L'oriflamme

Chaque grain de sable est une œuvre d'art

La rue était détrempée, et, pressée, j’accélérais le pas en sentent mon cœur battre la chamade.

Je suis cristal. Né de la rencontre poussée entre la mer et le sable, découpée, décuplée, démultipliée à l’infini. Partout, des petits morceaux de moi, et partout, des reflets de silice qui ne semblent jamais être tout à fait les mêmes.

Mais qui suis-je, moi ? Qui est ce corps…

Le long du trottoir se succèdent visages inconnus après visages inconnus. Seule constante : leurs regards biaiseux qui louchent vers mes cheveux, haut perchés. J’accélère le pas, comme si cela pouvait me soustraire à la comparution immédiate devant ce tribunal muet.

Mais où est donc l’oriflamme ? L’écarlate de ses cheveux ? Les mots soufflés entre ciel et mer, par un après-midi qui n’avait pas de glacial que le vent. Je me leurre en pensant toujours que là se trouve la réponse. Que c’est là que je retrouverai cette partie de moi pour toujours arrachée, détruite, laissée pour morte. Quelque part en Normandie.

Lorsqu’à mes lèvres je porte le liquide chaud contenu dans ma tasse d’ébène, un long frisson froid me lamine l’échine. Sur les avant-bras, une myriade de petits picots s’élèvent et crient au scandale – non, tu ne peux pas sortir comme ça, tu n’es pas en état. Et ma toux a beau bouleverser mon calme olympien, rien ne trahit ma détresse. Rien ne trahit mon déséquilibre, ni la question perpétuelle qui suis-je, moi ?

Je suis cristal, je suis quartz. Un morceau objectivement disgracieux de terre, mais illuminé d’une lueur colorée. Un petit morceau de silice sculpté par les flots. Je suis sanglier, je suis Verseau. À reculons, je me noie de concert avec les vieux astres, dont personne ne se souvient plus. J’en frissonne encore, recroquevillée derrière mes cheveux.