En octobre 2021, j’ai participé à Inktober et dessiné pendant un mois avec Marie-Morgane (alias Marius Heureux) autour d’un thème précis : les légendes bretonnes relues par un prisme féministe.
Nous avons appelé ça InkToBreizh, l’encre qui mène en Bretagne.
InkToBreizh. Mes dessins sont en noir et blanc, réalisés avec des feutres Micron, de l’aquarelle et des feutres Posca et Signo blanc.
« Ouverture » par Marie-Morgane / Marius Heureux. Les dessins de Marie-Morgane mêlent aquarelle bleutée et encre de Chine noire, cette dernière ayant été appliquée à la plume.
Au total, du 1er au 31 octobre, nous avons produit 22 dessins sur 15 thèmes différents et partagé autant de mythes et de légendes sur Instagram avec le hashtag #LaLuneMauveMariusHeureux.
J’ai trouvé ça assez difficile à faire, mais à la fin, quelle satisfaction !
J’avais déjà relevé le défi Inktober en 2019 et en 2020, en ne planifiant pas grand-chose et en finissant sur les rotules. J’étais donc plutôt réfractaire à l’idée de m’imposer ça à nouveau.
Mais c’était sans compter l’étincelle de magie qui se produit quand tu rencontres une personne super qui partage les mêmes centres d’intérêt que toi et qu’elle te propose de créer des choses à quatre mains.
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« Messager » par Marie-Morgane / Marius Heureux. Animal messager, présage de mort. De ce dessin, Marie-Morgane a écrit :
Attention aux corbeaux, pies, chouettes, chiens … selon leur cri ou leur vol, ils viendront vous dire qu’il est venu le temps du Grand Voyage !
Les croyances sont multiples et la mort est familière : on en parle, on la regarde et même si elle fait peur : elle est représentée partout !
Ce sont des croyances qui sont moins répandues aujourd’hui mais cela explique pourquoi on en croisera au détour d’une représentation ou d’une chanson.
InkToBreizh par La Lune Mauve et Marius Heureux. Pour dessiner le monstre, je me suis basée sur un livre de gravures libres de droit, que j’ai chiné 1,95 £ à Londres en janvier 2020, soit il y a une éternité. (Londres me manque btw.)
Dans ce billet, nous avons réuni nos dessins et les histoires qui les accompagnent. Vous allez aussi découvrir le contexte et les caractéristiques du projet, ainsi que nos sources d’inspiration. Bonnes découvertes !
Marie-Morgane alias Marius Heureux
Marie-Morgane Richard est une artiste, dessinatrice et illustratrice bretonne qui travaille principalement à l’encre et à l’aquarelle.

Son trait fluide, ses formes amples, sa pratique instinctive, son goût pour les détails, les textures et les couleurs secondaires m’ont immédiatement plu.
Autoportrait
Serpent
Le Peuple Loup
Sorcière
Outre son savoir-faire artistique, c’est sa culture, son intelligence, ses engagements et sa vulnérabilité qui m’ont touchée — le genre de personne qui te comprend et que tu comprends à demi-mot, même à distance. Nous n’avons peut-être pas les mêmes racines, mais nous sommes faites de bois cousins.
Un Inktober à quatre mains
Début août, Marie-Morgane m’a contactée, car elle cherchait un livre regroupant des personnages mythologiques bretons, en particulier féminins, dans la perspective de créer une liste pour Inktober. L’air de rien, son message se terminait sur cette question : « Ça te dit qu’on le fasse ensemble ? »
Moi ? Dessiner ? Inktober ? 31 dessins ? Sur un thème imposé ? Mayday, mayday ! Spontanément, j’ai eu envie de répondre « non » pour tout un tas de raisons. (C’est étonnant, non, tous les trésors d’imagination fournis par le cerveau quand on cherche à échapper à quelque chose ?)
Mais l’idée a suivi son chemin et, après être allée prendre l’air en Basse-Bretagne et m’être à nouveau immergée dans le légendaire breton, j’ai accepté.
Kalvar Sant-Uzeg (menhir de Saint-Uzec), Pleumeur-Bodou (22)
Chapelle de Perros Hamon, Ploubazlanec (22)
Fontaine miraculeuse de Gouëzec (29)
La serpente de l’église de Brasparts (29)
Pourquoi un Inktober breton ?
Marie-Morgane et moi vivons toutes les deux en Bretagne. Nous sommes illustratrices, féministes et passionnées de livres et d’histoire. Nous aimons notre région et sa culture, que nous n’avons de cesse d’explorer.

Pour ma part, j’ai découvert la Bretonnie et ses particularités en 2010 : cela a été une rencontre si importante pour moi que j’ai décidé de m’installer en Ille-et-Vilaine quelques années plus tard, même sans y connaître personne.
Qu’il s’agisse de l’Argoat (Bretagne intérieure) ou de l’Armor (Bretagne côtière), je trouve en Bretagne tout ce que j’aime : la nature, la mer, la campagne, la roche, les forêts, l’histoire, la musique, l’art, les mystères, les crêpes et le farz buen… entre autres.
Marie-Morgane pour sa part est née en Bretagne. Mais, de son propre aveu, elle a longtemps considéré la culture populaire bretonne comme quelque chose de vieillot, avant de déconstruire ses préjugés et de s’en éloigner pour y revenir et l’épouser à son tour.

Chapelle Saint Gonéry de Plougrescant (22)
Nos histoires et nos cheminements diffèrent, pourtant cela a été une évidence de nous retrouver grâce au dessin et au féminisme autour de légendes ancestrales encore en vigueur dans un territoire que nous arpentons chaque jour.
En célébrant le matrimoine breton par le dessin et le conte, nous avons voulu (re)découvrir la culture populaire bretonne, remettre en question son légendaire sexiste et tenter de dépasser la religion, tout en valorisant des lieux insolites en Bretagne et en faisant résonner la langue bretonne.
Revisiter un légendaire sexiste
En effet, les mythes et les légendes nous intéressent depuis longtemps mais, dans la culture bretonne comme dans d’autres, il est souvent question d’un regard ou de crimes masculins qui ne laissent pas de place à autrui.
Cela m’a sauté aux yeux en préparant InkToBreizh, quand je me suis replongée dans mes livres préférés sur les légendes et lieux insolites de Bretagne, a fortiori écrits dans une écrasante majorité par des hommes cisgenres (cis).
J’ai cherché des personnages de préférence féminins, transgenres, non binaires et/ou à l’identité de genre fluide, dont le mythe serait susceptible d’être signifiant dans une perspective féministe contemporaine au point d’être dessiné et partagé pendant notre défi.

