Tadam, la rubrique « Musique du moment » devient « Post Mortem », sous vos yeux ébahis. Ou pas – mais bon, voilà, j’ai changé de nom.

Pourquoi ? Parce que je n’ai pas toujours beaucoup de musique à partager – après tout, on ne tombe pas sur des CALIGULA tous les jours. Or je ne veux pas me forcer à parler d’albums moyens uniquement pour remplir une rubrique mensuelle.

Ensuite, outre la musique, il y a aussi d’autres types d’œuvres et d’évènements culturels qui me bouleversent et/ou me donnent du grain à moudre : films, séries, expositions, bouquins…

Parler de tout cela me manque, malgré mes tentatives de chroniquer de temps en temps ma pile à lire, et de distiller 2-3 trucs dans mes émois en photos.

C’est ainsi que ce Post mortem est né : nouvelle incarnation de ma digestion culturelle du moment, sorte d’épitaphe du mois qui vient de s’écouler.

Ça sera sans doute différent à chaque fois car, pour être tout à fait honnête avec vous, j’expérimente et je ne sais pas trop où je vais. Mais c’est là tout l’intérêt de la chose.

Musique

Beaucoup d’albums ce mois-ci – je me rattrape vu que je n’ai rien partagé depuis deux mois !

E-L-R – Mænad

Style : post-metal hypnotique

Attention, gros coup de cœur pour Mænad du groupe suisse E-L-R, dont je guettais impatiemment la sortie.

Texturés, atmosphériques, évocateurs… Les six longs morceaux de cet album déclencheraient presque un état d’hypnose, grâce à une production impeccable et des chœurs féminins d’une beauté spectrale (Ambrosia, divin). Les fans d’Alcest devraient apprécier !

Cloud Rat – Do Not Let Me off the Cliff

Style : ethereal wave

Cloud Rat est un groupe de grind punk originaire du Michigan.

Sauf que : je déteste le grindcore musicalement, je ne tiens pas 5 minutes. Aussi, leur nouvel album, Pollinator, n’est pas pour moi, malgré les critiques élogieuses que j’en ai lues.

Par contre, j’aime vraiment, vraiment beaucoup son jumeau, l’EP Do Not Let Me off the Cliff (« Ne me laisse pas me jeter du haut de la falaise », #UnePensée­Positive­Par­Jour), qui est sorti la veille.

C’est tout l’inverse : expérimental, ambient, vaguement folk, presque acoustique, et qu’on pourrait même qualifier de post-punk tant qu’on y est.

Et puis cette pochette, grands dieux ! Cette pochette.

Each of our brains is being pollinated every day with too much information. Whatever goes out of that continues on and on until we have a sensory overload. (…) It feels grim all the time and I’m trying my best to stay as positive as possible, but it truly feels like a psychedelic, delusional time, mostly because of the Internet.

Rorik Brooks, guitariste de Cloud Rat.

Chelsea Wolfe – Birth of Violence

Style : dark folk

Chelsea Wolfe est un caméléon : après Hiss Spun en 2017 – qui est sans doute l’album le plus lourd et poisseux de sa carrière –, la voilà de retour avec Birth of Violence, nébuleuse quasi-acoustique.

L’œuvre est épurée, sans tomber dans un minimalisme chiant. Sa voix est particulièrement savoureuse sur Deranged for Rock & Roll ; quant au charme du single The Mother Road, il ne se dément pas, même plusieurs mois après sa sortie.

Mais c’est la beauté mystique de Erde qui remporte cette fois la palme de plus joli morceau de l’album, comme Flatlands en son temps, à égalité avec Be All Things.

These songs are proof that someone ordinary can channel extraordinary energy. I am not special. But deep inside there has always been a voice, asking to be set free.

Chelsea Wolfe, dans la newsletter officielle du 13/09/2019.

