Morceaux de chair

« Psyché recevant le premier baiser de Cupidon », de Francois Gerard (1798)

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 3 mars 2006.

J’ai reçu cette enveloppe étrange, aujourd’hui, qui semblait contenir plus que du papier.

Épaisse, colorée, affranchissement américain. Une fois installée chez moi, j’ouvre la curieuse missive : un tourbillon de paillettes roses, rouges et bleues me sautent au visage, des éclats de plastique nacrés surgissent et recouvrent tout mon bureau, celui même sur lequel je passe des heures si noires, à essayer de faire le tri dans mes émotions cyniques.

Cependant, je n’ai, sur le moment, pas eu l’impression que ce spectacle était aussi réjouissant qu’il en avait l’air ; tandis que mon regard se perdait dans l’immensité des songes, j’ai cru apercevoir, le temps d’un battement de cils, des morceaux de chair qui frappaient contre ma propre peau, et dans un vacarme assourdissant, s’écrasaient par terre.

Mon humeur est alors allée se loger dans mes talons. Froide, désagréable, et indélogeable de son nouveau lieu de prédilection, elle me laissa ainsi en proie à une myriade de douleurs. Plus proche de l’humide terre, au sein de laquelle naissent et meurent tant de petits êtres, cette ingrate a oublié trop rapidement le doux instant que je vécus hier, en proie à la flèche de Cupidon.