Un corpus binaire et incomplet
Or, ces recherches ont révélé que la plupart des figures mythiques bretonnes sont binaires (soit des hommes cis, soit des femmes cis), que les femmes y sont minoritaires et que, quand elles sont représentées, elles le sont soit comme des saintes-nitouches, soit comme des gueuses dangereuses.
Modelées par et pour un imaginaire cis-masculin et patriarcal, ces figures méritaient selon nous d’être redécouvertes.
C’est pourquoi nous avons tenté de revenir à l’origine de ces mythes situés autour de nous, aussi bien géographiquement que culturellement, par un prisme un peu plus réaliste et moins binaire.
Dahut et les Marie-Morgane
Par exemple, nous en avons assez de voir les sirènes représentées de manière systématique comme des femmes séductrices, vénales et responsables de noyades. Nombre de représentations artistiques les représentent avec le dos bien courbé, des seins prépondérants et un regard explicite.
Pourtant, quand on fait l’effort de les observer de plus près, les sirènes sont des êtres habitant l’océan, proches des marins (les femmes ayant été interdites à bord des bateaux pendant longtemps, nous avons ici un male gaze éloquent) et restant avec eux lorsqu’ils se noyaient, compensant ainsi leur impossibilité d’accéder au paradis (toujours d’après les mythes).
En somme, les sirènes sont des passeuses, et non des meurtrières.
Il était une fois une princesse bretonne prénommée Dahut.
Dahut était la fille de Malgven, valkyrie et reine du Nord, et de Gradlon, roi de Cornouaille.
La légende rapporte que Dahut avait des mœurs si dissolues qu’elle provoqua la colère divine et la submersion de la ville d’Ys par l’océan.
En réalité, c’est un mythe misogyne : gardienne d’Ys, Dahut fut trahie par des hommes. Par son amant d’une nuit, d’abord : il lui vola la clé des écluses qui protégaient la ville, puis provoqua la submersion. À tort, Dahut seule continue à être tenue responsable de cette catastrophe.
Trahie par son père ensuite : le roi Gradlon fuit Ys à cheval, Dahut derrière lui. Mais sa monture peinait à lutter contre les vagues. Saint Guénolé, qui les accompagnait, ordonna alors à Gradlon d’abandonner sa fille pour alléger la charge de l’animal.
Il lui dit : «Débarrasse-toi du démon que tu portes en croupe, car c’est lui qui par ses désordres a attiré la colère du ciel». Le roi jeta alors sa fille aux flots sans se retourner. Les deux hommes rejoignirent ensuite le rivage sans heurt, entre couilles.
Je vois la légende d’Ys comme un conte toujours d’actualité sur le patriarcat, le bros club et le slut shaming.
Dahut hante depuis la baie de Dounarnenez. On dit qu’elle est la première des Marie-Morgane, les sirènes bretonnes, elles-mêmes accusées d’attirer les hommes cis au fond des mers grâce à leurs charmes. Mais comment les blâmer d’avoir envie de tous les noyer, ces crevards ?
« Marie-Morgane » par Marie-Morgane / Marius Heureux. À propos de ce dessin, Marie-Morgane a écrit :
Premier dessin pour lancer notre Inktobreizh !
On s’est penchées sur la Marie-Morgane, figure légendaire de Bretagne, qu’on retrouve à Ouessant, Crozon et dans la ville d’Ys.
Marie-Morgane est le prénom que mes parents m’ont donné à ma naissance, prénom que j’ai eu du mal à accepter. Alors qu’aujourd’hui, je l’adore !
La Marie-Morgane est une sirène qui guide les marins noyés vers leur royaume, sous l’eau. Ce sont des êtres d’eau.
Depuis longtemps, j’entends qu’elles sont néfastes, qu’elles prennent plaisir à noyer les hommes.
Les femmes étant interdites à bord, c’est une légende façonnées par les hommes. Pour moi, elles accompagnent les noyé-es car ces dernier-es ne peuvent aller au Paradis. Iels restent à la Mer. Et elles sont avec elleux, ce sont des aidantes, des passeuses.
Ainsi, nous avons souhaité mettre en lumière des femmes, des divinités, des créatures et des entités bretonnes qui se sont retrouvées avec le mauvais rôle dans l’HIStoire (c’est-à-dire l’histoire écrite par et pour les hommes cis. En cela, notre InkToBreizh féministe s’inscrit complètement dans le mouvement Herstory).
Cela revient pour nous à transformer un patrimoine violent et sexiste en un matrimoine plus diversifié et plus accueillant.
Du côté des figures trans, non binaires et/ou fluides, je n’ai trouvé que Marin·e et l’Ankou pour l’instant. Mais j’ai bien l’intention de poursuivre mes recherches, avec l’espoir d’en découvrir d’autres.
Saint·e Marin·e
Marin·e est le tout premier personnage que j’ai eu envie de dessiner pour InkToBreizh.
Je l’ai découvert dans le livre Le légendaire des saints en Bretagne de Patrice Couzigou et de Bruno Colliot : alors que je le feuilletais dans la petite échoppe accolée à Notre-Dame du Folgoët, je suis tombée pile sur la page qui concernait Marin·e, un personnage vraisemblablement trans.
Saint·e Marin·e. Voici l’histoire de Saint·e Marin·e, aussi appelé·e « Marine læ déguisé·e ».
Iel n’est célébré·e qu’à Combrit, dans le Finistère sud, où une chapelle porte son nom. Au XVIe siècle, celle-ci était dédiée à Saint Moran puis, par altération, à Sainte Maraine et enfin à Saint·e Marin·e.
Pourquoi « déguisé·e » ? C’est en s’habillant en garçon et en ayant le cheveu court que la jeune personne rentre au monastère de Qannoubine, perdu dans les montagnes libanaises, aux côtés de son père.
Renommé Marin, l’adolescent adopte une vie monacale rigoureuse. Son identité de genre n’est pas remise en question : chacun dispose d’une cellule individuelle qui offre de l’intimité. De plus, la vie au monastère est ascétique : les corps et les visages sont fins, cachés sous des tenues amples.
Mais un jour, Marin est accusé d’avoir violé la fille d’un aubergiste. L’affaire fait grand bruit et conduit au renvoi de frère Marin du monastère. Lorsque la fille de l’aubergiste accouche, celui-ci ramène alors l’enfant illégitime à Marin.
Malgré l’opprobre et la misère, Marin s’occupe du petit garçon comme de son propre fils.
Après plusieurs années, l’abbé finit par consentir à la réintégration de Marin au monastère, tout en lui confiant les corvées les plus viles pour le punir encore…
Marin accepte et se tue à la tâche. Mais sa santé vacille sous le poids des efforts et il meurt à 25 ans.
Lors de sa toilette mortuaire, on découvre que Marin n’a pas pu être le père de l’enfant et qu’il a été accusé et puni à tort. Sa résilience, sa chasteté et sa générosité vis-à-vis du petit garçon sont sanctifiées.
***
Les accusations de prédation sexuelle, les discriminations, la misère, l’exclusion, la glorification du courage… Cette histoire résonne fort avec la transphobie ambiante, vous ne trouvez pas ?
Saint·e Marin·e (crayonné). Je trouve toujours intéressant de mettre en parallèle le croquis initial avec le résultat final. Entre les deux, de nombreuses heures de travail !
Je me suis appuyée sur la figure de l’androgyne pour représenter Marin·e, non pour créer une nouvelle binarité, mais comme signe de totalité, le fait que chacun·e·x de nous porte en soi son propre alpha et son propre omega.
L’Ankou
Un autre personnage ambigu est l’Ankou, serviteur de la Mort en Bretagne. Comme il s’agit du premier mort de l’année (ou du dernier – selon les sources consultées), son identité de genre varie beaucoup, en théorie.
N’ouer nag an eur nag amzer (on ne sait ni l’heure ni le moment).
Conclure cet InkToBreizh avec l’Ankou est une évidence. C’est une façon de célébrer l’arrivée du mois noir (miz du – novembre).
Pour les Celtes, c’est en effet le 1er novembre que se lève le voile séparant notre monde et l‘au-delà.
Dans son livre Sur les chemins de l’Ankou, Daniel Giraudon rapporte que le vocable « Ankou » est très ancien : il remonterait à l’indo-européen *nek* qui signifie tuer, périr.
La mort est ce qui est *néc*essaire, ce que l’on ne peut éviter.
L’auteur rapproche le nom Ankou de deux autres mots bretons : anken (angoisse) et ankoun (oubli).
Mais nous n’oublions pas nos mort·es.
Nous n’oublions pas non plus que les auteurs de violences et crimes sexuels, misogynes, homophobes et transphobes sont rarement punis.
Comme on aimerait pouvoir les foudroyer d’une flèche, tous autant qu’ils sont… !
« Je vous tue tous. »
Piètre consolation.
« L’Ankou » par Marie-Morgane / Marius Heureux. Marie-Morgane écrit à propos de l’Ankou :
Qui de mieux que l’Ankou pour terminer notre série d’Inktobreizh ?
Ce personnage mythique viendra chercher nos mort-es et sera incarné par la ou le dernier-e mort-e de l’année (ou la ou le premier-e selon le lieu).
Je n’en dis pas plus car c’est l’un des préférés de Marie, elle sait mieux en parler que moi.
Je prépare en effet un billet dédié à notre ami·e læ squelettique.
Si l’Ankou est souvent représenté avec une faux, je trouve bien plus originale sa figuration avec une flèche empennée, comme à Ploudiry, Landivisiau et La Roche-Maurice :
Limites
Si les thèmes que nous avons sélectionnés nous ont permis de partager des réflexions sur le sexisme, la misogynie, la transphobie, la culture du viol et les féminicides, pour autant ils ne sont pas représentatifs de la diversité des problématiques qui traversent les mouvements féministes actuels.
En particulier, nous regrettons de ne pas avoir évoqué les discriminations et violences racistes et validistes : à ce jour, nous n’en avons pas trouvé trace dans les légendes bretonnes faisant partie de notre corpus.
Mais ces nouveaux récits verront sans doute le jour, en valorisant la parole et l’expérience des personnes concernées.
Dépasser la religion
Une autre problématique à laquelle notre sujet s’est confronté, c’est la religion.
En tant qu’athée, j’aurais voulu proposer un Inktober exempt de tout sujet religieux, pour le rendre le plus universel possible.
Mais il est difficile d’ignorer complètement l’impact de l’imaginaire chrétien quand on s’intéresse à l’histoire et au légendaire bretons, étant donné que cet imaginaire imprègne tout depuis plus de 15 siècles.

