Plus je lis des articles de conseils pour blogueurs, plus je réalise qu’un des mantras du blogging « professionnel » (comprendre: qui dépasse la simple pulsion cyclothymique, et qui entend s’établir comme un blog spécialisé) est de bloguer dans une niche, et de s’y tenir.

Marketing en ligne, community management, mode, déco, technologie, séries télé, musique, art, jeux vidéo… Qu’importe la niche, du moment qu’on y blogue avec passion et régularité. C’est du moins ce qui est censé constituer les bases solides de votre e-réputation de blogueur.

Mon blog, un album de souvenirs

Face à ce constat, je suis bien embêtée : n’ayant jamais su tenir ma langue, je donne aléatoirement mon avis sur tous les sujets qui me touchent, de près ou de loin, via mon blog et mes autres sites. Quand j’essaie de réfléchir à une seule niche dans laquelle je pourrais bloguer exclusivement, je bloque :

  • Tori Amos… oui, mais non, au risque de vous saoûler et de me saoûler moi-même. :x J’adore Tori, on le sait, mais de là à n’assimiler mon blog qu’à « blog-ultra-fan-de », non merci.
  • Concernant mes créations, au-delà du fait que cela m’embête de ne bloguer que sur ma vie-mon œuvre, j’ai créé un blog sur mon portfolio spécialement pour ça. Bon, ok, il n’est pas souvent mis à jour pour le moment – faute de temps. En 2010, j’espère pouvoir me remettre sérieusement à la création graphique « libre », sans autre objectif précis que celui de créer pour créer ; si j’y arrive, mon blog aenémique en sera le premier écho ;
  • Ne bloguer que sur l’art, ou que sur le web, ou que sur la musique, me semble également impossible puisque j’adore tout cela avec la même force. Me demander de choisir entre mes sujets préférés reviendrait à me demander de choisir entre mes trois meilleurs amis. Et puis, lorsque j’ai vraiment envie de déblatérer sur une œuvre précise, j’ai désormais tout le loisir de le faire ailleurs.

D’une manière générale, j’ai toujours eu du mal à rentrer dans une case. J’aime trop de choses, et mon envie de parler de ces choses et de les faire connaître à autrui est trop forte, pour que je me contente d’écrire sur un seul sujet exclusif.

Je l’admets : il y a déjà eu des périodes, ou des chapitres, si l’on veut, sur ce blog. (…)

Chaque article que j’ai écrit et publié appartient à une sorte de grand album photo. De ceux qu’on rouvre juste pour en respirer l’odeur… Mais si cela a autant de valeur, c’est justement parce que c’est inscrit dans le temps et dans ma chair. Il y a un peu d’âme, ici et là. Et une âme, ça ne se vend pas.

Money, money, money

Plus je lis des conseils pour blogueurs, donc, plus j’ai l’impression que les auteurs de ce genre de « conseils » tendent à prendre les blogueurs et leurs lecteurs pour des primates mono-pensée, à considérer que la lecture d’un blog doit forcément aboutir à un R.O.I sonnant et trébuchant.

Peut-être que je ne lis pas les bons conseils pour blogueurs. Peut-être que mon blog n’entre dans aucune catégorie bankable.

N’empêche qu’il est souvent question d’argent. Pour quiconque souhaite travailler en freelance et gagner sa vie grâce à ses activités en ligne, je comprends le choix d’affilier son blog à une régie publicitaire. Je comprends aussi les blogueurs qui gagnent leur vie en expliquant comment gagner sa vie avec son blog. Même si ce n’est clairement pas mon univers.

Si j’ai choisi d’afficher la petite bannière « Ad Free Blog » sur mon blog, c’est parce que je suis persuadée qu’écrire en échange d’argent influence forcément notre objectivité. Avez-vous déjà lu un article sponsorisé qui parle négativement du produit qu’il est censé promouvoir ? Moi, jamais. Où l’on se retrouve avec des blogs totalement dénaturés, où les articles sponsorisés sont autant de communiqués de presse, et où le blogueur a consenti à fermer sa grande gueule au profit d’un chèque.

Tomber sur un article sponsorisé sur un blog dont j’apprécie habituellement la liberté de ton et le mordant me fait fuir irrémédiablement.

