Je suis partie à Londres avec une sécheresse créative et un dégoût du blogging inouïs.

J’espérais de toutes mes forces retrouver de l’enthousiasme et des idées, en vivant quelque chose de beau, de fort, et, surtout, de différent de mon quotidien. J’espérais, en pliant bagage, me reconnecter à la Source – rien de moins. Je plaçais la barre très haut, comme d’habitude.

Et, comme par magie, ma ville de cœur m’a apporté une fois encore tant et tant. Pas forcément comme je l’aurais imaginé, mais qu’importe. The mojo is back. J’ai d’autant plus profité de ces instants de grâce que mon précédent voyage, à Édimbourg, s’était terminé par ma fracture du bras, gâchant beaucoup le plaisir que j’y avais pris.

À Londres, passé les deux premiers jours, j’ai commencé à griffonner frénétiquement dans le petit « carnet à tout » que j’avais emporté avec moi. Ce petit carnet avait d’ailleurs une couverture chiante comme la pluie, très bourgeoise, métallisée, beige, pas du tout mon genre : du coup, j’ai fini par la recouvrir d’autocollants féministes et arc-en-ciel, décollés sans remord des murs de Brick Lane.

Une façon d’emporter avec moi un peu de cet état d’esprit rebelle, créatif et décontracté qui m’enveloppe lorsque je déambule dans ma ville préférée, momen­ta­né­ment libérée de toute la charge mentale liée à la routine et aux responsabilités.

Pendant ce voyage, je suis devenue une véritable éponge, parcourant la ville en zigzag et me laissant porter d’un quartier à l’autre, délaissant la plupart du temps les grands classiques au profit de coins mystérieux, d’autant plus intéressants qu’ils étaient désertés par les hordes de touristes. Quel plaisir de délaisser la foule de Piccadilly Circus et le mercantile d’Oxford Street pour aller vadrouiller dans les suburbs plus populaires et plus pauvres de Londres, qui regorgent tant d’histoires et de diversité.

En lisant les magazines et les livres que j’ai achetés à Londres, en me plongeant dans les expositions géniales que j’ai eu la chance d’y voir, en parcourant des biographies et en lisant des interviews, en observant les gens et en les écoutant parler, en levant les yeux sans arrêt pour m’imprégner de l’architecture et de la couleur du temps, j’ai absorbé à nouveau de cet état d’esprit créatif typiquement anglo-saxon que je chéris tant, et qui, je crois, s’est fait la malle à l’instant où j’ai déménagé en Bretagne il y a trois ans, pour une raison que j’ignore encore.

De retour à Londres, j’ai soudain eu envie de me reconnecter à cette Source d’ins­pi­ra­tion, puissante et capiteuse, qui a le don de me donner l’énergie et la confiance en moi suffisantes pour créer des trucs, no matter what.

Et c’est alors que j’ai eu envie de me remettre à écrire, de partager et de proposer des choses, plutôt que de me rabougrir comme une vieille chaussette orpheline, en voyant les jours passer un à un sans bouger le moindre orteil, et me répétant à l’envi que les autres font déjà tout bien, que je ne ferai pas mieux, que personne ne m’attend, et yadi, yada, yadi, yada, etc.

Oui, tous les sujets du monde ont déjà été traités par quelqu’un avant soi, arrêtons de nous comporter comme de precious snowflakes obsédés par notre blanc (ou noir) pelage, et osons faire des trucs, pour le simple plaisir de les faire, de mettre plein d’encre/de peinture/de laine/de feuilles de thé/de disques/ou de ce que vous voulez partout et de les partager avec les gens qu’on apprécie.

Chacun·e d’entre nous a sa lumière propre. Entre vous qui me lisez et moi qui écris, d’une part ces rôles peuvent s’inverser à tout moment (nourrissez-moi de vos écrits, j’adore ça !), et d’autre part, si on partait ensemble deux jours visiter une ville que nous ne connaissons pas, je suis sûre qu’on vivrait le truc différemment, qu’on ne verrait pas tout à fait les mêmes choses, que chacun·e serait sensible à des détails qui pourraient laisser l’autre indifférent·e, et ce serait parfait comme ça. Cultiver son jardin, arrêter de complexer à cause de ses particularités, de son histoire, de ses défauts. Notre voix compte, tout·e imparfait·e que nous soyons – ou que nous nous imaginions.

Me remettre à écrire, donc. La liste des billets que je voudrais écrire et publier ici est plus longue que mon bras, ce qui n’est pas peu dire. Une chose m’a frappée alors que je notais impatiemment tous ces sujets pour lesquels j’ai des photos et des idées : ok, c’est chouette de parler des visites insolites que je fais, c’est d’ailleurs une des fonctions premières de cette nouvelle Lune Mauve (en plus de me servir de défouloir créatif). Mais… est-ce vraiment personnel ? Pourrais-je n’écrire et ne publier que ce genre de billets-là, et ne plus partager mes réflexions personnelles, par exemple ?

Après 15 ans de blogging, je continue à penser que bloguer est quelque chose de très personnel – qui peut devenir trop personnel, aussi. Le risque existe, cependant je ne vois pas très bien l’intérêt de bloguer si c’est pour gommer sans arrêt toutes les aspérités personnelles ; au contraire, c’est ça qui est croustillant. Moi, quand je lis un blog, je me rue sur les billets les plus personnels, sur les coups de cœur, les réflexions, les lubies, les voyages, les choix, les modes de vie. C’est ce que j’appelle des blog « lifestyle », et c’est ce que je préfère, et de loin. Je continue toujours à aller lire la page « À propos » des blogs que je découvre, d’ailleurs. C’est souvent ça qui m’aide à décider si je m’abonne ou non : si je perçois un potentiel de bizarrerie, d’excentricité et/ou de créativité, c’est gagné.

De mon côté, je continue à ne pas vouloir raconter ma vie sur le net. Je préfère parler des « grandes choses de ma vie », j’entends par là mes grandes problématiques et mes grands bonheurs, mes découvertes et mes escapades, tout ce qui me touche et qui m’émeut, ce qui me fait réfléchir, me bouleverse, et me fait évoluer intellectuellement, émotionnellement et donc créativement.

Ce que j’écris de plus personnel et de plus brut, je le publie en partie sous forme d’arcanes, et j’en limite ainsi la lecture à une poignée d’ami·e·s et d’allié·e·s (petit rappel : si vous avez un compte sur La Lune Mauve, alors vous avez accès aux arcanes. Il suffit de vous identifier).

Ces publications sont irrégulières car il ne se passe pas de « grandes choses » tous les quatre matins. Et, parfois, il s’en passe, mais c’est trop intime pour que j’en parle, même sous forme d’arcane ou sous tout autre format numérique.

Arcane ou pas, m’ouvrir sur le net, et publier de manière brute et intime, est malgré tout devenu quelque chose de très difficile pour moi. Plusieurs raisons à cela : il y a d’abord la conscience globale de participer sans doute à la cacophonie ambiante qui règne sur le net. Blablablabla, ad lib., comme s’il n’y avait pas déjà suffisamment de bruit sur Internet (sans parler de l’impact écologique de mes traces numériques : c’est qu’il en faut, des serveurs, pour héberger et stocker mes milliers de tartines).

Et il y a aussi cette impudeur et ce narcissisme que je ne peux m’empêcher de ressentir dorénavant, à la fois quand je blogue, moi, et quand je lis d’autres blogs. Blogs que j’aime bien peut-être parce que justement, ils parlent de choses impudiques et narcissiques, allez savoir. Mais il y a toujours, en tâche de fond, ce sentiment de gêne et de malaise d’exposer sa vie, ses réflexions, ses choix, ses fréquentations, et de voir les autres faire de même. Qu’est-ce qui nous pousse, année après année, à faire ce grand déballage virtuel ? Pourquoi avons-nous besoin de ça ?

Le fait de consacrer un temps indécent à des contenus virtuels qui, par définition, ont pour vocation de disparaître un jour, est aussi un problème en soi. Mais ce qui me gêne plus c’est, d’une part, cette idée que n’importe qui puisse me lire, s’accoutumant petit à petit à ma plume et à mon système de pensée, et se faisant piéger par l’illusion de la proximité et de la complicité ; et, d’autre part, le fait que certaines personnes que j’aime et que je fréquente en dehors d’Internet puissent se contenter de ce que je publie sur le net pour imaginer comment je vais, et pour vivre notre relation sans y toucher, en quelque sorte.

Je crois que c’est ça le nœud du problème : qu’Internet remplace totalement les interactions qui auraient pu se produire s’il n’existait pas, ou, au moins, s’il ne prenait pas une place aussi démesurée dans nos vies. Et pourtant, je sais que sans Internet, mes ami·e·s et relations seraient très différentes aujourd’hui. J’ai rencontré la quasi totalité de mes ami·e·s, amoureux et muses grâce à ce média, je lui dois donc beaucoup.

Mais justement, parfois je ressens une espèce de chantage émotionnel interne lié à ces bienfaits qu’a pu et que peut encore m’apporter Internet. Il m’a tant donné, je lui dois tant. Certes, mais cela n’empêche pas de prendre du recul, et de questionner les usages qu’on en fait, surtout quand on a commencé très tôt, et à un rythme intense. Pourquoi avoir eu besoin d’Internet pour se faire des ami·e·s en premier lieu ? Voilà le vrai sujet.