Le Folgoët (29)
Il me semble néanmoins important :
- d’une part de questionner la façon dont le christianisme s’est approprié et a transformé des récits, des croyances et des lieux ancestraux : christianisation de lieux de culte (menhirs, fontaines…), renommage de certain·es saint·es, bricolages d’hagiographies, sans parler des menaces d’excommunication à l’encontre les personnes continuant à vénérer des divinités païennes ou à fréquenter des lieux de cultes liés à la nature, notamment ;
- d’autre part de valoriser les mythes païens, notamment celtes, parvenus jusqu’à nous grâce à la tradition orale et au folklore.
En préparant InkToBreizh, j’ai trié spontanément le résultat de mes lectures dans deux catégories : les mythes païens et les mythes religieux.
Si nous avons largement privilégié le paganisme, nous avons néanmoins inclus quatre figures présentes dans l’imaginaire religieux local, dont la moitié seulement est reconnue par l’Église catholique :
- Mélarie de Dirinon, dite Sainte Nonne, une princesse galloise ayant pris le voile en Bretagne, vénérée localement mais non reconnue par l’Église ;
- Sainte Onenne, une figure celtique christianisée vénérée seulement à Tréhorenteuc, non reconnue par l’Église ;
- Marine de Bythinie alias Saint·e Marin·e, dite « Marine læ déguisé·e » et « frère Marin », reconnu·e par l’Église catholique maronite ;
- Sainte Barbe, reconnue par l’Église.
Bref, même dans le patrimoine religieux se trouvent des figures féminines ou fluides qui posent question.
Il nous a semblé intéressant de les inclure pour contester la culture du viol, la binarité de genre et le sexisme qui imprègnent fortement l’imaginaire chrétien, y compris en Bretagne.
Ci-dessous, les dessins que Marie-Morgane a réalisés pour illustrer les mythes de Sainte Barbe et de Sainte Onenne.
Sainte Barbe
Chapelle Sainte Barbe du Faouët (Morbihan)
« Sainte Barbe » par Marie-Morgane / Marius Heureux. Sur Sainte Barbe, Marie-Morgane écrit :
Je l’ai connu grâce à la chapelle qui lui est dédiée au Faouet (56). C’est l’un de mes lieux préférés en Bretagne car une chapelle est construite sur la roche brute, dans le sol. Les escaliers pour la rejoindre sont majestueux, les arbres sont nombreux, les statues, gargouilles et symboles enveloppent et vivent ce lieu.
Elle borde une forêt où un chemin nous mène à une fontaine sacrée.
Je n’avais pas particulièrement cherché qui était Sainte Barbe, habituée aux constructions incroyables de ces lieux de culte, je n’en ressentais pas l’envie.
Ce sont les recherches de Marie qui m’ont appris qui elle était.
Sainte Barbe a un pouvoir sur le feu et le tonnerre et selon la légende, c’est la Vierge qui lui aurait donné le pouvoir de s’opposer à toutes les catastrophes naturelles. Est-ce pour cela que je suis allée la voir juste après l’incendie de notre maison ?En tout cas, je n’arrive pas trop à savoir pourquoi cette chapelle s’est retrouvée ici. Je le croyais puis mon père m’a donné une version différente alors je préfère garder le mystère.
Ce que Marie m’a apporté comme connaissances en plus concerne Sainte Barbe car elle s’est faite enfermée puis décapitée par son père pour s’être convertie à la foi chrétienne. Elle a refusé de la rejeter et elle en est morte.
Je l’ai dessiné au calme, avec quelques uns de ses symboles comme le livre, la palme de martyre, la couronne mais finalement, j’aurai pu aussi représenter sa force sur les éléments. Car si elle sait les calmer, elle sait aussi les accentuer.
Sainte Onenne
« Sainte Onenne » par Marie-Morgane / Marius Heureux. Avertissement sur le contenu : viol.
Voici ce que Marie-Morgane a partagé à propos de Sainte Onenne :
J’ai voulu la représenter car c’est une Sainte que j’ai rencontré à la chapelle de Tréhorenteuc, lors d’une balade à Brocéliande.
Son histoire est commune à celle de beaucoup de victimes, malheureusement. C’est à dire qu’elle allait bien avant qu’un homme décide que ses pulsions sexuelles étaient plus importantes que le reste.
Sainte Onenne est une figure celtique christianisée dont l’histoire raconte qu’elle est née fille de roi et qu’elle décide de partir du château familial à l’âge de 10 ans. Sur le chemin, elle change ses vêtements afin de ne pas être reconnue. Elle vit reculée, dans des ruines près d’une fontaine, entourée de ses oies, plantes et dédie toute sa foi à la Vierge Marie.
Un jour, un jeune seigneur ou un groupe d’hommes, selon les versions, l’a croisé et tente-nt de la violer. Elle se défend tant bien que mal et ses animaux, des oies ou des canes selon les versions, l’aident à prévenir les gens aux alentours.
Je ne sais pas ce qu’est devenu des agresseurs mais Onenne tombera malade suite à cette attaque. Elle rédige un testament dans lequel elle lèguera ses richesses aux pauvres.
Elle meurt peu de temps après.
Dans la Chapelle, on peut voir plusieurs vitraux qui représentent son histoire. J’ai tenté d’en reproduire un, en ajoutant le cerf du roi Arthur, pour faire un clin d’oeil à la terre de légendes qu’est Brocéliande.
Notons aussi que la légende est contestée, apparemment, elle serait le résultat de plusieurs mythes mélangés. Mais la symbolique est là : l’agression et la violence tuent.
Valoriser des lieux en Bretagne liés aux légendes
Accompagner nos dessins de photos et d’anecdotes liées aux lieux associés à chaque légende a coulé de source.
Pour ma part, j’ai aussi pris soin de géolocaliser chacune de mes publications sur Instagram pour deux raisons :
- permettre aux personnes intéressées de situer, même vaguement, l’endroit en Bretagne où s’est déroulée telle ou telle histoire ;
- favoriser la sérendipité : permettre à des inconnu·es de tomber sur mes dessins alors qu’iels cherchaient complètement autre chose.

