Fin septembre a eu lieu à Rennes Dangereuses Lectrices, un festival littéraire féministe intersectionnel dont il s’agissait de la première édition.

C’est la figure de la sorcière en littérature qui a servi de fil rouge thématique au festival. Ce qui n’a pas été une véritable surprise, étant donné l’engouement actuel pour les sorcières d’une part, notamment dans la sphère féministe et queer, et le succès de l’essai féministe Sorcières de Mona Chollet d’autre part, qui est paru il y a un an à peine.

En toute honnêteté, j’avoue avoir levé un sourcil à l’annonce d’une énième mani­fes­ta­tion liée aux sorcières : étant pourtant une pasionaria de l’occulte et des alternatives, l’overdose witchy me guette.

Néanmoins, Dangereuses Lectrices a proposé une analyse politique et historique du sujet. La diversité des intervenantes et de la programmation a permis de multiplier les points de vue et les réflexions, dans une perspective intellectuelle et littéraire. Rien à voir, donc, avec le commerce de cochonneries ésotériques cheap sur Instagram.

Ce billet étant particulièrement long, voici un sommaire si besoin :

  1. Ambiance générale de Dangereuses Lectrices
  2. La conférence de Laura Nsafou : la figure de la sorcière noire dans la littérature
  3. Table ronde avec Taous Merakchi, Diglee et Camille Ducellier : qu’est-ce qu’être sorcière aujourd’hui ?
  4. Conférence d’Éliane Viennot sur la dé-mas­cu­li­ni­sa­tion de la langue française
  5. Conclusion sur Dangereuses Lectrices

Allez hop, c’est ti-par !

Ambiance générale de Dangereuses Lectrices

Dangereuses Lectrices a eu lieu aux Ateliers du Vent (ADV). C’est un lieu d’expérimentations géré collectivement par un ensemble d’artistes et de personnes engagées dans des démarches citoyennes.

Les ADV sont implantés dans une ancienne usine de moutarde, un lieu insolite et immense situé à l’ouest de Rennes.

Prix libre

L’entrée était à prix libre, ce qui signifie que chacun·e pouvait mettre le prix qui lui semblait juste, en fonction de ses moyens.

Des bénévoles m’ont précisé que la cagnotte ainsi récoltée servirait à compenser les dépenses engagées pour faire venir certaines autrices.

En effet, toutes les maisons d’édition ainsi représentées n’ont pas jugé bon de prendre en charge ces frais : elles ont estimé qu’un festival féministe littéraire n’est « pas de la promo » si les livres défendus par leurs autrices ne sont pas encore sortis. Décision ô combien curieuse, à quelques semaines à peine des dites sorties… 🤔

Un monde fou

Par ailleurs, les ADV ont beau être grands, il y avait un monde fou ! Un succès mérité et encourageant pour la suite.

Cependant, il n’y avait pas assez de places assises pour tout le monde, contraignant de nombreuses personnes à s’asseoir par terre ou à rester debout.

Les organisatrices de Dangereuses Lectrices ont d’ailleurs dû fermer les portes et restreindre les entrées au compte-goutte, au fur et à mesure que des gens quittaient les lieux. Pour une première édition, c’était assez dingue – et un poil anxiogène pour les personnes agoraphobes présentes. 🙋‍♀️

De même, si la promiscuité des tables occupées par les autrices en dédicaces fa­ci­li­taient les échanges, on se marchait quand même un peu sur les pieds.

Heureusement, devant l’affluence, l’équipe a vite réagi et réorganisé l’espace alloué aux dédicaces en l’installant à l’extérieur, ce qui a rendu l’expérience tout de suite plus supportable !

Accessibilité de Dangereuses Lectrices

Enfin, il y a eu de nombreux soucis de micros : coupures, larsens, problèmes de volume… Certaines questions posées à la fin des conférences et des tables rondes l’ont été sans micro.

Or, les autrices présentes sur scène n’ont pas toujours pensé à répéter la question qui venait ainsi d’être posée, rendant l’échange incomplet et frustrant pour les personnes qui n’entendaient rien…

Bref, l’accessibilité est sans conteste un des points d’amélioration pour la prochaine édition de Dangereuses Lectrices. </déformation professionnelle> Mais j’ai bien conscience qu’il ne s’agissait que de la première édition, et qu’il est normal qu’il y ait des couacs au début.

La conférence de Laura Nsafou : la figure de la sorcière noire dans la littérature

J’en viens maintenant aux idées défendues pendant Dangereuses Lectrices, car c’est bien là le plus important ! Et de ce côté-ci, j’ai été absolument ravie, tellement la qualité des différentes interventions était au rendez-vous.

C’est Laura Nsafou (alias Mrs Roots) qui a ouvert le bal avec sa conférence Soucougnan, Sukunabe, Deum : transversalité de la figure de la sorcière dans la diaspora africaine. C’est de loin l’intervention qui m’a le plus marquée, sans doute parce que je ne connaissais rien au sujet.

D’entrée de jeu, Laura Nsafou nous a proposé une sorte de « contrat d’écoute » : elle nous a dit qu’elle ne consignerait pas ni ne retranscrirait sa conférence sur son blog ; celle-ci ne serait pas non plus enregistrée ni filmée, afin de respecter la tradition orale africaine originelle.

Cependant, elle nous a laissé le champ libre pour prendre des notes, live-tweeter ou partager notre ressenti sur nos propres médias. Elle nous a cependant invité·es à avoir conscience de la déformation qui interviendrait alors.

En effet, nous étions dans la salle une vaste majorité de personnes blanches, qui nous apprêtions ce faisant à déformer et/ou re-coloniser le vocabulaire propre aux cosmogonies africaines. Stay in your lane, donc.

Diverses figures de sorcières noires

Ensuite, Laura Nsafou a commencé par définir les grandes figures de sorcières africaines. Le mot « sorcière » ne convient pas réellement, d’ailleurs : c’est un terme connoté et limité, qui ne reconnaît pas les réalités propres aux croyances et spiritualités africaines.

Par exemple, la soucougnan (ou soucouyan) est un personnage métamorphe dans les Antilles françaises. Le jour, le ou la soucougnan apparaît sous les traits d’une vieille femme. La nuit venue, ce personnage abandonne sa vieille peau ridée dans un fromager. Elle prend ensuite l’apparence d’une créature volante, puis sillonne les îles pour commettre des actes maléfiques et sucer le sang de ses victimes. En savoir plus sur les soucougnans (en anglais).

Ensuite, Laura Nsafou a analysé l’image de la sorcière noire dans la littérature à travers plusieurs espaces-temps.

