Il y a quelques semaines, Titiou Lecoq était de passage à Rennes pour présenter son livre Libérées : le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale.

Cela fait des années que je lis son blog et ses divers articles, et j’apprécie toujours autant ses réflexions et sa verve. J’étais donc toute chose d’être dans la même pièce qu’elle, et de lui demander de dédicacer l’exemplaire de ma copine Audrey.

Titiou Lecoq à Rennes, à la librairie La Nuit des Temps.
Titiou Lecoq à Rennes, pendant la soirée organisée par la librairie La Nuit des Temps.

Titiou Lecoq a écrit Libérées en réaction à un ras-le-bol soudain : Un jour, je me suis demandé : pourquoi est-ce moi qui ramasse les affaires qui traînent ? Je n’ai trouvé qu’une seule réponse. Parce que je suis une femme qui vit avec un homme et deux enfants, et que, conséquemment, les corvées, c’est pour ma gueule. C’est ce constat qui lui a donné envie de creuser le sujet de l’assignation des femmes au domestique.

J’ai lu Libérées d’une traite, lecture rythmée par de nombreux mais ouais, c’est tellement ça !. Cet essai est extrêmement pertinent, richement documenté, et incroyablement bien écrit. Les superlatifs ne manquent pas, car c’est vraiment un très bon livre.

Bien que Titiou Lecoq aborde de très nombreux aspects de la féminisation de la sphère privée, il y en a qui m’a particulièrement parlé, et que j’étais même soulagée de lire enfin quelque part, de manière aussi directe : comment les réseaux sociaux réactualisent et renforcent les injonctions qui pèsent sur les femmes.

Son analyse, aussi concise qu’efficace, m’a fait l’effet d’un point de non-retour. Elle a enfin mis des mots sur ce qui me tort le bide depuis des années, à chaque fois que je tombe sur un blog estampillé « féminin », ou que je découvre un nouveau compte Instagram rempli de photos parfaites, dévoilant des intérieurs parfaitement décorés, et des meufs parfaitement habillées et maquillées, quel que soit leur style.

C’est en lisant un énième billet de blog témoignant de cette répugnante perfection que j’ai décidé d’écrire ce billet, et de faire le lien entre mes observations, mon ressenti, et Libérées.

Les problèmes de la blogosphère « féminine »

En tant que femme, je réalise que l’écrasante majorité des blogs que je lis sont écrits par d’autres femmes. Ce qui n’est pas gênant en soit, parce qu’en toute honnêteté, ce que vivent les meufs et les personnes LGBTIQ+ m’intéressent éminemment plus que ce que vivent les mecs cis.

Le hic, c’est que plus j’avance dans ma prise de conscience féministe, plus la blogosphère « féminine » m’apparaît pourrie de l’intérieur.

Stéréotypes

Deux choses me dérangent en particulier. D’une part, la prédominance de thèmes traditionnellement associés aux femmes (mode, maquillage, décoration d’intérieur, etc.) à l’exception généralement de tout autre, et leur traitement visuel et éditorial stéréotypé.

Je précise tout de suite qu’à mes yeux, aucun de ces sujets n’est fondamentalement mauvais. Que les vêtements, le maquillage et la façon dont on décore sa piaule soient une manière de s’affirmer et d’apprendre à s’aimer soi-même, voire de questionner les diktats de l’apparence et du genre, super ! Cela m’intéresse, et je peux même dire que j’aime lire ce type de contenus. Je cherche d’ailleurs à en lire davantage, en particulier écrits par des meufs grosses, noires, handicapées, queer, trans, et alios.

Par contre, le sexisme intégré des blogs féminins « mainstream » et leur propension à satisfaire le male gaze m’horripile.

Bien entendu, je sais qu’en tant que femmes nous sommes sujettes à d’énormes pressions concernant notre apparence physique et nos choix personnels, et que nous sommes éduquées et conditionnées pour nous préoccuper du plaisir (visuel, physique, psychologique) et du confort des autres avant les nôtres. C’est ce qu’on appelle le care.

Il est donc logique que des femmes, même jeunes, consacrent une grande partie de leur temps libre à se pomponner, à pouponner, à cuisiner, à décorer leur foyer, etc., car c’est ce qu’on attend d’elles socialement.

Questionner et refuser ce schéma signifie être féministe (ouiii ! ♥︎). Or, toutes les femmes n’ont pas encore la chance de l’être ni d’avoir pu déconstruire ce conditionnement. Je leur souhaite sincèrement de rencontrer des amies féministes et de lire des autrices féministes qui les aideront à se déconstruire peu à peu.

Marchandisation de l’intime

L’autre aspect de la blogosphère « féminine » qui me révolte, et que je trouve encore plus grave car a priori sans solution, c’est la recherche quasi systématique de profit dans les contenus bloguesques et sur les réseaux sociaux.

Le fait que les blogs féminins encouragent le consumérisme, en vantant aux lectrices les qualités de tel ou tel objet, vêtement ou accessoire, dans le but de leur donner envie d’acheter les mêmes, me hérisse le poil.

Rares sont les blogs « féminins » qui ne contiennent aucun lien affilié. Bon, on peut se dire que quand il y en a un de temps en temps, et que c’est clairement précisé, on a moyen de les repérer et de les éviter. Ouais, sauf qu’en parlant davantage de leurs possessions matérielles que de leurs expériences, certaines blogueuses influence notre perception du monde.

Mais là où les choses deviennent véritablement avariées, c’est quand certaines blogueuses écrivent des billets spécialement pour caser des tonnes de liens sponsorisés.

Ces meufs passent donc des heures à écumer les boutiques en ligne de leurs partenaires commerciaux pour trouver les pièces les plus susceptibles de nous faire craquer et donc, de leur rapporter de l’argent. Je trouve cela très problématique d’un point de vue moral.

Cela dit, je comprends la tentation de chercher à gagner de l’argent avec son blog : le monde du travail est si dur que toute alternative mérite d’être étudiée.

Je continue cependant à penser que la pub détourne notre créativité de son objectif premier, et qu’elle constitue une pollution visuelle et morale.

Un magnifique désordre

Trève de théorie, je vais vous donner un exemple de blog « féminin » que j’adore détester.

Quand j’ai découvert le blog d’Elsie Larson, A Beautiful Mess (ABM), Elsie y postait de façon personnelle, sur des sujets divers et variés qui allaient du scrapbooking, à la photo, de ses réflexions sur son parcours de travailleuse indépendante à sa vie amoureuse, et j’en passe. Le style était naturel et créatif, le design de son blog aussi.

A Beautiful Mess à l’époque.
A Beautiful Mess à l’époque.

Tout était super soigné, en particulier les photos, et le ton employé changeait tellement de ce que j’avais l’habitude de lire. C’était en quelque sorte mon blog chouchou. (Bon, certes, à l’époque, j’étais beaucoup moins déconstruite qu’aujourd’hui : mes critères de qualité bloguesques étaient donc beaucoup plus bas.)

11 ans plus tard, que reste-t-il de cette fraîcheur des débuts ? Absolument RIEN.

Ce blog a muté en une machine à fric entreprise, qui emploie une quinzaine de personnes, et dont Elsie est la patronne.