Ce qui me gêne, c’est cette invasion jusqu’au-boutiste d’Internet dans tous les aspects de notre vie, cette addiction collective et surpuissante qui fait qu’on préfère toutes et tous s’envoyer un email que s’appeler cinq minutes, par exemple. Je me surprends à écrire cela, car je déteste le téléphone ! Mais je constate qu’on a perdu beaucoup d’instantanéité et de proximité à cause d’Internet, tout « personnels » que soient nos blogs, tout longs et intimes soient nos emails.

Quand je veux envoyer un petit SMS rapide, je me surprends à tergiverser pendant des plombes sur quel emoji utiliser, d’ailleurs dois-je en utiliser un, et si je remplaçais ce mot-ci, est-ce que ça ne serait pas un peu mieux perçu ? Cela n’a rien de spontané ni de rapide. Le moindre message écrit est devenu un casse-tête. Rien n’est aussi compliqué quand on se trouve face à face d’une âme sœur, une fois la gêne de la première rencontre passée.

C’est logique, au fond, que nos blogs deviennent de plus en plus personnels jusqu’à l’être trop, et que nos emails s’allongent jusqu’à l’infini, puisque justement on manque de plus en plus de confident·e·s et d’ami·e·s IRL avec qui échanger, rire, pleurer, et, qu’en plus, nos ami·e·s actuel·le·s sont souvent issu·e·s d’Internet. Nous nous sommes fondu·e·s en Internet, comme une espèce d’hydre tapie dans l’ombre, à l’affût des contenus que nos ami·e·s publient, pour savoir comment iels vont sans trop s’exposer nous-mêmes. Nous ne prenons même plus le temps de laisser un petit mot en réaction à un contenu fort que nous lisons ici ou là – en tout cas, cela devient l’exception plus que la norme. C’est comme si le fait d’avoir lu constituait désormais « l’interaction » la plus courante. Je suis sensible à la télépathie, mais je doute que ce soit le cas de tout le monde.

Et puis je constate avec regret à quel point il m’est difficile d’entretenir une relation régulière avec quelqu’un sans Internet. Un peu comme si nous ne savions plus comment communiquer sans ça, ou que le fait de s’être connu·e·s sur le net empêchait toute forme de relation lorsqu’il manque à l’appel.

À côté de ça, j’envoie des dizaines de cartes postales oldschool à des inconnu·e·s tout autour du monde depuis que je fais du Postcrossing, tout en ne répondant pas aux personnes géniales qui m’écrivent par email des tartines qui le sont tout autant. Tout cela est d’une ironie sans nom.

Bref, inutile de dire que tout cela me travaille beaucoup. Je pensais que ma fatigue d’Internet était derrière moi ; force et de constater qu’elle ne m’a jamais quittée depuis l’été dernier. Malgré tout, je suis contente de réussir à peu près à décrire plus précisément le malaise et la culpabilité que je ressens quand j’utilise Internet à titre personnel, et surtout quand je me mets en tête de bloguer. J’ai désormais un rapport très paradoxal et anxiogène avec tout ça, et je n’arrive plus à me souvenir de ces années où poster quelque chose sur le net était une démarche insouciante et libre.

Parfois, cette défiance à l’égard d’Internet se calme quand même un peu, et cela m’inquiète. Je pars alors en pèlerinage relire Ad Vitam Internet. Ce billet-là, c’est sans doute le billet de blog qui m’aura le plus marquée en 17 ans d’errance sur le web. Je peux même dire que ça a été un électrochoc, un éclat noir dans mon ciel de kReEsTaL.

C’est d’ailleurs en écrivant ces lignes que je réalise que cela fait 17 osties d’années que j’utilise Internet, soit la moitié de ma vie tout pile. L’année prochaine, j’aurai donc davantage vécu avec Internet que sans. Cette pensée me laisse songeuse. Je réalise à quel point le web fait partie de moi, de ma vie, à quel point mon ADN a muté avec la technologie, à quel point mon esprit a fusionné avec ce que j’y ai lu de bien, à quel point j’aime les personnes que j’y ai rencontrées et que j’ai appris à connaître, à quel point cela m’a construite, et à quel point la moindre digital detox est difficile.

J’ai beau être la personne la plus casanière et la plus routinière du monde, parfois je me surprends à rêver de partir méditer un an dans un pays lointain, entourée de montages et de lamas, sans ce fucking Internet qui me cloue sur ma chaise, parasite mon attention, provoque mes relations et dicte mes centres d’intérêt.

Mais ça serait un peu facile. Le vrai défi, c’est d’apprendre à vivre avec, mais en consommant moins. Un peu comme un régime, finalement : ce n’est pas tant la phase de sèche qui est difficile (enfin, si, elle l’est, mais en général au début on est super motivé·e), mais bien la phase de stabilisation. De mon point de vue, c’est pareil pour le dégraissage technologique et numérique.

Peut-être faudrait-il que je me plie à l’exercice inverse : écrire toutes les raisons pour lesquelles Internet m’a aidée, toutes les bonnes choses qu’il m’a apportées, toutes les opportunités et découvertes que je lui dois. Sans doute que cela contre-balancerait un peu le portrait très négatif que j’en fais depuis plus d’un an. Mais je doute que cela suffirait à me faire retrouver l’insouciance d’avant.

Cela étant dit, l’ensemble de cette prise de conscience (qui peut paraître accablante, j’en conviens) n’est pas une mauvaise chose, au contraire. Je préfère savoir, même si, c’est vrai, une fois qu’on sait, on ne peut plus ne pas savoir, ou faire comme si on ne savait pas.

Londres et créativité

Bon, j’en reviens à Londres et à la créativité. Alors je vadrouillais au fin fond d’une ruelle animée et passablement dégueulasse, j’ai soudain ressenti l’envie forte de continuer à remplir les pages de mes petits carnets, papier et virtuels.

Me cacher dans les interstices m’a fait du bien au début, le temps que la tempête se calme. Désormais, je ronge mon frein, telle une lionne en cage, ayant envie de concrétiser mes idées, mais potentiellement découragée d’avance pour tout un tas de raisons. J’ai besoin (?), en tout cas envie, de me remettre à ce travail de documentation de ce qui m’inspire, me nourrit et me guide, de ce qui me donne envie de créer des choses à mon tour.

Ainsi donc, j’ai prévu d’écrire plusieurs billets, et même de nombreux billets, consacrés à Londres et à ses curiosités.

Très bien, mais… je dois vous avouer que je suis morte de trouille à l’idée de vous annoncer un énième truc que je ne mènerai peut-être pas à bout. (Note : je déteste toujours autant les effets d’annonce, mais il faut néanmoins leur reconnaître une qualité : ils créent une sorte d’« engagement moral » à réaliser ce qu’on a annoncé, même s’il ne s’agit pas d’un engagement contractuel. On a quand même la latitude d’abandonner ou de changer d’idée en cours de route, dieu merci. Plus le temps passe, d’ailleurs, plus je trouve du charme aux choses inachevées. Mais je m’égare.)

Rendez-vous est donc pris pour de futures tartines londoniennes.

Cela étant dit, il n’y a pas eu que Londres dans ma vie cet été. J’ai vu et fait plein d’autres choses depuis mon dernier billet personnel, qui risquent de passer à la trappe si je n’en parle pas ici et maintenant. Je vais donc en parler pour en garder une trace, pour moi, parce que j’aime toujours relire mes anciens billets, des années plus tard. Cela m’aide à visualiser le chemin parcouru.

Peut-être qu’Internet, pour moi, sert au moins à ça ?

Selfie dans le train
J’ai choisi cette photo pour illustrer ce billet, car elle représente bien la vanité qui consiste à vouloir capturer un moment de ma vie alors que ma vie est constamment en train d’évoluer, et à la partager à tout prix sur Internet alors que le dit moment est passé depuis longtemps.

Par monts et par vaux

Exploration tardive de Paris

Au mois de juin, j’ai passé plusieurs semaines à Paris, pour prendre mes nouvelles fonctions et me familiariser avec mes nouveaux collègues (qui m’ont tout de suite accueillie comme l’une des leurs, sensation que je n’ai, en fait, jamais ressentie à mon arrivée dans mes boulots précédents).

C’est marrant la vie : quand je vivais à Paris, je boudais la ville, je ne mettais jamais un pied dehors à part pour aller bosser, et je préférais rester enfermée tous les week-ends à geeker sur INTERNET plutôt que de prendre sur moi pour affronter la foule, certes, mais aussi découvrir les richesses culturelles et architecturales de cette ville foisonnante.

En juin, je me suis fait la promesse que ma relation à Paris allait changer, et qu’on allait essayer de mieux s’apprivoiser, elle et moi. Peut-être que la vie de couple ne nous convenait pas, et que nous nous sentons mieux dans une relation libre.

Ainsi, après le travail, je suis partie quelques soirs en expédition, pour explorer les environs, j’ai nommé Montmartre. Ouais, ouais, ça va, y’a pire, comme corvée. Y’avait même pas trop de touristes.