La serpente de Sizun.
Les cultures populaires ont été modelées grâce au — ou à cause du — contact avec la terre et le climat. La météo et la cartographie bretonnes ne sont pas en reste, jouant souvent un rôle de premier ordre dans certaines légendes.
Mélarie de Dirinon (Sainte Nonne)
Avertissement sur le contenu : viol.
Je pense à la tempête à laquelle survit Mélarie de Dirinon, dite Sainte Nonne, avant de débarquer dans le Finistère pour donner naissance à son fils, conçu lors du viol qu’elle a subi et qui l’a poussée à l’exil.
Mélarie de Dirinon (Sainte Nonne). Avertissement sur le contenu : viol.
Fille d’un roi breton de Galles et d’une princesse irlandaise, Mélarie fut violée par Keredig, un autre roi, alors qu’elle se promenait dans une forêt.
Jeune, enceinte et désavouée par ses proches, Mélarie dut quitter le pays de Galles et rejoindre en bateau la Bretagne armoricaine. C’est là qu’elle prit le voile pour « se racheter », alors qu’elle n’y était évidemment pour rien.
Mélarie s’installa dans la forêt de Talarmon, l’actuelle région de Landerneau. Elle y donna naissance à son fils, David, surnommé Divy (ou Dewi).
L’accouchement aurait eu lieu tantôt en pleine tempête, tantôt dans des marécages : mes sources divergent à ce sujet.
De la naissance de Divi, deux éléments persistent cependant : un rocher, qui se serait ramolli pour lui servir de berceau, et une fontaine, qui aurait jailli du sol pour que Divi puisse être baptisé.
Mélarie est devenue l’une des saintes les plus renommées de Bretagne sous le nom de Sainte Nonn (Santez Nonn), même si l’Église ne la reconnaît pas. On l’implore pour protéger les nourrissons et les jeunes enfants. (Il ne faut pas la confondre avec Saint Nonna, un saint masculin, lui-même disciple de Divy.)
L’eau est étroitement liée à ce mythe : dans le Finistère, il existe deux fontaines liées à Sainte Nonn et à Saint Divi. À Dirinon se trouve aussi le gisant et les reliques de Sainte Nonn. La coutume de déposer en ces lieux de petites croix de bois en ex-votos ou en offrande subsiste.
Une autre chose subsiste aussi : le fait que le viol reste le seul crime dont on accuse les personnes qui l’ont subi en place des coupables.
Croyez les survivant·es.
La fontaine Saint Divy à Telgruc-sur-Mer, datant de 1577. On croyait que s’allonger dans le sarcophage de pierre, dans lequel l’eau de la fontaine s’écoule, permettait de guérir de maladies de reins tenaces.
Keben
Autre exemple de lien fort entre le territoire et le légendaire : la croix de pierre dénommée « Croaz ar Keban », près de Locronan.
C’est à cet endroit qu’aurait été engloutie Keben, une femme du peuple, probablement druidesse, voyant d’un mauvais œil la christianisation de la lande et des esprits par Ronan, un moine irlandais issu de la noblesse.

Croaz Ar Keban. Locronan : « Croaz Ar Keban ». Endroit où fut engloutie la « Keban », mauvaise femme dont il est parlé dans la légende de Saint-Ronan. Endroit maudit que l’on passe sans se découvrir, sans se signer.
La détestation de Keben est telle, qu’elle a donné lieu au seul endroit religieux de Bretagne devant lequel il est interdit de faire son signe de croix et d’enlever son chapeau, ce qui n’est pas peu dire dans une région aussi imprégnée de christianisme.
Dans l’église Saint-Ronan de Locronan, on trouve d’autres preuves de cette misogynie. Il y a tout d’abord des vitraux qui dépeignent une Keben furibonde, fourbe et calculatrice dans une scène célèbre de l’hagiographie de Ronan.

