Pétales

Photographie de michelle k.a.

N.B. : ce texte est une archive de mon blog personnel. Il a été initialement publié le 3 mars 2010.

Ce matin-là, tu glissais le long de ma peau comme un drap. Chacune de tes syllabes rythmaient la fin de mes rêves, telles la chanson régulière de la mer, elle-même condensée de tes vers, de mes cheveux en bataille et de ton bas-ventre frémissant. Nos doigts s’enlaçaient dans la lumière dorée de ces songes qui n’en finissent pas ; nos cœurs enrubannés palpitaient dans un sac que nous avions volontairement abandonné.

Nos pétales, à demi arrachés, tout comme nos cœurs ? Peut-être, peut-être ailleurs.

Plus récemment, je me suis sentie toute petite, essayant de démêler les comportements qui ne changeront jamais de ceux qui me permettraient de m’élever. Ce n’est pas grave, disent-elles, chaque déception est un petit bleu amené à s’évanouir tranquillement. Du bleu au vert, du vert au jaune, du jaune au noir, mes yeux dans tes yeux et mes mains sans espoir.

Une mèche de cheveux, rebelle, se glisse entre mes prunelles grises, et bien que je rechigne à l’admettre, mille questions te volent la vedette. Patience et longueur de temps, disent-ils – mais ta sève combinée à ma sève tend à paralyser toute raison !

Verseaux, presque jumeaux, nos ombres hautes se reflétaient dans le monde virtuel, et nos émotions grondaient comme de petits tremblements de terre : avons-nous jamais abandonné la partie ? Sommes-nous encore écorchés, nul ne sait…

Voilà qu’un flux très bien identifié réchauffe mes veines. La tête posée contre une montagne en papier, j’observe tranquillement les dernières minutes de ma vingt-sixième année ; elles volettent autour de ma tête comme des éphémères autour des lampadaires, silencieuses et graciles, avant de toucher terre.

J’ai collecté, je l’avoue, quelques mots et quelques images que je te destinais pour, un soir qui sait, simplement te les envoyer. Nos têtes à l’envers pourraient enfin se révéler les secrets de cette journée-là, où je fus longtemps ballottée et méprisée, de façon presque sincère. Ces quelques gouttes de toi scintillaient par millier – au fond de moi, je garderai toujours la trace de ce toi imaginaire.

Oui, je sais, –
Je ne suis pas ce type de créature
Simplement la seule qui puisse réanimer ce royaume trop longtemps endormi

J’ai rêvé de lits dans lesquels le mauve tremblait encore, insoumis
Parle-moi des choses à côté desquelles tu es passé, des maux que j’ai loupés
Laisse-moi éclairer ta vision du monde et te montrer mes cieux déformés

Je me suis lassée des songes en plastique qu’on inhalait par bouffées
Et si comètes et feux follets me passent encore au travers de la tête,
Désormais, je me fie seulement à sa peau constellée