Je dois vous faire une confidence : je suis tombée amoureuse d’une chapelle funéraire. Portant le doux nom de Watts Chapel, l’élue de mon cœur a été créée par Mary Watts (1849-1938), une artiste, designer et suffragiste écossaise.
Aussi petite qu’extraordinaire, la Watts Cemetery Chapel est nichée à Compton, dans le Surrey, une région rurale paisible dont le paysage est un poème à lui seul.
La Watts Chapel est une chapelle curieuse et unique qui mélange des styles Art nouveau, néo-roman, néo-celtique (Celtic Revival), néo-gothique (Gothic revival), préraphaélite, égyptien, byzantin, chrétien et juif.

La chapelle est remarquable précisément pour cela : un foisonnement de symboles et de motifs, de messages et d’archétypes, et un refus net d’établir une quelconque frontière, non seulement entre les croyances religieuses, les nationalités et les identités de genres, mais aussi entre la vie et la mort elles-mêmes.

Je suis heureuse de vous parler enfin de ce coup de foudre artistique et architectural, dans ce billet de fond qui m’a demandé un travail colossal !
Au programme :
- Symbolisme de la Watts Chapel
- La Watts Chapel, création d’une artiste philanthrope et féministe : Mary Seton Watts
- La Watts Chapel, bijou du mouvement Arts and Crafts
- Comment visiter la Watts Chapel ?
Je vous souhaite une bonne lecture et me réjouis d’avance de lire vos commentaires et impressions.
Symbolisme de la Watts Chapel
Extérieur de la Watts Chapel
Briques rouges et terracotta
La Watts Chapel est un monument d’autant plus incroyable qu’il est petit et étroit. De l’extérieur, sa silhouette en brique rouge détonne déjà dans le paysage verdoyant si charactéristique du Surrey.

Cette couleur à elle seule a suscité bien des interrogations : quelle idée que du rouge, pour une chapelle funéraire ! Mary Watts elle-même s’en était désolée, espérant que le rouge vif, formé par la terre locale utilisée dans les briques de la chapelle, deviendrait plus terne avec le temps.
Mais ce ne fut jamais le cas : la chapelle est restée éblouissante, en particulier au contact de la lumière dorée jetée par une tardive journée d’hiver.
On en parle, de la magnificience de cette porte sculptée ?
Où que l’on regarde, on tombe sur un nouveau détail sublime…
Du reste, ces murs rouges annoncent la couleur : plusieurs messagers ailés présents dans la chapelle sont vêtus de cramoisi ou de bordeaux, la couleur de l’amour et de la vie
, telle que l’explique Mary Watts elle-même dans son livre The Word in the Pattern (1905).

Autres originalités de la Watts Chapel
Autre originalité : la forme de la chapelle, qui semble plutôt emprunter à l’architecture byzantine ou orthodoxe plutôt qu’aux temples protestants anglais.

Cimetière de Compton, au pied de la Watts Chapel. Photo : Mark, licence CC BY 2.0
La structure cruciforme de la Watts Cemetery Chapel quant à elle est plus classique. Mais c’est le décor très élaboré de la chapelle, à l’extérieur et à l’intérieur, qui la rend unique.

Plafond de la Watts Chapel… Je n’ai pas de mot.
À travers un syncrétisme symbolique et esthétique, Mary Watts exprimait sa conviction que les systèmes symboliques des différentes civilisations peuvent être synthétisés dans un langage visuel universel, reflétant des préoccupations humaines fondamentales.
Sur les façades de la chapelle se trouvent ainsi quatre frises représentant des caractéristiques humaines positives, chacune illustrée par une variété de motifs, d’anges et d’oiseaux en terracotta (terre cuite rouge).
Chemin de la Vérité
Ainsi, le Chemin de la Vérité est représenté par le hibou, symbole de la tristesse, d’obscurité, de retraite solitaire et mélancolique.

Frise sculptée représentant des anges et des chouettes sur la façade de la Watts Chapel. Photo : Lex McKee, licence CC BY-NC 2.0
Dans la première version de ce billet, j’avais écrit, à tort, que l’oiseau représenté sur le Chemin de la Vérité était une chouette, et non un hibou.
Cette confusion m’a permis de replonger dans le Dictionnaire des symboles (CHEVALIER Jean, GHEERBRANT Alain (dir.), cf. bibliographie à la fin de ce billet). Les auteurs précisent que le hibou est devenu un symbole plutôt négatif sous l’influence chrétienne, là où la chouette est un symbole préchrétien plus favorable, représentant la sagesse et l’expérience.
Néanmoins, le hibou peut avoir des connotations positives dans d’autres cultures : par exemple pour les Indiens de la Prairie, chez qui le hibou a le pouvoir de donner aide et protection la nuit. Le hibou peut aussi revêtir une possible fonction psychopompe (c’est-à-dire qui conduit les âmes des morts) chez les Algonquins.
Néanmoins, tout ceci relève de l’extrapolation : mes recherches ne m’ont pas permis d’établir que Mary Watts ait pu être influencée par ces cultures-là (c’est d’ailleurs le moment de rappeler que je ne suis pas historienne de l’art, mais une simple amatrice).
Je n’ai hélas rien trouvé de précis à propos de l’utilisation de ces hiboux par Mary Watts au cours de mes recherches. Mais si de futures lectures viennent enrichir ce point, je mettrai à jour mon billet !
Chemin de l’Espoir
Ensuite, le Chemin de l’Espoir est incarné par le paon, qui perd ses admirables plumes arrières l’automne avant qu’elles ne repoussent au printemps suivant.

C’est aussi le symbole du soleil, formé par le déploiement de sa queue en forme de roue, qui évoque également le ciel étoilé. Le paon est encore symbole de transmutation et d’immortalité.
Il n’est pas rare de le croiser dans le symbolisme funéraire chrétien, par exemple sous la forme d’un paon s’abreuvant dans le Calice eucharistique.
Chemin de la Lumière
Le Chemin de la Lumière quant à lui repose sur la figure de l’aigle, le roi des oiseaux, qui a le don de voir beaucoup plus loin que n’importe quel autre oiseau.