Cela m’a semblé intéressant de partager avec vous les différents livres qu’elle a cités, car à part Tituba, j’ai l’impression que les autres sont moins connus (mais peut-être est-ce moi qui n’y connais vraiment rien, ce qui est possible car je lis très peu de romans).

À l’époque de l’esclavage

Dans l’ère post-esclavagiste

  • Pluie et vent sur Télumée Miracle de Simone Schwarz-Bart ;
  • Sula de Toni Morrison ;
  • le personnage d’Akasha dans La reine des damnés de Anne Rice – roman qui présente d’ailleurs des aspects caricaturaux que Laura Nsafou a dénoncés.

Dans le futur

  • Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor ;
  • le personnage de Storm chez Marvel qui descend d’une lignée de sorcières kenyannes ;
  • et La parabole du semeur de Octavia E. Butler.

Points communs entre plusieurs de ces personnages : la connaissance des plantes, les techniques de survie en environnement colonial, les relations avec les morts et les fantômes, ainsi que la notion de transmission de ses pouvoirs.

Des sorcières noires souvent stéréotypées

Cependant, Laura Nsafou a rapidement mis en exergue un trope (en anglais) quasi systématique dans la littérature occidentale : les personnages de sorcières noires sont souvent présentées comme méchantes, par opposition aux gentilles sorcières blanches.

Animisme et vaudou par exemple sont souvent présentés dans les œuvres de fiction comme des pratiques dangereuses et malveillantes. Alors que le mot « vodou » signifie « se mettre en paix »…

De même, certaines pratiques magiques noires sont des outils de résistance. Par exemple, la macumba et la candomblé sont des religions afro-brésiliennes : leurs adeptes ne voulaient pas être convertis de force au christianisme, or ils ont été persécutés pour cela.

(Pour information, le photographe brésilien José Medeiros a pris des photos incroyables d’une cérémonie candomblé en 1951. Il y en a quelques autres ici.)

Ainsi, la figure de la sorcière noire est une représentation womaniste lorsqu’elle est produite par des personnes afro-descandantes.

Par contre, si cette figure est produite par des personnes non-concernées à destination d’un public blanc, on tombe dans la caricature aux dépens des peuples minorisés.

L’appropriation culturelle et la mondialisation ont en effet donné lieu à un discours stéréotypant qui a contribué à marginaliser et à déshumaniser des religions minoritaires.

Sortir du récit colonial

L’engouement actuel des personnes afro-descendantes pour les spiritualités non-occidentales s’explique en partie par le besoin d’entendre enfin un autre récit que le récit colonial.

Celui-ci a exoticisé et « glamourisé » la figure de l’esclave noire tombant amoureuse de son maître, présenté les personnes noires comme des « barbares » et dévoyé leurs croyances, réduites à de la « mauvaise magie » (vaudou) par opposition à la magie blanche (comprendre : blanche au sens propre et au sens figuré).

De la même façon que les geishas sont des figures exoticisées pour plaire à un public masculin hétérosexuel blanc, la façon dont les personnes blanches parlent de l’Afrique et des Africain·es pose question.

D’ailleurs, Laura Nsafou a rappelé que le mot « Afrique » lui-même est une invention coloniale. En réalité, on ne sait pas comment les différentes populations africaines appelaient leur continent avant qu’il ne soit colonisé.

Appropriation culturelle des rituels issus des peuples minorisés

Enfin, Laura Nsafou a soulevé un point particulièrement pertinent devant le public européen majoritairement blanc réuni par Dangereuses Lectrices : l’appropriation culturelle des rituels issus des peuples minorisés, ce qu’elle a appelé « le danger Instagram ».

Elle s’est appuyée notamment sur ce statut Facebook de Lisa Smith (en anglais), dont est issue l’image ci-dessous.

Qu’est-ce que l’appropriation culturelle ? C’est ce qui se passe lorsque la culture dominante – c’est-à-dire la culture blanche – commence à adopter sans permission des idées, des vêtements et des rituels appartenant à une culture minoritaire.

Ce faisant, elle déforme la signification originelle de ce qui est sacré pour quelqu’un d’autre, que ce phénomène soit conscient ou pas.

Cette appropriation culturelle finit par nuire à la culture minoritaire en question, notamment en l’invisibilisant.

Mots et pratiques

Par exemple, Lisa Smith fait la distinction entre le « smudging » (difficilement traduisible en français : quelque chose comme « purification par le feu ») et le « smoke cleansing » (fumigation) :

  1. le « smudging » est une pratique spirituelle des peuples indigènes d’Amérique du nord qui brûlent du Palo santo ;
  2. le « smoke cleansing » est une pratique courante qui consiste à faire brûler des plantes aromatiques, à différents effets (méditation, bien-être, etc.).

Le problème, c’est que de nombreuses personnes blanches confondent les deux, et utilisent le mot « smudging » pour décrire leurs pratiques. Or, le smudging décrit une pratique spirituelle précise, géographiquement et culturellement située, qui n’appartient pas aux personnes blanches tout juste immergées dans le paganisme ou une quelconque spiritualité New Age.

Lisa Smith nous invite donc à rejeter cette appropriation culturelle et à ne plus nous approprier le mot « smudging » pour décrire nos pratiques.

Elle nous invite également à abandonner l’utilisation du Palo santo au profit de plantes qui poussent autour de chez nous (en Europe : lavande, pin, etc.), pour des raisons écologiques évidentes.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus, je vous renvoie au statut Facebook de Lisa vers lequel j’ai fait un lien plus haut, mais aussi à l’article De l’importance du territoire écrit par Karlota Alevosia sur l’ethno-botanique magique :

Réapropriez vous le savoir qui a voulu être effacé par le capital. Soyez les anthropologues de vos familles, phénologues de vos territoires, pour éveiller et garder vivant ainsi, les esprits de vos ancêtres, lieux, forêts.

Laura Nsafou a d’ailleurs cité Karlota Alevosia pendant sa conférence, en parlant de son travail autour de la magie verte et de réappropriation d’un savoir rural.

Si vous ne l’avez pas encore écouté, je ne saurais que trop vous recommander l’écoute du podcast La Poudre – Épisode documentaire Sorcières #3 – L’Antidote, dans lequel intervient justement Karlota, et qui offre un point de vue de première main sur la sorcellerie féministe contemporaine.

Enfin, voici une sélection d’articles complémentaires sur l’impact écologique des pratiques spirituelles :

Situer la sorcellerie

Pour conclure, Laura Nsafou a souligné l’importance de situer la sorcellerie, à la fois dans le territoire – notamment pour des raisons écologiques –, et spirituellement.

On ne peut pas s’approprier n’importe quoi, même avec les meilleures intentions du monde.

