Deux gothiques photographiés au Wave Gotik Treffen

Il m’aura fallu sept ans d’intérêt pour le mouvement gothique avant d’oser me confronter à la marée noire du Wave Gotik Treffen.

Parmi quelque 40.000 goths donnant clairement dans la surenchère visuelle et matérielle (je n’ose imaginer le chiffre d’affaire des boutiques présentes sur le site), je me sentais en effet comme un oiseau mazouté à coup d’electro, de crètes fluo, de New Rock compensées et de sacs à main en forme de « French poodle » en peluche (allez comprendre).

Difficile de savoir, même six mois plus tard, qui, de l’attraction pour de fortes personnalités hissées en berne, ou de la répulsion pour tant de stéréotypes sur pattes, prédominait.

Le WGT m’a avalée comme une tempête avalerait un radeau de fortune: rapidement, violemment, sans prévenir.

Être soudain confrontée à autant de men et de women in black, moi qui ne mets jamais les pieds dans les soirées à mécheux, a été une sorte de choc sociologique. Pendant les quatre jours de ma présence à Leipzig, une seule question revenait sans cesse me tarabiscoter l’esprit: comment les membres d’un mouvement qui puise ses racines dans la contestation des valeurs établies, et qui est censé rimer avec « une liberté de création maximum » (cf), peuvent-ils se sentir à l’aise dans un canon vestimentaire devenu, au fil des décennies, absolument standardisé, à l’image de la panoplie propre à chaque tribu urbaine?

Wave Gotik Treffen 2006

De retour sur Internet, je continuais de m’interroger sur cette propension surprenante des personnes soit-disant « alternatives », dont MySpace regorge, à se la péter comme quoi elles emmerdent le monde entier – forcément plus coincé qu’elles -, toutes piercées, tatouées, frangées et bettypagées qu’elles sont, alors que piercings, tatouages, franges et pin-ups fifties sont le fer de lance de la panoplie rockabilly/psychobilly d’aujourd’hui (pression vestimentaire et corporelle encore accentuée par la vague des Suicide Girls et consorts, icônes porno chic modernes).

Les adeptes des looks extrêmes affirment souvent, au fil des interviews et autres entrées de blog, qu’ils se sentent, une fois transformés des pieds à la tête, « enfin devenus eux-mêmes ».

Mon esprit rationnel s’interroge cependant sur l’incroyable hasard qui fait que tant d’individus se sentent « enfin devenus eux-mêmes » en ayant, peu ou prou, exactement le même genre de look et d’attitude que de milliers d’autres clowns tristes.

Il semble qu’il y ait en chacun de nous cette propension animale qui nous pousse inexorablement à vouloir suivre le troupeau, même si ce troupeau n’est constitué que d’un millième du troupeau global, quelque subjectif que soit le choix de rejoindre cette partie de troupeau plutôt qu’une autre.

S’agit-il donc d’une forme de panurgisme marginal? Moi-même, n’arborai-je pas fièrement ma lèvre fraîchement piercée et ma chevelure roux carotte à ce fameux festival?

N’éprouvai-je donc aucun plaisir à faire tournoyer ma longue jupe en velours noir, ou à m’amuser du regard des passants qui, se retrouvant soudain en minorité dans des rames de tram bourrées à craquer de gothiques, osaient à peine les regarder?

Si, bien sûr que si. Je me suis même éclatée à jouer ce rôle. Le premier jour du moins.

Panoplies

A noter, les articles relatifs à la question sur Wikipédia:

Marie

11 commentaires

  1. Moi j’ai toujours pensé que les goths étaient des grands enfants qui se déguisent… Mais peut-être que j’ai tort, je ne sais pas, quoi qu’il en soit je n’ai jamais rencontré un/une « goth » réellement anticonformiste (dans ses idées, pas dans ses vêtements, quoi!)…

    je continuais de m’interroger sur cette propension surprenante des personnes soit-disant «alternatives», dont MySpace regorge, à se la péter comme quoi elles emmerdent le monde entier – forcément plus coincé qu’elles -, toutes piercées, tatouées, frangées et bettypagées qu’elles sont, alors que piercings, tatouages, franges et pin-ups fifties sont le fer de lance de la panoplie rockabilly/psychobilly d’aujourd’hui (pression vestimentaire et corporelle encore accentuée par la vague des Suicide Girls et consorts, icônes porno chic modernes).