D’un point de vue symbolique, l’aigle sert d’incarnation, de substitut ou de messager de la plus haute divinité céleste et du soleil, que seul lui ose fixer sans se brûler les yeux.
En particulier, il est l’attribut de Zeus et du Christ. Il symbolise aussi la figure du père et la paternité.
Chemin de l’Amour
Enfin, le Chemin de l’Amour met en scène un pélican, symbole d’une dévotion altruiste, cet oiseau ayant longtemps été réputé capable de nourrir ses jeunes de son propre sang en cas de disette.
Dans l’iconographie et la symbolique de l’Église chrétienne, le pélican symbolise aussi la piété, la charité et le sacrifice du Christ, qui verse son sang pour le salut du genre humain.

Frise sculptée représentant des anges et des pélicans sur la façade de la Watts Chapel. Photo : KotomiCreations, licence CC BY-NC 2.0
Intérieur de la Watts Chapel
Pour impressionnant que soit l’extérieur de la chapelle, rien ne prépare au choc esthétique et émotionnel qui se produit lorsque l’on en découvre l’intérieur.
Les murs et la coupole sont recouverts de peintures en relief et de sculptures dont la beauté et le caractère grandiose m’ont tout simplement submergée.

Intérieur de la Watts Chapel. Des anges nous font face, tandis que d’autres nous tournent le dos. Intéressante allégorie…
Grâce soit rendue aux bancs présents, qui m’ont permis de m’asseoir pour contempler toute l’étendue du travail fourni pour décorer, à de nombreuses mains, cette chapelle hors du commun.
Dans la courte vidéo ci-dessous, vous pouvez voir un aperçu de la chapelle, piètre lot de consolation qui ne retransmet absolument pas l’immense émotion qui peut saisir quand on en fait soi-même l’expérience, mais bon, en attendant que vous ne visitiez le Surrey, il faudra vous en contenter :
Bien qu’il s’agisse d’une chapelle funéraire – un espace consacré ayant pour rôle d’abriter brièvement le corps des défunt·es avant l’enterrement ou la crémation –, les symboles utilisés pour décorer la Watts Chapel n’ont rien de macabre.
Ici, point de crâne, point d’ossements pour rappeler que, toi aussi, tu dois mourir : non, ici, l’art et l’architecture sont conçus pour apporter du soutien et du réconfort aux personnes endeuillées qui se recueillent tout près du corps de leur proche.

Autel de la Watts Chapel, décoré avec de nombreux motifs celtiques. Photo : KotomiCreations, licence CC BY-NC 2.0
L’autel est surmonté de The All-Pervading, un tableau de George F. Watts (1817-1904), l’un des peintres anglais les plus renommés de la période victorienne, en plus d’être l’époux de Mary Watts. Il était surnommé « le Michel-Ange anglais ».
Cette œuvre-là est une version réduite d’un tableau que l’artiste avait peint pour la Tate, aujourd’hui exposé à la Watts Gallery, à Compton.
The All-Pervading, George Frederic Watts, huile sur canvas, 1899.
Source : © Tate, London 2023. Licence CC-BY-NC-ND 3.0 (Unported).
Autel de la Watts Chapel, sur lequel trône la version réduite de The All-Pervading, une œuvre qui ne se laisse pas facilement photographier.
Séraphins et chérubins
Au rouge chaleureux des murs extérieurs de la chapelle s’ajoute le bleu émeraude des murs intérieurs, un parti pris artistique qui fait ressortir les quatre immenses séraphins qui y sont peints en rouge cramoisi, une couleur, on l’a vu, utilisée pour représenter l’amour et la vie.
Ces anges-là jouent le rôle de piliers non seulement du monument lui-même mais aussi de Dieu, puisque dans la Bible, ils siègent autour du trône de Dieu lui-même. Leurs mains font le signe de la bénédiction : une main à la façon de l’église grecque ou orientale, et l’autre main à la façon de l’église latine ou occidentale.

Les arches de la chapelle quant à elles sont recouvertes d’une myriade de chérubins. 24 autres messagers ailés, faisant face ou bien tournant le dos au visiteur par alternance, représantent quant à eux la lumière et l’ombre qui émane de toute chose.
Pour en savoir plus sur le symbolisme de la Watts Chapel, je vous recommande vivement le livre Watts Chapel. A Guide to the Symbols of Mary Watts’s Arts and Crafts Masterpiece de Mark Bills (cf. bibliographie).

Je trouve le médaillon représentant cinq femmes entourant un nouveau-né particulièrement émouvant…
La Watts Chapel, création d’une artiste philanthrope et féministe : Mary Seton Watts
Le nom de Watts est souvent restreint au seul George Frederic Watts, ce peintre portraitiste et sculpteur symboliste iconique de l’époque victorienne (une époque qui raffolait déjà des représentations de femmes mortes ou tourmentées…).

Orpheus and Eurydice, George F. Watts, huile sur canvas, 56 par 76 cm.
Source : Wikipédia, domaine public.

Hope, George F. Watts, huile sur canvas, 1886.
Source : Wikipédia, domaine public.

Found Drowned, George F. Watts, 1867.
Source : Wikipédia, domaine public.

Photo artistique vintage représentant une femme noyée. Found Drowned, Oscar Gustav Rejlander, tirage argentique sur papier albuminé, 1862–69. Rejlander (1813-1875) était un photographe suédois naturalisé britannique. Il s’est installé en Angleterre dès ses 25 ans, alors que le règne de la reine Victoria débutait. J’aime le parallèle fortuit entre cette photo-là et le tableau Found Drowned de Watts : c’est probablement une coïncidence, mais cela dit quelque chose des représentations misogynes de l’époque (et dont on n’est pas sorti aujourd’hui).
Source : Wikipédia, domaine public (licence CC0 1.0).
Mais « Watts » est aussi le nom qu’a pris Mary Fraser Tytler, la seconde épouse de George F. Watts, elle-même artiste, peintre, designer, céramiste et philanthrope écossaise, de 33 ans sa cadette (!).
Sans surprise, Mary Fraser Tytler, devenue Mary Seton Watts après son mariage, est beaucoup moins connue que son illustre mari, lui dont les peintures ornaient les murs des plus prestigieux musées anglais déjà de son vivant (National Portrait Gallery notamment).