Ceci a été possible grâce à la publicité vendue sur son blog, aux applications mobiles qu’elle a produites, aux livres qu’elle a co-écrits avec sa sœur, au merchandising issu de leurs activités (cours en ligne, box mensuelle, maquillage, vêtements…) ainsi qu’à la marchandisation des flux Instagram liés à son univers (de très nombreuses photos, dont certaines très personnelles, comportent des liens vers les boutiques dont sont issus les vêtements et les meubles photographiés).

ABM n’est plus le petit blog personnel d’une jeune-femme créative aspirant à mener une vie créative (Elsie a même créé un autre blog, plus personnel, tellement ABM n’est plus « son » blog). C’est devenu une immense plateforme à but lucratif, qui ne valorise que deux types de contenus : d’une part, les articles sponsorisés, d’autre part, les tutoriels, recettes et autres prêches en faveur de la vie de la parfaite petite femme au foyer.

Titiou Lecoq analyse bien le phénomène, qu’elle a constaté, elle, sur les réseaux sociaux :

Les réseaux sociaux sont devenus le lieu de propagation d’une nouvelle dictature domestique avec des normes extrêmement élevées et uniquement à charge des femmes (…). Dans ces univers éthérés, il n’y a pas de place pour les miettes ou les cernes. Tout est blanc, doux, cotonneux, enfantin, léger, joli, et c’est écrasant.

Si vous vous êtes déjà demandé comment réaliser la parfaite queue de cheval tressée spéciale festivals d’été, comment coordonner vos vêtements à ceux de votre sœur, comment cuisiner des fettucine aux épinards pour votre petit mari, comment photographier vos chiens pour votre énième album de Noël, ou encore comment organiser votre cérémonie de mariage vintage et DIY de manière à ce qu’elle soit mitraillée sous tous les angles pour prouver à Internet que vous êtes vraiment la mariée la plus cool de l’univers, alors ABM aura la réponse.

En outre, dans 99 % des cas, ce sont des femmes qui sont photographiées : des femmes blanches, minces, toujours souriantes, habillées avec des vêtements différents à chaque fois (on y trouve quasiment toujours au moins une pièce offerte par une marque), posant généralement chez elles, dont le décor semble sortir d’un magazine, et préparant de bons petits plats bio, entourées d’animaux adorables et d’enfants toujours souriants, propres et impeccablement fringués eux aussi.

A Beautiful Mess aujourd’hui.
A Beautiful Mess aujourd’hui.

Les stéréotypes payent

Bien entendu, ABM est loin d’être le seul blog de ce type. Plus près de moi, les blogueuses mode françaises (blanches, minces, valides et cis bien sûr) contribuent elles aussi à véhiculer une image de « Femmes Parfaites© », un stéréotype renforcé par leurs réussites financières.

En effet, il est communément admis qu’un blog réussi est un blog qui rapporte de l’argent. (Affirmation que l’on pourrait discuter des heures durant, mais bon.)

À ce sujet, la déclaration suivante de Betty Autier m’avait sidérée. À la question Tu serais prête à nous révéler ton salaire mensuel ? posée par le magazine Paulette (nº19, novembre/décembre 2014), elle répondait :

Alors il faut le faire à l’américaine (Rires) ! Je vais déménager à Los Angeles et aux États-Unis la modestie ne paye pas, là-bas tout le monde parle librement de salaires. Ce qui me gêne ce sont les rumeurs sur mon salaire, parfois j’entends : Betty elle se fait cinq cent euros par mois ! J’ai envie de leur répondre : Hey, moi je suis milliardaire (Rires) ! Je vais donc me faire ce petit plaisir et être honnête… Chaque mois l’affiliation de mon blog me rapporte environ 10 000 euros. Mais ce n’est pas ma seule source de rémunération. Par an, je gagne entre 300 000 et 500 000 euros (…)

🙄

Bref, la blogosphère « féminine » s’est rapidement transformée en véritable vitrine publicitaire.

Cette intrusion massive de l’argent a fait d’un passe-temps personnel et amateur – le blog –, un véritable métier marketé jusqu’à la moëlle. À cause d’elle, les blogueuses – ces individues initialement créatives et libres – tendent à devenir des femmes-sandwich numériques qui ne raisonnent qu’en terme de retour sur investissement et de statistiques.

Et je trouve ça triste, car, à les écouter et à les observer, aucun juste milieu ne semble possible. Dès lors qu’elles décident de monétiser leur activité en ligne, tout y passe : tweets et articles sponsorisés pour une marque de montre, un lait hydratant ou du riz basmati ; louanges faussement innocentes à propos de tel hôtel ou de tel club de vacances où elles ont été invitées tous frais payés ; placements produit divers et variés, tout juste indiqués par une petite astérisque dont la légende se situe loin, très loin, en bas de page si on a de la chance ; etc.

Et c’est ainsi que disparaissent peu à peu leur originalité et leur spontanéité, ce qui, précisément, rendaient leur blog intéressant.

Le naturel n’est plus qu’un lointain souvenir, et ce qui transparaît désormais de leur vie sur Internet semble désormais dicté par une logique marchande et néolibérale.

Qu’importent leur intégrité et leur intimité, finalement, puisque les bafouer leur rapporte de l’argent sur Internet ?

La tentation du mimétisme

Mais le pire dans tout ça, ce n’est pas que des femmes aiment décorer leur intérieur, cuisiner des fettucine aux épinards, ou qu’elles gagnent de l’argent grâce à leur blog.

Non, le pire, c’est que ces contenus nous captivent, et que les choix normés que font ces femmes font nous influencent.

À force de voir passer des photos parfaites dès qu’on ouvre Instagram ou Feedly, à force de voir des femmes étalant leur beauté, leur accomplissement et leur apparent bonheur, nous assimilons que cette esthétique-là et que ce mode de vie-là pourraient bien être la baguette magique qui nous manque.

C’est un peu comme si notre esprit critique disparaissait un peu plus à chaque scroll, choisissant d’ignorer que ces photos ne sont que des fragments de vie soigneusement choisis, et non la vie elle-même.

La lecture de Libérées m’a fait prendre conscience du phénomène de sidération que provoquent toutes ces images parfaites, et à quel point c’est un poison insidieux pour l’imagination et l’estime de soi.

Ces photos ramènent sans cesse les femmes à ce terrible constat : elles ne sont pas à la hauteur. À moins d’être dotée d’un ego en béton armé, on a forcément l’impression que les autres font mieux le ménage, la déco, la cuisine, l’éducation. Mais pas le travail. Dans cet univers, on ne travaille pas puisque la vie n’est que délices et bonheur et que les contraintes n’existent pas. Cette absence totale du monde professionnel ramène un peu plus les femmes à leur place : la maison.

Le fait de ne représenter le féminin qu’au sein de la sphère domestique est un gros problème.

La minute autocritique

En réfléchissant à tout ça, je me suis vite demandé si mon propre blog reflétait lui aussi ce type de schéma.

Après tout, mes billets sont souvent liés à mon chez moi, et célèbrent un mode de vie plutôt casanier, bien au chaud sous un plaid, avec une boisson chaude, des livres, un chat, et des loisirs créatifs à foison.

Ce goût pour le « cosy » et l’« en-dedans » est un goût que j’ai acquis depuis mon enfance. Même si j’aimais bien jouer dehors, je passais beaucoup de temps à l’intérieur à dessiner, à regarder des dessins animés ou à faire mes devoirs.