Je le redis, mais cette conférence a été, pour moi, le moment le plus fort de Dangereuses Lectrices. Je salue d’ailleurs le choix de l’avoir programmée sur le premier créneau du premier jour : cela a bien marqué le coup, devant un public réuni en masse.

Erratum

Note : pendant mon live-tweet, j’ai mal rapporté les paroles de Laura Nsafou, en évoquant une prétendue exportation massive de sauge blanche qui priverait les populations africaines qui s’en servent.

Ce qui est faux, puisqu’elle parlait de Palo santo. Or, le Palo santo pousse en Amérique du sud, et non en Afrique.

Je m’excuse platement pour cette erreur, et espère que les précisions apportées par ce billet permettront de mieux comprendre ses propos.

Table ronde avec Taous Merakchi, Diglee et Camille Ducellier : qu’est-ce qu’être sorcière aujourd’hui ?

La table ronde réunissant Maureen Wingrove (alias Diglee), Taous Merakchi (alias Jack Parker) et Camille Ducellier qui a suivi était très constructive.

Mention spéciale à Justine Caurant, qui a animé cette table ronde avec brio, alors que l’exercice est loin d’être évident.

J’ai adoré la diversité et l’étonnante complémentarité des points de vue présentés par les différentes autrices.

On est rentré directement dans le vif du sujet lorsque chacune a commencé par donner sa propre définition de la sorcellerie.

La sorcellerie intime de Taous Merakchi

Pour commencer, Taous Merakchi a parlé d’une « spiritualité alternative », ne sachant pas exactement situer la part spirituelle et la part politique de sa pratique,

Puis elle a qualifié sa propre pratique de « sorcellerie intime » : un « truc dans son coin » pour elle et pour ses proches, une approche introspective et personnelle, mais sans dimension militante.

Elle cherche à revenir à elle-même, et essaie d’avancer avec qui elle est déjà. Pouvoir agir sur comment les choses l’affectent, à défaut de pouvoir changer le monde qui va mal.

Avec humilité et clairvoyance sur les privilèges dont elle bénéficie, elle estime qu’il ne lui revient pas de pratiquer une sorcellerie militante, un statut qui doit être revendiqué par des personnes plus politisées qu’elle.

Écriture automatique

Le lendemain, elle évoquait l’importance des rituels, par exemple l’écriture automatique : elle estime qu’écrire sans s’arrêter, sans corriger, sans se relire a de nombreux bienfaits.

Selon elle, les activités qui nous poussent à passer au second plan sont bénéfiques ; on peut jouir de cette passivité et se sentir à l’aise dans cet entre-deux, en mode « je suis là mais pas vraiment là ».

Note : Taous Merakchi a écrit Witch, please – Grimoire de la sorcière moderne, ouvrage qui a été illustré par Diglee. Il sort le 30 octobre. Taous a également sorti Écriture Automatique : Capsule Temporelle Adolescente, un recueil de textes écrits lorsqu’elle avait entre 19 et 21 ans. Il est disponible sur la Zone uniquement.

Illustrations ci-dessus de Diglee.

Critique du concept de « féminin sacré » par Diglee

De son côté, c’est justement l’aspect politique et « empouvoirant » des pratiques magiques qui intéresse Diglee (alias Maureen Wingrove). Elle a d’ailleurs dit et répété qu’elle ne se revendique pas sorcière, même si elle pratique un peu la magie.

Elle a également mis l’accent sur la pratique, qui caractérise selon elle la sorcellerie : cela suppose de nombreuses recherches et une quête, pas simplement le fait de brûler de la sauge ou allumer une bougie un soir de pleine lune en pensant à ses ancêtres.

J’ai apprécié qu’elle critique la dimension sexiste des pratiques ésotériques ac­tuel­les. En effet, de nombreux auteurs et conférenciers continuent à estimer qu’il y a d’une part la « haute magie », héritée de l’Église et des hommes (mâles) ; et d’autre part la sorcellerie : la magie moins noble des femmes, basée sur l’intuition, pour laquelle ils affichent un dédain incroyable.

Diglee a également évoqué le tarot, pratique redevenue à la mode lorsque Alejandro Jodorowsky, célèbre réalisateur et artiste, a parlé de « psycho-magie », alors que le tarot est une pratique ancestrale des cartomanciennes, dévaluée du fait qu’elle est pratiquée par des femmes, a fortiori issues de classes sociales populaires (stéréotype de « Madame Irma »).

Dépasser le dualisme ésotérique

Un autre aspect soulevé par Diglee, et qui m’a particulièrement intéressée, c’est la critique du concept de « féminin sacré ».

Elle a expliqué qu’en tant que femme cherchant un fil rouge dans le domaine ésotérique, il est difficile de s’y retrouver car les symboles utilisés font souvent la part belle a un dualisme qu’elle souhaite justement à dépasser.

Selon elle, s’il est important de revaloriser le travail des femmes, notamment dans le domaine ésotérique, il faut aussi tendre vers quelque chose en dehors de notre genre.

Elle a cité à ce propos le mythe de l’hermaphrodite, et dit qu’elle se sent humaine avant de se sentir femme.

C’est la raison pour laquelle les milieux ésotériques ont besoin d’être politisés, pour dépasser les côtés « yin yang » et « intuition féminine » qui n’ont aucun sens. L’intuition n’a pas de genre.

Finalement, les pratiques ésotériques seraient un « art de la trans­for­ma­tion » per­met­tant de « s’alchi­mi­ser » soi-même.

En complément, lire aussi la critique de Mira.G à propos des représentations problématiques du féminin dans le milieu spirituel : La féminité sacrée ou le féminin toxique spirituel.

En parallèle, je vous recommande une fois de plus le blog et la chaîne Youtube de Cathou Tarot à propos d’une approche queer du tarot, réflexion que l’on peut sans doute étendre à d’autres pratiques ésotériques.

La sorcellerie politique et queer de Camille Ducellier

Enfin, Camille Ducellier estime que se dire sorcière est déjà un acte en soi. En effet, le dire a un effet performatif : elle a rappelé l’importance et la puissance du verbe dans les cultures ésotériques et spirituelles.

Pour elle, la sorcellerie est un « mille-feuille identitaire », un mot-valise et un trait d’union réconciliateur entre différents intérêts pour l’ésotérisme, en soulignant la grande variété des personnes qui se disent « sorcières » aujourd’hui.

Elle a également dit que ce sont des personnes queers qui ont remis la sorcellerie au goût du jour : dans ce contexte, il semble difficile de dissocier sorcellerie d’une réflexion sur le genre et la sexualité.