Sur la chaire à prêcher, il y a aussi plusieurs macarons représentant Keben dans plusieurs scènes à charge :
Chaire à prêcher sur laquelle se trouvent plusieurs macarons en bois représentant l’histoire de Saint Ronan.
Caricature de Keben dénonçant Ronan aux condés, donnant lieu à l’arrestation du moine.
Caricature de Keben feignant l’innocence face au roi Gradlon et à sa cour au moment où Ronan libère la fille de Keben du coffre où sa mère l’aurait enfermée.
Caricature de Keben armée de son battoir, injuriant le corps de Ronan lors du passage de son convoi funéraire mené par deux bœufs.
Si on ajoute à cela qu’en breton, « Keben » signifie « harpie » ou « mégère », vous comprendrez aisément pourquoi l’histoire de la druidesse honnie m’a touchée.
J’ai représenté une Keben écoféministe, armée de sa serpe et prête à en découdre contre la colonisation spirituelle de terres ancestrales.
Au VIe siècle, Ronan, un moine irlandais, s’installa à Locronan en ermitage. Mais sa renommée était telle que l’on se pressait pour le rencontrer. Il quitta donc la ville et se réfugia dans la Forêt sacrée située juste à côté, pour pouvoir prier en paix.
C’était sans compter sur la Keben, une magicienne qualifiée de « redoutable » et de « méchante » par les auteurs que j’ai lus. Selon Gwenc’hlan Le Scouëzec, il est probable qu’elle était une druidesse farouchement attachée aux croyances pré-chrétiennes. Selon moi, elle a vu d’un mauvais œil le curé tenter de christianiser jusqu’au dernier brin d’herbe breton.
L’hagiographie de Ronan a pérennisé des histoires délirantes à propos de Keben : elle l’aurait harcelé et accusé d’être un loup-garou ayant dévoré sa fille, alors que ça aurait été elle, la responsable de l’infanticide.
Quand Ronan mourut, son corps fut mené à sa dernière demeure par un char attelé de deux buffles sauvages. En chemin, le char croisa Keben, qui faisait sa lessive un vendredi (sacrilège à l’époque).
En voyant le convoi funèbre de son ennemi, Keben leva son battoir, injuria le défunt et brisa la corne d’un des animaux. On dit qu’aussitôt, le sol se fendit, vomit des flammes et engloutit la sorcière.
Cet endroit existe toujours. Il s’appelle « Bez Keben », « la tombe de Keben ». Une croix en pierre, la « Kroaz Keben », indique son emplacement : c’est la seule croix de Bretagne devant laquelle les Chrétien·nes ne doivent pas se découvrir ni faire leur signe de croix. Ajoutons à cela qu’en breton, « Keben » signifie « harpie ».
J’ai rarement lu un mythe aussi misogyne.
Crayonné du même dessin. Travailler avec une grille (ce que je ne fais pas d’habitude) m’a beaucoup aidée à équilibrer chaque dessin.
Je ne résiste pas à partager avec vous un extrait de l’analyse fort intéressante que Mélissa a partagé avec moi à propos de la légende de Keben :
Keben est bien cette survivance païenne d’une déesse ancestrale liée aux forces de la nature. Comme ce fut le cas pour la figure de l’ours. La bascule s’opère avec l’église catholique au moyen-âge qui va tenter d’éteindre [c]es foyers de croyances et de traditions par ces récits. Ainsi Ronan est-il représenté comme un saint civilisateur des forces de la nature sur lequel Dieu et l’église commandent.
Transplantation
Sur mon blog, je documente depuis plusieurs années les lieux insolites en Bretagne que je visite, ayant à cœur de partager les histoires rattachées à ces endroits singuliers.
Marie-Morgane me disait que ces partages géographiques et mythologiques lui ont parfois fait découvrir des endroits dont elle n’avait jamais entendu parler, alors qu’il s’agit de lieux souvent proches d’où elle est née.
Voyager, changer d’air, se frotter à un endroit et à une culture desquelles on n’émane pas, tout cela rend-il plus sensible à l’originalité inhérente de chaque endroit ?

Vaine tentative de capturer la beauté de l’instant à Porspoder (29).
Autrement dit, le fait de ne pas avoir baigné dans la culture bretonne dès ma naissance pourrait-il expliquer mon ardeur à découvrir tout ce à côté de quoi je suis passée pendant 25 ans ?
Ma « transplantation » auprès des landes recouvertes de bruyère, des plages blanches et des fontaines magiques a peut-être aiguisé mon radar à étrangeté et à symbolisme, qui vibre à plein depuis que je foule ce terreau légendaire.
Maouez Noz (la femme de la nuit)
Pour ce dessin-là, j’ai dessiné en blanc sur fond sombre pour donner un côté fantomatique à la Maouez Noz. Le thème de la fileuse m’appelle de plus en plus fort.
Une fileuse promordiale représentée sur les fresques de l’église Saint-Gonéry de Plougrescant.
Maouez Noz (la femme de la nuit). La Maouez Noz est-elle fileuse ou lavandière ? Il semble que l’on confonde souvent les deux, peut-être à cause d’Anatole le Braz et du chapitre « Celle qui lavait la nuit » de La Légende de la mort.
Aujourd’hui, l’historien Daniel Giraudon affirme que la Maouez Noz serait bel et bien une fileuse et non une lavandière.
Plus précisément, il s’agirait d’un fantôme féminin nocturne tourmentant les femmes bravant les interdits domestiques.
En Bretagne, la Maouez Noz se manifestait aux heures impaires de la nuit : si elle apercevait une maison encore allumée, alors elle y pénétrait en descendant par la cheminée. Là, elle punissait la femme qui veillait tard pour filer, alors que son mari et ses enfants étaient déjà couchés.
En Irlande, les femmes de la nuit se déplaçaient plutôt en groupe. Lorsqu’elles surprenaient une femme affairée à son rouet au beau milieu de la nuit, elles envahissaient sa maison et se mettaient à filer avec ardeur à ses côtés sans y avoir été le moins du monde invitées.
Des femmes qui punissent les femmes… Je déteste l’idée. Aussi, je propose de nous réapproprier ces récits et de considérer les femmes de la nuit comme nos alliées.
Selon moi, les Maouezed Noz incarnent les âmes agitées de générations de femmes luttant contre la charge mentale d’un ménage hétéronormé, n’ayant pas pu s’adonner librement à leurs passions de leur vivant.
Je les vois comme des fées immenses et bienveillantes, présentes à nos côtés à la seconde où nous nous remettons à notre ouvrage, dans le secret de notre chambre à nous.
Sous la protection des Maouezed Noz, nous échappons quelques heures aux obligations du capitalisme patriarcal grâce à l’artisanat et à l’art.
Kannerezed Noz (Lavandières de la nuit)
Kannerezed Noz (lavandières de nuit). « Tors la guenille, tors le suaire des morts ! »
Les lavandières de la nuit font partie des morts malfaisants de Bretagne.
Elles apparaissent près des lavoirs, au bord des cours d’eau ou près des ponts. Elles y lavent le linge de celleux qui vont bientôt mourir ou bien des linceuls, parfois imbibés de sang.
Les lavandières sont souvent confondues avec les Maouezed Noz (femmes de la nuit) alors que ces revenantes sont différentes et ne punissent pas les mêmes personnes :
- les Maouezed Noz tourmentent d’ordinaire les femmes qui bravent les interdits domestiques pour filer, broder et coudre ;
- les Kannerezed Noz punissent les hommes qui ne ne lavent pas ou lavent mal le linge. 🙃
Ainsi, un homme se déplaçant la nuit est susceptible de croiser une lavandière affairée. Celle-ci va alors le prier de l’aider à tordre le linge pour l’essorer.
À ce moment-là, il faut impérativement tordre le linge dans le même sens qu’elle : autrement, les mains de l’infortuné seront prises dans le linge, puis brisées.
La lavandière et ses comparses le battront ensuite à mort avec des linges tordus ou leur battoir (golvazh). Bim !
On associe les Kannerezed Noz aux Dames blanches, aux Bean Sí (banshees) irlandaises ainsi qu’aux Bean nigheadaireachd d’Écosse. Parfois, elles chantent ou poussent un terrible cri.
On les accuse d’infanticides (culpabilisation de l’avortement ?) et d’avarice : elles utiliseraient une pierre à la place du savon et abîmeraient le linge des gens pauvres.
Mais peut-être ont-elles mauvaise réputation parce que ce sont des femmes qui s’en prennent exclusivement aux hommes ? Pour une fois que c’est dans ce sens-là, hein…
Les Lavandières de la nuit, 1861, tableau de Yan’ Dargent. Huile sur toile, 75 × 150 cm, conservé au Musée des Beaux-Arts de Quimper. Tiens d’ailleurs il y a une anecdote funèbre à propos de ce peintre.
Faire résonner la langue bretonne
Un autre aspect important de la culture bretonne est l’une de ses langues, le breton. Marie-Morgane a commencé à l’apprendre début octobre, pile quand notre InkToBreizh a commencé. Si c’est un hasard, il est heureux !
Elle m’a dit, à ce sujet :
Il y a une poésie dans la langue bretonne et dans sa culture qui me touche particulièrement. J’ai découvert des artistes et des personnes qui font tout pour maintenir cette langue qui disparaît.
La langue bretonne, comme tout langage, enveloppe toute une histoire qui a été reniée et ridiculisée. Les chansons prennent une autre tournure à mes yeux : ce ne sont plus simplement des chants de fest-noz, ce sont des transmissions d’évènements (avec les gwerz), des histoires et des poèmes qui rassemblent.
Quand j’ai demandé à Marie-Morgane des idées de chansons bretonnes à inclure dans notre playlist InkToBreizh, elle a souhaité inclure deux textes de Yann-Fañch Kemener.
Dans le morceau Langues prolétaires, ce musicien et ethnomusicologue breton évoque comment le français a vampirisé les langues, patois et dialectes locaux, dont la langue bretonne.