Bon, même si en vrai, je faisais quand même plein d’autres trucs, nanmého :

Je me rends aussi compte que, parallèlement à la renaissance de La Lune Mauve, j’ai presque complètement laissé tomber mon blog professionnel : les trolls que j’ai subis début 2016 m’ont fait fuir le devant de la scène professionnelle du jour au lendemain, et retourner symboliquement « à la maison », à l’abri, protégée, invisible et inconnue.

Je pense néanmoins que je n’ai pas grand chose à voir avec les Elsie et les Betty de ce monde : de mon côté, j’essaie d’encourager la curiosité et la créativité des personnes qui me lisent (qui sont d’ailleurs en majorité des femmes), davantage que le culte de l’apparence, du profit et de l’ordre domestique.

Le jour où je commencerai à parler de meal prep ou de recette pour confectionner vous-même votre shampoing sec, ou à vous donner des conseils pour monétiser votre blog, je compte sur vous pour venir m’en toucher deux mots !

Le mensonge de la vie adulte

Grâce au livre de Titiou Lecoq, j’ai compris que les blogueuses et personnalités numériques qui nous abreuvent de visions et de récits idylliques nous mentent.

Et que bloguer implique une grande responsabilité : celle de raconter les choses avec honnêteté, sans gommer les détails déplaisants des aléas de la vie.

Je cite à nouveau Libérées :

Poster à longueur de temps des photos pour montrer qu’une vie merveilleuse, c’est facile, me paraît moralement condamnable. Il faut arrêter de mentir, il faut que chacune cesse de mentir aux autres parce que cela ne génère que du mal-être.

Sur Instagram, on ne tolère pas les poils, le sang des règles, la vaisselle sale, les chaussettes qui traînent et le travail. Plus cet idéal de vie lénifiante se répand, s’enroule autour de nos esprits et commence à les enserrer, plus il est nécessaire de tenir le discours inverse. (…) La vie, ce n’est pas un édredon rose pastel. Parfois on souffre, on se plante, il y a du sang et de la merde. (…) à la longue, cette suite interminable de photos d’intérieur aussi parfaitement identiques les uns aux autres me donne l’impression d’une maladie mentale. Il y a une forme de fascisme dans cette esthétique.

Récemment, j’ai eu une sorte de révélation concernant la dégradation de la blogosphère et sa monétisation : peut-être que toutes ces dérives sont liées au fait que nous sommes devenu·es adultes.

Quand nous avions 17, 18 ou 20 ans, nous n’avions pas encore vécu grand chose. Notre identité naissante avait fondamentalement besoin de se développer et de se construire, notamment en se comparant et en se liant aux autres. Et puis, surtout, nous avions tout le temps libre que nous voulions.

Aujourd’hui, à 30 ou 40 ans, nos objectifs de vie ont évolué. Nous avons souvent des métiers et des occupations qui occupent tout notre temps. Certain·es d’entre nous ont même eu des enfants.

Nous n’avons donc plus tout à fait les mêmes centres d’intérêt et priorités que lorsque nous étions ados, et surtout, nous n’avons plus le temps physique de bloguer (pour écrire ce billet, je me suis levée deux heures plus tôt chaque matin pendant une semaine, en gros), ni le temps psychique pour la charge mentale qu’implique l’écriture d’un blog.

Du coup, nous ressentons le besoin inconscient de justifier le temps que nous passons à mettre à jour nos blogs et nos profils sur les réseaux sociaux, car ce temps nous est compté : nous estimons qu’il devrait nous rapporter quelque chose, influencés sans doute par les blogging success stories dont nous sommes témoins.

Les petits jardins qui résistent

Celles et ceux qui restent et qui continuent, bon an mal an, à bloguer, sont en quelque sorte des résistant·es, tentant de survivre au sein d’un labyrinthe aussi fécond qu’anarchique.

Cet Internet qui résiste est constitué d’un réseau de blogs et de comptes plus ou moins privés, plus ou moins protégés, consacrés à des sujets de niche et à des lubies qui n’intéressent personne, qui ne rapportent pas un rond et que leurs auteur·ices ont parfois même décidé de déréférencer pour avoir la paix.

Lorsque Titiou Lecoq raconte ce qu’était Internet en 2008, je ressens de la nostalgie mais aussi de l’espoir :

On était sur Internet pour raconter ses faiblesses et ses mortifications, ceux qui exhibaient leur réussite étaient immédiatement moqués. Ce qui a caractérisé, entre autres, le début de la Webculture, c’était l’esthétique de l’échec et du mauvais goût, des hasards et des coïncidences. Le Web était précisément l’espace, opposé à la vie IRL (réelle), où les losers pouvaient se retrouver entre eux pour se raconter toutes les petites humiliations qu’ils vivaient au quotidien.

10 ans plus tard, cet Internet est toujours là, tapi dans l’ombre. Il ne tient qu’à nous de le nourrir et de le réactiver.

Quel bonheur tout de même d’être libre de tout partenariat publicitaire, libre de publier ce que nous voulons, quand nous le voulons – ou de ne pas publier du tout si nous n’avons ni le temps ni l’envie.

Nos jardins secrets, qui résistent face à la construction massive d’hôtels de luxe, sont précieux. Nous avons une responsabilité de prendre soin du nôtre, mais aussi d’encourager nos voisin·es à prendre soin du leur.

Eliness écrivait qu’il faut se serrer les coudes : pour moi, cela veut dire continuer à lire ce que les autres écrivent, laisser une trace, commenter parfois, être toujours là.

Bien sûr, c’est toujours un crève-cœur lorsqu’un de ces petits jardins secrets disparaît. Mais de nouveaux blogs personnels voient le jour, aussi. Or, il n’est pas toujours évident de les trouver, surtout maintenant que les algorithmes décident à notre place ce que nous devons lire ou pas. D’où l’importance de parler autour de nous des blogs émergents et de toutes nos bonnes adresses, souvent inconnues du « grand public ».

Cela doit aussi nous rassurer sur le bien-fondé de tenir des discours et d’écrire des billets à contre-courant de « la norme bloguesque ». Ne pas aller dans le sens de cette norme si pourrie est plutôt rassurant.

À titre personnel, je suis heureuse de ne pas avoir à me rendre malade à cause du manque de cohérence visuelle de mon flux Instagram, de peur que les gens se désabonnent en masse de mon profil, ou que cela dissuade des marques de travailler avec moi. Quelqu’un se désabonne ? Quelle aubaine ! C’est une probabilité de prise de chou en moins.

Quant aux marques, je suis heureuse de n’être l’elfe de maison de personne. J’ai toujours pensé que créativité et rentabilité ne font pas bon ménage.

En plus de ça, je manque déjà de temps pour écrire tous les billets personnels que j’ai envie d’écrire, alors si je devais, en plus, consacrer du temps à des billets sponsorisés, je n’y prendrais plus aucun plaisir et laisserais tout tomber.

Épilogue

Récemment, Elsie Larson (que je continue à suivre par intermittence) m’a fait beaucoup rire, en se plaignant elle-même de l’aseptisation d’Instagram, tout en publiant une photo de son impeccable salon, dont la perfection est uniquement troublée par une chaussure d’enfant toute mignonne, perdue au beau milieu du passage :

https://www.instagram.com/p/BeInPHcFwfN/

Légende : Quand tu as un enfant, tu as toujours cette chaussure surprise dans chaque photo que tu prends. 💛

Pauvre Elsie ! On a clairement pas la même définition de l’aseptisation et du désordre.

