Réveillée à 5h45, je me lève environ une demie-heure plus tard, et je tombe sur une interview de Guillaume Canet, publiée dans le dernier numéro de Première.

Alors, déjà, j’aime beaucoup la nouvelle formule de ce magazine, que je trouvais pourtant oh so boring quand j’étais plus jeune. C’était pas faute d’aimer le cinéma, mais je trouvais que ça se prenait beaucoup trop au sérieux, lui préférant Studio.

Mais bon, ce n’est pas pour ça que j’écris ce matin. Cette interview de Guillaume Canet, donc. Qui n’est pas du tout un acteur dont je raffole. En fait, il me laissait globalement indifférente jusqu’à ce que je regarde, hier soir, le film La prochaine fois je viserai le cœur, qui m’a fait un effet bœuf.

Cinéma Omnia Pathé

Bref, donc cette satanée interview. Je cite :

J’ai vraiment cru que je n’allais pas refaire de film après Blood Ties. J’en avais même très consciemment pris la décision. Bon, les gens sont passés à côté et ça m’a mis un petit coup. Mais au fil du temps, je me suis rendu compte que ça m’avait plus abîmé. J’ai trouvé ça injuste (…). J’ai donc commencé à écrire et j’ai arrêté tout de suite parce que c’était colérique, très aigre, et qu’il ne fallait surtout pas se laisser aller à ça. Alors j’ai fait un break : j’ai décidé de faire autre chose de ma vie et de me nourrir différemment. Je me sentais sec. J’ai découvert que je pouvais passer plusieurs mois sans flipper de ne pas tourner et que je pourrais être très heureux en reprenant, par exemple, une carrière pro en équitation. Ma vie ne dépend pas du cinéma. Cette prise de conscience m’a rendu encore plus heureux et libre d’y retourner.

Forcément, je m’y retrouve un peu. La blessure, le sentiment d’injustice, la colère, la sécheresse créative, le break, et la prise de conscience salvatrice que ton métier n’est pas ta vie.

Ça va beaucoup mieux depuis que j’ai réalisé ça. Je me sens bizarrement détachée de ma vie professionnelle. Évidemment, le fait d’être en période de non travail depuis quatre mois m’encourage à m’en détacher. Mais, même : je sais que quand je retrouverai du boulot, l’expérience sera différente car je suis différente.

Un truc qui devrait davantage me mettre la puce à l’oreille, c’est quand plusieurs personnes à qui je parle d’un souci perso me répondent invariablement : tu es trop négative, prends du recul, c’est pas si grave !

Bah si. C’est grave pour moi. Et ça serait super gentil de respecter ce que je ressens et de ne pas chercher à le sous-estimer ou à le nier.

C’est grave pour moi, ce qui ne veut pas dire que je ne vais pas effectivement prendre du recul, une fois le « choc » initial passé.

Mais, sur le moment, j’ai besoin de vivre ma peine, ma colère, sans qu’on vienne me donner des leçons de moral « feel good », que je trouve toujours terriblement niaises sur le moment. Ça fait partie de moi, j’ai ce besoin de « faire mon deuil » des situations qui génèrent une grande contrariété.

Ensuite ça va mieux. Mais j’ai besoin d’accuser le coup, et souvent de faire un break / de m’isoler / de couper les ponts, souvent pour mieux revenir, mais pas toujours.

Je pense que c’est précisément ça qui distingue mes copains-copines de mes vrai·e·s ami·e·s : leur empathie – le fait qu’ils ne cherchent pas à me changer ni à me moraliser – le fait qu’ils me laissent tranquille / que je n’aie pas à me justifier ou à les rassurer quand je suis « dans ma grotte ».

De mon côté, j’assume bien mieux ce côté hyper solitaire qu’avant. Il a toujours fait partie de moi mais, pour une raison que j’ignore (ou plutôt : que j’identifie bien mieux aujourd’hui qu’avant), je me sentais toujours obligée de me justifier. Pour ne pas blesser les autres, pour anticiper leur réaction négative, pour mettre toutes les chances de côté afin qu’ils me comprennent et respectent ma décision.

