Le voisinage recouvert de neige

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 16 août 2007.

(Magnolia crescent)

Difficile d’écrire sur l’absence d’envie d’écrire. Je me force presque à faire la démarche mais, convaincus que ça me fera du bien, stylo et carnet sont venus tout seuls se fourrer dans ma main. Pendant ce temps, le train s’enfonce davantage dans des paysages de plus en plus verdoyants. C’est l’été, et je devrais être contente d’être là.

Ciel bleu, pas d’espadrilles, vêtue de rien. En plein mois d’août, cela m’amuserait de voir la neige recouvrir le voisinage (et c’est pas passé loin).

En lieu et place de ma vilaine méchanceté, je reçois plus que je n’abîme et sens les forces terrestres et célestes et parfois maritimes se concentrer en un point fixe au fond de moi-même.

Je les pensais faits du même bois que moi, n’y voyais que du feu, goûtais aux lèvres purpurines, à la fraîche hémoglobine et chérissais leurs lettres assassines. Ensuite, j’ai voulu me souvenir des chambres à coucher de mes amis, sans succès. En conséquence de quoi, je me remémore l’aubépine…

Accrochée à mon cheval d’arçon, je temporise : c’est peut-être la solution, en tout cas la réponse que, moi, je donne aux Carmélites. Ce en quoi j’ai foi se trouve en haut, en bas, partout.

Désinvolte obscure, la Source omnisciente, omnipotente, aussi pulpeuse qu’une pêche bien mûre, plus sucrée encore que la grenadine. Le ciel qui croule sous les mirages, important comment ?

La pluie vexée que je ferme les volets se mue en trombes d’eau salée qui viennent, jusque dans mes draps, frapper mon visage comme des fouets, ou comme des voilettes nacrées posées pudiquement sur mes cuisses opalines. Mon seul regard mouillé ne l’a jamais fait flancher. Non, vraiment jamais.

J’étais l’ectoplasme empourpré, le fantôme des Noëls passés. Mais bon, tant pis, le crochet planté en plein journal intime, je connais – j’y survivrai.

and if the snow
buries my
my neighborhood

Point d’orgue. (Étrange résonance.)

À l’époque, j’aurais pu, si j’avais voulu, creuser un tunnel de ma fenêtre à la tienne. J’aurais fourni l’effort, j’y aurais mis le prix.

Maintenant que ces sentiments pestilentiels se sont évaporés, déverse les cendres des couleurs sur ce vieux cœur qui est le mien ! Comme le phénix qui toujours renaît, à l’instar du cœur brisé des jeunes-filles en fleur, j’ai fait le rêve d’une voiture posée à vive allure sur mon point de côté.