La vérité, c’est que ces femmes, et leurs vies, sont effrayantes. Il n’y a pas de place pour le raté, le foireux, le cassé. Ou tout simplement le moche. C’est une espèce d’eugénisme existentiel. Je crois que je ne pourrais pas vivre dans un monde d’où le moche aurait été banni.

Titiou Lecoq, Libérées

kReEsTaL

Déjà 29 commentaires

  1. Hey, mais merci !!!
    Cela me fait énormément plaisir de constater que le laquage « instatruc » ne défigure pas toutes les personnalités… et tous les blogs.
    Tu m’as donné envie de lire l’ouvrage de Titiou :) (mais je vais attendre de le trouver d’occasion…)

    Je me demandais : connais-tu des blogs intéressants rédigés par des hommes ? En réfléchissant rapidement, ils ne sont pas nombreux dans mes multiples flux RSS (quelques uns en perma-agri-culture, mais aucun de type « personnel »)

    Merci de continuer à t’exprimer librement depuis autant d’années :) (et bon thé calfeutré !)

    Répondre

    1. Hey, mais merci !!!

      Ça m’a fait vraiment plaisir de lire ce cri du cœur de bon matin !

      Cela me fait énormément plaisir de constater que le laquage « instatruc » ne défigure pas toutes les personnalités… et tous les blogs.

      Ouais, je résiste, je résiste… Au départ je complexais presque de faire mon truc de manière différente, et puis maintenant que j’ai pris du recul et lu des trucs qui m’ont aidée à comprendre ce qui se tramait, je trouve ça vraiment cool en fait d’avoir ma propre patte, et de ne pas faire comme les autres.

      Je me demandais : connais-tu des blogs intéressants rédigés par des hommes ? En réfléchissant rapidement, ils ne sont pas nombreux dans mes multiples flux RSS (quelques uns en perma-agri-culture, mais aucun de type « personnel »)

      J’ai longuement épluché mon Feedly pour te répondre, et c’est vrai que je n’en connais pas beaucoup, c’est vrai. J’aime beaucoup celui de Nimwendil, qui est orienté créativité ; celui de Brice qui parle principalement de photo (mais pas que) ; celui de Didier Lestrade (qui écrit teeellement bien ohlala) ; et… c’est tout.

      Le reste des blogs écrits par des mecs que je suis sont des blogs techniques ; ce sont ceux sur lesquels je me rue le moins…

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      1. Coucou,
        J’ai enfin pris le temps d’ausculter mes flux RSS, voici une sélection de blogs personnels tenus par des hommes (en espérant ne pas me tromper, difficile des fois de distinguer derrière le pseudo). Au final, j’en suis déjà un paquet… En vrac :
        https://nrkn.fr/
        https://nota-bene.org/
        https://ploum.net/
        https://1tierschemin.wordpress.com/
        http://jcfrog.com/blog/
        https://www.lesvoyagesdemat.com/
        https://n.survol.fr/
        https://larlet.fr/david/
        http://blog.davidmanise.com/
        http://davidtribal.com/blog/

        Bonne lecture :)

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    2. Hors les blogs typés informatique ou sujet hypers pointus, je ne me connais pas beaucoup de compagnons blogueurs masculins et aucun dans un style personnel… à se demander si côté masculin on ne suit pas l’injonction « sentiment aseptisé/dur/taiseux etc. » A moins que ce ne soit une plus grande défiance envers l’exposition intime à tors et à travers ?

      /Désolé je squatte, mais le questionnement m’a intéressé !

      Je retiens et approuve surtout à titre perso cette phrase :  »
      Quel bonheur tout de même d’être libre de tout partenariat publicitaire, libre de publier ce que nous voulons, quand nous le voulons – ou de ne pas publier du tout si nous n’avons ni le temps ni l’envie. »

      Même si au fond il est bien dur d’être réellement exempt de toute pression.

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      1. Hors les blogs typés informatique ou sujet hypers pointus, je ne me connais pas beaucoup de compagnons blogueurs masculins et aucun dans un style personnel… à se demander si côté masculin on ne suit pas l’injonction « sentiment aseptisé/dur/taiseux etc. »

        Je pense, oui, que ça a à voir avec l’injonction à la virilité qui pèse sur les hommes (et qui est tout aussi sexiste).

        A moins que ce ne soit une plus grande défiance envers l’exposition intime à tors et à travers ?

        Bah, ça, je suis moins sûre : pour moi cette défiance existe bien, mais elle ne me semble pas exclusive à un genre.

        Je retiens et approuve surtout à titre perso cette phrase : « Quel bonheur tout de même d’être libre de tout partenariat publicitaire, libre de publier ce que nous voulons, quand nous le voulons – ou de ne pas publier du tout si nous n’avons ni le temps ni l’envie. »

        Même si au fond il est bien dur d’être réellement exempt de toute pression.

        Ouais, c’est vrai. En prendre conscience est déjà un grand pas je pense.

        Bon, et le mot de la fin : quand j’ai répondu à Laëtitia, j’ai vraiment galéré à trouver des blogs écrits par des mecs, parmi tous ceux que je suis. Et quand tu as commenté, je me suis dit : OHLALA MAIS OUI Y’A « POUR UNE IMAGE » AUSSI ! Honteuse d’avoir pu l’oublier, je pars donc me cacher dans un trou en Écosse.

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        1. Ahaha, aucune honte à avoir 😋 déjà je réponds peu je suppose au critère « blog personnel » et puis tu ne peux pas penser à citer tout le monde tout le temps… Et ça me va bien si je ne suis pas étiqueté « blog de mec ».

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  2. Hell yeah.
    (J’allais dire « Amen », mais invoquer Satan me plait beaucoup plus).

    J’appelle ce phénomène « être en constante représentation de soi », et ça me rend dingue. Car même en ayant totalement conscience des mécanismes psychologique des réseaux sociaux, il reste difficile de ne pas se faire avoir par cette ambiance policée et se sentir déprimé.e.

    Exemple : à chaque fois que je vois des photos de personne.s prises par d’autres – donc pas des selfies – je me dis toujours que je suis nulle parce que moi, je n’ai personne pour prendre de photos de moi. Alors que je déteste être prise en photo, et que TOUS mes proches le savent. Ils ne posteraient jamais une photo de moi sur le Net sans me demander la permission au préalable (ni ne prendraient de photo de moi tout court, en fait). Mais je me fais avoir quand même et compare ma petite vie vide à celle des autres qui semble tellement plus riche en émotions & relations sociales, par le merveilleux prisme d’Instagram.

    C’est ridicule. Cela veut simplement dire que ma manière de sociabiliser fonctionne : je suis introvertie, fréquente peu de gens, et prends régulièrement du temps seule pour recharger les batteries. Donc le peu de temps que je passe avec des gens est précieux : je suis concentrée sur elleux, ce qu’on est en train de faire, mon portable reste dans ma poche, etc c’est tout. Il n’y a donc aucune raison pour moi de prendre moult photos de ce que je suis en train de vivre plutôt que de l’expérimenter.

    C ‘est d’ailleurs rigolo, dans mon groupe d’amis, je suis la seule à bosser dans le numérique, et je suis la plus rigoureusement attachée à ma vie privée hors-Internet. Peut-être parce que j’en connais les mécanismes ?