Eye of Nix – Black Somnia

Style : sludge metal atmosphérique

Quelle chouette surprise que ces Eye of Nix ! La chanteuse Joy Von Spain est capable des pires growls comme d’envolées lyriques à la Lingua Ignota, et son charisme vocal n’a d’égal que la créativité abrasive des compos de cet album atmosphérique et mélodique.

Il y a un truc très gothique qui émane de Black Somnia, comme une insomnie provoquée par des fantômes qui dansent en se rapprochant de toi, recouverts d’un drap noir… 

Pour info, il y a d’autres groupes avec des meufs qui tabassent à découvrir dans l’article Ten Divine, Diabolical Feminine Artists Challenging Heavy Metal Machismo.

Cult of Luna – Dawn of Fear

Style : sludge metal atmosphérique (oui, j’aime beaucoup le sludge.)

Ce nouvel album de Cult of Luna est une énorme claque. Je n’étais pas sûre qu’il arriverait à surpasser le monumental Mariner (l’album qu’ils ont créé en binôme avec Julie Christmas), mais force est de constater que mes doutes étaient infondés.

Deux titres en particulier m’obsèdent, à savoir Dawn of Fear et son riff obsédant d’une tristesse infinie, et Lights On the Hill : 15 minutes pendant lesquelles le groupe raconte à sa manière la relation abusive d’un soldat suédois et d’un chamane du peuple Sámi, histoire vraie tirée du passé colonial de la Suède et dont il existe un lieu de souvenir, Spå-Klemmet (en suédois).

On ressort aussi éprouvé·e qu’ému·e de cette « aube de la peur ».

Mais aussi

  • TOOL – Fear Inoculum : tant de buzz et de dérives marketing derrière cet album, ohlala. Je suis bien évidemment ravie de retrouver TOOL, dans un album plus rock qui plus est, mais bon, ce n’est pas un coup de cœur du niveau de Lateralus. 13 ans d’absence, était-ce bien raisonnable ? Ne risque-t-on pas de gâcher les œuvres sur lesquelles on passe trop de temps ? Tant de questions.
  • Sentier Des Morts – Beatus Methodivo : du black metal français de qualité qui m’a tout l’air artisanal, découvert totalement par hasard dans un magazine. Introuvable à part sur Youtube, je préfère prévenir.
  • A.A. Williams – A.A. Williams : des chansons toutes douces portées par une très jolie voix. Dommage que la moitié de l’album soit occupée par une reprise et des titres live, j’aurais préféré des compos originales. Dans tous les cas, une artiste que je vais suivre de très près !
  • Opeth – In Cauda Venenum : s’agit-il du meilleur album d’Opeth depuis Blackwater Park ? Peut-être bien ! Le groupe de Mikael Åkerfeldt continue sa métamorphose prog et nous en met plein la vue avec des claviers et des chants franchement impressionnants. Coup de cœur pour Next of Kin, et surtout pour la version de l’album chantée en suédois !
  • Belenos – Argoat : du black metal païen et breton qu’il est bon ! Si le précédent album avait pour thème la mer, celui-ci revient sur terre et évoque les forêts mystiques locales (coucou Huelgoat), les animaux sauvages et les dieux celtes. Le tout chanté en breton, ce qui est suffisamment atypique pour être noté ;
  • Kristeen Young – The Subset : inconditionnelle de la musicienne, je suis extrêmement déçue par cet album, qui malgré un très bon premier single se révèle pompeux et pâteux as fuck. Et les histoires idiotes avec Morrissey (en anglais) ne m’encouragent pas à faire preuve de clémence non plus. 🙄

Séries

Bon alors je préfère prévenir tout de suite : je déteste les comédies, et je ne regarde quasiment que des drames ou des trucs flippants. Donc désolée par avance pour les personnes qui auraient envie de se changer les idées et de regarder des programmes « feel good », car ce n’est pas ici que vous les trouverez.