Les sœurs Fraser Tytler photographiées par Julia Margaret Cameron en 1868. Mary est la deuxième en partant de la droite.
Source : Wikipédia, domaine public.
Mary Watts, de son côté, a été et reste souvent décrite comme « la femme du peintre » ou « Mrs G.F. Watts » (Madame G.F. Watts), alors que son œuvre est pluridisciplinaire, originale et d’une très grande qualité, réunissant à la fois arts plastiques, modelage en gesso (un enduit à base de plâtre et de colle), sculpture, céramique, design textile, arts décoratifs et architecture.
Un profil polyvalent dont le journal intime est une lecture agréable, truffée de visites au British Museum et de mentions des grands artistes anglais d’alors, dont le couple Watts faisait partie.
La routine créative du couple, ainsi que leurs échanges sur l’art, sont très intéressants. Mais ce que j’ai préféré, c’est découvrir à quel point Mary Watts était tiraillée par son double statut d’artiste et de femme d’artiste.
Saturday, April 15 (1893) My days slip by without a scrap of artistic work being done. Why women fail in art is answered to myself ‘because of the little things in life’. (…)
[Art] is an expression of the human mind which you cannot by any sort of surgical operation cut ouf of it. It will have dormant & active periods, but there it is & must be.
Traduction de mon cru :
Samedi, 15 avril (1893) Mes jours filent sans produire la moindre miette de travail artistique. La raison pour laquelle les femmes échouent en art c’est, selon moi, ‘à cause des petites choses de la vie’. (…)
[L’art] est une expression de l’esprit humain dont il est impossible de l’amputer, par aucune opération chirurgicale. Il passera par des périodes en sommeil et d’autres plus actives, mais il est là et doit exister.

The Sleeping Beauty, Edward Burne-Jones, huile sur canvas, vers 1890. Mary Watts évoque ce tableau dans son journal intime, le 29 juillet 1887 : Went to see Mr Burne Jones, found him painting his Sleeping Beauty, a wonder of colour & detail.
(« Suis allée voir M. Burne Jones, l’ai trouvé en train de peindre sa Belle au bois dormant, une merveille de couleurs et de détails. »)
Source : Wikimedia Commons, domaine public
Limnerslease, maison de George F. et Mary Watts
En 1890-91, la santé de George commençant à décliner, le couple délaisse Londres pour le Surrey, où il fait construire leur maison à Compton, près de Guildford. Il la nomme « Limnerslease ».

George et Mary Watts posent dans le jardin de leur maison Limnerslease.
Source : The history of Limnerslease, ©Watts Gallery Trust, reproduite ici conformément à leurs Terms & Conditions.

Limnerslease aujourd’hui.
Photo : Andy Scott, licence CC BY-SA 4.0.
Pourquoi ce nom, « Limnerslease » ? Il faut comprendre « Limners’ lease » :
- « limner » est un vieux mot anglais qui signifie « artiste », ici au pluriel pour signifier que la maison en abriterait au moins deux ;
- « lease » décrit à la fois le prêt dont les Watts ont bénéficié pour faire construire leur maison, mais aussi le nouveau souffle dont ils allaient bénéficier grâce à leur nouvelle vie à la campagne, avec de la place pour créer. (Yep, cela me parle very much.)
Too enchanting to be back in our dear little house. Just a little heaven, with earth’s best incense rising up all round it on such day, when briars & pines & all sorts of spicy scents are blowing about on a soft south wind.
Traduction par votre dévouée :
(C’est) si charmant d’être de retour dans notre chère petite maison. Juste un petit paradis avec, un jour comme celui-là, le meilleur encens de la terre qui s’élève tout autour, lorsqu’un vent du sud délicat répand dans l’air les ronces et les pins et toutes sortes de parfums épicés.

Panneau sculpté représentant des anges. Photo : KotomiCreations, licence CC BY-NC 2.0
Outre la création des plans du jardin, Mary s’est chargée de la décoration et l’ameublement de Limnerslease.
Pour décorer les plafonds du rez-de-chaussée, elle a créé une série de paneaux en gesso. Elle y a inclus des symboles issus d’anciennes civilisations et de différentes religions, créant ainsi un précédent pour ce qu’elle créerait quelques années plus tard pour la Watts Chapel.

Morceau de plafond décoré avec des motifs assyriens par Mary Watts, à Limnerslease.
Photo : AndyScott, licence CC BY-SA 4.0.

Plafonds décorés avec des motifs en gesso. Photo : KotomiCreations, licence CC BY-NC 2.0

Pièce de Limnerslease, probablement le salon, avec le plafond sculpté en gesso. Photo : KotomiCreations, licence CC BY-NC 2.0
Mais elle a aussi décoré de nombreuses autres parties de la maison : concevoir, améliorer et embellir le fonctionnel, voilà bien la nature du design.

Mary Watts lit un livre à son mari, G.F. Watts, dans leur maison Limnerslease. ©Watts Gallery Trust, reproduite ici conformément à leurs Terms & Conditions.

Banc décoré avec des motifs Art nouveau. Photo : KotomiCreations, licence CC BY-NC 2.0
Mary Watts, artiste, artisane, designer, autrice et féministe suffragiste
Après la mort de George F. Watts, en 1904, Mary Seton Watts a continué à être très active.
D’abord en tant que designer et céramiste, puis en tant que curatrice – à la mort de son époux, elle a organisé de nombreuses expositions des œuvres de son mari, en plus d’éditer un catalogue dédié –, mais aussi en tant qu’autrice en publiant plusieurs livres, dont The Word in the Pattern, en 1905, dans lequel elle détaille les symboles de la Watts Chapel.
Toutes ces réalisations restent malgré tout largement méconnues ; ce qui a fait dire à l’historienne de l’art Veronica Franklin Gould que Mary Watts a été « l’héroïne de l’ombre de l’Art nouveau ».
Mary Watts Source : Mary Watts ©Watts Gallery Trust, reproduite ici conformément à leurs Terms & Conditions.
Mary Watts ©Watts Gallery Trust, reproduite ici conformément à leurs Terms & Conditions.
Mary Watts s’est également impliquée dans le domaine politique. Ainsi, en 1909, elle est devenue présidente de la branche locale du mouvement suffragiste anglais NUWSS (National Union of Women’s Suffrage Societies), avant d’être ré-élue à ce poste en 1917.
Bien que George F. Watts semblait partager les mêmes convictions socio-politiques que son épouse, ce n’est qu’une fois veuve que Mary Watts s’est réellement investie dans des actions locales en faveur du droit de vote pour les femmes.