D’ailleurs, Camille Ducellier a dit se sentir sorcière queer. Elle ne veut pas rester coincée dans le féminisme essentialiste et matérialiste, et s’intéresse pour cela aux pratiques qualifiées d’« irrationnelles ».

Selon elle, si l’on critique le dualisme femmes / hommes, vagin / pénis, etc., alors pourquoi ne dépasserait-on pas aussi le dualisme sain / fou, rationnel / irrationnel ?

S’emparer de l’histoire des sorcières

Camille Ducellier estime de plus que se dire « sorcière » a du sens si l’on se sent en lien avec l’histoire des femmes accusées de sorcellerie et le travail de mémoire qui y est lié.

Elle a rappelé avec justesse que les chasses aux sorcières existent encore dans certains pays, et que cela ne ferait sans doute pas beaucoup rire les sorcières pourchassées en Afrique et en Amérique latine de nous voir nous pâmer devant nos cristaux sur Instagram.

De même, elle estime que s’obstiner à utiliser du Palo santo contribue à marcher sur la gueule de certaines populations, afin de faire comme dans les films, enfonçant le clou du discours tenu par Laura Nsafou en début d’après-midi.

Par ailleurs, comprendre comment les femmes ont été dépossédées de leurs savoirs et de leurs luttes lui semble important. Des femmes isolées ont été accusées d’être de « mauvaises femmes », et elles ont été torturées, brûlées et punies pour cela. On sort de la catégorie de la « bonne femme » (wise woman) – la guérisseuse tra­di­tion­nelle.

Se revendiquer « sorcière » implique de déconstruire ces évènements-là, effacés par le patriarcat et spoliés par la colonisation, et comprendre comment le capitalisme se les est appropriés.

Pour une pratique magique collective

En outre, Camille Ducellier estime qu’il ne faut pas rester dans une pratique ma­gi­que in­di­vi­duelle. Les sorcières états-uniennes se regroupent justement en collectifs, et réalisent des actions collectives politiques pour transformer le monde (on pense au mouvement W.I.T.CH – Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell, dont s’inspire le Witch Bloc Paris).

Camille Ducellier en appelle au pouvoir de l’intuition, plutôt qu’au pouvoir de l’émotion, critiquant aussi la dimension genrée et stéréotypée de l’« intuition féminine », à l’instar de Diglee.

Enfin, elle a parlé de la dimension non-verbale de certains ateliers de Starhawk, sorcière néo-païenne éco-féministe : les participantes sont d’emblée invitées à mettre leur corps à contribution : danse, chant…

Ce recours à l’expression non-verbale est une façon de poursuivre un travail politique spécifique, par opposition aux outils militants classiques qui valorisent la parole et le dire.

Note : Camille Ducellier a écrit Le guide pratique du féminisme divinatoire, un objet littéraire non identifié qui m’a fait forte impression, même si certains aspects m’ont échappé…

Conférence d’Éliane Viennot sur la dé-mas­cu­li­ni­sa­tion de la langue française

Dernière conférence dont je voulais absolument vous parler : Dangereuses autrices ? Histoire de la masculinisation de la langue d’Éliane Viennot, linguiste et historienne de la langue.

Autant vous prévenir : mon compte-rendu de cette présentation est très détaillé, car le sujet du langage inclusif me passionne !

Or, rien de tel que les résultats des recherches d’une experte comme Éliane Viennot pour nous permettre d’argumenter encore mieux en sa faveur au quotidien. Alors je partage.

La langue française n’a pas toujours privilégié le masculin

Dans le programme de Dangereuses Lectrices, la présentation de cette intervention commençait ainsi : Personne ne trouve bizarres les mots actrice, auditrice, lectrice, spectatrice… En revanche, le mot autrice “arrache les oreilles”, à entendre certaines personnes.

Et c’est vrai qu’on en a entendu et qu’on continue à en entendre, des idioties à propos de l’« écriture » inclusive.

D’ailleurs, selon Éliane Viennot, il serait plus juste de parler de « dé-masculinisation » et de « re-féminisation » de la langue française. Elle estime que l’idée que « le masculin l’emporterait sur le féminin » est une crasse qu’on nous a mis dans la tête.

À ce sujet, l’historienne a évoqué ces femmes autrices qui revendiquent pourtant le titre d’« écrivain » ou d’« auteur », en arguant que ces deux mots seraient « neutres » et s’appliqueraient aussi bien à un homme qu’à une femme.

Mais ce ne sont pas des mots neutres : il s’agit de mots masculins dont il existe des équivalents féminins : écrivaine, autrice. Et ce ne sont pas des néologismes.

Si de nombreuses femmes estiment que le masculin est neutre, ce n’est pas de leur faute : ce dénigrement des mots féminins a été savamment construit.

Grâce à une présentation historique passionnante, Éliane Viennot a démontré que cette dénaturation du français a en effet été une démarche politique délibérée pour restreindre l’influence et le pouvoir social des femmes.

Une masculinisation et une re-féminisation progressives

Cette masculinisation de la langue est passée par plusieurs étapes :

  1. le latin, la langue native, est une langue où le masculin l’emporte. Cela est dû à la prédominance historique des hommes dans l’écriture et la parole publique. Le français a ainsi hérité d’une langue déjà masculine ;
  2. XIIIe – XIVe siècle : création de l’université et de la grammaire, les hommes de lettres ont continué à camper sur l’espace public ;
  3. XVIIe – XXe siècle : influence néfaste de l’Académie française et de la galaxie lettrée, qui réforment petit à petit la langue française pour donner plus de pouvoir au masculin. En 1767, le futur Académicien Nicolas Beauzée écrit, dans sa Grammaire générale, ou Exposition raisonnée des éléments nécessaires du langage : Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. On appréciera ce « raisonnement ».

Éliane Viennot identifie deux phases de re-féminisation de la langue, en réaction :

  1. la Renaissance : des femmes arrivent au pouvoir. Des hommes lettrés travaillent donc pour elles, et sont contraints de réemployer des mots féminins pour ne pas parler de leurs patronnes au masculin ;
  2. les années 1970 : les mouvements féministes et les femmes politiques demandent expressément à re-féminiser la langue, notamment les noms de fonctions et de métiers. Lire à ce sujet : Pourquoi on n’a aucun mal à dire coiffeuse et beaucoup plus à dire professeuse.

Phases auxquelles on pourrait ajouter notre époque, où les débats sur le langage* inclusif sont d’actualité. (* J’ai compris qu’il vaut mieux parler de langage plutôt que d’écriture inclusive : en effet, il s’agit de promouvoir l’égalité tant à l’écrit qu’à l’oral.)