« Ur Gwrac’h » par Marie-Morgane / Marius Heureux.
Ur Gwrac’h. Par ce terme, en langue bretonne, on peut comprendre « une fée, une sorcière et une vieille femme ». J’imagine que comme notre sévère « sorcière » en français, il devient aussi une insulte à l’égard des femmes un peu trop libérées des injonctions et du patriarcat.
En tout cas, une Gwrac’h est liée à l’eau et à la nuit. Elle a du pouvoir sur les éléments de la Nature et maîtrise la métamorphose.
Aux Glénan, elle séduit et change les hommes en poissons pour les servir à manger à ses hôtes.
Elle me fait évidemment penser à Circé, sorcière puissante qui hante ma créativité depuis plusieurs mois maintenant.
Tout comme elle, les gwrac’hed peuvent aussi combler de cadeaux et de dons.
Elles ne sont donc pas que maléfiques et effrayantes, contrairement à ce que le christianisme a divulgué.
Gardienne de la magie, de la métamorphose et accompagnatrice, voilà comment je la perçois. Avec ses mains douces qui font danser les plantes et nous donne de la force et de la confiance.
Écouter notre playlist
Notre playlist contient de nombreux titres chantés en breton, une langue que vous entendrez peut-être résonner pour la première fois. Écoutez, de préférence dans l’ordre, notre sélection musicale sur Spotify :
Visibiliser les musiciennes bretonnes
Notons au passage que j’ai eu le plus grand mal à trouver des musiciennes bretonnes ou fortement inspirées par la musique bretonne pour bâtir cette playlist.
Certes, j’en connaissais déjà quelques-unes, notamment Maripol ainsi que les harpistes Mariannig Larc’hantec et Kristen Noguès, parmi les premières à étudier la harpe celtique (Kristen Noguès a eu comme professeure Denise Mégevand, qui fut également celle d’Alan Stivell).
Kristen Noguès sur une affiche de concert datant de 1979.
Photographie : Claude Fonteyne. Source : Collections du Musée de Bretagne, licence CC-BY-NC-ND.
Mariannig Larc’hantec.
Source : Collections du Musée de Bretagne, licence CC-BY-NC-ND.
Néanmoins, si les noms de musiciens bretons me venaient facilement à l’esprit, je me suis surprise à avoir du mal à citer des femmes. En consultant les playlists d’inspiration bretonne sur Spotify, rebelote : souvent que des hommes…
Commençant à me renseigner davantage à ce sujet, j’ai découvert notamment Nolwenn Korbell, Gwennyn, Annie Ebrel, Anne Auffret, Gwenaël Kerleo, la harpiste Ysa ou encore le duo Sedrenn, dont la plupart se retrouvent au sein de ladite playlist.
J’ai aussi inclus d’autres titres qui ne sont pas forcément liés à la culture bretonne mais qui m’ont accompagnée pendant mes sessions dessin.
Pour en savoir plus sur la musique bretonne, je vous recommande le livre d’Arnaud Choutet, Bretagne. Folk, néo-trad et métissages : on y trouve certes peu de femmes, sans doute parce que dans le milieu musical breton comme ailleurs, les hommes sont surreprésentés. Cela reste un très bon ouvrage pour appréhender ce type de musique régionale et ses métissages.
Danses macabres
« Danses macabres » par Marie-Morgane / Marius Heureux. À propos de ce dessin, Marie-Morgane a écrit :
Lors de nos visites et recherches, nous avons croisé des phylactères et des représentations qui nous ont exposé que nous n’étions faits que cendres et que vraiment, la mort rend visite à tout le monde.
« Fol eo na preder e speret guelet ez eo ret decedi »
« Fou est celui qui ne prend pas garde qu’il faut décéder » dira la traduction.La Mort est aussi présente dans les chansons que l’on appelle les Gwerzioú (sing. fem : gwerz). Pour Denez Prigent, nous ne pouvons pas traduire ce terme :
la Gwerz n’est pas une chanson. Dans la mesure où la chanson aura tendance à parler d’état d’âme (…) autant la Gwerz c’est un chant dans la mesure où elle parle de thèmes universels, comme des batailles, des guerres, des meurtres, des naufrages, des évènements qui ont touché une large communauté à une époque donnée, restés dans la mémoire collective et qui ont été transmis de génération en génération. On est dans le chant avec bien sûr le thème général qui est celui de la mort.Il rajoute que
la Gwerz penche vers une dimension sacrée, une dimension beaucoup plus large que la complainte.Le mouvement du personnage en vie est inspiré du Sacre du Printemps de Pina Bausch, le sablier est celui d’ami-es et le squelette parce que « hodie mihi, cras tibi », vous savez.
Les propos de Denez Prigent ont été entendu dans l’émission Poésie et ainsi de Suite de Manou Farine nommée « La Gwerz dans tous ses états » sur France Culture.
Katel Gollet, dite « Catherine la perdue »
En racontant l’histoire de Katel Gollet, j’ai tenté de contester des siècles de slut shaming figés dans la pierre.
Katel Gollet, dite « Catherine la perdue ». Katel Gollet (ou Kollet) est la protagoniste d’une gwerz (complainte bretonne) qui narre ses mésaventures.
D’après la légende, Katel serait la personnification de la luxure, une femme rebelle, adepte du plaisir et des gavottes endiablées.
Les récits divergent beaucoup à son sujet. Celui qui revient souvent concerne sa promesse d’épouser le premier prétendant qui la ferait danser une nuit entière, ce qui n’arrivait jamais. Katel restait donc libre de multiplier ses partenaires.
Jusqu’au jour où, après avoir épuisé tous les jeunes-hommes du coin, Katel aurait suivi le diable dans une interminable danse.
Catherine fut alors bel et bien perdue, livrée à la damnation éternelle.
En Bretagne, on peut croiser Katel sur deux calvaires : ceux de Guimiliau et de Plougastel-Daoulas. La jeune-femme y est représentée nue, les yeux fermés, les seins lourds et les jambes solidement agrippées par un diable lubrique.
Chaque scène se déroule au creux d’une bouche gigantesque et dentue, sur le point de dévorer la jeune-femme. Welcome to the Hellmouth.
Bien entendu, seule Katel est représentée nue parmi la myriade de personnages juchés sur ces édifices religieux.
La légende de Katel Gollet avait pour but de rappeler à l’ordre les jeunes-filles de l’époque, pour s’assurer de leur bonne moralité. En somme, du slut shaming avant l’heure.
Ma Katel, elle, fait la nique au patriarcat. Elle est peut-être en enfer, mais elle est libre de s’adonner à sa passion sans être contrainte par qui que ce soit.
Figuration de Katel Gollet sur le calvaire de Guimiliau : nue, penchée en avant, les yeux fermés, touchée et menacée par plusieurs démons.
Création de notre Inktober
Le contexte thématique et culturel étant posé, penchons-nous maintenant sur la réalisation des dessins eux-mêmes !
Marie-Morgane et moi avions convenu de plusieurs principes :
- travailler principalement en noir et blanc : ça a été un gros défi pour moi, qui aime tant la couleur ! ;
- publier à notre rythme (deux dessins par semaine). Mais ça a quand même été sportif pour moi, car j’ai eu la bonne idée de faire des dessins très détaillés qui prennent du temps… ;
- ne pas publier nos listes à l’avance pour conserver une part de mystère. Si nous avons partagé trois thèmes (Dahut/les Marie-Morgane, Naïa la sorcière et l’Ankou), le reste était propre à chacune, dans l’ordre de son choix.