The Virtues

TW (trigger warning) : pédophilie, alcoolisme

Le pitch : la vie de Joseph s’écroule lorsque son fils et son ex-femme déménagent en Australie. Il quitte tout et part en Irlande, à la recherche de sa sœur Anna, qu’il n’a plus vue depuis 30 ans. Ce retour au pays va déterrer un terrifiant évènement de son passé, dont il avait supprimé le souvenir depuis longtemps…

Mon avis : Shane Meadows (This is England) met en scène une histoire qui prend aux tripes, dans quatre longs et lents épisodes particulièrement douloureux. Stephen Graham y est comme toujours excellent, dans ce rôle de gars brisé par la vie. Pour ne rien gâcher, la bande-son est signée P.J. Harvey.

You will remember this.

Bande-annonce

Je n’ai pas trouvé de version avec sous-titres. 😔

Frontera Verde (Green Frontier)

TW : féminicides

Pitch : lorsqu’une jeune enquêtrice est attirée dans la jungle amazonienne pour mener l’enquête sur quatre féminicides, elle découvre de la magie, un plan machiavélique et ses véritables origines.

Mon avis : cette série m’a prise aux tripes, et j’en parle depuis dès que j’en ai l’occasion. Il y est question de colonialisme, d’appropriation culturelle, d’écologie et de meurtres de femmes, ce qui résonne particulièrement avec l’actualité.

Ce sont justement les personnages féminins qui m’ont paru les plus intéressants, en particulier Helena et Ushe, les deux protagonistes. Un profond sentiment de sororité émane de Frontera Verde. Les scénaristes ont évité tous les stéréotypes auxquels on aurait pu s’attendre, et franchement cela fait un bien fou.

Au-delà de ça, la magie des Éternel·les est très bien traitée, tant d’un point de vue visuel que philosophique. Il y a un mystère de la jungle que nous autres Occidentaux ne percevront jamais, et c’est très bien ainsi.

Bande-annonce

Marianne

TW : horreur, suicide, gore

Le pitch : Emma Larsimon, une autrice française de romans horrifiques à succès, est contrainte de retourner dans sa Bretagne natale après que la femme qui a hanté ses rêves 15 ans auparavant refait surface. Ses livres sont théoriquement le fruit d’un travail de fiction, mais quelle est la part de réalité ?

Mon avis : Marianne n’est pas un chef d’œuvre, loin s’en faut, et pourtant je me suis surprise à avoir hâte de voir la suite.

Il m’a bien fallu deux épisodes pour m’adapter au jeu ultra crispant de certaines actrices et acteurs (en particulier l’actrice principale, Victoire Du Bois) ; en outre, je ne peux pas dire que les effets spéciaux soient toujours fifous. Sans compter que les trop nombreux trous et incohérences dans l’intrigue m’ont fait décrocher à plusieurs reprises…

Néanmoins, il y a un certain charme dans cette série, et nul doute que le choix de la Bretagne comme lieu de tournage y est pour beaucoup. Au final, ce sont les effets les plus simples qui m’ont le plus stressée (un monstre sous un drap, what else?). J’ai également adoré le personnage de Marianne d’un bout à l’autre.

Bande-annonce

Films

Midsommar de Ari Aster

TW : horreur, gore, sexe

Le pitch : un couple américain part en Suède pour participer à un festival estival mythique. Ce qui commence comme une retraite idyllique à la campagne se mue peu à peu en une compétition de plus en plus violente et bizarre aux mains d’une secte païenne.

Mon avis : hypée par mes connaissances qui ont, semble-t-il, toutes vu Midsommar à sa sortie, j’en attendais évidemment beaucoup même sans savoir précisément de quoi ça parlait (hé oui, mon super pouvoir c’est d’être influençable, que voulez-vous). En vrai, même si je n’avais pas vraiment d’attentes, j’ai quand même été un poil déçue.

Commençons par les points positifs : ce film est beau. J’ai apprécié la surexposition de l’image, ses couleurs, ainsi que le soin apporté aux costumes, au cadrage et aux décors (ces murs peints, wahou). Florence Pugh, qui joue Dani, y est franchement excellente, et plus d’une fois je me suis sentie vraiment désolée pour elle.