Montmartre
La Maison Rose, à Montmartre

Sans oublier LA révélation culinaire parisienne pour moi : le restaurant végane Loving Hut, situé à République. Meilleurs pad thaï et cheesecake que j’aie mangés ever, ou presque. Tout est frais, copieux et délicieux.

Il faut savoir quand même que ce restau est sujet d’une certaine polémique. J’y suis allée deux fois, et concrètement j’ai trouvé ça très bien, rien à signaler. Y’a même un poster très rigolo affiché sur le mur. Bref, je recommande.

Ils sont intelligents, ils sont célèbres, ils sont beaux, ils sont végétaliens

Je retourne à Paris quelques jours en septembre, j’espère que cela sera l’occasion de faire d’autres belles découvertes. Dans tous les cas, ça sera forcément bien, puisque je vais revoir Tori Amos sur scène (hé non, toujours pas lassée !).

Niveau concert, j’attends également celui de Myrkur, qui par je ne sais quel miracle passe à Rennes, elle, fin novembre. Dans les deux cas, j’attends leurs nouveaux albums respectifs avec une impatience indescriptible. Vite, vite, septembre !

République à la nuit tombée

Troisième année à Rennes

Mine de rien, cet été marque notre troisième année à Rennes. Personnel­lement, j’en suis toujours hyper contente. Quitter Paris pour la Bretagne a été la meilleure décision de ma vie. La Bretagne est un endroit que j’aime énormément, et dont j’aurais beaucoup de mal à me passer (ou alors, il faudrait me proposer d’aller vivre au Royaume-Uni pour compenser, au minimum).

J’ai toujours dans mes projets de partager avec vous mes adresses rennaises préférées, ou au moins les quelques curiosités à voir à Rennes (qui ne sont même pas listées sur Atlas Obscura – j’y remédierai peut-être un jour) (oui, Atlas Obscura est mon nouveau site préféré, et oui, je possède leur bouquin, que j’adore, d’autant plus que je l’ai reçu en cadeau pour mon anniversaire en février, à une époque où j’étais en pleine convalescence de mon opération du bras, et que je broyais du noir à mort : ça a donc été un moyen de m’évader, de me changer les idées et de me projeter dans le « quand ça ira mieux »).

Pour l’heure, il faudra vous contenter des quelques photos suivantes, qui prouvent si besoin était que le street art et le graphisme se portent toujours bien à Roazhon.

C’est aussi à Rennes que j’ai commencé à prendre en photo les avis de recherche pour chat :

Je continue cette collection bizarre où que je passe, comme ci-dessous à Londres et à Nantes :

Escapade à Nantes

En parlant de Nantes, nous sommes allés y passer une journée, attirés par l’exposition H. R. Giger au Lieu unique. L’expo elle-même était géniale, réunissant un grand nombre de peintures et de sculptures, que je n’aurais jamais imaginé voir de ma vie. Eliness a pris de fort jolies photos de tout cela, n’hésitez pas à y jeter un œil !

Pour ma part, l’ouvreuse m’ayant conseillé de ne pas publier mes photos sur le net par respect du droit d’auteur (en vigueur dans tous les musées, à moins que les œuvres exposées ne soient tombées dans le domaine public), et ayant déjà eu affaire à des artistes voyant d’un très mauvais œil que je publie leurs œuvres sur mes divers blogs sans les payer, j’ai décidé de ne pas publier les photos que j’ai prises des œuvres exposées.

À part ça, mon seul regret concerne le catalogue de l’expo, que je n’ai pas pu me procurer parce qu’il était épuisé. :(

Dans le cadre du Voyage à Nantes, j’ai également vu la fameuse exposition Entrez Libre qui se tenait dans une ancienne prison. Plusieurs artistes contemporains, illustrateurs et graffeurs ont retapé la bâtisse à leur sauce, invitant les spectateurs à réfléchir à la notion de liberté, d’emprisonnement et d’aliénation.

Verdict : ça valait vraiment le coup, même si mon côté claustro a effectivement trouvé ça oppressant.

Nous avons également poursuivi ce Voyage dans le Cimetière La Bouteillerie, où une promenade libre avait été organisée par l’artiste Gaëlle Le Guillou.

J’ai particulièrement aimé me balader parmi toutes ces tombes et installations insolites, qu’elles soient d’époque ou bien rafraîchies pour l’occasion. En particulier, la « Tombe vosgienne », ci-dessous, que je trouve magnifique et qui me trouble beaucoup :

La Tombe vosgienne

D’autres tombes à voir :

Le principe de la « Tombe potagère » est simple : Gaëlle Le Guillou a acheté il y a quelques années une concession dans le cimetière, qu’elle a aménagé en potager hors sol. Pendant notre visite, on a pu la voir, elle et une amie, arroser ce petit jardin.

D’après l’artiste, certains passants se sont offusqués que l’on puisse désacraliser ainsi un cimetière. Pour ma part, je trouve l’idée de créer de la convivialité autour de sépultures très intéressante. Mon côté gothique, sans doute. C’est une des raisons pour lesquelles j’aime la culture bretonne, qui a des liens très profonds avec la mort et les défunts (« anaon » en breton, tiens tiens).

L’Îlôt poétique
L’Îlôt poétique, de Gaëlle Le Guillou.

Également au programme de cette journée à Nantes : un petit passage par Turbo Zéro pour prendre rendez-vous avec Dwam, afin de terminer ma manche commencée… en novembre 2016.

Huelgoat, les Monts d’Arrée, et Marilyn Manson

Fête du Bruit à Landerneau

Avant de partir à Londres, nous avons filé dans le Finistère pour aller voir Marilyn Manson en concert. Celui-ci devait se produire au festival Fête du Bruit de Landerneau.

Je m’attendais au pire étant donné le nombre incalculable de critiques cinglantes à propos de ses performances récentes.

Hé bien, contre toute attente, j’ai trouvé ça très bien ! Le son de basse était bien puissant, les guitares bien graves tabaissaient, et « Marilou » cabotinait à mort, faisant mumuse avec ses différents micros tous plus kitsch les uns que les autres. Le son m’a paru bien meilleur en plein air que dans une salle de concert, en plus.

Je me suis fendue d’une petite vidéo au début de Sweet Dreams : l’image est naze mais le son est correct (j’ai été agréablement surprise par les capacités de mon téléphone sur ce coup-là). Je n’ai pas réussi à prendre de photo, j’étais trop loin, mais j’aime bien celle-ci :

Marilyn Manson
Marilyn Manson à Landerneau (photo : amelibou).

À part ça, l’ambiance du festival en lui-même était horrible : c’était envahi de gens très jeunes et très alcoolisés, qui faisaient vraiment n’importe quoi. C’était facepalm sur facepalm. Il y avait aussi un daron avec une vraie mygale qui effrayait tout le monde en se rapprochant subitement de gens qui n’avaient rien demandé. L’horreur. Je crois que pour la première fois de ma vie, je me suis dit : « Je suis vraiment trop vieille pour ces conneries ».

Mais je suis quand même super contente d’avoir vu Manson au moins une fois dans ma vie. J’étais aux anges quand il a joué Beautiful People, et même Deep Six (oui, je suis très fan de The Pale Emperor). Et puis le voir réuni sur scène avec Twiggy, ça n’a pas de prix.

Ôde minute à Marilyn Manson

Marilyn Manson, c’est l’idole de mon adolescence, dont la musique a accompagné tellement de nuits passées à m’occuper de La Lune Mauve. Sa musique et ses textes sont de véritables sources d’inspiration, et sa voix m’hypnotise totalement. Et j’adore son sens de l’humour. Je me sens proche de lui, intellectuellement – je sais, c’est con, mais c’est comme ça.

Marilyn Manson, pour moi, c’est le pendant maléfique de Tori Amos, mon grand oncle déglingué. J’aurai toujours de l’affection pour lui.

Du reste, il a toujours été présent sur La Lune Mauve, que ce soit sur les archives ou ici même. En 2001, par là, quand je venais de créer l’astre pourpre, je recevais d’ailleurs régulièrement des insultes par email de la part de gothiques estimant que j’insultais leur culture en parlant de Manson sur La Lune Mauve. C’est d’ailleurs à cause de ce genre d’individus que l’expression « spooky kid » est devenue une injure pour discriminer les « fake » au profit des « true ». Cette « hiérarchie de la gothitude » est d’un ridicule affligeant, mais ils en sont fiers.

Ah, et dernière anecdote liée à Manson : j’ai quitté mon premier copain parce qu’il refusait que j’écoute Antichrist Superstar. D’où ? Faut pas déconner.

Le chaos d’Huelgoat

Avant cette parenthèse musicale, nous sommes allés nous promener dans les Monts d’Arrée, un massif montagneux riche en légendes bretonnes. Nous nous sommes d’abord arrêtés à Huelgoat (qui ne se prononce pas « goat » à l’anglaise, mais bien : [u-elle-go-ate]).

Huelgoat est connu pour son chaos rocheux, parmi lesquels se trouvent quelques cailloux remarquables, dont la Roche tremblante (en breton Roc’h a kren), une pierre de 7 mètres de long pour 3 mètres de hauteur, qui pèse 137 tonnes, et qui, de par son érosion, est posée en équilibre et vacille par une simple poussée de la main.