Peut-être que ce questionnement général sur la monétisation de ce que je publie (ou contribue à publier) est née des récentes propositions d’affiliation à des régies publicitaires qui m’ont été faites à moi, petite fourmi, qui, semble-t-il, rentre progressivement dans la cour des grands. Comme si, à force de défendre les artistes et les œuvres qui me tiennent à cœur, j’avais acquis, du jour au lendemain, une sorte d’influence…

(Où un silence pesant s’installe.)

Mais ce qui me plaît ici, c’est justement de pouvoir n’en faire qu’à ma tête. Sur mon blog, ma plume est largement moins objective que lorsque je rédige des chroniques. Ici, il n’y a que moi qui parle, et mes éventuels coups de sang ne peuvent éclabousser que moi. C’est un lieu d’incontrôlable contrôle, si cela a ne serait-ce qu’un semblant de sens.

Sans sponsor, sans chèque à la fin du mois pour mes bons et loyaux services, je me sens (presque) réellement libre d’aborder tous les sujets qui me passionnent par ici, sans prendre en compte « mon audience », « mes statistiques », « ma e-réputation », « les tendances », « mes revenus publicitaires » et autres trucs vendus et sur-vendus par les parrains du marketing online.

Je ne dis pas que tout cela est inutile ou suspect, je dis juste que cela correspond plus aux hypermarchés du web qu’à la petite épicerie du coin que je tiens depuis trois ans (pour reprendre une métaphore inventée par Anne).

Cela ne m’intéresse pas de parler tout le temps de la même chose, ou de sacrifier ma spontanéité simplement pour coller à une tendance, ou pour gagner de l’argent.

A l’heure actuelle, je suis vraiment à dix mille lieues de ces raisonnements-là. Je n’ai, de toute façon, pas de niche. Quiconque me connaît sait que je n’y aurai pas assez de place, de toute façon. Si certains blogueurs semblent avoir réussi à se convaincre que l’argent justifiait le fait d’être tenu en laisse, pour ma part, j’ai peur d’être trop farouchement indépendante, et de ne pas avoir encore été assez pétrie par les concepts du sacro-saint MAKE MONEY ONLINE. J’ai juste l’impression qu’on me parle dans une langue que je ne veux pas faire l’effort de comprendre.

Conseils pour blogueurs non rentables

Du coup, on peut déplorer qu’il n’existe pas de conseils pour blogueurs non rentables et non influents. C’est triste de ne pas avoir de coach spécial « plaisir de bloguer » quelque part sur la Toile. Personne ne nous prodigue des conseils de type :

  • soyez sincères ;
  • parlez de tous les sujets que vous aimez, vous fascinent, vous motivent, sans discrimination ;
  • partagez ce qui vous transcende, partagez la sève vibrante de votre vie ;
  • n’ayez pas peur de raconter plusieurs histoires à la fois, dans le même billet ;
  • ne prenez pas vos lecteurs pour des écoliers de CM2 : utilisez un langage soutenu, et n’hésitez pas à publier de bonnes grosses tartines textuelles ;
  • illustrez vos articles avec autre chose que des photos stock impersonnelles qui ne parleront à personne : fouinez dans vos propres archives, scannez, découpez, dessinez, ou partagez de l’art (profitez-en pour faire découvrir des artistes encore inconnus du grand public) ;
  • publiez irrégulièrement, si vous sentez que votre rythme d’écriture, c’est l’irrégularité. Ne vous forcez jamais à écrire ;
  • proposez quelque chose d’unique, qu’aucun autre blogueur ne propose déjà ; innovez, soyez imaginatif et culotté ;
  • respectez autrui comme vous voulez être respecté ;
  • partagez vos dégoûts, et dites tout haut ce que vous auriez tendance à vouloir garder pour vous. Il est souvent plus intéressant d’expliquer pourquoi on n’aime pas quelque chose (ou quelqu’un) publiquement, en argumentant, plutôt que de le pourrir par messes basses – ce qui, de toute façon, finit toujours par se retourner contre vous.

NB : Les illustrations de cet article sont des oeuvres de la génialissime KatjaFaith.

Marie

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