La reine du silence

« i am tree » de Matt Glass

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 24 novembre 2008.

Un samedi après-midi, toi et moi nous promenions au bord du gouffre. A 128 mètres d’altitude, presque emportés par le vent, nous nous dirigions vers les dunes. Le spectacle irréel des nuées de silice s’envolant tout au loin ; la mer, plus qu’éternelle ; notre conversation, nos propres envolées ; le tout, spectral. J’attendis en vain que tu m’embrasses.

Ensuite, tout éclata. Ce ne fut rien d’autre qu’une nuit d’avril, un chant au loin, un méchant cygne. J’aspirais à des choses plus grandes. Je continuai donc mon petit bonhomme de chemin, éraflant mes souvenirs, aspergeant mon reflet de vitriol. Détruire pour mieux rebâtir. Et puis plus rien. La nuit fut obscure, l’aube tarda à jaillir, tu n’étais déjà plus qu’un souvenir.

Le hasard commença à abattre ses cartes une à une. Beaucoup d’as de pique et de dames de cœur. Je tentais vainement de résister, en m’emmurant vivante dans mes pensées. Je n’avais plus envie d’en ressortir avant très, très longtemps. Sorte de momie urbaine, aux guenilles signées H&M.

Docile, la reine oscillait lancinante, face à la triple menace que sont les furies. Cloîtrée, murée dans son donjon, l’ouïe définitivement éteinte, elle tenta tout pour recoller ses morceaux. Un bras, une jambe ; sa cuisse rougie. Les travaux avançaient, mais c’était surtout sa tête qu’elle avait perdue. Prisonnière d’un royaume intérieur, d’une quête, que d’aucuns décrivent comme furieusement idéaliste, désespérément romantique, singulièrement individualiste, la reine du silence se heurta à nombre de souvenirs tragiques.

Parfois, je devine le pan de sa robe qui heurte les Immobiles ; et d’autres fois, j’entends au loin les sirènes nocturnes, pataugeant dans le bitume.

Un des remèdes fut une potion magique à base de cannelle, de vanille et d’îles flottantes, le tout saupoudré de médicaments. Un cocktail molotov dans son escarcelle, recouvert d’un drapeau d’ébène. Une fois la dynamite transfusée, je pus l’aider à mettre fin à ce silence d’un million d’années.