Un autre rocher rigolo, c’est le Champignon :

Parmi les autres choses à voir à Huelgoat, il y a la Cuisine du Diable, une petite grotte très étroite qu’on atteint en empruntant une longue échelle qui s’enfonce sous terre. Très peu pour moi (claustrophobie toujours) : j’ai donc patiemment attendu à l’extérieur.

C’était sympa, même s’il y avait un peu trop d’enfants à mon goût.

À noter : la présence d’une petite boutique charmante à l’orée de la forêt, Tendres Lutins. Outre les bijoux, les bougies, les statues de fées et les cartes postales, on y trouve un petit livre édité par la boutique qui explique toutes les légendes liées au chaos d’Huelgoat. Je l’ai évidemment acheté pour enrichir ma bibliothèque des mystères bretons !

Les Monts d’Arrée et la chapelle Saint-Michel

Ensuite, en traversant les Monts d’Arrée en direction de Landerneau, nous avons fait une halte au Mont Saint-Michel de Brasparts, célèbre pour sa chapelle située au sommet de la Motte-Cronon. On l’appelle également « chapelle des bergers » et « chapelle Saint-Michel », car Saint Michel himself aurait aidé les artisans à la construire.

Mais c’est surtout que cette chapelle suplombe le Yeun Elez, une ancienne zone de marécage qui a longtemps été considéré comme un véritable enfer par les autochtones (nombre de charrettes et de voyageurs y passaient mais ne revenaient jamais, probablement piégés par la tourbe).

La légende raconte qu’au fond du Yeun Elez se trouve le Youdig, un marais sans fond qui constituerait l’une des portes des enfers. Anatole Le Braz raconte, dans La Légende de la Mort, ouvrage fameux consacré au culte de la mort en Bretagne :

« À mesure qu’on avance, le terrain se fait de moins en moins solide sous les pieds : bientôt on enfonce dans l’eau jusqu’à mi-jambes et, lorsqu’on arrive au cœur du Yeun, on se trouve devant une plaque verdâtre, d’un abord dangereux et de mine traîtresse, dont les gens du pays prétendent qu’on n’a jamais pu sonder la profondeur. C’est la porte des ténèbres, le vestibule sinistre de l’inconnu, le trou béant par lequel on précipite les “conjurés”. Cette flaque est appelée le Youdig (la petite bouillie) : parfois son eau se met à bouillir. Malheur à qui s’y pencherait à cet instant : il serait saisi, entraîné, englouti par les puissances invisibles. »

Toujours est-il que la dévotion populaire continue à y être forte, comme en témoignent les offrandes faites dans la chapelle :

On s’est promis de revenir dans les Monts d’Arrée un jour pour y randonner.

Télétravail normand

De retour de Londres, nous avons repris fissa la route pour passer quelques jours en Normandie, dans le Cotentin. L’avantage du télétravail, c’est que je peux travailler de n’importe où, du moment qu’il y a une connexion à Internet. C’est amusant et rafraîchissant de changer de cadre de travail de temps en temps.

J’avais déplacé mon bureau temporaire face à la fenêtre, et voir la nature si présente, entourée par le silence seulement troublé par RTL en fond, ça avait un petit goût de vacances prolongées. D’autant qu’en fin de journée, on fonçait profiter de la plage !

Sur la route du retour, passage obligé par Pirou Plage, où, d’après Atlas Obscura, se trouvait un village fantôme.

Ce qu’ils appellent « village fantôme » est, en fait, un lotissement dont la construction n’a jamais été menée à terme, et qui a progressivement été réquisitionné par les graffeurs du coin.

Depuis, la démolition a commencé, et il ne reste hélas plus grand chose à voir. Un peu triste.

Bon, au moins on a vu la mer. Les plages normandes sont de véritables joyaux, dont je ne me lasserai jamais des étendues scintillantes.

Ad lib.

Pour terminer, voici pêle-mêle d’autres instantanés de ces derniers mois.

Et une feature spéciale Fifille, qui a supporté nos absences tant bien que mal grâce aux bons soins prodigués par notre excellente cat sitter.

Voilà, j’espère que vous avez survécu à ce billet, qui est probablement l’un des plus longs que j’aie jamais écrits. (Pour vous donner une idée : j’y ai passé au moins six heures.)

Si quelque chose vous a attiré·e, interloqué·e ou médusé·e, ou bien si vous souhaitez partager vos réflexions avec moi à propos d’Internet, du blogging, de Marilyn Manson ou de ce que vous voulez, je serais très heureuse que vous me laissiez un commentaire (ou que vous entriez en contact avec moi par tout autre moyen).

À bientôt pour un premier billet sur Londres ! Entre autres, car j’ai d’autres sujets dans ma besace. :)

Cheveux roux

Déjà 16 commentaires

  1. Il faudrait que je reprenne ton billet point par point, parce que j’ai envie de réagir mais il y a tellement à dire … Ton billet fait écho en moi. Il est vrai que l’insouciance que l’on avait au début de l’internet était tellement bien qu’aujourd’hui tout est réfléchi, scruté, pensé pour pas que ça dérange ou je-ne-sais-quoi. J’ai presque envie de dire : libérons-nous de ces choses qui nous coincent mais ce serait bien trop difficile, enfin je ne sais pas.

    Les voyages nourrissent la créativité, l’expression sans aucun doute. :)

    Désolée pour mon commentaire décousu, mais je voudrais encore dire plein de choses mais les mots se bousculent dans ma tête :*

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    1. Il est vrai que l’insouciance que l’on avait au début de l’internet était tellement bien qu’aujourd’hui tout est réfléchi, scruté, pensé pour pas que ça dérange ou je-ne-sais-quoi.

      Pour ma part, tout est très réfléchi depuis que je travaille, et que je communique en mon nom propre sur le net tout en travaillant pour des employeurs, eux aussi très présents sur le net. De fait, je suis obligée de bien réfléchir à ce que je m’apprête à publier, en particulier sur Twitter, car je « représente » aussi la boîte pour laquelle je bosse. Rien ne m’oblige cependant à indiquer le nom de cette boîte sur mon profil, mais bon, l’obligation que je ressens d’être irréprochable est morale, qu’importe ce qu’il y a écrit dans ma bio.

      J’ai assisté à de nombreux couacs, certains très graves, provoqués par ce qu’avaient publié certain·e·s ami·e·s et collègues soit sur leur blog, soit sur les réseaux sociaux, en leur nom propre, tout en parlant de sujets « sensibles » liés à leur travail. Moi-même, j’ai déjà eu quelques soucis à ce sujet. Cela m’a marquée au fer rouge, et désormais je suis beaucoup moins impulsive.

      Même sur La Lune Mauve, où je communique cependant sous mon pseudo, et dont je suis très protectrice de l’URL (hors de question de la partager avec mon réseau pro, par exemple), je fais gaffe à ce que je dis (même dans les arcanes). J’ai trop conscience des personnes qui me lisent pour savoir les passages qui pourraient faire réagir un·e·tel·le par exemple. Parfois c’est vraiment fort comme empathie, et cela me paralyse complètement. D’où les longues périodes que je peux passer sans rien publier, parce que j’ai trop peur de faire du mal involontairement, en général échaudée par des retours que j’ai eus.

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  2. Très contente que ta créativité se soit ressourcée à Londres et que tu reviennes de ce séjour bouillonnante d’idées !

    Je suis très sensible à ta réflexion de début d’article, notamment à ce paragraphe :
    « Oui, tous les sujets du monde ont déjà été traités par quelqu’un avant soi, arrêtons de nous comporter comme de precious snowflakes obsédés par notre blanc (ou noir) pelage, et osons faire des trucs, pour le simple plaisir de les faire, de mettre plein d’encre/de peinture/de laine/de feuilles de thé/de disques/ou de ce que vous voulez partout et de les partager avec les gens qu’on apprécie. »

    Parfois j’ai du mal à publier des photos ou des articles pour cette raison précise : quelqu’un l’a forcément déjà fait quelque part, et en beaucoup mieux que moi. Mes articles sur des villes, des lieux ne contiennent aucun lien « pratique » (adresses, horaires) et ne sont donc pas utiles en tant que tels, mais du coup j’aime à penser qu’ils n’en sont que plus personnels. Et puis, en suivant ce raisonnement, plus personne ne ferait plus rien… Mais même en sachant ça, c’est parfois dur de surmonter ce petit démon qui te chuchote à l’oreille au moment d’écrire un article ou d’appuyer sur le bouton « publier ».

    La question du côté personnel de nos écrits est également passionnante : chacun a ses limites, sa pudeur, ce qui paraît très personnel pour l’un ne l’est pas spécialement pour l’autre. J’ai longtemps eu du mal à insuffler ce côté personnel dans mon blog (alors qu’ado, je n’hésitais pas à revendiquer tout ce que je pensais sur mon écran, étrange comme on change), et je n’ai toujours pas réconcilié les aspects IRL et online de mon « moi », en tout cas pas depuis l’article sur ce sujet que tu avais publié sur ton autre blog et qui m’avait pas mal fait cogiter. On pourrait croire que se confier plus librement serait plus simple en sachant que les personnes choisies pour lire ces écrits sont triées sur le volet, et pourtant cela accentue ma peur que quelqu’un d' »indésirable » (mot un peu extrême mais je n’en trouve pas d’autre) tombe sur tout cela.