Mrs G. F. Watts (Mary Seton Fraser Tytler), George F. Watts, 1887.
Source : Wikipédia, domaine public.
Quelle est la différence entre « suffragiste » et « suffragette » ?
Il serait toutefois impropre de qualifier Mary Watts de « suffragette », puisque ce terme désigne les féministes anglaises militantes et révolutionnaires, ce que Mary Watts n’était pas, a priori.
En revanche, elle était bien « suffragiste », terme plus global qui désigne les partisan·es du droit de vote, en particulier pour les femmes mais aussi pour d’autres classes sociales dominées.
À ce sujet, il est intéressant de savoir que le suffixe -ette présent dans le mot « sufragette » a été créé par un journaliste masculin du London Daily Mail en 1906, afin de ridiculiser les militantes féministes, en particulier Emmeline Pankhurst et l’organisation féministe qu’elle avait créée, le WSPU (Women’s Social and Political Union, en français Union sociale et politique des femmes), dont faisaient aussi partie ses filles Christabel, Sylvia et Adela.

Annie Kenney (gauche) et Christabel Pankhurst (surnommée « Queen of the Mob », soit « la reine des foules »), responsables du WSPU, vers 1908. Elles tiennent une banderole « Votes for Women » (« votes pour les femmes »). Elles, c’était des « suffragettes », c’est-à-dire des militantes féministes révolutionnaires, ayant recours au trouble à l’ordre public et aux actions violentes.
Source : Wikipédia, domaine public.
Mais les membres du WSPU ne se sont pas laissées faire : elles ont détourné l’injure en utilisant la graphie « suffraGETtes » (avec une majuscule sur le G, le E et le premier T), pour signifier qu’elles exigeaient non seulement le droit de vote, mais surtout qu’elles allaient l’obtenir (« get » en anglais signifiant « obtenir »).
Les attaques misogynes à l’encontre du langage utilisé dans le sillon des revendications féministes ne datent évidemment pas de l’écriture inclusive…
La Watts Chapel, bijou du mouvement Arts and Crafts
Mais revenons à Compton ! Outre son originalité artistique et son syncrétisme symbolique, la Watts Mortuary Chapel a pour particularité sa création collective.
En effet, si la chapelle a été imaginée par Mary Watts, celle-ci a collaboré avec près de 80 habitant·es de Compton, adultes et enfants, pour la fabriquer pendant plusieurs années.

Mary Watts (à gauche) et des artisanes de Compton en train de décorer l’intérieur de la Watts Chapel.
Source : Watts Gallery Artists’ Village, ©Watts Gallery Trust, reproduite ici conformément à leurs Terms & Conditions.
Démocratisation de l’art et progrès social
La démarche du couple Watts s’inscrivait en effet pleinement dans l’Arts and Crafts (littéralement « Arts et artisanat »), un mouvement artistique britannique qui entendait réformer l’architecture, les arts décoratifs, la peinture et la sculpture.
Né dans les années 1860, le mouvement Arts and Crafts se développa durant les années 1880 à 1910, à la fin de l’époque victorienne. Parmi ses concepts-clés, citons par exemple :
- la conviction que la création artistique est un élément essentiel de la nature humaine ;
- la volonté de réhabiliter le travail manuel, par opposition à la production à la chaîne instaurée par la révolution industrielle. Dans l’ensemble, l’Arts and Crafts percevait l’industrialisation et la colonisation comme des facteurs de déshumanisation du travail ;
- la redécouverte, la sauvegarde et la transmission de techniques artistiques et artisanales traditionnelles, en utilisant autant que possible des matériaux locaux : poterie, gravure sur bois, tissage, broderie, tapisserie, teintures naturelles, ébénisterie, etc. ;
- l’importance de la nature et de la campagne, environnements perçus comme sains, agréables et plus propices à la création et à la liberté. Des penseurs comme John Ruskin – artiste et auteur que le couple Watts révérait, en plus d’être un de leurs amis – ont vanté les mérites d’une agriculture que l’on qualifierait de nos jours de « durable ».

C’est dans ce contexte que Mary Watts a donné de nombreux cours de poterie à Compton, permettant à des dizaines de villageois·es de se joindre à elle pour construire et décorer la Watts Chapel.
Cette équipe a ainsi formé une véritable communauté de travail et d’artisanat ; l’architecte et le forgeron locaux ont constitué quant à eux la seule aide « professionnelle » dont ce projet a bénéficié.
Disruption économique
Autre originalité : c’est George F. Watts lui-même, le mari de Mary (no pun intended), qui a financé la construction de la Watts Chapel.
Ainsi créée et payée par les artistes elleux-mêmes, cette chapelle s’est inscrite en dehors du circuit économique traditionnel du mécénat et des travaux de commande, ce qui a laissé une grande liberté à Mary Watts pour mener son projet exactement comme elle le voulait.

En somme, la Watts Chapel, cette chapelle funéraire décidément bien insolite, est le fruit d’une démarche philanthrope qui a incité une population rurale à devenir actrice d’une économie artisanale et artistique locale, « disruptant » ainsi les schémas de commercialisation classiques, jugés aliénants.
Guilde de poterie
Forte de l’expérience réussie de la Watts Chapel, Mary Watts fonda la Compton Potters’ Arts Guild (« Guilde des arts potiers de Compton ») en 1904. Elle continua à y travailler jusqu’à ses 80 ans passés !
L’objectif était de créer des emplois pour la communauté locale, tout en continuant à mettre en pratique les idéaux du mouvement Arts and Crafts.
Cette Guilde de poterie a existé jusqu’en 1956, produisant une vaste variété de céramiques, bijoux et décorations de jardin, mais aussi des éléments plus commerciaux comme des cadrans solaires et des pierres tombales, le tout dans un style innovant mêlant des éléments Gothic Revival, Arts and Crafts et plus tard Art Nouveau. De nombreuses poteries impliquaient des motifs celtiques.
Pot en céramique contemporain, décoré avec des serpents, inspiré par les créations de Mary Watts et de la Compton Pottery Guild et vendu par la Watts Gallery. JE LE VEUX.
Tuile décorative inspirée par les créations de Mary Watts, vendue par la Watts Gallery.
Souvenir que j’ai ramené de la Watts Chapel : une « tuile » en céramique, créée par l’atelier anglais Black Dog, et inspirée par les labyrinthes créés par Mary Watts. Ils fabriquent beaucoup d’autres modèles sympas, par exemple cet ange inspiré lui aussi de la Watts Chapel, des « green men », et même un carré Sator.
Au verso de l’emballage de ces tuiles fabriquées au Royaume-Uni, avec de la terre britannique, de nombreuses explications sur le procédé de fabrication et la source qui a inspiré le design. Par exemple, ici, il est dit que Mary Watts s’est inspirée d’une illustration présente dans le livre Architecture, Mysticism & Myth (1891).
L’influence du Préraphaélisme est indéniable, d’autant que parmi le cercle d’amis du couple Watts s’en trouvaient d’éminents acteurs, tels que Edward Burne-Jones, William Morris et Dante Gabriel Rossetti.
Il est toujours possible d’admirer des pierres tombales en terracotta fabriquées par la Compton Pottery dans le cimetière qui s’étend aux pieds de la Watts Chapel.