    Répondre

    1. Hell yeah.
      (J’allais dire « Amen », mais invoquer Satan me plait beaucoup plus).

      :-D

      J’appelle ce phénomène « être en constante représentation de soi », et ça me rend dingue. Car même en ayant totalement conscience des mécanismes psychologique des réseaux sociaux, il reste difficile de ne pas se faire avoir par cette ambiance policée et se sentir déprimé.e.

      Ouais, je pense vraiment qu’à la longue, la répétition et l’unicité de ce type d’univers nous font nous sentir exclu. D’autant qu’il y a l’effet « groupe » (que ce soit le nombre de comptes qui alimentent ce type d’esthétique, ou bien le nombre de personnes qui likent), qui renforce encore ce sentiment d’être à part et de n’intéresser personne.

      C’est ridicule. Cela veut simplement dire que ma manière de sociabiliser fonctionne : je suis introvertie, fréquente peu de gens, et prends régulièrement du temps seule pour recharger les batteries. Donc le peu de temps que je passe avec des gens est précieux : je suis concentrée sur elleux, ce qu’on est en train de faire, mon portable reste dans ma poche, etc c’est tout. Il n’y a donc aucune raison pour moi de prendre moult photos de ce que je suis en train de vivre plutôt que de l’expérimenter.

      Mais complètement ! C’est toi qui es dans le vrai, pas les autres. Je me rappelle d’un vieux billet d’Eleonore Bridge qui avait réalisé à quel point elle était intoxiquée par les réseaux sociaux, quand ses proches ont fini par lui dire que c’était un peu beaucoup relou qu’ils doivent attendre 5 minutes de toucher à leurs plats au restaurant, le temps qu’elle ait tout pris en photo pour son blog… Je ne retrouve pas le billet mais c’était intéressant.

      C ‘est d’ailleurs rigolo, dans mon groupe d’amis, je suis la seule à bosser dans le numérique, et je suis la plus rigoureusement attachée à ma vie privée hors-Internet. Peut-être parce que j’en connais les mécanismes ?

      Possible, même si tu es l’exception plutôt que la norme.

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  3. Beaucoup beaucoup beaucoup d’amour pour ton article ! Je traque avec plaisir ces jardins secrets et spontanés dont tu parles et je suis heureuse d’en avoir découvert pas mal. Ton blog n’a rien à voir avec ce que tu décris, tu n’as pas à t’en faire ;) Entre les réflexions que j’ai lues récemment chez Echos Verts, les derniers articles sur le blog Un invincible été, le tien… Je pense qu’il y a une petite communauté qui essaie de rester à l’écart de tout ça, pour le meilleur. J’ai connu moi aussi cette phase de sidération, qui amène aussi à ces blocages : oh non j’ai un texte d’article mais les photos ne seront pas assez bien… !! Et finalement ce qui m’a motivée à lancer un blog, c’est cette volonté de dire « zut! » aux injonctions esthétiques et à celles qui concernent les thèmes « sexy ». Tant pis si je fais des articles trop longs, trop sérieux, pas assez illustrés, on a besoin de diversité, donc ce qui compte pour moi c’est que mon imperfection toute relative alimente surtout des échanges. Sinon je me disais qu’en fait, j’ai l’impression que les quelques blogs tenus par des hommes sont sujets aux mêmes dérives quand il s’agit de « lifestyle » au sens général… Je ne pense pas que ce soit particulièrement le fait de la blogosphère féminine, il se trouve juste que l’omniprésence des femmes sur les thématiques de consommation, de mode etc prédisposait leurs blogs à dériver comme ça, mais le conseil/coaching beauté et lifestyle se développe chez les mecs de la même façon. Et les blogs qui parlent de sport ou d’autres thématiques plus stéréotypées comme masculine courent les mêmes risques je pense

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    1. Merci Irène !

      Je traque avec plaisir ces jardins secrets et spontanés dont tu parles et je suis heureuse d’en avoir découvert pas mal.

      Oui, j’ai vu que ta blogroll est bien fournie, j’ai commencé à l’explorer mais il me reste encore pas mal d’adresses à découvrir. Merci d’ailleurs d’y avoir inclus La Lune Mauve !

      J’ai connu moi aussi cette phase de sidération, qui amène aussi à ces blocages : oh non j’ai un texte d’article mais les photos ne seront pas assez bien… !! Et finalement ce qui m’a motivée à lancer un blog, c’est cette volonté de dire « zut! » aux injonctions esthétiques et à celles qui concernent les thèmes « sexy ». Tant pis si je fais des articles trop longs, trop sérieux, pas assez illustrés, on a besoin de diversité,

      Ah mais, oui complètement ! Prendre du recul vis-à-vis de la « norme » est une chose, mais il faut aussi réussir à détecter son petit tyran intérieur, et réussir à passer outre ses exigences, sinon on ne fait plus rien. Parfois on est soi-même sa pire ennemie.

      ce qui compte pour moi c’est que mon imperfection toute relative alimente surtout des échanges.

      Hé bien déjà le choix du mot « imperfection » est intéressant ! Sincèrement, je ne pense pas que les gens qui lisent ton blog, ou le mien, se disent « ohlala que c’est imparfait ! ». J’ose espérer que si iels restent et continuent à lire, c’est qu’iels y trouvent quelque chose d’unique.

      Finalement, on se met tellement la rate au court-bouillon à cause du fait de ne pas réussir à rentrer dans le moule, mais… ne pas rentrer dans le moule est une chance. Misfits forever!

      Sinon je me disais qu’en fait, j’ai l’impression que les quelques blogs tenus par des hommes sont sujets aux mêmes dérives quand il s’agit de « lifestyle » au sens général… Je ne pense pas que ce soit particulièrement le fait de la blogosphère féminine, il se trouve juste que l’omniprésence des femmes sur les thématiques de consommation, de mode etc prédisposait leurs blogs à dériver comme ça, mais le conseil/coaching beauté et lifestyle se développe chez les mecs de la même façon. Et les blogs qui parlent de sport ou d’autres thématiques plus stéréotypées comme masculine courent les mêmes risques je pense

      Merci pour ton analyse ! Je dois dire que je ne lis aucun blog lifestyle masculin, mais les rares que j’avais survolés il y a longtemps étaient en effet complètement repoussants.

      Quand je vois la couv’ et les gros titres des magazines lifestyle pour hommes, idem, je lève haut les yeux au ciel. L’injonction à la virilité qui pèse sur les hommes est tout aussi oppressive. J’adorerais que des blogueurs hommes s’emparent du sujet et partagent leurs réflexions.

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      1. Je rebondis sur ta dernière remarque, c’est vrai que j’aimerais lire des homme sur le sujet ! Mais comme l’aspect lifestyle reste relativement rarement traité par des mecs, finalement ceux que je lis sont plutôt dans la sphère scientifique et sceptique (vulgarisation, esprit critique). Dans ma blogroll, ils sont tous dans cette section là, ça dit beaucoup de choses…

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  4. Je ne sais pas si tu l’as lu mais justement Pauline sur le blog Un invincible été a écrit de très belles choses récemment sur le fait d’être quelqu’un du « dedans », attachée à son intérieur…

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    1. Il faudra que j’aille lire tout ça !