    Tes explorations parisiennes, bretonnes et normandes ont l’air super intéressantes ! J’aimerais mieux connaître la Bretagne, en dehors des quelques villes de mon Morbihan chéri dont je ne me lasse pas.

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    1. Très contente que ta créativité se soit ressourcée à Londres et que tu reviennes de ce séjour bouillonnante d’idées !

      ♥︎

      Parfois j’ai du mal à publier des photos ou des articles pour cette raison précise : quelqu’un l’a forcément déjà fait quelque part, et en beaucoup mieux que moi. Mes articles sur des villes, des lieux ne contiennent aucun lien « pratique » (adresses, horaires) et ne sont donc pas utiles en tant que tels, mais du coup j’aime à penser qu’ils n’en sont que plus personnels.

      Complètement. À l’opposé, quand on cherche à faire « utile à tout prix » (c’était vraiment devenu une obsession, notamment sur mon autre blog), on produit des contenus moins personnels, car on se met au service des autres : comment leur rendre service ? Comment les aider à profiter à fond de leur voyage ? Etc. Donc oui, personnellement je retire une certaine fierté quand j’apprends qu’un truc dont j’ai parlé a aidé quelqu’un. Mais si je ne publiais que ça, je serais vite frustrée, je crois. J’aime bien parler de « mes trucs » (lubies, découvertes, trésors…) de manière à peu près spontanée, je trouve ça plus facile et plus satisfaisant à écrire, que les billets « bonnes adresses » où mine de rien, je me mets une petite contrainte d’exhaustivité (« ah oui mais là j’ai oublié de préciser tel ou tel truc », ce genre de réflexe).

      On pourrait croire que se confier plus librement serait plus simple en sachant que les personnes choisies pour lire ces écrits sont triées sur le volet, et pourtant cela accentue ma peur que quelqu’un d’ »indésirable » (mot un peu extrême mais je n’en trouve pas d’autre) tombe sur tout cela.

      Oui ! Sur la gestion des personnes dont la présence est « indésirable » sur nos espaces perso : c’est un point sur lequel j’ai pas mal réfléchi quand j’ai décidé de scinder mon activité bloguesque en deux, et de relancer LLM pour parler de mes trucs perso. Je prends soin de rester discrète à propos de LLM, et de ne pas en parler du tout sur mes canaux de communication pro, parce que voir débouler ici tous les confrères et consœurs dont je ne suis pas proche, ça provoquerait une grande anxiété chez moi.

      Cela dit, j’ai conscience que cela pourrait arriver ; sur Twitter par exemple, quand une amie a partagé le lien vers un de mes billets lunemauviens sur son compte public, auquel sont abonnées plein de connaissances pro communes. Bon, elle ne m’avait pas citée, donc 95 % des gens qui ont lu son tweet n’ont pas du tout fait le rapprochement entre moi et ce lien qu’elle venait de publier. Mais 5 % l’ont fait, en s’abonnant à LLM sur Twitter et/ou sur Instagram, et en lisant ce que j’avais écrit ici (laissant parfois un comm’, ce qui a « concrétisé » cette intrusion de ma sphère pro dans mon univers perso alors que je m’en serais bien passée).

      C’est là où je suis heureuse d’avoir publié mes textes les plus personnels sous forme d’arcanes, vraiment. C’est une sorte de « barrière de corail » invisible ; celles et ceux qui ne savent pas ne peuvent pas savoir (à moins de lire ma page À propos en intégralité, et les quelques billets noyés dans la masse où je parle de ce système). Je parie beaucoup sur le manque de curiosité des gens, et sur leur flemme de lire des pavés ! :)

      Et, en plus, j’ai la chance d’être lue par des personnes hyper rigoureuses et soucieuses de mon bien-être et de mon (relatif) anonymat, et qui me demandent si elles peuvent faire un lien vers LLM ou pas, dire que c’est mon blog ou pas, etc. J’apprécie énormément ce soin à me demander mon avis avant de faire, car elles savent que LLM c’est un sanctuaire que j’ai reconstruit dans la douleur et la peur.

      Et l’autre aspect dont je n’avais pas conscience, mais qui m’a sauté à la tronche quand j’ai commencé à publier mes arcanes, c’est que même parmi les personnes choisies pour lire ces textes personnels, certaines vont avoir du mal avec ce que tu y partages, parce que c’est justement plus brut, et peut-être moins construit, moins raffiné, plus spontané, que ce que tu publies « officiellement » en public. Cela m’a beaucoup perturbée, et aujourd’hui j’avoue c’est devenu compliqué pour moi de publier des arcanes à cause de ça (alors qu’au tout début, je m’y donnais à cœur joie).

      Tes explorations parisiennes, bretonnes et normandes ont l’air super intéressantes ! J’aimerais mieux connaître la Bretagne, en dehors des quelques villes de mon Morbihan chéri dont je ne me lasse pas.

      Moi justement c’est le Morbihan que j’aimerais bien explorer davantage ! Niveau curiosités il y a de quoi faire, entre Carnac que je n’ai toujours pas vu, et Gavrinis qui est tout en haut de ma liste de souhaits… et bien d’autres lieux que je rêve de visiter un jour. Si tu passes par Rennes un jour, fais signe, on ira boire une merveilleuse boisson chaude dans mon coffee shop préféré :)

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      1. C’est toujours difficile cette séparation public/privé, et ton exemple montre que malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, on ne maîtrise jamais tout à fait les canaux par lesquels les gens peuvent arriver jusqu’à nous. Je sais que je joue un peu avec le feu, car mon pseudo sur instagram (que j’ouvre à tous, famille, amis, inconnus) pourrait être utilisé pour remonter jusqu’à mon blog ou mon twitter, qui sont chasse gardée. C’est toujours compliqué…
        Ton système d’arcanes me semble très approprié et correspondant à ce que tu recherches. Quel dommage cependant que même dans ces derniers retranchements tu doives te retenir à cause de réactions gênées. Cela devrait être au contraire la libération quasi ultime (dans le sens où la libération ultime semble être les textes dont nous sommes les auteurs et également les seuls lecteurs…). A l’époque où j’utilisais livejournal, j’aimais ce système de « friends only » et restreignait également l’accès à certains posts très persos à une dizaine seulement de ces « friends », et ça me convenait bien. Ca mérite une grande réflexion de ma part.

        Je ne peux que t’encourager à explorer un peu plus le Morbihan ! Je pense qu’entre autres tu aimerais beaucoup Groix. Ma meilleure amie a malheureusement quitté Lorient cet été, je n’ai plus ce « point de chute » qui me permettait d’apprécier la région de temps en temps, mais je compte bien revenir ! J’ai entendu beaucoup de bien de Rennes sans jamais y avoir mis les pieds, il va falloir que je remédie à ça et que je te fasse coucou au passage. :)

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        1. C’est toujours difficile cette séparation public/privé, et ton exemple montre que malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, on ne maîtrise jamais tout à fait les canaux par lesquels les gens peuvent arriver jusqu’à nous.

          Oui, c’est vrai. Il peut y avoir des incidents, c’est sûr. Après, je crois que dès qu’on poste des trucs de manière publique, il est important de garder à l’esprit que n’importe qui peut tomber dessus à tout moment, et que ça peut être archivé. Si on n’est pas prêt à ça, il faut publier en privé (ce qui coup énormément d’échanges, et empêche les rencontres inattendues). Il n’y a pas de situation idéale. C’est pour ça que j’expérimente un entre-deux, qui a ses défauts aussi. Oh well.

          Ton système d’arcanes me semble très approprié et correspondant à ce que tu recherches. Quel dommage cependant que même dans ces derniers retranchements tu doives te retenir à cause de réactions gênées. Cela devrait être au contraire la libération quasi ultime (dans le sens où la libération ultime semble être les textes dont nous sommes les auteurs et également les seuls lecteurs…).

          D’ailleurs, avec WordPress, on a la possibilité de publier des textes de manière privée, sans aucun lecteur à part nous. C’est une option intéressante.

          A propos des réactions gênées : c’est sûr que c’est étrange. Actuellement j’essaie de me convaincre que cela ne doit pas m’empêcher d’écrire et de publier ce que j’ai envie et besoin d’écrire et de publier. Mais c’est très difficile. Cette petite brèche dans la confiance que j’ai dans ce lectorat trié sur le volet me fait le même effet qu’une petite coupure sur le bout de la langue. Elle n’est pas grande mais elle est gênante. C’est toujours difficile de voir ses créations critiquées par des gens en qui tu as une grande confiance et dont l’avis compte beaucoup pour toi.

          Mais c’est un bon exercice de « confiance en soi créative ». Si j’arrive à retomber sur mes pieds et à me remettre à publier des arcanes de temps en temps, je serai très heureuse. Apprendre à faire avec le regard désapprobateur des autres est vraiment l’os que je ronge depuis des années.

