Drôle de matinée, ce matin.

Réveillée à blinde vers 4 heures, puis rendormissement profond, puis rêves, puis réveil, encore trop tôt. Dans ces cas-là, en fonction de l’heure, je dégaine mon téléphone pour regarder un peu ce qui se passe – ou bien pour trouver l’inspiration à la fraîche, je ne sais pas trop.

C’est alors que suis alors tombée sur cette table ronde réunissant Alicia Keys, Justin Timberlake, Sting, John Legend, Pharrell Williams et Tori Amos. Très, très intéressant.

Attention : la vidéo est en anglais et n’est pas sous-titrée. De plus, la transcription (en anglais) n’est que partielle.

Les (rares) passages concernant Tori m’ont évidemment beaucoup parlé (quelle surprise) (non), mais j’ai aussi apprécié toutes les autres interventions, notamment la suivante, de John Legend :

We have to have a bit of humility, too, because a lot of times we’ll tell people, « Just be yourself. » What is yourself, though? Because you’re discovering things as you go and part of who yourself is now may not be yourself in five years. And part of who yourself is is determined by what you listen to and by whom you listen to, what kind of advice you take in, whom you spend time with, whom you write with. I don’t want kids to go in there thinking, « I exist as who I’m supposed to be right now and I’m great. » I want them to think, I may have a spark, I may have something special, but maybe it needs some cultivation, maybe it needs me to be humble, but also confident in the fact that I’m going to get there, and I need to work hard to get there.

Cela m’a vraiment fait un bien fou de lire ça. J’ai eu une sorte de déclic. Un peu comme si la digestion de tous les trucs négatifs que j’ai encaissés depuis le début de cette année était enfin terminée.

Pendant mon petit déjeuner, je continuais à réfléchir à ces sages paroles. Deux choses me sont venues à l’esprit :

  1. ma voix n’est pas moins légitime que la voix de mes détracteurs : moi, au moins, j’utilise ma voix pour propager du positif et du créatif. Je ne perds pas mon temps à ouvrir ma grande gueule juste pour dénigrer ce que font les autres. Internet est déjà assez à faire avec la négativité ambiante, pas la peine d’en rajouter une couche. (D’ailleurs, c’est une chose que je compte bien écrire dans le manifeste de La Lune Mauve.) Donc, ouais : ma voix n’est pas moins légitime que celle des personnes qui critiquent mes projets et ma persona ;
  2. à partir du moment où tu prends le micro pour te faire entendre, tu as une grande responsabilité : celle de respecter les personnes qui t’écoutent et te lisent. Celle de les tirer vers le haut. Celle de partager des contenus originaux et bien documentés. Celle de traiter le temps qu’elles te consacrent avec intelligence. C’est une responsabilité à la fois éthique et éditoriale, à laquelle je suis très attachée.

Il peut sembler surprenant qu’il m’ait fallu de nombreux mois pour digérer les shitstorms dont j’ai été la cible en 2016. Pendant un moment, je m’en suis voulue de consacrer autant de jus de cerveau aux abrutis qui m’ont pourri la vie, à me repasser en boucle dans ma tête les phrases assassines, à ruminer toute cette agressivité et ce harcèlement contre lesquels je n’étais pas préparée.

Et puis, au fur et à mesure de mes discussions et de mes lectures, j’ai fait le choix de m’accorder plus d’indulgence. Après tout, je suis hypersensible. Il n’est donc pas surprenant que des choses pareilles me blessent à ce point, même venant de parfaits inconnus. Ma sensibilité, fût-elle extrême, mérite d’être respectée pour ce qu’elle est. Nier ces ressentis reviendrait à nier qui je suis.

Peut-être que c’est ça, la source de l’immense malaise que j’ai ressenti cette année. Nier qui je suis, mais aussi nier d’où je viens.

Toutes ces choses sont loin d’être résolues, mais au moins, je ne les esquive plus. Et pour moi, ça a une importance énorme. J’ignore pourquoi, mais c’est l’image du déni de grossesse qui me revient de temps en temps à l’esprit : les faits étaient là, depuis bien longtemps, mais je les niais. Et puis j’ai fini par accoucher de cet énorme mal-être, au point de remettre en question une grande partie de ma vie : mon activité sur Internet, mais également mon métier, lui aussi lié à Internet.

Ça a été très violent, mais je crois que cela a été nécessaire. Je me sens bien mieux aujourd’hui. Non pas que tout soit rentré dans l’ordre, mais, au moins, j’ai pris le temps qu’il me fallait pour digérer tout ça.

J’ai fini par accepter mes émotions, et mes blessures. Et surtout, j’en ai tiré beaucoup de positif. J’ai longuement réfléchi à ce qui me poussait à partager des choses sur le net, à mes motivations profondes. Et, oui, il était temps que je mette à jour mes limites et mes objectifs éditoriaux. Ce travail devait être fait, il aurait même dû être fait depuis bien longtemps.

Je suis convaincue que les choses arrivent au moment où elles sont supposées arriver : ni avant, ni après. Je suis heureuse de ce gain de temps que cette réflexion va m’offrir. J’ai énormément avancé.

Je peux enfin dire que je suis fière de moi, de mes créations et de mon travail.

Je n’ai pas à avoir honte de qui je suis, de ce que je crée ni de ce que je partage avec les autres.

Celles et ceux qui me blâment pour cela devraient sérieusement revoir leur sens des priorités. En tout cas, y prêter attention ne fait plus partie des miennes. Je refuse que mon plaisir dans la vie soit menacé par l’avis de quiconque.

Je veux continuer à me construire en choisissant mieux qui j’écoute, qui je lis, et en fermant la porte à ceux qui se sentent menacés par ce que je produis ou contribue à diffuser. Je n’ai plus le temps et plus la place pour cela. Trop de choses positives à faire, trop de projets à créer, trop de belles personnes dont je veux savourer la compagnie.

Tout comme n’importe quelle relation toxique, qui te mine le moral et ruine ta confiance en toi, la seule solution est de supprimer cette relation.

Dans mon cas, créer un compte Twitter privé, auquel n’ont accès une poignée de personnes safe ; moins lire et écrémer les timelines stressantes ; limiter les sources d’anxiété ; réduire ma consommation d’Internet, et par là, soigner mon addiction au numérique.

Je veux barouder, voir des gens, visiter des lieux dont je ne soupçonnais pas l’existence. Je veux embrasser l’inconnu, lire, me cultiver, découvrir de nouveaux albums, jouer avec mon chat, dormir, m’ouvrir aux autres.

Rien de bien sorcier, mais tout cela m’aide à aller mieux chaque jour.

Marie

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