Pierre tombale représentant 4 anges dans un style Art nouveau. Photo : Lex McKee, licence CC BY-NC 2.0
C’est l’un des cimetières les plus poétiques et singuliers dans lequel j’ai eu la chance de me promener. J’apprécie cette fusion entre motifs d’inspiration celtique et symboles chrétiens, mélange chimérique magnifié par l’aspect brut de la terracotta locale.
Ci-dessous, vision troublante que cette inscription « Self-control », remplie de mousse… Food for thoughts.
Comment visiter la Watts Chapel ?
- Prix : gratuit
- Horaires : à consulter sur le site officiel de la Watts Chapel. Attention : la chapelle continue à être utilisée pour des cérémonies funéraires, aussi peut-elle être occasionnellement fermée pour cause de services religieux privés. Renseignez-vous sur les horaires avant de vous y rendre.
- Depuis Londres : prendre le train pour Guildford à la gare de Waterloo (environ 35 minutes de trajet). Astuce : réserver les billets de train à l’avance sur l’application mobile Trainline. Une fois à Guildford, prendre un bus municipal jusqu’au Watts visitor center. De là, rejoindre à pied la chapelle.
- Depuis Reading ou Portsmouth : prendre la ligne de train directe vers Guildford, puis prendre un bus municipal jusqu’au Watts visitor center. De là, rejoindre à pied la chapelle.
- En voiture : se garer au Watts visitor center puis rejoindre le cimetière à pied, à quelques centaines de mètres. Il est déconseillé de se garer devant le cimetière, car les rares places sont réservées aux personnes venant se recueillir sur les tombes.
Note : il n’est pas obligatoire de visiter la Watts Gallery ou Limnerslease pour visiter la Watts Chapel.


Bibliographie sur la Watts Chapel et Mary Watts
Livres, articles, expositions
- BILLS Mark, Watts Chapel. A Guide to the Symbols of Mary Watts’s Arts and Crafts Masterpiece, Philip Wilson Publishers, Bloomsbury Publishing Plc, Londres, 2010
- BLUNT Wilfrid, The Watts mortuary chapel at Compton. An unbelievable richness of colour, The Connoisseur, Londres, 1966. Article reproduit et affiché à l’entrée de la chapel.
- CHEVALIER Jean, GHEERBRANT Alain (dir.), Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Éditions Robert Laffont et Éditions Jupiter, Paris, 1969, rééd. 2012
- Exposition sur George F. et Mary Watts en accès libre au Watts Visitor Center, à Compton.
- GREENHOW Desna (Dr), The Diary of Mary Watts 1887-1904, Lund Humphries, Londres, 2016
- ROSE Lucy Ella, Suffragists Artists in Partnership, Edinburgh University Press, Édimbourg, 2018. Chapter 1 – Mary and George Watts (PDF), consulté le 08/01/2023.
- TROMANS Nicholas, WILKS Jo, A Guide to Watts Gallery Artists’ Village, Watts Gallery Trust, Compton, 2016
Web
- A Sign in the Pattern: The Creation of Mary Seton Watts’s Ideal Design in the Compton Mortuary Chapel (Surrey, England, 1898), Research Works Archive, consulté le 08/01/2023
- Arts and Crafts Movement, Wikipédia, consulté le 04/12/2022
- Celtic Revival, Wikipedia, consulté le 18/01/2023
- Christabel Pankhurst, Wikipédia, consulté le 27/01/2023
- Emmeline Pankhurst, Wikipédia, consulté le 20/01/2023
- Époque victorienne, Wikipédia, consulté le 05/01/2023
- George Frederic Watts, Wikipédia, consulté le 05/01/2023
- Gesso, Wikipédia, consulté le 05/01/2023
- Godalming and District Woman’s Suffrage Society (PDF), Exploring Surrey’s Past, consulté le 08/01/2023
- Gothic Revival architecture, Wikipedia, consulté le 18/01/2023
- Histoire des chemins de fer britanniques, Wikipédia, consulté le 04/12/2022
- Home Arts and Industries Association, Wikipédia, consulté le 08/01/2023
- Mary Fraser Tytler, Wikipédia, consulté le 02/12/2022
- Mary Watts, Watts Gallery Artists’ Village, consulté le 05/01/2023
- Mary Watts (1849-1938), Exploring Surrey’s Past, consulté le 08/01/2023
- Oscar Gustave Rejlander, Wikipédia, consulté le 18/01/2023
- Mary Watts & The Watts Chapel, analyse de Richard Jefferies, l’ancien curateur de la Watts Gallery, Youtube, consulté le 21/01/2023
- Mary Watts and the Compton Pottery, Watts Gallery Artists’ Village, consulté le 08/01/2023
- Mary Watts – Her Travels, Her Studies, Her Works, Arts & Crafts Tours, consulté le 05/01/2023
- Pélican, Wikipédia, consulté le 04/12/2022
- Séraphin (Bible), Wikipédia, consulté le 04/12/2022
- Site web de Veronica Franklin Gould, dont la page consacrée aux Watts.
- Suffrage in Surrey: Mary and George Watts, Exploring Surrey’s Past, consulté le 08/01/2023
- Suffragist vs Suffragette: What’s the Difference?, Amazing Women in History, consulté le 18/01/2023
- The All-Pervading, Wikipédia, consulté le 08/01/2023
- The history of Limnerslease, Watts Gallery Artists’ Village, consulté le 05/01/2023
- The Potters’ Arts Guild at Compton, Watts Gallery Artists’ Village, consulté le 08/01/2023
- Watts Cemetery Chapel, Atlas Obscura, consulté le 08/01/2023
- Watts Cemetery Chapel, Wikipédia, consulté le 04/12/2022
- Women’s Social and Political Union, Wikipédia, consulté le 18/01/2023