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  5. J’ai trouvé ta réflexion très intéressante et aussi très rassurante ( = je ne suis pas la seule à penser ça!). Je n’ai pas encore lu le livre de Titiou mais je suis son blog depuis un bon bout de temps (et sa newsletter hebdomadaire pour Slate; dans l’avant-dernière, elle analysait les publicités pour sous-vêtements féminins et c’était particulièrement intéressant).
    J’ai pour ma part fermé mon blog, parce que plus le temps, plus d’inspiration, crainte pour mon anonymat et surtout je ne supportais plus l’homogénéité écrasante des blogs, la monétisation, le consumérisme dégoulinant de partout… Alors je partage complètement ton avis sur toutes ces questions, et ça fait vraiment du bien de lire des blogs comme le tien. :)

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    1. Merci pour ton retour, ça me fait chaud au cœur !

      J’ai pour ma part fermé mon blog, parce que plus le temps, plus d’inspiration, crainte pour mon anonymat et surtout je ne supportais plus l’homogénéité écrasante des blogs, la monétisation, le consumérisme dégoulinant de partout… Alors je partage complètement ton avis sur toutes ces questions, et ça fait vraiment du bien de lire des blogs comme le tien. :)

      Je regrette évidemment que tu aies fermé ton blog, mais je garde un très bon souvenir de ce que j’y ai lu. Je comprends tout à fait les raisons qui t’ont poussée à prendre cette décision en tout cas.

      C’est bizarre car par rapport à il y a quelques années, où j’étais prête à tout laisser en plan et à arrêter définitivement de bloguer, aujourd’hui je suis plus sereine vis-à-vis de ça. Je crois qu’avoir fait une pause de plusieurs années, et avoir pris le temps de bien redéfinir la « nouvelle » Lune Mauve, de m’interroger sur les raisons qui me poussaient à me relancer là-dedans, les trucs que je voulais réaliser, les trucs que je n’étais plus prête à accepter, etc., ça a été un travail de fond précieux, qui me sert de phare au milieu de la nuit quand je me sens à nouveau « déprimée du blog ».

      Mon problème, c’est que j’aime trop écrire et échanger sur le net, cela m’a toujours permis de m’exprimer, d’apprendre des trucs et de faire des rencontres cools, du coup j’aurais beaucoup de mal à m’en passer.

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  6. Moi ça me désole… je trouve la blogosphère morte à cause des réseaux sociaux. Les seuls blogs que je suis encore, à part le tien, doivent être un blog beauté (la nana est sincère et écrit bien) et celui de Miss Pandora (qui est payée pour, mais c’est encore différent) ^^.

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    1. Ouais, je pense en effet que les réseaux sociaux ont fait du mal aux blogs (Twitter n’est-il pas une plateforme de « micro-blogging » ?). En fait je trouve que ça dévoile un trait pathétique de l’humanité occidentale actuellement : la baisse progressive de notre capacité de concentration. Tout doit être court, simpliste, plus personne n’aime lire, et quand tu as le malheur d’écrire des tartines (👋), on te fait bien sentir que c’est lourdingue – alors que, non, ce n’est pas moi ni ma pratique le problème.

      Les seuls blogs que je suis encore, à part le tien, doivent être un blog beauté (la nana est sincère et écrit bien) et celui de Miss Pandora (qui est payée pour, mais c’est encore différent) ^^.

      Pourquoi considères-tu que la façon dont Miss Pandora monétise son blog est « différente » ?

      Répondre

  7. Chouette billet ! L’internet d’avant me manque de plus en plus… J’en parlais justement récemment avec un pote. Avec le nombre, les gens curieux et ouverts sont cachés par le plus grand nombre. C’est devenu un média de masse…
    Mais finalement ce qu’on relate là avec les blogs, c’est la même chose avec la presse… La liberté d’expression existe que si elle est indépendante financièrement. C’est d’ailleurs la même chose avec les films ou TV ou la musique. Quelque chose est proposé, produit indépendamment et il peut fonctionner. Mais rare sont ceux qui prennent les risques d’investir dans des choses engagées et nouvelles. On mise sur ce qui marche. Finalement c’est tout le reflet de notre société et c’est bien triste.
    Il faut arriver à proposer de nouvelles choses… Lutter. Être indépendant financièrement d’abord pour grandir et faire naître sa voix, puis continuer fidèle à ses valeurs et sa ligne édito.

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    1. Merci !

      Avec le nombre, les gens curieux et ouverts sont cachés par le plus grand nombre. C’est devenu un média de masse…

      Ce qui est rassurant dans cette phrase, c’est que les curieux sont simplement « cachés », et qu’ils n’ont pas disparu. Un peu comme de bonnes adresses insolites qu’il faut chercher car elles ne sont pas indiquées dans les guides touristiques grand public.

      La liberté d’expression existe que si elle est indépendante financièrement. C’est d’ailleurs la même chose avec les films ou TV ou la musique. Quelque chose est proposé, produit indépendamment et il peut fonctionner. Mais rare sont ceux qui prennent les risques d’investir dans des choses engagées et nouvelles. On mise sur ce qui marche. Finalement c’est tout le reflet de notre société et c’est bien triste.

      On mise sur ce qui marche, pour moi justement c’est une forme de conservatisme, de frein à l’innovation. Ce n’est pas parce qu’un truc marche qu’il est « bon ». Il y a des tas de chaînes Youtube, de comptes Twitter, de blogs, d’artistes qui tiennent des dis discours moisis et qui ont du succès malgré ça… ou peut-être à cause de ça ! Bref, plus le temps passe, plus je me méfie comme d’une guigne des « succès de masse ».

      Il faut arriver à proposer de nouvelles choses… Lutter. Être indépendant financièrement d’abord pour grandir et faire naître sa voix, puis continuer fidèle à ses valeurs et sa ligne édito.

      Oui, je pense qu’à partir du moment où ton blog devient un boulot (même si pas à plein temps), c’est mort, le plaisir que tu y prends va forcément diminuer, et la spontanéité disparaître. Aucun intérêt. Bloguons sans entrave ! :)

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    2. Tout a fait d’accord Ally, c’est très bien dit !

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  8. Olala, voilà un article qui me parle beaucoup !

    D’autant que, comme je t’en avais parlé, je tiens depuis un an un blog typiquement féminin qui parle de… parentalité. C’est tout un pan de la blogosphère à découvrir, mais qui a exactement les mêmes problèmes que les « niches » (déco, bien-être et cie) que tu décris : mamans maquillées, plats maisons, enfants bien éduqués et avec bienveillance…

    Et si je trouve que la Lune Mauve ne rentre absolument pas dans ces schémas malsains, j’ai parfois plus de doute quand à mon blog. Il faut dire que j’ai choisi un sujet touchy : comment partager son cheminement dans la parentalité sans tomber dans les schémas dont tu parles ? (Pourquoi est-ce moi et pas mon mari qui ressent le besoin d’en parler ? Comment rester vrai, pour ne pas véhiculer une image fausse d’une vie parfaite et rangée ?) Je fais de mon mieux, mais je ne suis pas sûre de toujours réussir.

    Côté consumérisme par exemple, même si mon blog n’est pas monétisé (ni affilié, ni sponsorisé) (je déteste trop ça chez les autres pour vouloir devenir moi aussi une publicité géante), je conseille au moins 3 livres par article (hey, je lis beaucoup ! Il faut bien que j’en parle quelque part !)