Tous mes brouillons pour Inktobreizh (Inktober).
Apprivoiser la grille d’Instagram
Au moment de décider la forme qu’allait prendre mon Inktober, j’ai d’abord réfléchi à sa diffusion : les réseaux sociaux, en particulier Instagram.
Or, sur Instagram, les publications sont en général de format carré, présentées par ligne de 3. Je me suis dit qu’envisager 3 lignes de 3 dessins, soit une grille de 9 publications, serait cohérent.
J’ai donc travaillé sur un format carré : non seulement pour chaque publication individuelle, mais aussi pour la grille globale. Chaque dessin mesure 14 cm par 14 cm.
Pour réunir les 9 dessins entre eux, outre le style graphique qui est toujours le même, j’ai aussi eu l’idée de dessiner une bordure qui se révèlerait au fur et à mesure que je posterais mes dessins.

J’ai tenté de relier chaque partie de cette bordure grâce à certains motifs (le triangle), mais parfois j’ai oublié de les dessiner sur le dessin qui suivait…
Il y a donc quelques petits défauts comme ça, mais bon, pas de regret : l’essentiel est de percevoir l’ensemble comme un tout.
Lettrages (lettering)
J’ai aussi nommé chaque dessin au moyen d’un lettrage celtique.
Pour cela, je me suis appuyée sur l’excellent livre Celtic art. The methods of construction de George Bain, un manuel apparemment culte que j’ai dégoté pour une bouchée de pain dans un charity shop gallois à l’époque où l’on pouvait encore voyager.

Cela m’a aidée à mieux comprendre comment sont formées les lettres dites celtiques, et à apporter une cohésion visuelle dans le résultat.
Marie-Morgane quant à elle a aussi travaillé sur les lettres en illustrant deux phylactères que l’on trouve en Bretagne à l’aide d’un alphabet gothique :
« Aujourd’hui moi, toi demain », à Tregastel, Côtes-d’Armor.
La mort est omniprésente et on pourra s’en rappeler de nombreuses fois car on l’a croisée sur beaucoup de bâtiments en Bretagne.
On appelle cela les phylactères. Ils viennent, tels des pense-bêtes, nous rappeler que nous devons toustes mourir un jour ou l’autre.
Symboliquement ou réellement, la réalité brute me plaît beaucoup.
« Pense à mourir, examine la fin ». Petit conseil que l’on peut lire dans une chapelle de Lannedern (29), sur un phylactère.
Motifs glazig, borledenn et bigoudens
Enfin, pour terminer cette bordure qui m’aura occupée un certain temps, j’ai souhaité inclure des motifs typiquement bretons, et plus précisément glazig, borledenn et bigoudens (sud-ouest du Finistère).
Là encore, cela a été l’occasion de faire des recherches pour tenter de revenir au plus près à la source de ces motifs. J’ai alors découvert les ouvrages de Marie Droüart : des livrets fragiles et précieux datant des années 50 dans lesquels elle a recensé une myriade de motifs différents dont je me suis inspirée ainsi que leur origine.

