Mélancolique, oui nostalgique, non

Purple Moon

Ah. Que m’a-t-on rabattu mes oreilles d’Elfe avec le sempiternel :

La Lune Mauve, c’était mieux avant. Il y avait un esprit et une communauté. J’ai bon espoir que le bon vieux temps refasse surface. *

Ah. On pourrait simplement répondre que les personnes qui constituaient la communauté et nourrissaient l’esprit en question ont tout simplement déserté l’Astre pourpre ces deux dernières années, sans demander leur reste et sans permettre qu’on leur dise au revoir, pour la plupart.

On pourrait aussi répondre que dans le bon vieux temps, nous avions placé La Lune Mauve haut, très haut dans notre estime, du haut de nos seize ou ou dix-sept ans, et qu’à l’époque, un site web fait de bric et de broc avait pris des allures de manifeste romantique virtuel, d’avatar en clair-obscur, de miroir déformant rassurant. Nous faisions une montagne de la moindre phrase lâchée dans l’océan intergalactique, dans cette mer de pixels encore vierge des réseaux sociaux.

On pourrait encore répondre que c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins. Mais cela généraliserait trop, mélangerait le bon grain à l’ivraie, et ne serait pas très gentil pour les rares Êtres ambivalents qui ont vraiment beaucoup donné pour que ce site soit ce qu’il est aujourd’hui.

Je comprends la nostalgie de nos belles années – cette adolescence et cette post-adolescence, souvent toutes deux ingrates, comme les reflets de nous-mêmes lâchés à cent à l’heure sur une route inconnue. L’anonymat permis, à l’époque (c’était avant Facebook !), nous donnait un sentiment de toute puissance, et la moindre phrase bien tournée, publiée sur quelque forum empourpré, nous valorisait. Une tempête dans un verre d’eau. Un détail du WWW.

Purple Moon

De cette époque, je ne suis pas nostalgique. Je ne regrette pas mon modem 58k, je ne regrette pas les drama queens et les drama kings faisant du dit forum un Speaker’s corner tragique, je ne regrette pas les iframes, je ne regrette pas les montages photo hyper saturés, et non je ne regrette pas « la communauté« .

Tout simplement, parce que cette communauté n’a pas disparu. Elle n’est pas composé des mêmes personnes, certes, mais elle n’a pas disparu. Elle n’a pas la dimension de l’époque où nous étions si nombreux (quinze en ligne en même temps ? OMG), elle n’est pas faite du même bois, mais elle a toutefois de l’étoffe.

Par contre, une intense mélancolie me saisit lorsque j’observe les noms de ceux qui posent leur démission, ceux qui claquent la porte du jour au lendemain, et tous ceux qui ont lentement mais sûrement abandonné cette vision, ce don de voir derrière les apparences et de tout remettre en question.

En faisant preuve d’empathie, j’essaie d’imaginer que cela leur a coûté de faire le deuil d’un truc qu’ils ont autant adoré, sans pouvoir plus le posséder comme ce fut le cas avant.

Cette passion de fous furieux élitistes qui se plaisaient à repeindre le monde en noir et mauve tous les soirs n’a, cependant, pas disparu. Si vous regardez bien autour de vous, à la nuit tombée, votre visage seulement éclairé d’une chandelle vacillante, tout à l’extrémité de vos yeux, vous verrez une brume vaguement pourpre envahir votre champ de vision, et entendrez un ou deux battements de cœur sortir de l’ordinaire.

La Lune Mauve n’a besoin que de ça pour redevenir une Tour d’ivoire partagée. D’un peu de vous.

* Condensé de tout pleins de phrases entendues et lues ces deux dernières années.