    Je ne vois pas trop où tu veux en venir…?

  2. Bienvenue par ici, Lily!

    Tu as raison de me faire remarquer que je n’ai pas été assez claire. Je vais essayer de rectifier le tir. :)

    Ce que je voulais dire, c’est que la vague « pin-ups contemporaines » qui s’exprime notamment sur MySpace est un bon exemple d’anticonformisme affiché qui, en fait, finit par devenir une norme, dans la mesure où toutes les filles frangées, piercées, tatouées et bettypagées se ressemblent toutes. Du coup, je ne vois plus trop où est l’anticonformisme de départ.

  3. L’instinct de masse probablement dérivé (en partie) de vestiges comportementaux associés à la sélection sexuelle. Se trouver un partenaire quoi! Non je déconne peut-être à moitié, mais je ne peux m’empêcher de penser à toutes ces personnes profondément seules qui joignent le « mouvement » pour de si simples raisons. *Retourne dans son bouquin « Evolutionary Analysis ».*

  4. Ouais je vois tout à fait de quel genre de filles tu parles… Et pour moi elles n’ont d’ailleurs rien des pinups des fifties (que je respecte et considère même presque comme anticonformistes dans leurs attitudes, si on se réfère à la norme de beauté de l’époque… mais c’est un autre débat!), c’est juste des « goths recyclées », lol.

    Ce qui est intéressant dans cette réflexion c’est qu’en fait tout ce qui a pu, hier se référer à une sorte de révolte se trouve aujourd’hui digéré par la masse molle des gens, et de fait, est totalement dénué de son essence

  5. Moi, ce qui me fait le plus « rire », c’est que tous ces « goths » se sentent tellement ‘underground’.
    Il y a 20 ans, être piercé était un signe de marginalité. Dans 5 ans, ce sera l’inverse, les gens non piercés seront marginaux.
    Un peu caricatural, mais pas tellement faux dans le fond.

    Quant au fleurissement de pin ups modernes qui apparaissent comme de la mauvaise herbe, suffit d’attendre quelques années pour qu’elles disparaissent d’elles mêmes, remplacées par autre chose.
    La mode a ce quelque chose de cyclique et d’éphémère qui fait son charme quelque part. (Parce que oui, actuellement, être goth, c’est trop tendance.)

    Sinon, c’était comment le WGT, si on oublie sa population de goth ????

  6. Quant au fleurissement de pin ups modernes qui apparaissent comme de la mauvaise herbe,

    J’avoue que l’expression que tu utilises me laisse très perplexe! Je n’appellerais pas une mode « mauvaise herbe », je trouve que c’est trop péjoratif, voire même insultant à l’égard des personnes concernées. Même si, au sein de ce genre de milieu, la néo Betty Page tend à devenir de plus en plus banale, elle restera, et pour longtemps, une marginale au regard de la société actuelle.

    Quelque part, on devrait se réjouir de la popularisation des modes alternatives: non parce que trouver des corsets et autres bracelets de force dans les boutiques populaires soit un grand bond en avant, mais bien parce que cela correspond – du moins je l’espère – à une profonde envie de changement et d’évolution des regards et des corps.

    Sinon, c’était comment le WGT, si on oublie sa population de goth ????

    Quant au WGT… c’était énorme! 8) Et il faut bien admettre que sa « population goth » y est pour beaucoup. Au moins, on ne s’y ennuie jamais! Quand tu crois avoir tout vu… hé bien, tu n’as encore rien vu en fait! ;) C’est à vivre au moins une fois dans sa vie quand on s’intéresse à la culture gothique et/ou qu’on est fana de musiques electro (la première option dans mon cas).

  7. J’avoue que l’expression que tu utilises me laisse très perplexe! Je n’appellerais pas une mode «mauvaise herbe», je trouve que c’est trop péjoratif, voire même insultant à l’égard des personnes concernées.