          A l’époque où j’utilisais livejournal, j’aimais ce système de « friends only » et restreignait également l’accès à certains posts très persos à une dizaine seulement de ces « friends », et ça me convenait bien. Ca mérite une grande réflexion de ma part.

          Je me souviens bien de cette période LiveJournal et de friends only, d’ailleurs c’est à ce moment-là que j’ai commencé à être beaucoup plus régulière dans ma pratique bloguesque, et que je me suis habituée à laisser sortir toutes ces émotions brutes qui m’ébranlaient alors.

          Sans doute ai-je pris l’habitude à ce moment-là de « me confier à Internet » comme à une meilleure amie. Et comme cela s’est produit quand j’étais très jeune, j’ai pris le pli. Cela explique pourquoi j’ai toujours tendance à être sincère et spontanée quand je publie un truc sur le net désormais, même si le lectorat a beaucoup changé a priori.

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  3. C’est tellement dense et fourmillant de réflexions comme article que si je voulais répondre à tout ce qui me fait écho il ne me faudrait pas 6h mais surement une bonne heure quand même…

    Pas le courage :p ce soir !

    Je vais le faire en très très court :

    – Internet : dur d’arriver à n’en tirer que les bonnes choses sans s’en rendre esclave | impression d’agrandir son cercle d’amis qui ne reste majoritairement qu’une impression, la plupart resteront des connaissances et ça n’est pas grave | blog = quelque chose pour soi avant tout et si ça touche d’autres c’est tant mieux = ma façon de garder un semblant d’équilibre | Très bonne ta comparaison avec un régime…

    – Montmartre : Le passe-muraille et la plaque Maurice Neumont <3 | Je ne comprendrais jamais le "plaisir" que certains ont a toucher toutes les parties intimes des statue…

    Nantes : si tu as tant aimé l'expo du LU, il faudra prévoir un passage à Gruyère pour compléter. Pour la bouteillerie, ça me rappelle des souvenirs de Fac où on nous demandais de prêter attention aux styles des tombes pour nos cours d'archi. Il se trouve que dans ce cimetière c'est plutôt celle de Serge Danot, le créateur de Pollux et du célèbre Manège Enchanté qui m'a le plus marquée.

    – Manson : interdire à quelqu'un d'écouter un truc qu'il aime… pfff quelle idée ! Après, ce n'est pas le genre de truc (même si j'aime certains morceaux) que j'apprécierai entendre à fond ou toute la journée aussi profond que soit les textes ou sa démarche.

    – Vive la Bretagne ! (oui tout simplement parce que j'adore tous les lieux que tu viens de citer)

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    1. C’est tellement dense et fourmillant de réflexions comme article que si je voulais répondre à tout ce qui me fait écho il ne me faudrait pas 6h mais surement une bonne heure quand même…

      Pas le courage :p ce soir !

      Ahah comme je te comprends ! ;-)

      – Internet : dur d’arriver à n’en tirer que les bonnes choses sans s’en rendre esclave

      Une amie m’a dit hier que c’est un peu facile de taper sur Internet, plutôt que de se remettre en question soi.

      Pour ma part, il est évident que quand je dis « Internet », je parle surtout des réseaux sociaux mais aussi de ce qu’on commence à appeler « dark UX », c’est-à-dire la dépendance induite par certaines pratiques de design web actuel, qui ont pour objectif de nous rendre accro et de scroller sans nous arrêter.

      Un peu comme des images subliminales à la télévision, qui nous poussent inconsciemment à acheter d’avantage certains types de produits : ici c’est pareil, des techniques de manipulation numériques nous poussent à consommer certains types de contenus plutôt que d’autres.

      Nantes : si tu as tant aimé l’expo du LU, il faudra prévoir un passage à Gruyère pour compléter.

      Ah ouiii ! C’est en bonne place sur ma bucket list !

      Nantes : (…) Il se trouve que dans ce cimetière c’est plutôt celle de Serge Danot, le créateur de Pollux et du célèbre Manège Enchanté qui m’a le plus marquée.

      Mmm, je m’aperçois que je l’ai complètement loupée, celle-ci, zut ! Pourtant elle doit se voir de loin ^^;

      – Vive la Bretagne ! (oui tout simplement parce que j’adore tous les lieux que tu viens de citer)

      ^.^\m/

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  4. Tiens, ça parle de lieux chers à mon cœur. Huelgoat et les Tendres Lutins ♥ J’aime tellement cet endroit.
    Le Cuisine du Diable, j’y suis descendu avec mon père lors de son dernier séjour. Une fois suffira XD

    J’ai regretté de ne pas pouvoir aller voir Manson, mais quand je lis ce que tu dis sur l’ambiance ( et l’araignée), finalement non.

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    1. Tiens, ça parle de lieux chers à mon cœur. Huelgoat et les Tendres Lutins ♥ J’aime tellement cet endroit.

      Dans le même genre, il y a la magnifique boutique Armoria à Paimpont, en Brocéliande, qui est géniale aussi. Ils ont une grande sélection de bijoux en argent sur des thèmes fantastiques et gothiques. J’en avais un peu parlé dans ce billet.

      J’ai regretté de ne pas pouvoir aller voir Manson, mais quand je lis ce que tu dis sur l’ambiance ( et l’araignée), finalement non.

      Je t’avoue que jusqu’au dernier moment on a hésité à y aller, car on s’attendait à une ambiance assez beauf. Au final, on a bravé notre immense flemme pour sortir de la chambre d’hôtel et aller voir Manson, et grand bien nous en a pris. Outre le fait d’avoir mangé un très bon burger sur place, j’ai surtout vu l’idole de mon adolescence, et ça ça n’a pas de prix.

      Alors certes, il y avait plein d’inconvénients (j’ai nommé : les gens), mais comme on n’est restés que pour Manson et qu’on est partis après, ça a limité la casse. Mais clairement, je ne pense pas refaire ce genre de festival de sitôt, l’ambiance est trop reloue.

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  5. Eh bien moi je trouve que nous sommes un bon exemple d’amitié hors Internet ;)
    Qui est moins geek dans tes ami(e)s que moi ?! Et pourtant on s’aime toujours et on reste toujours connecté à notre façon ! Des longues tartines d’email, de coup de file et de jolies petites cartes postales ;)
    Non, non, tu es plus qu’une cyber addict ;)
    Love you !
    PS : merci pour ta super carte de Londres, j’ai hâte de lire ton prochain billet sur ma nouvelle ville ;)

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    1. Qui est moins geek dans tes ami(e)s que moi ?! Et pourtant on s’aime toujours et on reste toujours connecté à notre façon ! Des longues tartines d’email, de coup de file et de jolies petites cartes postales ;)

      Truth !

      PS : merci pour ta super carte de Londres, j’ai hâte de lire ton prochain billet sur ma nouvelle ville ;)

      Tu as vu la première partie ? La suite arrive :)

      Bisous !

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  6. Déjà, super pour Londres et son shot de créativité ! (et tes autres séjours avaient l’air chouettes aussi !)

    Évidemment, ça me fait énormément plaisir de lire que tu te sois sentie bien accueillie et faisant partie de l’équipe tout de suite <3

    Je réagis de manière décousue surtout sur la partie réseaux sociaux et blogging ayant eu un sentiment de surdose cet été. Résultat, j'ai arrêté Instagram (motivée par le nombre croissant de pubs !) et pour l'instant, je ne m'en porte pas plus mal.

    J'ai des hauts et des bas avec Twitter, j'ai effacé tous mes tweets et j'aime, verrouillé mon compte, viré des abonnés, rouvert et repris très récemment. J'avais le cul entre deux chaises, c'est quelque chose qui me sert en partie pour le boulot, mais que je voulais conserver perso parce que mes potes Internet étaient dessus. Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas envie de gérer deux comptes, même si j'ai les outils qui le permettent sans que ça soit contraignant.

    Finalement, je pense que je vais réduire ma présence dessus et limiter mes tweets personnels qui me viennent un peu trop spontanément pour le coup. Contrairement à toi, je ne suis pas quelqu'un d'assez réfléchi, je le crains.

    J'aimais justement beaucoup Twitter pour le côté spontané et je l'ai pas mal utilisé comme Pensine (quand je repense que j'ai supprimé sans arrière-pensée tous mes tweets et favoris… bon, ça me manque pas au final :)) et de prétextes à échanger avec des gens. L'échange est devenu tellement rare désormais, que j'essaie désormais de changer mes habitudes.

    Ce qui m'a beaucoup perturbée aussi c'est de voir à quel point ces échanges sur les réseaux sont devenus des ersatz de sociabilité (et la lecture d'un article sur la manipulation de ces réseaux pour capter notre attention également). Un j'aime ou un RT et puis s'en va. Je suis consciente de le faire aussi et j'essaie de changer ça et de réinvestir. Généralement, ce n'est pas l'envie qui me manque, mais bien souvent le temps. J'ai besoin de me poser pour écrire un commentaire et ça me frustre parfois un peu parce que l'échange n'est pas direct.

