Impromptu – acte II

Martine Johanna

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 7 février 2007.

D’abord un orteil.

Puis deux.

La morsure du froid à mes pieds. Blanc, carrelé… Immaculé et imparfait. Parfois souillé – dépend des jours. L’intention est vaporeuse, fugitive – coquille d’œuf ou blanc cassé. Et le chauffe-eau qui remue dans la pièce bleue. Et le radiateur a le vent en poupe. À ma bouche, des gerçures ; dans mon estomac : meringue, citron, thé.

J’ai envie de toi.

Dorénavant, un sourire en guise de croix. On n’aime pas les gens trop francs. Par contre, trop français, ça oui. Habitudes, déshabitudes, me déshabituer, s’y réhabituer. Tout pullule. À mes lèvres, des souillures. Relents d’effroi.

Croquer ta chair.

À mes pieds décharnés, des fragments d’étoile.

Girls like to play. On ne te l’a jamais dit ? Abruti. Retiens bien ta leçon. Ne viens pas maugréer. Six au carré, très amusée. Le bras se tend, la main agrippe, les doigts se rétractent – un verre, puis deux, dois-je continuer ?

Parfois cela pique, quand je sens tout au fond de mon cœur quelque lourdeur au goût d’as de trèfle. Je continue sur ma lancée. Le flux glacé qui glisse entre mes pommettes inonde le chemin unissant œsophage à intestins. Je la sens – oui, ça fait du bien. Je la sens qui vient. À mes reins. À ma tête. Dans mon cœur. Plus de peur.

Inciser ta peau, réveiller ta pulpe.

Ô Inanna ! M’abreuver de ton cœur humide ! Relents fruités de ton sucre, et ton doux nom sacré. Dame rose en satin, déchirure typique. Typique, automatique. Mordorée tantôt verte. Ennemie, amante, souris, glacier. Cœur d’airain au creux des reins. On la dit de discorde. Mais que peut bien me faire demain puisque de rien je n’ai plus besoin ?

Caresser ta chair, en aspirer le suc.

L’idée est pure, saugrenue. Cachée de tout, au plus près d’émois. Inonde tes paupières et se faufile un peu plus loin que la surface carré d’un demi pouce. On aimerait rêver, convertir les incroyants au pouvoir de la Source. On aimerait y croire, pourtant la seule chose qu’il me reste, c’est la déception. Après tous mes naufrages et toutes mes résurrections. La vie n’est qu’une partie d’échecs, où je me déplace en diagonale.

Dévorer ton mœlleux et en reposer le corps déchiqueté.

Puissantes canines. Grotesque impromptu…