    Je reconnais y avoir été un peu fort. Mais j’ai eu la malchance (la chance avec le recul?) de croiser quelques spécimens de néo pin-up tout à fait désagréables, et réellement dépréciables dans leurs attitudes, leurs paroles…
    J’ai sans doute jugé une mode trop vite sur un échantillon peu représentable.
    Sur le coup, ça m’avait pas fait rire, mais maintenant, j’y repense avec un grand sourire.

    Et il faut bien admettre que sa «population goth» y est pour beaucoup. Au moins, on ne s’y ennuie jamais! Quand tu crois avoir tout vu… hé bien, tu n’as encore rien vu en fait! ;)

    Ca me fait penser aux poupées russes!!
    Mais c’est vrai qu’il y a l’air d’avoir de jolies choses!

  8. Quant au WGT… c’était énorme! 8) Et il faut bien admettre que sa «population goth» y est pour beaucoup. Au moins, on ne s’y ennuie jamais! Quand tu crois avoir tout vu… hé bien, tu n’as encore rien vu en fait! ;) C’est à vivre au moins une fois dans sa vie quand on s’intéresse à la culture gothique et/ou qu’on est fana de musiques electro (la première option dans mon cas).

    Je rêverais d’y aller pour la deuxième option perso, je suis assez fan d’électro et dark wave allemande et comme chaque année la plupart des groupes qui jouent sont ceux que j’écoute.
    C’est un festival qui m’a toujours attiré depuis que je l’ai découvert, au vu des nombreuses photos que j’ai vues, je comprends que tu dises que quand on croit avoir tout vu, on n’a jamais tout vu. ^^

  9. j’ai fait un tour sur Wiki, grâce à tes liens : et je lis dans jargon gothique :

    Golgoth
    Personnes masculin ou féminin s’accaparant le style vestimentaire gothique pour se différencier des autres et de la société sans en connaitre la culture. (souvent les adolescents

    Je sais pas moi, p’têt suis-je trop vieux… mais je croyais que les golgoths – avec les antiraks – c’était dans Goldorak? ok, ok… mwahahahaha!

    Sinon, faudra que j’y mette vraiment les pieds un jour au WGT ;) Ta description fait envie… ainsi que les photos :D

  10. Mais tu as le chic pour mettre le doigt sur ce qui m’obsède !!
    La question des modes, de la récupération des mouvements underground, ça me travaille depuis des années.
    Et je n’exagère pas.
    Justement, je concocte un texte à ce propos – il est donc trop tôt pour moi pour répondre à ton billet.
    Mais je posterai sans doute ces mots sur l’une ou l’autre de mes pages web, dont tu connais les adresses ! ;]

    A bientôt, et mille bravos pour ton esprit de réflexion, ton sens de la synthèse et ta capacité à mettre les choses en relief.

  11. Je me permet d’utiliser ma pause de midi pour mettre un mot sur cet article consternant. Ces gens qui se trouvent ainsi vêtus ne sont pas plus libres ou enfermés dans un conformisme que n’importe qui d’autre, à priori.
    Ils sont comme tout le monde: ils se cherchent. Quitte à avoir un modèle à partir duquel on définit sa personnalité- parfois en opposition à ce-dit modèle- autant savoir se faire plaisir.
    On peut être blasé par la récupération commerciale de ce mouvement
    ou par l’audace toute relative de cette démarche mais voir quelqu’un sortir SEUL fringué comme ça, je trouve ça tellement absurde qu’il y a forcément du bon là dedans.
    Cela dit, le comportement méprisant et souvent narcissique de certains dark ou goth est intolérable, cuir noir ou non. Bousculer les habitudes visuelles des gens n’est une bonne chose que si c’est fait avec respect, humanité et non dans le but de provoquer gratuitement, ce qui engendre FORCEMENT des réactions négatives.

    Je connais bien ces situations car j’ai un ami dont la spécialité est de faire des trucs absurdes, dérangeants, dès qu’il est dans une foule de plus de deux personnes. Et comme il manque de se faire lyncher, je suis obligé de rétablir un semblant de dialogue, nottament grâce à l’humour. Ma phrase fétiche: » Ne vous énervez pas, il est bourré! »
    Et d’enchaîner  » et heureusement car il fait pire à jeûn »
    salut!

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