    J'ai lu le billet de blog que tu cites avec beaucoup d'intérêt même s'il ne me parle pas autant qu'à toi, sans doute parce que je n'ai jamais autant investi mon blog comme vous avez pu le faire et que je ne suis lue que par un petit cercle d'inconnus et par quelques proches. Bon, et je n'ai pas du tout la même perception de la photographie, je crois que c'est ce qui me bouscule dans son billet et je ressens cette partie comme extrêmement virulente.

    Je trouve la notion d'alter ego très intéressante, mais j'ai besoin d'y réfléchir plus pour le coup.

    Sur le blogging, j'ai pas mal souffert de voir fleurir des blogs conçus pour se vendre et se construire une image. Je voyais ça comme une intrusion dans un espace réservé à l'échange, la connaissance, la découverte de gens chouettes et le loisir (ma vision naïve d'ado / jeune adulte d'Internet :D).

    On m'a d'ailleurs reproché de ne pas avoir de blog pro à mettre en avant. J'ai essayé, mais en fait, ça me gonfle. Je ne me vois pas tenir un espace pro en dehors de mon boulot qui me prend déjà je trouve assez de temps

    J'ai adoré ta conf sur le design de soi et je pense que c'est un sujet à creuser. Tes propos sont très différents de ce qu'on peut entendre je trouve. Impossible pourtant de m'y mettre, je vis comme une pression et une contrainte énorme de se créer une image sur Internet et de montrer qu'on est une professionnelle irréprochable et motivée par son boulot en dehors de son temps de travail.

    Alors, je préfère ne pas exister complètement sur Internet, tant pis pour ceux qui passent à côté et me jugent trop vite.

    Bises et au plaisir de prendre le temps d'en discuter encore plus quand on se verra \o/

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    1. Hello Llu ! Merci d’avoir pris le temps de dérouler le fil de ta pensée avec moi.

      Finalement, je pense que je vais réduire ma présence dessus et limiter mes tweets personnels qui me viennent un peu trop spontanément pour le coup. Contrairement à toi, je ne suis pas quelqu’un d’assez réfléchi, je le crains.

      Je ne sais pas si c’est que je suis « réfléchie » ou pas, c’est plutôt que j’ai beaucoup pratiqué et que je me suis beaucoup plantée ! ;-) Et sincèrement je pense que la spontanéité est un don, et qu’une fois que tu en es dépourvue, les choses deviennent beaucoup plus difficiles.

      J’aimais justement beaucoup Twitter pour le côté spontané et je l’ai pas mal utilisé comme Pensine (…) et de prétextes à échanger avec des gens. L’échange est devenu tellement rare désormais, que j’essaie désormais de changer mes habitudes. (…) J’ai besoin de me poser pour écrire un commentaire et ça me frustre parfois un peu parce que l’échange n’est pas direct.

      Je suis vraiment reconnaissante que tu aies pris le temps de m’écrire ce long commentaire, vraiment. C’est tout à fait ce genre d’échange que je recherche en tenant mon blog, et je suis toujours agréablement surprise lorsqu’un de mes textes trouve un écho quelque part. En plus, ta réflexion me pousse à poursuivre la mienne, ça me pousse dans mes retranchements, c’est une vraie richesse pour moi.

      Ce qui m’a beaucoup perturbée aussi c’est de voir à quel point ces échanges sur les réseaux sont devenus des ersatz de sociabilité

      Peut-être qu’en tant que « geeks », en tout cas en tant que personnes qui travaillent pour le web, on passe plus de temps sur nos écrans. On a peut-être une sociabilité, de base, moindre (moi en tout cas, je suis introvertie, et Internet m’a beaucoup aidée à sociabiliser en dépit de ça). Et les réseaux sociaux sont conçus de manière à nous rendre dépendants des interactions qu’ils suscitent, donc oui en ce sens c’est un ersatz, qui nous fait croire que nous avons une vie sociale palpitante et épanouie.

      Mais tous les échanges virtuels, pour importants et passionnants qu’ils puissent être à un instant donné, se heurte au temps qui passe et à nos évolutions personnelles. Rien ne remplacera jamais une discussion à brûle-pourpoint autour d’une tasse de thé.

      Sur le blogging, j’ai pas mal souffert de voir fleurir des blogs conçus pour se vendre et se construire une image. Je voyais ça comme une intrusion dans un espace réservé à l’échange, la connaissance, la découverte de gens chouettes et le loisir (ma vision naïve d’ado / jeune adulte d’Internet :D).

      Oui, il y a eu une professionnalisation du blogging qui a tout tiré vers le bas (= l’aseptisation des contenus, la sensation de copié/collé, la monétisation et donc le manque d’objectivité, etc.).

      D’un autre côté, les jeunes ados et adultes d’Internet que nous avons été ont désormais un boulot, une image. Il me semble compliqué de bloguer comme avant, comme si de rien n’était. Pour moi le défi c’est de réussir à conserver cette liberté éditoriale dont tu parles, tout en ménageant l’image professionnelle. La solution que j’ai trouvée pour le moment est la séparation de mon activité virtuelle ; cela étant dit, j’ai pendant des années fait tout autrement, alors rien ne dit qu’il s’agit là de la solution ultime, ou que je n’en adopterai pas une autre d’ici quelques années.

      J’ai adoré ta conf sur le design de soi et je pense que c’est un sujet à creuser. Tes propos sont très différents de ce qu’on peut entendre je trouve. Impossible pourtant de m’y mettre, je vis comme une pression et une contrainte énorme de se créer une image sur Internet et de montrer qu’on est une professionnelle irréprochable et motivée par son boulot en dehors de son temps de travail.

      Merci ! Pas mal d’eau a coulé sous les ponts en deux ans, et je t’avoue que mon point de vue a pas mal évolué depuis. Les aspects obscurs du design de soi m’intéressent davantage désormais. Quand j’ai présenté le sujet à PW, j’y avais déjà beaucoup réfléchi depuis plusieurs années. Mais aujourd’hui je peux dire que j’y ai encore plus réfléchi, que mes lectures m’ont aidée à avoir un point de vue plus nuancé, et que mes expériences personnelles malheureuses dans le domaine m’ont également aidée à ouvrir les yeux.

      Je continue à avoir envie de parler de tout cela, car ça me semble être un sujet contemporain essentiel. Je continue mes recherches. Et je pense en effet qu’en France il est très difficile de combiner à la fois la réputation et visibilité professionnelles, et centres d’intérêt et émois personnels sur le net. Je pense que le web caché, souterrain, a de beaux jours devant lui. L’époque où on ne communiquait que derrière un pseudo et où on ne révélait jamais notre véritable identité avait du bon. Aujourd’hui les algorithmes de Facebook peuvent révéler ton compte privée Instagram à tous les gens qui te suivent sur Facebook. Cela peut poser des problèmes très gênants pour la vie privée.

      Bref, pour être vraiment soi-même sur le net aujourd’hui, il faut un peu ruser. Pour vivre heureux, vivons cachés. Une certaine schizophrénie numérique est la solution que j’ai adoptée, et jusqu’à présent cela fonctionne plutôt bien.

      Alors, je préfère ne pas exister complètement sur Internet, tant pis pour ceux qui passent à côté et me jugent trop vite.

      Je pense que c’est une bonne stratégie. Ce que tu ne dis pas ne peut pas te nuire.

      Bises et au plaisir de prendre le temps d’en discuter encore plus quand on se verra \o/

      Yeah ! :)

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  7. De Charybde en Scylla, ces billets d’une longueur monstrueuse qui s’ils sont tout à fait dans ma capacité de lecture, ont pris des dimensions inhumaines quand je me suis mise bille en tête d’aller les commenter. Pas parce qu’il le faut, bien sûr, ça se saurait si les textes ne se validaient que par les réactions qu’ils suscitaient, mais parce que c’est encore le meilleur moyen à ma disposition pour les honorer (se doter soi-même de devoirs dispensables, décidément mon esprit de contradiction trouvera toujours moyen de s’insinuer partout). Mais plus la tâche me parait difficile, et plus le risque d’anachronisme grandit au fil des semaines, plus je m’entête alors je me lance !

    Le développement de ce texte est sympa, du reste, du fauteuil de bureau introspectif au grand air, d’un billet thématique à un train (littéralement) de pensée semi-anarchique. Je suis sûre qu’il y a quelque chose de libérateur à laisser les choses sortir ensemble en dehors de leurs cadres respectifs, surtout si je me mets un peu à ta place en tant que compatriote tarée du contrôle. Nul doute qu’il y a eu une petite voix pour te susurrer : « C’est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » afin de te forcer à scinder la Beste en plusieurs billets. Et bah non !

    Et après tout même la première partie sur l’internet fatigue bénéficie en arrière-plan du côté vivant de ta vadrouille londonienne. C’est amusant d’ailleurs ce passage où tu te dis que tu crains de dédramatiser ta fatigue d’internet, parce que moi aussi parfois j’ai peur de me lasser toute seule de ces réflexions un peu angoissantes, mais je me reprends en me disant qu’autant laisser sortir tout ça, que ça prendra le nombre d’écrits (publics ou non) et même de conversation orales que ça prendra, et qu’advienne ce que pourra. Tu peux être sûre que tes réflexions sur le sujet nourrissent abondamment les miennes !
    Quant à devenir trop personnel, hum, on a écrit des romans avec moins de pudeur que cela. Pour moi la barre a été placée très haut au début des années 2000 avec des gens qui écrivaient *tout* et profusément, ce qui nous laisse une latitude très confortable avant d’atteindre de tels excès.

