endroits « recommandés » par Tsutsumi, avec à leurs pieds, le fameux guide. Je n’ai pour ma part trouvé aucune référence à ce mystérieux livre, ce qui explique pourquoi j’emploie le subjonctif !

Il est aussi intéressant de noter qu’en 2004, le réalisateur Tomoyuki Takimoto réalisa le film Ki no umi (樹の海) dans la Forêt du suicide. Il raconta aux journalistes que durant les repérages pour le film, il trouva un portefeuille contenant 370 000 yens (environ 2 300 euros) laissant ainsi supposer qu’Aokigahara est un terrain propice pour la chasse aux trésors. Ce qui ne fut pas pour calmer les ardeurs du tourisme morbide.

Nature et légendes

Aokigahara est ainsi le théâtre de nombreuses morts mystérieuses, qu’il s’agisse de suicides, de disparitions ou d’accidents : en effet, la topologie de la forêt se caractérise par de nombreuses grottes et souterrains, dans lesquels on peut tomber par inadvertance en empruntant les chemins non balisés de la forêt.

La « Mer d’arbres » étant très dense, il est très facile de s’y perdre, d’autant plus que les locaux affirment qu’elle est hantée par les yurei, les âmes damnées des défunts morts violemment, hantant la forêt pour égarer les vivants. Il paraît aussi que les boussoles n’y fonctionnent pas à cause du magnétisme de la roche volcanique, et que les instruments numériques tels que GPS et téléphones portables ne captent pas.

Photo de Cécile Lavrut

Cela a donné naissance à la légende selon laquelle quiconque entre dans Aokigahara n’en ressort jamais, et que des promeneurs ayant perdu leur chemin, prisonniers de cet « enfer vert », y ont erré pendant des jours avant de mourir de faim puis d’être dévorés par la faune locale.

Cela explique aussi pourquoi les désespérés qui s’enfoncent dans la forêt mais qui hésitent encore à en finir marquent leur chemin avec de l’adhésif, qu’ils font courir d’arbre en arbre, un peu comme les petits cailloux de Hansel et Gretel, afin de pouvoir retrouver leur chemin et de ressortir de la forêt, si besoin.

Cela abîme évidemment l’écosystème d’Aokigahara, qui se retrouve ainsi polluée par des quantités considérables de plastique, que viennent nettoyer des groupes de personnes lors d’une « chasse au cadavre » annuelle, sorte de randonnée macabre à la poursuite des traces laissées par les récents suicidés.

Alerte face au danger à Aokigahara

Le shintoïsme et le bouddhisme, les deux religions majoritaires au Japon, accordent toutes deux une place particulière à la nature dans leur système de croyances. Ainsi, le shintoïsme, plus proche de l’animisme que d’une véritable doctrine religieuse, considère que la montagne et la forêt abritent des divinités, ainsi que les âmes des morts (voir à ce sujet le PDF Forêt et religion au Japon : d’une vision singulière de l’arbre à une gestion particulière de la forêt, de Nicolas Alban et Caroline Berwick).

Les Japonais habitant en périphérie du Mont Fuji ne pénètrent que très rarement dans Aokigahara, en partie à cause de ces croyances, et de toutes les légendes qui se sont formées au sujet de cette étrange forêt au fil des années.

D’aucuns voient dans la crise économique l’explication de l’augmentation du nombre de suicides à Aokigahara depuis le début des années 2000.

Reportage vidéo sur Aokigahara

Attention : ce documentaire contient des images susceptibles de choquer les âmes sensibles.

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