Re-féminiser la langue française

Outre la démonstration historique implacable qui nous permettra dorénavant de rabattre le caquet de ceux et celles qui manquent de s’étouffer face au mot « au­trice », j’ai apprécié les actions concrètes recommandées par Éliane Viennot à la fin de chaque chapitre de sa conférence.

Par exemple, le fait d’utiliser les bons mots, notamment les mots du savoir et de la création. « Professeuse » et non pas « professeur » quand on parle d’une enseignante, « autrice », « chercheuse », « écrivaine », « maîtresse » (de conférence par exemple), « rectrice », etc.

Selon elle, ajouter le -e final au mot masculin (« professeure », « auteure ») ne suffit pas, car il ne s’entend pas à l’oral a priori.

Mais tous les pans de notre vocabulaire peuvent et doivent être féminisés : par exemple, « commandante », « lieutenante », « sergente », « soldate », « défenseuse », « entraîneuse », « sélectionneuse », « chevalière », etc.

Si Éliane Viennot a consacré une bonne partie de sa conférence à nous parler de vocabulaire, elle a également mis en exergue d’autres aspects linguistiques qui ont été masculinisés au fil du temps.

La suppression des pronoms féminins

  • Aux XIII et XIVe siècles, on utilisait en effet le pronom « li » pour parler d’une femme. Par exemple : « je li donne une pomme » (la personne à qui je donne une pomme est une femme) vs. « je lui donne une pomme » (la personne à qui je donne une pomme est un homme).
  • La suppression du pronom « elles » à la même époque !… Heureusement, il est revenu depuis, sinon nous parlerions de groupes de femmes avec « ils » en toute décontraction (non).
  • Début XVIIe siècle : le pronom « la » en position d’attribut. Par exemple : « je suis veuve et je la resterai », plutôt que « je suis veuve et je le resterai ».

La condamnation des anciens accords hérités du latin

  • En 1571 on avait l’accord au choix, aussi appelé accord de logique. Dans une énumération, si le premier mot était féminin, on accordait l’adjectif au féminin. Par exemple : plus riches et graves sentences, discours… recueillies par feu Gilles Corozet Parisien.
  • L’accord de proximité : dans ce cas, c’était le dernier mot qui donnait ses marques. Par exemple : « les poireaux et les carottes que nous avons récoltées ». C’est l’usage recommandé par Éliane Viennot.

La « neutralisation » progressive du masculin (c’est-à-dire, faire passer le masculin pour du « neutre »)

  • Au XIIe siècle, un pronom neutre existait, mais il a été remplacé par « il » : « il pleut », « il fait chaud », etc.
  • XVIIe siècle : accord du participe présent, par exemple « y demeurante et étante en bonne santé », si c’était une femme qui s’exprimait, au lieu de « y demeurant et étant en bonne santé ».
  • Dans les années 1960, théorisation du « masculin générique », alors que le neutre dans les autres langues sert uniquement à désigner les choses, et non les personnes. Affirmer que le mot « Français » peut servir à remplacer l’expression « Français et Françaises » relève selon Éliane Viennot d’idéologie. Par ailleurs, des tests ont été faits avec des enfants sur les noms de métiers : leurs réactions diffèrent selon qu’on les leur présente de manière genrée (« pompier », « infirmière ») ou avec la double flexion (« pompier, pompière », « infirmier, infirmière »). Si malgré tout, par souci de place par exemple, on ne souhaite par écrire « policiers et policières », il est possible d’utiliser des mots d’entité comme « la police ».

La montée en puissance du mot « homme » pour décrire l’humanité toute entière

Cela a commencé en 1694 sur une décision de l’Académie française, alors que le mot homo en latin signifie « être humain », par opposition à vir qui signifie « homme » (mâle), et mulier qui signifie « femme ».

En 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ne valaient pas pour les femmes. C’est ce qui a poussé Olympe de Gouges à écrire la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

En 1948, on commence à parler des « human rights », et pas des « rights of the man ». La plupart des pays francophones traduisent cela par « droits humains » (la Ligue des Droits Humains en Belgique par exemple) ou « droit de la personne ». Il n’y a qu’en France que l’on continue à parler des « droits de l’Homme » !…

Et ne laissez pas l’éventuelle H majuscule à Homme vous leurrer : c’est une invention très récente (1960) qui constitue un emplumage de plus, selon l’historienne.

Rappelons-nous enfin que dire « Bonjour à tous ! » pour s’adresser à une assemblée mixte signifie littéralement que l’on ne salue que les hommes.

Alternatives à la violence symbolique du langage

Éliane Viennot a de plus insisté sur la violence symbolique de l’accord systématique au masculin.

Le moindre objet ou animal, du moment qu’il est masculin, passe avant les femmes. Par exemple : « le chien et les filles ont été retrouvés sains et saufs ». Il serait plus logique d’écrire : « le chien et les filles ont été retrouvées saines et sauves ».

En 2017, un collectif de 314 enseignant·es ont ainsi lancé un manifeste pour l’abandon de la règle « le masculin l’emporte sur le féminin ». Suite à quoi Éliane Viennot a lancé une pétition adressée au Ministre, que vous pouvez encore signer.

De plus, on peut aussi privilégier l’ordre alphabétique dans une énumération, et accorder en fonction. Par exemple : « les filles et les garçons ont été avertis », « les auteurs et autrices invitées seront reçues à la Mairie », etc.

Dans le cas où le nombre d’individus est exprimé, il serait plus pertinent d’accorder en fonction de ce nombre, s’il est connu ou estimé : par exemple, « les infirmières et leur traducteur ont été prises dans une embuscade ».

Langage inclusif

Enfin, Éliane Viennot a évoqué le langage inclusif (également appelé « non sexiste » ou « égalitaire »), et a détaillé les réflexions linguistiques contemporaines, par exemple sur les pronoms « iels », « elleux », « toustes ».

Le problème qui subsiste avec les pronoms de type « iels » c’est l’accord : si on utilise « iels » mais qu’on accorde l’adjectif au masculin, cela n’est pas inclusif.

L’historienne a également parlé du point médian (ou « point milieu »). À ce sujet, elle estime qu’un seul suffit, par exemple : « enseignant·es » et pas « enseignant·e·s ».

Elle conseille également de proscrire les formes très compliquées à lire et à écrire, comme « directeur·rice·s » : il vaut mieux écrire « directeurs et directrices » en entier, voire « directeurs/trices » (c’est ce que fait la ville d’Échirolles par exemple).

La langue française est équipée pour l’égalité

En conclusion, Éliane Viennot a dit que la langue française est équipée pour l’égalité. Toutes les propositions d’évolution de la langue qui sont faites en ce moment méritent d’être étudiées.