La tombe de George F. et Mary Watts.
Photo : tpholland, licence CC BY 2.0
Remerciements
Merci à Psyche Ophiucus et à ses partages sur Instagram, qui m’ont fait découvrir l’existence de la Watts Chapel. Il est si précieux, dans une vie, de connaître de tels endroits grâce à de telles personnes.
Après la Rosslyn Chapel d’Écosse, je suis ravie d’ajouter la Watts Chapel d’Angleterre sur ma petite planète pourpre. J’espère que ce billet vous aura fait voyager et rêver…
Mise à jour 27/01/2023 : édition de la partie sur le symbolisme du Chemin de la Vérité. C’est bien un hibou et non une chouette. Un grand merci à Mealin pour sa vigilance !
Bonus, si vous passez à Guildford : deux excellents disquaires à Guildford, Angleterre.


















Kellya
20 mai 2023
Ah ca, pour m’avoir fait révé et ajouté un lieu sur ma liste d’envies tu as très bien réussi! Et découvrir une artiste aussi prolifique et engagée est une grande joie, comme c’est inspirant!
Marie ☽
15 mai 2025
Merci beaucoup Kellya ❤︎
L'ourse bibliophile
11 février 2023
Quelle découverte ! Merci pour ce billet incroyable d’information, d’intelligence et de sensibilité qui me fait découvrir cet endroit qui semble sublime ! Dès les premières photos, je n’étais plus qu’un « waaah » émerveillé. Et moi qui aimerais pouvoir vagabonder à travers tout le Royaume-Uni au fil des ans, je ne manquerai pas de rajouter cette chapelle à ma liste des lieux à voir.
Et ce cimetière… Un endroit magique, magnifique et paisible, semble-t-il à travers tes photos.
Encore un immense merci pour ce partage (et tous les autres), tes recherches et le temps que tu y as consacré (je n’ose même pas imaginer combien de temps…).
Marie ☽
17 février 2023
Je suis très heureuse que ce billet t’ait donné envie de voyager et de faire un détour par Compton. C’est encore plus stupéfiant en vrai. Merci beaucoup pour ton adorable message !
L'ou
29 juin 2024
Je prends enfin le temps de venir te laisser un mot ici car j’ai eu l’occasion d’y passer lors d’un voyage en Angleterre en mai et, mamma, quelle merveille ! Je comprends que tu sois tombée en amour pour ce lieu car je n’étais qu’émerveillement face à tous les incroyables détails qui ornent cette chapelle. Même si tes photos et ton article m’avaient donné une idée de ce que j’allais voir, la réalité est bien plus fascinante tant on en prend plein les yeux. Il y a tellement de choses à regarder, entre les figures, les motifs, les symboles, les couleurs, les lignes qui s’entremêlent… Il y a une richesse qui laisse sans voix et tout – du projet au résultat en passant par l’entraide et la collaboration qui lui a permis de sortir de terre – est passionnant.
Je te remercie immensément pour ton article, à la fois pour la découverte de ce lieu sublime et pour les éléments préalables de contextualisation et de compréhension des symboles qu’il m’avait offert. Je suis tellement contente que ton blog existe. Merci !
Marie ☽
30 juin 2024
Merci beaucoup, L’ou ! Trop contente que tu aies pu voir cette merveille de tes propres yeux, et que mon billet ait pu guider ta lecture visuelle du lieu. À bientôt !
Fileuse
5 février 2023
Merci pour ce très bel article ! Je ne connaissais pas du tout Mary Watts et son fabuleux travail. Tout est absolument fou : la chapelle évidemment mais aussi la décoration de la maison. Les panneaux en gesso sont géniaux. C’est incroyable d’originalité et de précision. Je me demandais juste d’où est venue l’idée de cette chapelle funéraire : est ce que c’était un besoin local des gens du coin ou alors est ce que c’était un projet artistique vraiment pensé comme tel dès le début ?
Marie ☽
6 février 2023
Merci beaucoup pour ton message, Fileuse ! Je suis ravie que cela te plaise.
En effet, aménager un nouveau cimetière était un besoin de la municipalité de Compton. J’ai compris qu’elle manquait de fonds, et que les Watts, très riches, se sont proposés pour l’aider à aménager ce sanctuaire.
Sempra
29 janvier 2023
Quelle chance de pouvoir lire des articles aussi complets d’un simple clic. Merci pour ce travail qui a dû être colossal.
Je garde cette chapelle comme endroit à voir depuis que tu en avais parlé dans un article, mais là elle vient de remonter très haut sur la liste ! J’imagine l’émerveillement en entrant dans un lieu aussi foisonnant – il parait encore plus précieux quand on en connait l’histoire.
Le cimetière est également magnifique, le visiter en automne n’a surement fait qu’accentuer son charme.
Marie ☽
6 février 2023
Merci Sempra ! Oui, le petit matin d’automne, accompagné d’un soleil pâle et d’une myriade de feuilles mortes, fut the cherry on the cake. Surtout qu’il n’y avait personne… Pouvoir bénéficier d’un tel endroit en silence, sans être gênée, sans gêner soi-même, ça contribue toujours beaucoup à mon expérience dans de tels endroits. Je te souhaite de vivre cela !
Maxime
29 janvier 2023
Merci pour ce billet ! C’est toujours un plaisir de venir ici au fil des ans.
C’est superbe dans le fond comme dans la forme, on ne peut qu’imaginer la somme de travail derrière tout cela.
Évidemment ajouté sur la liste des endroits à visiter lors d’un prochain séjour en Angleterre !
Marie ☽
6 février 2023
Cool, je suis contente que ça te plaise au point d’avoir envie d’y aller. Merci pour ton message, Maxime !
Irène
28 janvier 2023
J’ai adoré découvrir le lieu à travers tes explications ! J’ajoute ça à ma liste des endroits à voir lors de mes prochains voyages au Royaume-Uni (que j’espère nombreux et réguliers aha)
Marie ☽
6 février 2023
Bizarrement, je comprends très bien ! 🤓
Alia