    Bref, encore un article qui me fait cogiter, merci :)

    Répondre

    1. Pouitch !

      D’autant que, comme je t’en avais parlé, je tiens depuis un an un blog typiquement féminin qui parle de… parentalité. C’est tout un pan de la blogosphère à découvrir, mais qui a exactement les mêmes problèmes que les « niches » (déco, bien-être et cie) que tu décris : mamans maquillées, plats maisons, enfants bien éduqués et avec bienveillance…

      J’imagine tellement bien…

      Et si je trouve que la Lune Mauve ne rentre absolument pas dans ces schémas malsains, j’ai parfois plus de doute quand à mon blog. Il faut dire que j’ai choisi un sujet touchy : comment partager son cheminement dans la parentalité sans tomber dans les schémas dont tu parles ? (Pourquoi est-ce moi et pas mon mari qui ressent le besoin d’en parler ? Comment rester vrai, pour ne pas véhiculer une image fausse d’une vie parfaite et rangée ?)

      Tu sais, je pense que te poser ces questions est déjà énorme ! Est-ce que ton mari sait que tu tiens ce blog ? As-tu déjà pensé à lui proposer d’y bloguer lui aussi ?

      Côté consumérisme par exemple, même si mon blog n’est pas monétisé (ni affilié, ni sponsorisé) (je déteste trop ça chez les autres pour vouloir devenir moi aussi une publicité géante), je conseille au moins 3 livres par article (hey, je lis beaucoup ! Il faut bien que j’en parle quelque part !)

      Franchement, ça ne me choque pas DU TOUT ! Les livres sont nos amis pour la vie, et perso si les blogs (et comptes Twitter) que je suis ne conseillaient pas régulièrement des bouquins, j’aurais beaucoup moins lu dans ma vie. Pour moi le consumérisme de livres, ça serait si tu conseillais des tas de livres à tes lecteurices sans les avoir lus toi-même, à la chaîne, juste pour caser du lien affilié… Or là ça n’est pas le cas.

      En outre, je veux bien croire que quand on a un enfant pour la première fois, on a besoin de multiplier les sources d’infos tellement le truc qu’on vit est extraordinaire. Donc le fait que tu recommandes des bouquins utiles, qui t’ont aidée et intéressée, bah c’est juste sympa en fait :)

      Répondre

    1. Oups, mon premier commentaire est parti sans le texte, mais le <3 résumait bien le fond de ma pensée.

      Billet qui m'a fait beaucoup de bien à lire et qui m'a donné envie d'ajouter l'ouvrage de Titou à ma PAL.

      Ce que tu relates dans ton billet fait écho à pas mal de choses qui me taraudent (tu le sais) : la tentation de "formater" mon propre blog ; la culpabilité de "dire du mal" d'une expo alors qu'on m'a envoyé le catalogue / invitée ; la difficulté à trouver un équilibre entre blogging et nécessité de gagner sa vie ; le rapport ambiguë aux amis dont le quotidien ressemble à un fil Instagram et dans laquelle j'ai l'impression de faire tache comme un panier de linge sale au milieu du salon…

      J'ai commencé les billets Lifestyle et DIY (avec la linogravure et ma liseuse numérique) et les illustrer est un vrai souci tant je n'ai pas l'âme d'une designer nordique. J'aime vivre dans le bordel, acheter de la déco me saoule et je déteste jeter un truc fonctionnel. Ma table de salon est constitué d'un carton datant de mon déménagement (il y a deux ans) sur lequel j'ai installé une planche de bois tachée, ce qui désespère tous nos amis. Tu crois que je pourrais créer un fil Instagram "je ne suis pas une instagrameuse ?".

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  9. Merci pour ces liens et ce conseil lecture, je sens que j’ai toujours besoin de me déconstruire à ce niveau là, et c’est quelque chose que j’aimerais faire plus sérieusement cette année.
    J’ai eu une réflexion similaire vis-à-vis du blogging, je tenais un blog au début des années 2000, que j’ai arrêté faute de temps. Je suis revenue au blogging en 2011, avec une ligne éditoriale super restreinte et pas vraiment perso (un truc sur le healing dans WoW 😅). Ça me plaisait bien, mais j’avais aussi envie de publier des trucs plus perso. Et les blogs plus perso que je voyais, déjà à l’époque, commençaient à être monétisés, submergés d’articles genre test de produit de beauté etc., pas vraiment ma tasse de thé :/ Même la “blogosphère” WoW a commencé à changer, avec des articles sponsorisés pour des accessoires PC… Comme quoi c’est pas que les blogs “féminins”, même si ces derniers sont particulièrement affectés 🙄
    Je pense que cette tendance générale n’est pas sans rapport à ma procrastination sur mon projet de blog, ça m’a un peu écœurée honnêtement. Ce qui est idiot au fond parce que j’ai envie de le faire pour moi, et qu’il y a effectivement toujours une communauté qui produit des contenus intéressants. Mais j’ai aussi l’impression que les réseaux sociaux et Youtube ont pas mal pris le pas sur le blogging. C’est dommage et, je trouve, dangereux avec la censure omniprésente. Mais c’est vrai qu’il ne tient qu’à nous d’alimenter la part de web que l’on aime 😊

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  10. Juste merveilleux de te lire, comme toujours. Ce billet était particulièrement instructif et une bonne tartine de réflexif, fait toujours du bien là où ça fait mal ;) Donc merci de t’être réveillée pour nous deux heures plus tôt cette semaine, car ça valait le coup !!
    Pour moi, cette inculte d’internet, la blogospère, c’est toi ! et rien que toi ! Ce petit kreestal scintillant, lumineux, et profondément original ! Peut-être parce que j’ai dix ans de retard sur la technologie ;) En tout cas ça me rassure que tu es de toi même su conclure que la Lune Mauve rien à voir, ni dans la démarche, ni dans le résultat, avec ces faiseuses de blogs du CAC40! Ton entreprise à toi, est personnelle. Et les fruits que tu en retires à mon avis ont beaucoup plus de valeur. Pour le lecteur c’est indéniable, mais aussi pour toi-même. Cf. ton billet bilan lunemauvien.
    C’est vrai qu’Instagram est vraiment hyper léché, purifié (au sens nazi du terme!), aseptisé. D’ailleurs je ne m’en sers que pour mon travail, parce que l’on m’a dit que je ne pouvais pas ne pas « en être », donc en effet dans un but de rentabilité. Pas du tout pour le plaisir, l’inspiration libératrice !
    Par contre, oui, lire tes billets, me libère, m’aide à penser, m’aide à sentir, à vivre quoi ! A vivre dans la bonne direction.
    Tu m’as donné très envie de lire le livre de Titou Lecoq, surtout que je suis dans un moment de dé-lavage de cerveau, de libération, voir de création, de la femme que j’ai envie d’être, et non pas de celle que j’ai appris à être sans même m’en rendre compte.
    J’adore la citation finale de ton billet dans laquelle Titou Lecoq dit qu’elle ne pourrait pas vivre dans un monde sans « le moche ». Ça a fait résonner en moi une phrase que mon père dit souvent, avec un air de suffisance a lui-même, de fierté, comme s’il était un être d’exception : « je crois que je ne pourrai pas vivre sans le Beau ». Une phrase qui sent en fait le caca et le sang, mais écrasé, caché, infiltré. Cette exigence qu’il impose, sauf à lui-même.
    Moi qui ai fait mon métier de faire le beau et le bien dans la maison de autres, je sens que je vais commencer à le faire chez moi, en moi. Un bon coup de balai ! Qui commence par la reconnaissance que la merde et le sang sont des choses tout à fait naturelles et qui nous relient à la vie, la vraie !
    Baisers féministes

