Chant d'elle

« St. Marx Cemetery Series Vienna 1/12 » par Betty Ditscheid

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 17 décembre 2007.

Blanc, blancheur, papier qui s’étiole. Mon esprit s’évade, à pas de loup, loin au fond de la forêt. La morsure du froid à mes côtés, le blizzard portant mes pieds gelés. La lueur au bout du tunnel.

Anis étoilé, bulles de papier mâché, branchiflore collée, serrée. Ma buée de sauvetage. Un éclat… À même le regard, collée tout contre toi.

Chant d’elle. D’elle. D’elle. D’elles.

La petite boîte gelée semée parmi les graviers. Grelottante, elle dort ; elle n’a pas froid. On a perdu son regard. Partie au loin, elle rit au sein des vertes prairies et des petits vallons qui, lorsque les beaux jours reviennent, sont piqués de crocus.

Le maquillage cache mal la blancheur de ses mains. Ses cheveux ne sont plus bouclés. Son sourire a fané.

Longtemps, sur ce parking, j’attendrais celle qui ne reviendra jamais.

Marchant lentement derrière elle, observant de mes yeux embués les rubans décolorés, les anges tristes, je n’étais pour une fois pas la seule à laisser tout tomber. Pour nous, l’accompagner.

De quoi ses rêves sont-ils faits, désormais ? A-t-elle seulement des rêves ?

Prostrée, je vis un de ces moments que j’ai longtemps cru qu’ils n’arriveraient jamais. Plus d’écriture magique, plus de table enchantée. Les papillotes n’ont plus le moindre intérêt.

Longtemps, j’y repenserai…

Chants d’elle. Chandelle. Asphyxiée.

À elle.