    Tes passages sur les relations humaines filtrées par le net m’interpellent aussi pas mal, mais parce que le principe m’a torturé des années dès le début ou presque, le fait de ressentir des choses très fortes pour des personnes que je ne projetais pas dans mon quotidien. Comme le net permet d’épancher des parties très spécifiques de nos personnalités, j’avais une conscience aigüe qu’une relation plus complète n’était pas nécessairement la suite logique, et même pour moi c’en était trop de contradiction. Du coup, ça va mieux maintenant, je suis plus décomplexée à ce sujet. J’ai admis qu’une partie de moi aura toujours besoin de communication avec d’autres personnes par écrit (parfois exclusivement), des « muses » qui débloquent ma plume plus que les autres (littéralement du reste, puisqu’en 2012 cela m’a servi d’idée derrière une petite BD jamais rendue publique, faute d’arcanes). Inversement, j’ai connu des gens par le net qui sont devenus des amis IRL et je dois me faire violence pour leur envoyer des mails et des textos. Sans mon déménagement en province, je doute que j’aurais pu connaître un juste milieu…

    Je vais donc en parler pour en garder une trace, pour moi, parce que j’aime toujours relire mes anciens billets, des années plus tard. Cela m’aide à visualiser le chemin parcouru.
    Peut-être qu’Internet, pour moi, sert au moins à ça ?

    Je considère cela comme mon but premier quand j’écris. Cela rend les billets de voyages moins frivoles, les interactions avec les lecteurs bienvenues sans s’être rendu malade de les souhaiter, etc etc. Mais bon c’est facile de dire ça car de mon côté, je n’attire pas les trolls apparemment, même après mes certes rares billets satyriques. Comme les gens offended préfèrent tss tsser chez big brother, ça ne me rejaillit pas dessus…

    Je ne me sens pas forcément le besoin de commenter la partie nature de ce billet, parce qu’apparemment la télépathie te suffit pour savoir ce que ça me fait de voir la Bretagne, et que du coup tu sais déjà aussi que la plage de Pirou me rappelle des bons souvenirs de peinture en plein air (pas la partie urbex, juste la plage).

    Au prochain bille !

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    1. De Charybde en Scylla, ces billets d’une longueur monstrueuse qui s’ils sont tout à fait dans ma capacité de lecture, ont pris des dimensions inhumaines quand je me suis mise bille en tête d’aller les commenter.

      Arf, je suis désolée que cela t’ait demandé tant d’efforts et de temps. Je suis tiraillée entre la honte de t’avoir imposé ça, la satisfaction de voir que ce que j’ai écrit t’ait donné envie de réagir, et la joie de lire le déroulé de ta pensée.

      ça se saurait si les textes ne se validaient que par les réactions qu’ils suscitaient

      Bien d’accord, et d’ailleurs, tu as raison de le souligner, car moi-même je perds souvent cette vérité de vie, et chouine plus que je n’aime l’admettre à ce propos.

      Le développement de ce texte est sympa, du reste, du fauteuil de bureau introspectif au grand air, d’un billet thématique à un train (littéralement) de pensée semi-anarchique. Je suis sûre qu’il y a quelque chose de libérateur à laisser les choses sortir ensemble en dehors de leurs cadres respectifs, surtout si je me mets un peu à ta place en tant que compatriote tarée du contrôle. Nul doute qu’il y a eu une petite voix pour te susurrer : « C’est une autre histoire, qui sera contée une autre fois » afin de te forcer à scinder la Beste en plusieurs billets. Et bah non !

      Ouais, c’est exactement ce qui se passe dans ma tête… Après avoir lu ton commentaire, et ce passage en particulier, j’ai laissé ce grain de sable faire son chemin dans ma tête. Et j’ai abouti à la constatation suivante : comme je mets mon blog peu à jour, les rares fois où je le fais, j’ai tellement de choses à dire que j’essaie de tout dire (ou du moins, d’en dire le plus possible), tout simplement parce que je ne sais pas d’avance quand la prochaine session d’écriture aura lieu.

      C’est bien mon manque de régularité qui est responsable de ces billets monstrueux, et j’ai beau savoir qu’il n’y a rien de plus repoussant sur le net que la mélancolie et les textes trop longs, rien n’y fait, je continue à exceller dans ces deux domaines.

      Sans doute que si j’étais plus régulière (donc plus disciplinée !), j’arriverais mieux à découper en plusieurs parties certains billets, car je pourrais les publier à des intervalles pas trop éloignés.

      Là, tu vois, je me trouve dans la situation reloue qui consiste à avoir scinder en plusieurs billets mon dernier voyage à Londres ; je n’en ai posté qu’un il y a plus de deux semaines, et le temps passe sans que je ne réussisse à embrayer et publier la suite. Du coup, je pense que le volume 6 verra le jour dans plusieurs mois, quand mes lecteurs se seront lassés de ce sujet que j’aurai laissé refroidir.

      Des billets et séries de billets laissés en plan comme ça sont légion, et cela génère beaucoup de frustration de mon côté, ainsi qu’un certain découragement énervé, de ne pas réussir à faire mieux, et surtout plus régulièrement.

      C’est amusant d’ailleurs ce passage où tu te dis que tu crains de dédramatiser ta fatigue d’internet, parce que moi aussi parfois j’ai peur de me lasser toute seule de ces réflexions un peu angoissantes, mais je me reprends en me disant qu’autant laisser sortir tout ça, que ça prendra le nombre d’écrits (publics ou non) et même de conversation orales que ça prendra, et qu’advienne ce que pourra. Tu peux être sûre que tes réflexions sur le sujet nourrissent abondamment les miennes !

      Cela me fait énormément de bien d’avoir ton avis là-dessus, et de savoir qu’il est positif. Cela fait un an maintenant que j’écris énormément à ce sujet sur LLM, et c’est sans doute le sujet qui suscite le moins de réactions (on y revient !). Du coup lire ce passage de toi me touche beaucoup et m’encourage à ne pas ranger ma plume trop vite par simple peur de déplaire (ou de laisser indifférent, ce qui est peut-être pire ?).

      Je vois tous ces morceaux de réflexion comme les à-coups d’une réflexion existentielle, qui durera sans doute aussi longtemps que j’utiliserai Internet. En d’autres termes : on n’est pas sorties des ronces !

      Quant à devenir trop personnel, hum, on a écrit des romans avec moins de pudeur que cela. Pour moi la barre a été placée très haut au début des années 2000 avec des gens qui écrivaient *tout* et profusément, ce qui nous laisse une latitude très confortable avant d’atteindre de tels excès.

      Ouais, les standards ont changé, c’est sûr. À l’époque, je désespérais de me livrer et de jeter en pâture la moindre de mes pensées sur le net, alors que tout était verrouillé de toute part ; aujourd’hui, les verrous ont sauté et la norme est à l’excès de partage, et pourtant je n’ai jamais autant eu envie de me faufiler dans un trou de souris pour disparaître (ou presque : pour me livrer devant un petit groupe trié sur le volet d’autres souris).

      Comme le net permet d’épancher des parties très spécifiques de nos personnalités, j’avais une conscience aigüe qu’une relation plus complète n’était pas nécessairement la suite logique, et même pour moi c’en était trop de contradiction. Du coup, ça va mieux maintenant, je suis plus décomplexée à ce sujet. J’ai admis qu’une partie de moi aura toujours besoin de communication avec d’autres personnes par écrit (parfois exclusivement), des « muses » qui débloquent ma plume plus que les autres (…). Inversement, j’ai connu des gens par le net qui sont devenus des amis IRL et je dois me faire violence pour leur envoyer des mails et des textos. Sans mon déménagement en province, je doute que j’aurais pu connaître un juste milieu…

      Ce que je retiens de tout cela, c’est que « ça dépend » : des gens, de la période, du contexte. Je constate que je communique différemment d’un·e ami·e à l’autre, et même lorsqu’iels appartiennent à la même catégorie (« rencontré·e·s IRL », « rencontré·e·s sur le net », « rencontré·e·s sur le net puis IRL »). Peut-être que les personnes avec qui on communique le plus souvent d’une manière ou d’une autre sont celles avec qui on préfère communiquer ? Ou, du moins, celles avec qui il est plus facile de communiquer ? À défaut de régularité, quand j’ai une heure à tuer pour répondre à des mails (chose que j’ai fini par détester au fil du temps), je vais répondre en priorité à certain·e·s par rapport à d’autres. C’est un peu vache, au fond.

      Comme les gens offended préfèrent tss tsser chez big brother, ça ne me rejaillit pas dessus…

      « tss tsser », j’ai ri !

      Je ne me sens pas forcément le besoin de commenter la partie nature de ce billet, parce qu’apparemment la télépathie te suffit pour savoir ce que ça me fait de voir la Bretagne, et que du coup tu sais déjà aussi que la plage de Pirou me rappelle des bons souvenirs de peinture en plein air (pas la partie urbex, juste la plage).

      Reçu 5/5 !

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