Pour être adoptées, il faut cependant que ces évolutions de la langue soient égalitaires, pratiques, soutenables et logiques.

Utilisons les mots qui existent déjà, et luttons contre le masculinisme qui cherche à tourner en ridicule le combat féministe pour un langage égalitaire.

L’évolution de la langue française est enjeu de société dont l’objectif est de refléter la diversité des individu·es.

L’écriture inclusive pour les nul·les

Note : la conférence d’Éliane Viennot a repris les points développés dans son essai Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française. Son nouveau livre, La querelle des femmes : Sept siècles de controverses pour ou contre l’égalité des sexes, sort ce 24 octobre.

Conclusion sur Dangereuses Lectrices

J’arrive enfin au terme de ce billet tartinesque ! Mais avouez que ça valait le coup. 😇

Du reste, je me rendais à Dangereuses Lectrices avec l’espoir d’apprendre plein de choses et d’être remuée. Cela a été le cas !

Je ne suis pas peu fière d’avoir participé à la campagne de financement participatif lancée par le CLIT (Comité de Lecture Intersectionnel et Turbulent), l’association qui organise le festival, tellement le résultat a été à la hauteur de mes espérances.

Dangereuses Lectrices m’aura non seulement permis d’écouter des conférences et des tables rondes riches et intersectionnelles, mais également de faire des rencontres merveilleuses.

Je regrette toutefois de ne pas avoir pu parler de tous les aspects de Dangereuses Lectrices dans ce compte-rendu.

Bien que j’aie apprécié la table ronde consacrée à la figure de la sorcière dans la fiction, avec Tarmasz, Marianne Closson et Lizzie Crowddager, ainsi que la conférence historique de Fanny Bugnon sur les procès en sorcellerie, il faut hélas faire certains choix…

Par ailleurs, un podcast a été enregistré pendant le festival : il se peut que j’aie répondu, avec maladresse, à quelques questions. Je ne manquerai pas de l’ajouter à ce billet lorsqu’il sera publié, que ma participation ait été retenue ou non (j’espère secrètement que non 🙈).

Enfin, vous avez été plusieurs à me faire part de vos regrets de ne pas avoir pu participer à Dangereuses Lectrices cette année. Rassurez-vous : vu le succès que ce festival a rencontré, je serais très surprise qu’une seconde édition n’ait pas lieu !

Une démarche militante

C’est d’ailleurs en partie pour cela que j’avais à cœur d’écrire un compte-rendu détaillé – même si j’ai bien conscience que la longueur de ce billet aura sans douté découragé plus d’un·e.

En effet, j’estime qu’il est de mon « devoir » de partager les informations qui circulent lors de tels évènements, dans un esprit de solidarité et de réflexion féministe collaborative.

Retranscrire des évènements comme Dangereuses Lectrices est un travail que j’estime à la fois utile et militant : lire tout cela va sans doute nourrir vos propres réflexions et aboutira peut-être à quelque chose de votre côté (écrit, œuvre, évènement, engagement…).

Dans tous les cas, c’est utile, et vous pourrez toujours revenir dans ces pages si vous ne pouvez pas tout lire aujourd’hui.

Pour en savoir plus sur Dangereuses Lectrices

Quelques articles et albums photos intéressants, pour conclure pour de bon cette tartine consacrée au festival Dangereuses Lectrices :

Nous sommes les descendant·es des sorcières que vous n’avez pas pu brûler.

N’hésitez pas à compléter la réflexion, en particulier si vous avez assisté à Dangereuses Lectrices : malgré tout le soin apporté à la rédaction de ce billet, je n’ai peut-être pas tout retranscrit avec exactitude.

Marie

,

À l’écoute : The Nocturnes – A Year of Spring

Déjà 21 commentaires

  1. Merci Merci Merci pour cet article ! J’aurais adoré venir ! merci de nous avoir tout retranscris comme si nous y étions :)
    Je suis ravie de lire toutes les problématiques et réfléxions que soulèvent la sorcellerie aujourd’hui. Merci aux intervenantes !

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    1. Je suis contente que ça t’ait plu, même si ça aurait été mieux que ça soit enregistré (avec l’accord des autrices). J’ai fait mon mieux pour partager ce que j’ai vécu en tout cas, c’était vraiment bien !

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  2. Wahou, merci pour ce compte rendu passionnant ! Je suis impressionnée par ta capacité à retranscrire les propos d’autant de personnes différentes de manière simple et compréhensible, tout en suivant de ton côté l’événement, et même en le live-tweetant ?!

    Je ne suis pas du tout sorcière (et j’ai même un peu de mal à comprendre ce que ça veut dire, et pourquoi autant d’engouement). C’était donc très intéressant pour moi d’avoir ces différents points de vue. Quand à la partie sur le langage inclusif (je note que ce terme est préférable à « écriture inclusive », et effectivement, c’est logique) était passionnante aussi, merci pour ce travail !

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    1. Je suis impressionnée par ta capacité à retranscrire les propos d’autant de personnes différentes de manière simple et compréhensible, tout en suivant de ton côté l’événement, et même en le live-tweetant ?!

      Oui c’était un peu folklo, d’ailleurs j’ai mal live-tweeté certains propos de Laura. 👿 Sur le compte-rendu écrit, c’est plus facile, car j’ai pris beaucoup de notes. Mais le live-tweet est un art singulier, je suis un peu rouillée.

      Du reste, cela me fait plaisir que tu aies trouvé de quoi alimenter tes réflexions. Et oui pour le language vs. l’écriture : je n’y avais jamais pensé, mais effectivement c’est si logique !

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  3. Merci x1000 pour ce compte-rendu super détaillé, j’y ai appris pleins de choses, comme toujours lorsqu’il s’agit d’article sur le féminisme : on ne cesse d’apprendre !

    C’est effrayant et fascinant à la fois, on pensait tout savoir sur l’histoire de l’humanité mais elle ne cesse d’évoluer, se compléter et surtout notre histoire, celle des femmes, s’inscrit petit à petit dans les manuscrits, qu’il s’agisse de revues comme Citad’elles (chouette projet au passage !) ou d’essais de grandes autrices/chercheuses qui envahissent (enfin !) les vitrines des librairies. 💪

    C’est chouette, j’ai de nouveaux arguments pour sensibiliser mon entourage quant à l’utilisation de « humain » au lieu de « homme » par exemple. ^_^ Cette partie sur la langue française est ultra intéressante en tout cas, ce choix de masculiniser la langue a eu (et a toujours) un impact fou sur la société et la place des femmes.
    Je me souviendrais toujours de l’explication de mon instit à l’époque « même s’il y a 1000 femmes et un seul homme, on dira « ils », parce que l’homme l’emporte ». Ça m’avait marqué, à tel point que je revois encore exactement la scène dans ma petite classe de primaire. Je ne comprenais pas.