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  11. Je n’ai plus rien à dire : tout a déjà été dit, dans ton billet ET dans les commentaires !!! ^^

    Je vais aller voir ce livre de près, il me sera sans doute utile l’année prochaine en doctorat.
    Avoir un blog, c’est compliqué, que ce soit pour les hommes ou les femmes, parce que, de toute façons, il y a aura TOUJOURS des lecteurs pour t’assimiler à tel ou tel truc, juste à partir de ce qu’ils lisent, alors qu’un blog ne révèle qu’une partie de la personne puisqu’il s’agit de virtuel, et non de réel… Donc, au bout d’un moment, si tu veux bloguer en liberté (tiens, c’est joli comme formule), il faut s’en fiche. J’ai beaucoup de de problème avec ça : la fameuse IMAGE DE SOI VIRTUELLE. Je parle d’art, de choses bizarres, de lieux géniaux que j’ai découvert, et de livres. Donc, forcément, on va me prendre pour une intello. Mais si jamais je sors un billet sur la mode par exemple, ou la déco, on va se demander pourquoi je sors ça alors que je suis plutôt une intello. Sauf que je suis intello ET j’adore la mode (en tant que processus de création notamment) ET j’adore la déco. Bon, c’est pas un drame : étant non monétisé, mon blog peut se permettre d’afficher ce qu’il veut, on s’en fiche. ^^ Ce qui me laisse à penser que finalement, les blogueuses monétisées finissent par devenir esclave de leur propre création, ce qui est contre-productif et très nocif pour leurs santés mentales (narcissisme à fond, même si elles ne s’en rendent pas compte, dé-réalisation, etc…).
    Quelqu’un, dans les commentaires, a cité le blog de Louise Ebel, Miss Pandora. Il ne diffère en rien des autres (monétisé à fond), sauf sur un point : elle a gardé son univers. Certains posts sont agaçants (le dernier pavé sur le féminisme m’a agacé, pourquoi se justifier alors que monétiser un blog par la beauté et la mode revient à entretenir la frénésie d’achat, notamment make-up, visant à maintenir la femme dans un état demandeur, presque enfantin, donc, esclave de la consommation, donc, tout, sauf féministe, et là, il faut relire Gilles Lipovetsky pour comprendre ce que je dit) , mais la qualité des photos, surtout celles issues de concepts et non de mode, relève le tout (c’est pour cette raison que je continue de lire le blog), dans un certain univers qui n’est pas celui de toutes les blogueuses, c’est ce qui fait l’originalité de Louise et le conformisme des autres.
    Sur le sujet, la série en deux saisons « Fashion Bloggers » est édifiante…
    Bref. Le principe de la société postmoderne est soi-disant la liberté, ce qui est faux bien sûr, puisque les libertés se restreignent de plus en plus sous couvert de consommation, lois, etc. C’est un système perfide dans lequel il faut s’adapter (ou pas, si vous voulez partir élever des chèvres en Auvergne sans wi-fi c’est possible, mais ça comporte quelques inconvénients dont il faut être conscient). Donc, ce qui est désolant, c’est que la plupart des blogueuses monétisées n’ont absolument pas conscience du mal que peuvent engendrer, mentalement, leurs articles. Et reconnaissent très peu être un superbe maillon en or de cette fichue société de conso postmoderne… C’est une situation difficile pour elles, et pour les autres, car la société étant ce qu’elle est, cela ne peut durer éternellement. Et après ?
    Le principe même du blog devrait être la liberté d’expression, or celle-ci n’existe pas puisque dés qu’un blog parle cuisine ou mode ou déco, il est forcément féminin. Et pourquoi une femme aimant cuisiner serait-elle forcément esclave de l’image de la femme? Pourquoi est-ce que cuisiner serait un acte anti-féministe au possible ? Si la pseudo liberté de la société actuelle existait réellement, les blogs ne seraient ni féminins ni masculins, ils parleraient de choses, et c’est tout. Utopie bien sûr, tant qu’une femme aimera cuisiner, elle sera forcément une « femme » au sens parfaitement sociétal du terme…
    Heureusement, il y a encore des blogs résistant encore et toujours à l’envahisseur ! ^^ (comme le tien)

    Belle journée !
    Alexandrine

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  12. > Cela dit, je comprends la tentation de chercher à gagner de l’argent avec son blog : le monde du travail est si dur que toute alternative mérite d’être étudiée.

    Je l’ai déjà lu ça ici et ça m’interpelle. J’ai récemment lu un petit livre qui s’intitule : « Le petit livre qu’il vous faut pour réussir sur instagram ». Je te conseille d’y jeter un oeil un jour ou l’autre, pas tellement pour y apprendre quelque chose, mais pour nourrir ta réflexion. Je vais un peu briser le suspens mais le synonyme de « réussir » est réussi à vivre de son flux (pourquoi pas après tout) et ceci se fait par l’intermédiaire de la… publicité.

    Ta réflexion sur le fait de pouvoir vivre de son blog, de sa photo, des trucs que l’on fait et qui nous motive vraiment m’interpelle, si ça implique de tirer des revenus publicitaires, gloups non merci. Peut-être qu’il y’a quelque chose à réinventer. Les solutions types tipee, patreon, m’ont l’air intéressantes. Je ne sais par contre pas trop comment ça fonctionne derrière.

    Bref, à voir. Merci d’avoir pris le temps de nous écrire.

    Répondre

  13. Être partagée étant une seconde nature pour moi, évidemment ce genre de billet provoque simultanément une jouissance à lire des mots justes et une peur de manquer de lucidité et de me complaire dans un regret passéiste, potentiellement toxique, mais leur intérêt, leur rôle fédérateur, leur thérapie par procuration justifie chaque nouveau chapitre je pense.

    Si je ne me sens pas menacée personnellement par ce type de blog (s’ils arrivent à sortir les gens de leurs apps propriétaires, c’est déjà un petit exploit), cela me met extrêmement mal à l’aise quand cela provient de personnes que je connais et apprécie, surtout pour une rentabilité illusoire. Embarras aussi quand cela concerne des gens qui ont un rôle important voire progressiste dans la sphère au travers de laquelle ils évoluent, mais dont les billets sponsorisés manquent évidemment de cette verve que personne n’est capable de monétiser, ce qui donne de bons textes bien construits dignes des meilleures plaquettes, mais détonnant tellement par rapport à leur contexte qu’ils laissent une impression d’erreur (et pas du tout l’innocente maladresse qui revient dans les commentaires), ce qui est un peu le contre-sens de la réclame. Mais même ainsi, c’est toujours mieux que la pub dissimulée (« thanks @brand » ).

    Mon rapport à la pub est tout de même un peu plus complexe car face au bruit assourdissant qui règne sur la toile, mon nouveau cheval de bataille est de débusquer et soutenir les personnes plus discrètes ou moins habiles à se vendre dont le principal problème n’est pas le talent. Je ne supporte plus de voir une œuvre au sens large (j’inclus donc l’habillement ou la bijouterie par exemple, du moment que c’est indépendant), ne pas trouver son public, surtout pour un problème de médiatisation. Je n’arrête pas de me demander si monétisation ou type de contenu à part, il n’y aurait pas également un problème de géographie avec les réseaux sociaux. J’aimerais avoir les moyens, temps et matériel, de faire des tests dans ce sens.

    Mais on s’éloigne un peu du prisme de la blogosphère spécifiquement féminine qui fait tout le sel de cet article.

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