La blancheur du froid

« Man of stars » de Maya Kulenovic (2011)

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 17 décembre 2006.

A tes lèvres, …

Aphorismes inondant mes synapses la nuit venue. Est-ce la fatigue autant physique que mentale, l’heure tardive qui me fait toucher du doigt l’indicible, ou simplement mes crève-coeur familiers qui me jettent sur cette voie ?

Midi dix-neuf. Vraiment envie de ne rien faire à part me confronter une fois de plus au froid glacial de l’hiver. Pas de neige, ni de pluie, pas de vent, pas d’envie : juste cette atmosphère en vrac qui plane comme un spectre noir dans l’éther. Je peux sentir ce souffle à même ma nuque déplumée, je peux sentir l’essentiel courbé en anamorphose depuis chez moi, au creux de mes douleurs.

Je crois… qu’il faut s’endurcir. C’est peut-être la condition sine qua non de l’être adulte. Ne plus trop s’attacher à ses illusions à propos de l’humain. Je pense que la plupart de nos congénères n’éprouvent d’ailleurs aucun remord à revêtir le costume du 21st schizoïd man, que cela se fait sans même qu’ils le remarquent. Pour d’autres, le processus est plus ardu, a un vague goût de poussière : n’aimeraient jamais s’endurcir, ne se seraient jamais endurcis s’il ne s’était produit tel tremblement de terre. Il a alors fallu tout ranger dans le coffre à jouets et enfiler l’armure. Comme pour moi.

Je crois… que je me suis endurcie. On me l’a dit. Je passerai sous silence les raisons pré-traumatiques qui en sont à l’origine, bien que cela soit écrit partout. Je vois le tissu de mes pensées et de mes sentiments comme le matériau brut, immatériel, qu’il faut tailler, sculpter, jusqu’à atteindre une forme d’accomplissement, à défaut de perfection.

À l’heure actuelle, je n’ai qu’une obsession, et elle porte le nom d’un film. Je lutte, je lutte contre elle et ses ramifications, croyant de temps à autres qu’elles prennent racine dans mes veines. Il me faut alors débroussailler le terrain, hâcher menu les lambeaux de chair qui me voilent la face, accepter de creuser et de tout prendre par en-dessous. Mais aucun scalpel ne sera jamais aussi affûté que mon regards à ultraviolets, dépeçant, avec un intense plaisir, corps et psychés.

J’aime la blancheur de l’hiver. Le ciel bas des après-midis gris souris. Ouvrir ma fenêtre, un matin, après une nuit de sommeil torride, et laisser entrer dans une boule de verre un tsunami de fraîcheur, de blancheur, une pluie de flocons acérés, se fichant dans ma cervelle encore toute cotonneuse.

Je me revois dans ces fins d’après-midi de décembre, où le gris se fait anthracite puis ébène, accompagné de ce souffle glacé qui conforte les morts au creux de la terre d’y rester. Je suis là, assise dans un fauteuil ou sur le canapé ; je regarde dehors pendant un certain temps, le carnet brûlant de désir d’être raturé.

Quelques instants à perte de vue… et me voilà, telle une furie discrète, à noircir les pages colorées de mon petit livre, soudain emplie d’une ribambelle d’idées (pour ne pas dire d’inepties). Confortablement installée dans cet univers familier, rien ne pouvant plus m’atteindre, mon esprit résiste et déraille.

Ces situations récurrentes et ancestrales me font parfois plus étouffer encore que n’importe quelle vadrouille urbaine. Collée au fond du cocon, gavée de la lourdeur des Noëls passés, c’est au froid que je dédie chacun de mes soupirs, soupirs déposés sur le rebord des vitres comme autant de chansons…

Journalist: – A lot of people don’t understand you at all and say you’re mad. Do you think you’re mad?

Tori – (hesistating) No, no… No! I mean I know that I’m a very… loud redhead. I’m not interested in if all the other people think I’m mad or not. I do think that if the world was ending and we were all on a boat, I would probably have put some marshmallows or something in my bag, and you’d probably want some.

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