28 janvier 2023
C’est absolument sublime! Merci beaucoup de nous faire découvrir cette merveille!
Marie ☽
6 février 2023
Avec plaisir, Alia ! Merci d’être passée.
Ana Maïa
28 janvier 2023
Je suis trop contente de lire ce billet ! Je l’ai attendu avec impatience.
C’est grâce à un des articles de ton blog ou un de tes posts Instagram que j’ai pris connaissance de cette chapelle et que je n’ai plus eu qu’une idée en tête : la visiter dès que je reviendrai en Angleterre.
La rencontre a été forte. J’ai eu un petit choc, je ne m’y attendais pas :’).
Merci beaucoup. De ton travail avec cet article, et même d’en avoir parlé précédemment.
Les photos que tu as prises ou collectées sont parfaites pour voir au mieux les détails !
Encore une fois j’en apprends avec toi sur la politique qui entoure l’art :).
Heureuse coïncidence : j’ai lu cette semaine la BD Jujitsuffragettes de Clément Xavier, Lisa Lugrin et Albertine Ralenti qui parle de féminisme, d’autodéfense, d’Emmeline Pankhurst et de ses filles.
Plein de bien à toi
Marie ☽
6 février 2023
Merci beaucoup, Maïa ! Je suis heureuse d’avoir pu contribuer modestement à ton dernier voyage ! Quel honneur.
Grâce à toi, je viens de me souvenir que Jujitsuffragettes est sur ma wishlist depuis des éons. Je ne l’ai pas encore lu car à l’époque il m’avait semblé qu’il était disponible uniquement au format numérique ; or, ce format n’est pas pratique pour moi. Qu’en as-tu pensé ?
Pimprenelle
27 janvier 2023
Oh la la, quelle munificience, cet article fouillé, cette chapelle, ces plafonds en relief, ces briques rouges, cette guilde de poterie, ce cimetière saisissant ! Tout ravit l’esprit. Je suis complètement enchantée.
Marie, quel merveilleux travail que le tien de nous faire découvrir ces lieux (je t’ai remerciée in petto en allant visiter Nunhead à Londres cet été – seul endroit où la canicule se faisait acceptable), et je t’envoie une pensée tatophile à chaque cimetière parcouru, désormais (connais-tu celui d’Oxford ?) Ces croix horizontales bordées de feuilles d’automne sont de toute beauté. C’était la bonne saison pour y aller, n’est-ce pas ?
Coïncidence britannique, j’ai lu il y a peu une autre visite de cimetière dans un coin que tu aimes, avec une tombe inspirée : « S’il existe un ailleurs, il y vit dans le bonheur; s’il n’en existe pas, il a bien profité ici-bas »
Marie ☽
6 février 2023
Merci beaucoup, Primprenelle ! Très jolie épitaphe… Oui, j’ai déjà eu la chance de me promener dans le Dean Cemetery, une véritable beauté ! En revanche, Oxford fait partie des (nombreuses) villes où je n’ai pas encore traîné mes guêtres. Mais tu devineras sans mal mon impatience d’y aller enfin.
Paontaure
27 janvier 2023
Oh la la… Je suis ébahie… non seulement par le lieu que je découvre mais aussi par la richesse ce reportage : entre tes recherches, tes réflexions et tes highlights sur certains détails. Merci pour cette découverte et ce boulot monstre !
J’ai un coup de foudre pour le mélange de style romantique/celtique dans les entrelacs, et aussi l’aspect de certaines femmes sur la façade qui me font penser à des sirènes ou à des harpies <3
Mais tout est tellement beau et grandiose, en fait.
Encore un lieu surprenant à ajouter dans ma (très) longue liste d'endroits à visiter (merci aussi pour l'itinéraire, c'est top !) Je note également le journal de Mary Watts dans ma wishlist. Son parcours et ses aspirations sont incroyables.
Marie ☽
6 février 2023
Je suis très contente que cela te plaise et te donne envie d’y aller ! Cela veut dire que j’ai mené ma mission à bien. 😸
Marie
27 janvier 2023
New rabbit hole unlocked ! Ce billet était extraordinaire, merci beaucoup pour le partage de ta visite.
Marie ☽
27 janvier 2023
Merci beaucoup Marie ! New rabbit hole pour célébrer l’année du lapin.
(^-^)
27 janvier 2023
Cette lecture-découverte a enchanté ma journée !
Merci pour tout ce travail de recherche et merci de le partager.
On reçoit beaucoup de bon pour le cœur, l’esprit et les yeux ici ^^ !
Marie ☽
27 janvier 2023
Merci beaucoup ! Je reçois aussi beaucoup de bon, c’est équilibré ♥
otedanyel
27 janvier 2023
Bonjour ! C’est très beau, singulier et le compte rendu est à la hauteur du sujet. Bravo aussi pour le soin apporté à l’écriture du billet !
Marie ☽
27 janvier 2023
Bonjour otedanyel ! Bienvenue par ici. Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire et de m’écrire. À bientôt j’espère !
Nannig
27 janvier 2023
Waw quel article ! Passionnant, fouillé, nourrissant… ça donne envie d’aller la voir en vrai !
Pourtant pour être honnête en voyant les photos l’intérieur me parait trop chargé pour me plaire mais le travail mis en œuvre est impressionnant et mérite sans nul doute le détour. Et autant c’est chargé autant c’est impressionnant comment toutes ces influences que tu cites se mêlent les unes aux autres aussi harmonieusement. On aurait pu croire que ce mélange jure, par des styles différents ou des symboles qu’on n’a pas l’habitude de voir côte à côte mais non, ça parait naturel. Une belle leçon pour ceux qui voudrait opposer les croyances et les croyant.e.s !
Et autant j’ai du mal avec l’intérieur autant j’adore l’extérieur, tant dans le décor sculpté que dans le site qui rend super bien avec la lumière de tes photos !
Bref non seulement j’ai appris des tas de trucs mais en plus ça donne envie de voyage, un magnifique article !
Marie ☽
27 janvier 2023
Merci beaucoup Nannig ! Oui, l’intérieur est assez chargé, mais comme la chapelle est toute petite, ça reste digeste quand on est sur place.
