Des choses cachées dans le noir

« North Star » Alphonse Mucha

Parfois on retombe sur des trésors, cachés dans le noir. Et l’on vient les déposer au pied du ciel, sur cette Lune que l’on dit mauve.

Là, ils dormaient, oubliés, pâles et paisibles dans l’aurore qui se levait, jour après jour.

Tout à coup, on se rappelle, avec force et fracas, l’immensité de la passion d’alors, les cris étouffés par les larmes et les états d’âme, bus directement à la pointe de la plume et de son encre bleu-mer-des-îles. Inondation d’encre, tsunami de papier, je crois qu’il était question de fleurs piétinées, de trognon de pomme mal digéré, de tromperies bien vilaines et de blessures de soi.

Ce fut il y a bien longtemps. Je décidai de cacher toutes ces choses dans le noir.

J’écris ça, là, car si je l’envoie à qui de droit, je n’aurais que du silence pour toute réponse. Et, pour ça, je peux déjà compter sur moi. Rien qu’un silence, cet assourdissant silence qui continuera sans doute de résonner encore un moment, remontant le long de mon échine, et me faisant encore une fois regretter d’avoir osé l’envoyer. Suis-moi, je te fuis ; fuis-moi, je te suis.

Puisque tu ne veux pas savoir, je le dirai à d’autres personnes. Je ne suis pas du genre à tuer : je suis du genre à écrire. Ce qui, en général, fait bien plus mal. Tous ces textes sont comme autant de petites coupures, infligées toujours au même endroit. Celui-ci fait office du coup de trop, le coup qui rouvre la blessure et laisse tout dégringoler. Un mal pour un bien, qui sait ?

Par delà les montagnes traversent des hectolitres d’hémoglobine mauve, en souvenir du bon vieux temps. « Vieux », oui, mais « bon »… cela reste à voir.

Soudain, j’ai une pensée pour la gentille petite fée mélancolique que l’on pouvait bringuebaler, triturer, faire rêver, démonter, désarticuler, déprimer, démembrer, sans qu’elle ne dise rien. Elle souriait, même. Elle en redemandait. C’était si facile – aussi facile que d’arracher les pattes à une araignée. Elle ne se plaignait jamais. Et puis elle revenait toujours, alors… Nous nous contentions de laisser le syndrôme de Stockholm agir.

Je te poussais, je t’exhaltais. Est-ce moi qui écris, ou toi à travers moi, ou moi à travers toi ? Comment savoir où s’arrête le réel, où commence le délire ?

Je m’adresse toujours à un mur, le croyant doué d’amour, l’imaginant marbré de chair. Mais c’est bien contre un mur que mes lettres atterrissent, boulettes de papier frappant de plein fouet le couteau dans la plaie. Et puis, quelle plaie, anyway ? Tout ça a été effacé à grands coups de vent salé.

Tu n’étais pas là… Tu te contentais de me photographier alors que je pleurais.

Ombre de mon ombre, toi que j’entends dans chacun de mes pas, sors de là ! Le charme s’est brisé : Phœbus, tu es redevenu simple satellite.

Que faire face au silence ? Que faire ça à ce terrible gâchis ?

Prisonnière de toi ? Non. Prisonnier de moi ? Oui.

Le ciel devient écarlate. J’écoute les Morts qui dansent à m’en faire éclater la tête. Perdue dans les méandres de notre communication non-verbale et de notre amour platonique, je disperse nos cendres dans le lointain, en chantant.

I think you and I are destined to do this forever.