Clear Water

Transparence

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 6 décembre 2006.

Preuve est faite que visages dévots et pieuses actions nous servent à enrober de sucre le diable lui-même…

La Compagnie du Faux Self a encore frappé.

Depuis ma fenêtre aux étoiles, un étrange goût de bile… dans cette trachée qui palpite, un arrière-goût de toi, relent de ce que tu simules.

Tu brilles, sublime, implacable, tellement sûr du moindre de tes faux pas que je me sentirais presque complexée par mon étonnante simplicité. Grattant avec frénésie la couche grasse dont tu te revêts. Avalant tant bien que mal les épisodes sirupeux de ta vie privée.

Étoile polaire des mers du sud, baiser brûlant parfum sorbet : peu m’importe. Prends l’identité qu’il te plaira. Je prends, moi, le droit d’aérer mes chairs, d’inciser le sarcophage vivant à grands coups de plume, laissant s’éventer les huiles capiteuses.

Peut-être est-ce moi ou mon tempérament ambigu, tantôt morne tantôt survolté, qui ne parvient à s’en contenter. Un battement d’ailes, à peine, et me voilà à l’autre bout de mon palais aux merveilles. « Boîte à Lumière » la bien nommée par quelque incarnation céleste, agile et pure. Le reste, qui s’en soucie ? Reste-t-il un morceau de chair, ce morceau de toi, recélé quelque part en ma peau meurtrie ?

En chacun de nous, des visages, des figures – autant de mirages au mortel goût de cyanure.

Quelle étrange curiosité que d’entendre soudain l’agaçant trottinement de tes pas dans l’arrière-cour. L’étincelle de deux verres qui se cognent, la langueur sentimentalo-imbécile que je me surprends à ressentir encore. Même plus besoin de regarder mon clavier : c’est le goût du sel qui remonte à mes yeux, la sensation du sable dans mes chaussures, ces photos surréalistes d’un après-midi qui n’a jamais eu lieu. Je me souviens bien, pourtant, de ce surexcitement proche de l’hystérie quand, ajustant mon haume avant d’affronter les chiens, je te retrouvai, bien là, blottie contre la caresse de tes reins.

– N’était-ce pas là ce que nous appelions amour? (Ou comment on y revient.)
– Quelle duperie!
– Vois-tu, j’aime te l’entendre dire.

Pour autant que l’art est une entaille, je n’espère plus qu’à demi-mot l’honnêteté qui dérange, précisément parce qu’elle est vraie – même naïve à un point dont tu n’as pas idée. Se peut-il que l’art soit finalement l’aboutissement de ce que nous pensons être – l’organe tuméfié dont nous pensons être l’hôte ?

C’est ici, bien enfoncé dans tes tripes ; rien n’y fait, tu penses à elle. Et puis encore, qu’importe si le soleil brille. La monomanie se transforme en érotomanie, et cela finit en drame puisqu’aucune pulsion n’est satisfaite, puisqu’aucune force ne détruit.

On reste planté, comme ça, vide et lâche, à se demander ce qu’on fout là.

Non, ça n’a pas été facile de rouvrir les yeux – que dis-je ! – de sortir du coma. Ni de tolérer les bulles agglomérées sur mon pare-brise, ni de marcher quarante, cent fois, le long de ce trottoir qui ne rime à rien.

L’art est une entaille infligée aux prunelles ne souffrant pas les chairs peu photogéniques. Plus aucun sacrifice, cela va de soi, pour ces gens qui ne comprendront jamais qu’écrire… permet aussi de pleurer. (Profites-en pour rapprocher ta langue nébuleuse de mes cils.)

Ondées pourpres, bleues, dorées ; rien ne sonne, rien ne bouge. En français, on pourrait dire : c’est clair comme de l’eau de roche. En anglais, on dirait: it’s kreestal clear.