En tout cas, ce break d’Internet, de mon blog pro, de mon métier, aura sans doute été la meilleure décision que j’aie prise en 2016.

(En plus de ça, je trouve que la métaphore du cinéma pour parler de l’exposition de soi sur le net particulièrement pertinente.)

Marie

Déjà 10 commentaires

  1. Je me retrouve aussi dans ton billet, notamment sur le fait d’assumer son côté solitaire. Un billet salutaire !

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    1. ;-)

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  2. C’est super pervers, ce besoin de se justifier. En le faisant, on dit implicitement que notre comportement n’est pas légitime, n’est pas acceptable sans justification, que les autres ont raison et qu’on a, au fond, tort.

    (Expliquer, c’est différent : c’est dire à l’autre qu’il n’a peut-être pas toutes les clés pour comprendre, mais qu’on va les lui donner. J’essaye d’être dans cet état d’esprit, quand c’est nécessaire, mais d’arrêter de me justifier – d’avoir une énergie « sociale » limitée, d’avoir des choix de vie non conventionnels.)

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    1. Oui, je rejoins complètement ton analyse. Ce besoin de se justifier sans arrêt, c’est signe d’un manque de confiance en soi (en tout cas, en ce qui me concerne).

      avoir une énergie « sociale » limitée

      Je comprends tellement ! C’est si bien dit.

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  3. Ton billet est très bien vu !!

    Des périodes solitaires… je pense sincèrement que tout le monde devrait en avoir – pour le plus grand bien – mais au final ce n’est encore que très peu de gens qui peuvent le compendre et l’assumer.

    Se retrancher, s’isoler, se couper, c’est aussi prendre soin de soi, se protéger, chercher des réponses peut être pas si conventionnelles mais importantes, se ressourcer.

    Perso, je ne pourrais pas faire sans !

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    1. Merci Julien !

      Des périodes solitaires… je pense sincèrement que tout le monde devrait en avoir – pour le plus grand bien – mais au final ce n’est encore que très peu de gens qui peuvent le compendre et l’assumer.

      Je suis tout à fait d’accord avec toi ! Peut-être est-ce lié au fait d’être introverti·e. Certaines personnes que je connais (en général des collègues) me donnent l’impression d’être déprimés s’ils ne sortent pas et ne voient pas du monde sans arrêt… Ils ne passent jamais de temps chez eux, ils sont toujours sortis. Différents tempéraments et modes de vie, ou bien fuite en avant pour éviter de se confronter à soi-même ?

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      1. Tu n’as pas tort pour la fuite en avant. Je pense qu’il faut un savant équilibre des 2 pour les gens très sociaux car on a vite fait de s’oublier…

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        1. Oui, d’autant plus quand on est Verseau et que tout nous intéresse…

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  4. Je me retrouve beaucoup quand tu dis que parfois tu aimerais simplement qu’on respecte tes sentiments… Ca m’énerve clairement que quand tu te confies sur quelque chose les gens minimisent sur ce que tu ressens. Qu’est ce qu’ils en savent vraiment ?

    Y’a quelques jours on m’a dit un truc genre « Ben c’est pas si compliqué », mettant à néant ce que je venais de dire. Ça m’a laissé songeuse. Ah et j’ai eu le droit aussi au fameux « tu intellectualises trop ». Je crois que ces gens là rentrent dans ma catégorie « ok on ne se comprend pas, merci au revoir »

    Contente que tu sois de retour et que tu nous livres des extraits d’interview, entre autres of course ;)

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    1. Je me retrouve beaucoup quand tu dis que parfois tu aimerais simplement qu’on respecte tes sentiments… Ca m’énerve clairement que quand tu te confies sur quelque chose les gens minimisent sur ce que tu ressens. Qu’est ce qu’ils en savent vraiment ?

      Oui, c’est exactement ça ! Globalement on n’a pas à remettre les ressentis des autres en question. C’est une preuve de grande confiance que de livrer ses émotions à quelqu’un, il faut respecter ça, et faire preuve d’empathie.

      Contente que tu sois de retour et que tu nous livres des extraits d’interview, entre autres of course ;)

      Contente aussi ! :)

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