    Merci au collectif Dangereuses Lectrices d’organiser ce type d’événement !

    (comme d’hab en allant sur LLM, j’ai pleins d’autres onglets ouverts à parcourir 😅)

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    1. Merci Jenny pour ton retour enthousiaste, qui me fait bien plaisir. En effet, la partie sur la masculinisation puis re-féminisation de la langue était passionnante. En parallèle je lis pas mal de trucs sur comment rendre le français plus épicène (notamment avec les nouveaux pronoms « iel », « eile », « ol », etc.). Car même si on re-féminise la langue, ce qui est nécessaire, il y a beaucoup de personnes qui ne se reconnaissent pas dans cette binarité.

      C’est passionnant à suivre, et on voit bien une fois encore le rôle essentiel et l’impact du travail fourni par les milieux militants.

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  4. Merci pour ce résumé détaillé, qui donne très envie de lire les ouvrages des intervenantes et de venir à la prochaine édition !

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    1. Oh ouii, viens ! 🥳

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  5. Une bonne tartine dévorée avec plaisir. :)
    Je retiens personnellement surtout le coup des pronoms disparus dont je n’avais jamais entendu parler contrairement au reste (au moins vaguement). Cela a l’air super pratique à utiliser en plus. :'(

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  6. Merci beaucoup pour ce compte-rendu fort riche d’un festival passionnant !
    J’aurais aimé y assister, mais hélas, c’est un peu loin… Du coup, ça rend ton compte rendu d’autant plus précieux !
    J’ai tout lu, mais je pense y revenir pour creuser les sujets abordés, visiter tous les liens donnés, noter des pistes de lecture, etc.
    Tartine peut être, mais quelle tartine ! Passionnant de bout en bout ! :)
    Merci et un grand bravo aussi aux personnes qui organisent ce festival.

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  7. Je m’attendais à pire en terme de longueur, finalement c’était une bonne tartine, très intéressante ! ;)

    Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, tu me sors un peu de ma zone de confort, je ne connais pas beaucoup ce mouvement « witch » (ni ses dérives du coup) et ton résumé est hyper fourni et hyper intéressant ! Plein de pistes différentes à explorer !

    Merci pour le partage d’informations ! :)

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  8. Si c’est une tartine, elle est délicieuse ! Non franchement on ne voit pas le temps passer en lisant cet article, c’était passionnant. J’ai été très intéressée par ton compte-rendu du débat autour de la sorcellerie. Ce qui m’interpelle souvent, quand je te lis sur le sujet, c’est que j’ai toujours ce sentiment un peu vague qu’une partie des aspirations profondes de ces pratiques (en tout cas telles que défendues ici, avec une dimension critique vis à vis de l’ésotérisme new age) me correspondent, je me reconnais dans pas mal de choses… et en même temps, je ne me vois pas y accéder par les mêmes biais ( mais comment alors ? Mystère). L’importance des rituels, l’idée de pratiques qui sortent du discursif, ça me parle (et en milieu militant il y a cette question très importante des manières de prendre soin de soi, de prendre soin les uns des autres, ça y fait écho je trouve). Par contre on pourrait croire que je serais davantage séduite par la vision de Camille Ducellier, mais je crois qu’à titre personnel je comprends davantage Taous Merackhi dans la dimension intime qu’elle met en avant.

    Dans les deux cas, j’ai quand-même cette question qui me taraude : combien de temps, quelle énergie on veut mettre dans ces pratiques là, qu’on les nomme ou pas « sorcellerie » ou « magie »…? Parce que si ça doit devenir des pratiques politiques, je constate qu’en même que pour une partie non négligeable des personnes qui les défendent, c’est une grosse partie de leur quotidien finalement. Et même si on peut s’engager dans plein de choses, c’est souvent une marque de privilège de pouvoir passer du temps à se découvrir, à pratiquer des rituels, ET à s’engager politiquement, ET à continuer de travailler à côté et de faire d’autres activités.. Tout ça pour dire : est-ce qu’il n’y a pas des engagements auxquels on renonce lorsqu’on appréhende sa pratique politique comme profondément liée à sa sorcellerie comme Camille Ducellier ? J’ai du mal à voir vraiment l’intérêt (politique toujours hein) de rituels collectifs pour agir sur une situation portique, quand cela prend de longues heures et alors même qu’on manque cruellement de militant-es pour un tas de tâches un peu ingrates qui vendent moins du rêve… Bon c’est peut-être un peu sévère dis comme ça. Plus largement, je comprends la volonté de politiser ces pratiques, mais dans l’ensemble précisément l’ésotérisme, la sorcellerie, c’est plus dépolitisant qu’autre chose dans ce que je constate autour de moi et je me pose beaucoup de questions sur ce que pourrait signifier une telle politisation. Je sais pas si tu te souviens mais quand Camille Ducellier avait été invitée sur le plateau de Mediapart avec Mona Chollet et Catherine Kikuchi, un passage m’avait interpellée, elle évoquait des rituels de purification devant un commissariat dans lequel avait eu lieu le meurtre d’un jeune homme noir aux Etats-Unis. Y’a pas mal de militant-es noires qui ont été plus choqués qu’autre chose en prenant connaissance de ça : quel est le sens du rituel, à quoi ça sert, est-ce que ça s’est fait en accord avec la famille et les proches (manifestement non)… Bref, beaucoup de questions !

    Ton article m’a aussi rappelé qu’en master j’avais envisagé de faire de l’ethno-botanique parce que c’est vraiment passionnant ! (mais mon attirance pour la sociologie et les sciences politiques a eu le dessus finalement ^^)

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  9. Merci pour ce compte-rendu ! J’avais été emballée par la programmation mais habitant outre-Manche… Ma sœur s’y est rendue et a beaucoup apprécié le contenu proposé !
    Grâce à toi, j’ai l’impression d’avoir été un petit peu au festival ! Merci

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  10. Superbe compte-rendu, le programme et l’idée était alléchantes (:p) mais ton résumé me fait regretter de ne pas y avoir été.

    Je suis choquée par le peu d’hommes présents sur tes photos, peut-être aurait-il fallu faire une assemblée non-mixte pour les forcer à venir en nombre afin de protester à cette ostracisation ? :D

    J’ai découvert Diglee seulement hier lorsque tu as partagé son dernier dessin, je trouve son travail hallucinant, je suis devenue immédiatement fan.