Et puis bon, ce film, c’est malaise sur malaise, quoi, et ce dès les premières minutes. C’est de l’horreur, oui, mais sans les astuces à trois francs six sous du genre « je te mets une musique flippante qui va crescendo puis je te balance un gros jump scare à la tronche, bisous ».

Les points négatifs, garantis sans spoiler : il y a trop de ressemblances avec The Wicker Man (excellent film s’il en fut). En outre, j’ai regretté l’axe « vengeance » final, qui rend le film beaucoup moins intéressant que ce qu’on était en droit d’attendre.

Enfin, même si j’ai apprécié la première séquence choc du film (la falaise), il s’agit en réalité du pire climax du film : à ce titre, il arrive bien trop tôt dans la narration, et le reste des « épreuves » du festival semblent bien fades en comparaison…

Bande-annonce

Livres

Le grand mystère des règles de Jack Parker

J’ai adoré ce livre, qui est non seulement instructif, mais également très drôle. J’aurais aimé lire ça quand j’ai commencé à avoir mes règles, cela m’aurait aidée à mieux le vivre – même si j’ai la chance d’avoir une mère qui a toujours répondu de manière bienveillante et honnête à mes questions sur le corps et la sexualité.

Pour les garçons de mon entourage, parler de ses règles ou, pire, les rendre visibles était l’ultime affront qu’une fille pouvait leur faire. Mais c’était aussi la meilleure excuse pour clouer le bec des grandes gueules dans mon genre – dès qu’on exprimait une émotion négative un peu vive, qu’on faisait entendre nos voix et notre mécontentement ou qu’on demandait simplement le respect, la sentence tombait immédiatement sous forme de question : « T’as tes règles ou quoi ?! »

Nous n’avions pas le droit d’être de mauvaise humeur, de râler, de nous insurger, d’insulter, de répondre aux attaques sans que l’état de notre utérus ne soit mis en cause (…).

Alors nous sommes nombreuses à avoir appris à nous taire, à sourire, à garder nos émotions pour nous si elles n’avaient pas de rayonnement positif. Nous avons appris à séduire sans choquer, à cultiver cette image de femmes lisses et sans fluides, sans fuites et sans éruptions. (…) Mais surtout, nous avons appris à avoir honte de nos corps, honte de nos règles, honte d’être en bonne santé, foncti­on­nel­les et normalement constituées. (…)

Il est grand temps que ce tabou rejoigne le clan des reliques et qu’on arrête de culpabiliser, de complexer et de se cacher à tout prix – qu’on possède un utérus ou non.

qu’on possède un utérus ou non : la formule peut surprendre, et pourtant Jack Parker, de son vrai nom Taous Merakchi, a dé­li­bé­ré­ment choisi de genrer le moins possible son discours.

Ceci pour deux raisons : d’une part, elle a voulu que son livre s’adresse à tout le monde (par opposition aux livres de femme, pour les femmes) ; d’autre part, elle a souhaité inclure toutes les personnes concernées par les règles, ce qui inclut notamment de nombreuses personnes transgenres.

Malgré cela, Taous a révélé que ce choix lui a valu des torrents de critiques de la part de certaines féministes transphobes, celles-ci estimant que l’autrice « privait les femmes cisgenres de leur douleur ». 💩

Cette réaction est une honte, et je suis désolée que Taous ait dû subir ça, car son livre est remarquable. Ayons conscience que, lorsque nous parlons d’utérus (de règles, de maternité, d’endométriose, etc.), cela concerne les femmes mais également d’autres personnes.

Et voilà !

Classic shit : ce qui devait être un petit billet écrit vite fait est devenu un monstre à neuf têtes. J’arrête donc là pour aujourd’hui.

Mais n’hésitez pas à me recommander des trucs à écouter, à lire et à regarder, surtout, car j’adore ça !

Marie

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