J’espère que tu auras l’occasion d’en faire l’expérience par toi-même, surtout que le Surrey est une région magnifique !
Candice
27 janvier 2023
C’est absolument sublime, je l’ai ajouté à ma liste de Goals de choses à voir :D
Merci beaucoup pour tout ce travail, tes photos et la richesse de ton contenu <3
Des bisous ma Marie.
Marie ☽
27 janvier 2023
Je mentirais si je disais que je n’ai pas fortement pensé à toi, et à d’autres amies communes, lors de cette visite. Pour riche que soit ce billet, le quasi-vertige qui se produit quand on entre dans la chapelle est indicible. Je te souhaite d’y aller, c’est vraiment une expérience unique !
Mealin
27 janvier 2023
Sens-toi libre d’effacer la dernière partie de mon commentaire (et celui-ci) si tu veux ;-)
Marie ☽
27 janvier 2023
Non, je n’ai pas honte de dire que je me suis trompée et que tu m’as aidée à corriger. Merci encore !!
Mealin
27 janvier 2023
Quel boulot ! Et je parle autant de la chapelle que du billet ;-)
Un petit bijou dont je ne connaissais pas l’existence, tout comme celle de sa conceptrice…
Merci d’avoir remédié à cela avec moult belles images et informations comme toujours. Il y avait vraiment plein d’aspects intéressants dans la démarche autant que le résultat.
Sauf référence explicite que j’aurai loupée, je me permets de soulever un doute cependant sur ce qui concerne la chouette qui me parait être plutôt un hibou avec ses aigrettes et pourrait nuancer l’interprétation. C’est une confusion régulière, parfois des interprètes, parfois des artistes, mais souvent liée au passage du temps…
Ici le dessin me semble trop net pour parler de chouette. Si hibou, de mémoire, c’est plutôt une dynamique du franchissement de l’extérieur, associé au mal, vers l’intérieur, associé au bien. Cela peut aussi être la même idée que la chouette, mais sans nécessiter d’aller chercher des références extraeuropéennes.
Marie ☽
27 janvier 2023
Merci Mealin, tu as absolument raison ! Je me charge de mettre à jour mon billet dès que possible. (Heureusement que j’ai précisé ne pas être historienne de l’art ! Gloups…)
Minuit
27 janvier 2023
Magnifique. Le boulot, mais le boulot.
Et toi aussi par ailleurs pour cet article, merci ! =)
Marie ☽
27 janvier 2023
Héhé, de rien, merci à toi de le remarquer. ♥
Claire
27 janvier 2023
Quelle merveille ! Ca fait vraiment du bien de voyager et de rêver ainsi pour commencer la journée :-) ces couleurs m’inspirent énormément… j’espère avoir la chance de m’y rendre un jour, et je suis curieuse de découvrir aussi les créations textiles de Mary Watts, tu t’en doutes <3
Marie ☽
27 janvier 2023
Merci beaucoup pour ton mot, Claire ! Je n’ai pas encore eu le plaisir de tomber sur les créations textiles de Mary Watts, mais si j’en vois, j’essayerai de les photographier ! Il y en a peut-être à Limnerslease, que je n’ai pas encore visitée.
Nim
27 janvier 2023
Oh la la, merci pour ce billet si foisonnant !
J’avais déjà vu quelques photos de cet endroit, mais c’est génial de pouvoir s’y attarder à travers les tiennes et de se laisser guider par ton attention aux détails. J’imagine sans peine le choc esthétique en entrant dans la chapelle, et maintenant il me tarde de le ressentir moi aussi.
Sinon toute la partie sur la vie de Mary Watts est incroyable. Quel boulot ! Je parle du tien pour les recherches et mettre tout ça en mots :) Son œuvre à elle est tellement lumineuse, avec cette façon de toujours aller vers les autres.
Et puis la philosophie du Arts & Crafts me touche toujours autant, illes avaient vraiment tout compris ! J’aimerais que ce soit une inspiration actuelle forte, politiquement, parmi les artistes et au-delà, au lieu d’être vu comme un mouvement qui faisait des jolis papiers peints. Alors un article comme celui-ci est formidable :)
Marie ☽
27 janvier 2023
Oh, merci beaucoup Nim, ça me fait tellement plaisir de lire tes impressions !
THIS. Cette tendance à ne pas vouloir voir la dimension politique de l’art a le don de m’agacer prodigieusement aussi !
Je te rejoins sur le fait que ce mouvement a toujours de la pertinence aujourd’hui, au-delà du fait d’être, de toute évidence, très nourrissant d’un point vue purement esthétique.
La création collective en particulier me touche et m’inspire ; alors que l’Histoire retient souvent le nom des seuls « grands artistes » (tendance au culte de la personnalité qui, il me semble, existe toujours dans l’art contemporain), ceux-là avaient souvent un atelier où travaillaient des apprenti·es qui les aidaient. Sans même parler de toustes les artistes de talent qui n’ont pas eu, ni les ressources, ni la chance, d’être aussi connu·es que tous ces bons messieurs.
Bref, cette découverte m’a vraiment bouleversée et fait cogiter à plus d’un titre.
Concernant Mary Watts :
Exactement ! Et son journal laisse lui aussi transparaître une grande bonté, associée à beaucoup de curiosité pour les autres, leur vécu et leurs créations.
J’ai appris au cours de mes recherches que, pour certain·es historien·nes de l’art britanniques, ce journal a pu être considéré comme mièvre et laisser de Mary Watts une image un peu cucul d’une femme dévouée à son mari.
Mais en réalité, quand on voit tout ce qu’elle a produit, et dont la Watts Chapel est le grand œuvre, c’est encore une fois difficile de ne pas voir le sexisme de cette lecture alors qu’elle était, avant tout, une très grande artiste.
Je pense aussi qu’il faut replacer ce journal intime, et ce qu’elle y a exprimé, dans le contexte de la fin du 19e siècle… On ne saura jamais ce qu’elle a vécu ou pu penser de plus négatif, mais qu’elle n’y a pas consigné, de fait.