    Merci pour le lien vers l’article de Slate sur les métiers dits subalternes où l’emploi du féminin ne semble poser que peu de souci contrairement aux hautes sphères du pouvoir.
    Pour info, Nicolas Martin, un journaliste de France Culture qui fait une heure quotidienne sur la science est vraiment à la pointe de la dé-masculinisation de la langue en employant « autrice » depuis longtemps et surtout en reprenant les spécialistes sur les fourmis qui parlaient d' »ouvrières », de « reine » mais de « soldats » … Ielles se sont tou.te. retrouvé.e.s à parler enfin de « soldates ». Je trouve ça super de faire cela, à une heure d’écoute importante et dans un milieu encore très masculin en plus.

    Tu m’as rendue folle amoureuse de Éliane Viennot, je vais très rapidement me procurer plusieurs de ses ouvrages, ils donnent vraiment envie.

    Un beau résumée d’une bien belle journée en tout cas, c’était passionnant de te lire !

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  11. Merci d’avoir pris le temps d’écrire ce bel article ! C’est un plaisir de te lire et de sentir le soin que tu as pris à retranscrire le plus justement possible ce festival, merci pour les absent·es :-) Je file maintenant explorer les liens…

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  12. Merci beaucoup pour ce beau compte rendu, en effet un travail militant très utile !! Bravo à toi (et non, la longueur n’est pas dissuasive, je te rassure. Au contraire, ça se lit très bien).

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  13. Cher astre pourpre, tu es merveilleuse. Ce billet est génial, j’y ai appris des tas de choses. Moi qui ne suis pas une grande fan de la foule et des trajets, je me déplace très rarement dans ce genre d’événements mais au vu de ton compte rendu j’aimerais bien me mettre un coup de pied gentil aux fesses et m’y rendre l’an prochain.
    Belle soirée à toi !

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  14. Merci pour ce passionnant article ! C’était très instructif, notamnent le passage sur le langage inclusif. Un sujet que je trouve passionnant et j’ai donc appris qu’il valait mieux utiliser un seul point médian. Je vais mettre en pratique, ça sera sûrement plus lisible que d’en utiliser deux ^^ Une petite question : tu parles de Camille Ducellier qui « ne veux pas rester coincée dans le féminisme essentialiste et matérialiste », sais-tu si elle parle d’un seul et unique féminisme ? Je ne connais pas forcément très bien le courant matérialiste mais de ce que j’en sais, c’est plutôt en total opposition avec une position essentialiste. Du coup, ça me rend perplexe j’avoue ^^ Maintenant, j’ai hâte d’aller découvrir les liens que tu donnes ! Encore merci pour ce super compte-rendu 😊

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  15. Merci ! J’ai tout lu même si ça m’a pris la matinée en suivant les liens, et j’ai appris des tas de choses. Merci merci merci !

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  16. Une tartine certes, mais déconcertante comme à chaque fois tant ton écriture est fluide et facile à lire !

    J’aurais adoré participer à un tel événement, la partie sur l’écriture est à la fois fascinante et révoltante. La réflexion sur le white-washing global des sorcières ces dernières années est super intéressante aussi, c’est quelque chose qui me met hyper mal à l’aise depuis que je me suis rendue compte de l’impact que ça a, autant humainement qu’écologiquement.

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  17. Cela faisait un bail que je voulais lire ton article, et je suis bien contente d’avoir pris quelques minutes de tranquillité pour le faire… même si ça me fait encore plus chouiner de ne pas avoir pu venir — c’était prévu en plus, bref.
    Tout comme toi je fais une sacré overdose du witchy-made-in-Instagram depuis un certain temps. J’ai fait des bêtises aussi — j’ai acheté du palo-santo une fois, parce qu’il était précisé qu’il venait d’une filière équitable (et après j’ai compris « qu’équitable » dans ces cas-là n’était qu’un cache-misère, et que surtout ce n’était pas ma culture ni ma spiritualité). Ces histoires ont même failli me coûter une amitié, où je me suis pris la tête avec quelqu’une qui ne s’intéressait qu’aux pratiques occultes exotiques, du genre « ailleurs il savent mieux que nous », et qui me battait froid dès que je lui faisais remarquer qu’il existait aussi une longue tradition magique par chez nous… Un bouquin que j’ai envie d’acheter depuis longtemps, c’est Italy’s Witches and Medecine Women de Karen Crisis — même si le côté californienne blanche en dreads me fait pas mal cringer aussi, je me dis qu’il y a quand même des chances que les propos de ces femmes aient été recueillis avec bienveillance. J’ai des racines italiennes, et comme je ne suis plus du tout en contact avec ma famille, me réapproprier certaines traditions me permet de garder un lien avec d’où je viens. J’ai d’ailleurs l’impression que c’est un trait commun aux « sorcières » les plus sincères, le déracinement, l’envie d’apporter un côté plus stable dans sa vie à travers une spiritualité méprisée par la société actuelle, qu’elle soit athée ou catholique (les deux dominantes en France).
    Je garde cependant toujours des réserves avec le mot « sorcières » parce que, pour avoir été initiée à certaines pratiques, et pour côtoyer de « vraies sorcières » dans mon quotidien (des médiums, des chamanes – non blanches, je précise –, des exorcistes etc.), la redéfinition du mot les dérange. Elles vivent la magie dans leur chair, c’est pour elles une éthique de vie, et elles se sentent vraiment dérangées par l’appropriation du mot par des femmes qui tirent les cartes sous la pleine lune (le reproche que faisait Diglee sur l’emploi abusif du terme) et donnent une connotation politique au mot qui n’existe pas dans leur tradition. Et autant je pense qu’en matière d’empouvoirement le politique est nécessaire, autant je comprends complètement les réserves que ces personnes-là peuvent émettre. Parce que les sorcières en vogue ont trait au spirituel, non au religieux. Et il y a aussi une histoire de définition. Une amie chamane dit régulièrement : tirer les cartes, c’est de la cartomancie, pas de la sorcellerie. Lire dans les feuilles de thé, c’est de la divination, pas de la sorcellerie. S’intéresser aux astres, c’est être astrologue, pas sorcière… Bref, la liste est longue. Et pour elle, l’usage du mot fait aujourd’hui est un manque de respect pour sa foi et ses pratiques. Discuter avec elle me fait donc encore plus m’interroger sur les bornes des « sorcières » contemporaines, même si je trouve aussi la redéfinition politique pertinente.
    Je digresse, mais ton article m’évoque tout ça !
    Pour finir, je suis navrée d’avoir raté Éliane Viennot, mais je me rattraperai en lisant ceux de ses ouvrages qui sont dans ma PAL depuis des mois…
    Un grand merci pour ton article en tout cas, très vivant et bien écrit ; toujours un plaisir de venir flâner sur l’astre pourpre !

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