J’ai aussi beaucoup appris grâce au livre de Simone Morand, Histoire du costume glazig et bigouden.
Haro sur le nationalisme
En fouinant dans les collections du Musée de Bretagne, j’ai également découvert cette gravure de Sainte Barbe par René-Yves Creston, qui faisait partie du mouvement artistique breton Ar Seiz Breur (« Les sept frères »), un groupe d’artistes et d’artisan·es souhaitant valoriser le patrimoine et l’histoire bretonnes.
Au départ, j’étais enthousiaste de découvrir une branche des arts graphiques en Bretagne que je ne connaissais pas encore.
Mais en approfondissant mes recherches, j’ai réalisé que ce groupe était composé en bonne partie de fascistes qui ont collaboré avec les nazis.
Même avant l’Occupation, dans les années 20, certains membres des Seiz Breur avaient déjà participé au journal maurassien Breiz Atao, qui défendait la « pureté de la race bretonne ». Un racisme que l’on retrouve dans l’ADN des Seiz Breur, puisque l’article premier de leurs statuts stipulait qu’il fallait être de « sang breton » pour rejoindre le mouvement.
Je suis révoltée d’avoir pu être attirée par des travaux artistiques émanant en réalité de l’extrême droite.
L’importance de se positionner clairement
Depuis, j’essaie de diversifier mes sources sur l’art populaire breton au maximum, dans l’espoir de revenir à une « source » exempte de récupération politique faisandée. Il est important de ne pas laisser l’art populaire et le folklore aux nationalistes.
Il me semble tout à fait possible de valoriser ce type d’héritage dans une démarche féministe et libertaire. On peut aimer un endroit, sa culture, aimer y vivre, et rejeter radicalement les discours racistes qui se les approprient avec violence.
Tout cela m’a rappelé une fois de plus l’importance de bien situer mon propos et mes publications contre toute propagande identitaire et raciste. Ne laissons pas les fascistes réécrire l’histoire et la culture (bretonnes, mais pas que).
Pour en savoir plus sur les Seiz Breur, je vous invite à lire les articles que Françoise Morvan et le GRIB ont publié à ce sujet. Vous les trouverez dans la bibliographie à la fin de ce billet.
Sigil
Étant donné que Marie-Morgane et moi avons deux styles graphiques bien distincts, j’ai proposé de relier nos dessins au moyen d’un logo ou d’un symbole que chacune pourrait utiliser pour relier nos dessins entre eux.
Marie-Morgane a alors créé un sigil sur la base de nos pseudos et des mots Femmage, Bretagne, Art et Poésie.
En fin de compte, c’est la lettre M qui est ressortie, car elle nous rassemble (prénoms et pseudos). Marie-Morgane a ajouté la lune en dessous et les rayons du soleil au-dessus, pour l’équilibre.

Le soleil et la lune se retrouvent aussi sur mon tout premier dessin pour InkToBreizh, et symbolisent la roue du temps et des saisons qui passent tandis que les légendes (et leur sexisme) perdurent :

Crayonné InkToBreizh. Crayonné sur lequel j’ai inversé l’ordre des lettres dans le lettering ; j’ai corrigé cette erreur sur la version définitive du dessin.
J’ai ensuite gravé ce sigil à l’aide d’un scalpel sur de la gomme, pour pouvoir en tamponner nos dessins. J’ai ensuite collé mon tampon sur un bouchon en liège de récup’ pour pouvoir le manier plus facilement.
Je suis contente du rendu brut de ce tampon, comme un sceau féministe et un peu magique dont j’ai pu marquer chaque dessin — un coup sur le papier à la façon d’un coup sur la table.
Méthode et matériel créatif
De mon côté, une fois chaque brouillon prêt, j’ai tracé chaque dessin au propre grâce à ma table lumineuse.
Mes autres outils de prédilection étaient :
- des feutres Micron (tailles 003, 005, 01 et 03 principalement), qui ont l’avantage de résister à l’eau. On peut donc dessiner au Micron puis recouvrir l’ensemble d’aquarelle sans que ça soit un problème. J’avais essayé de tracer mon tout premier dessin au stylo plume, avec de l’encre Platinum, réputée résistante à l’eau, mais cela a été un échec :
- le papier n’absorbait pas assez vite l’encre, me faisait « baver » et m’obligeant à repartir d’une page blanche à plusieurs reprises avant que je ne passe définitivement au Micron pour m’ôter une épine du pied,
- l’encre Platinum n’est pas strictement waterproof, et dégorge quand même un peu quand on passe de l’eau dessus. Cela pourrait ne pas être un inconvénient dans certains projets, mais pour celui-ci ça ne convenait tout simplement pas au rendu visuel que je voulais obtenir.
- de l’aquarelle dans une gamme très réduite : Lunar Black et Graphite Gray de Daniel Smith. L’avantage de Lunar Black c’est qu’elle est très granuleuse, ce qui m’a permis de créer des textures intéressantes et d’habiller les décors et arrière-plans de mes dessins sans avoir l’impression de refaire sans arrêt exactement la même chose ;
- des feutres blancs : Posca 0.7 mm, Faber-Castell Pitt Artist Pen en 2,5 (une merveille d’épaisseur !), Uni-Ball Signo et Uni-Ball Signo broad (il faut bien laisser sécher l’encre pour qu’elle vire à un blanc opaque) ;
- du papier Canson 180 g/m2. Un plus fort grammage ne m’aurait servi à rien étant donné que j’ai utilisé peu d’eau.
Mon bureau pendant Inktober.
Plume et dessin que m’a offerts Marie-Morgane 💜
Marie-Morgane pour sa part a utilisé le matériel suivant :
- de l’encre de Chine ;
- une plume ;
- du papier Canson aquarelle 300 g/m2 ;
- de l’aquarelle Winsor & Newton grise et noire ;
- une table lumineuse pour reporter sur le papier les crayonnés réalisés sur Photoshop.
Naïa
Naïa la sorcière est l’un des trois thèmes communs que nous avons illustrés. C’est un personnage qui nous tient particulièrement à cœur.
Naïa la sorcière. Naïa de Kermadec, dite Naïa la sorcière de Rochefort-en-Terre
Naïa aurait vécu dans les ruines du château de Rochefort-en-Terre à la fin du XIXe et au début du XXe siècles.
Le romancier Charles Géniaux révéla son existence en publiant un reportage sur Naïa dans la revue britannique Wide World Magazine en 1899.
S’appuyant sur des témoignages collectés sur place, Géniaux affirma que Naïa était la fille d’un rebouteux. Leur nom de famille serait « de Kermadec », bien qu’aucune famille de Rochefort à cette époque ne le portait a priori.
Dans son récit, Géniaux insista sur les caractéristiques de celle qui lui fut présentée comme sorcière : son « affreuse laideur », ses yeux « vitreux comme ceux des morts », ses mains « larges et osseuses », son bâton « épineux ».
Selon Géniaux, Naïa était instruite : elle savait lire, écrire et connaissant les plantes. On disait aussi qu’elle avait le don d’ubiquité, qu’elle lisait l’avenir et qu’elle était insensible à la douleur.
Naïa lui aurait dit travailler avec un esprit dénommé Gnami, qu’elle invoquait lorsque les paysan·nes du coin la consultaient.
Si l’existence de cette femme est avérée grâce aux photos prises par Géniaux, était-elle réellement sorcière ? On peut questionner la véracité des renseignements rapportés, et se demander si le romancier n’aurait pas inventé un personnage imaginaire en mettant en scène une femme du peuple afin de satisfaire un besoin d’exotisme et de vendre des livres.
Depuis 2015, le Naïa Museum occupe l’une des plus anciennes parties du château de Rochefort-en-Terre. Ce musée consacré aux arts de l’imaginaire est un endroit merveilleux. Si vous le visitez, vous croiserez Naïa sous terre…
« Naïa la sorcière » par Marie-Morgane / Marius Heureux. À propos de Naïa, voici ce que Marie-Morgane a écrit :
Nous avons toutes les deux pensé à Naïa lorsque nous bâtissions l’inktobreizh. Celle qui aurait vécu dans les ruines du château nous fascine puisque c’est un personnage qui a réellement existé, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, à Rocherfort-en-Terre.
En réalité, on ne sait même pas si c’est réellement son nom. Mais on dit d’elle qu’elle a plusieurs dons : celui d’ubiquité, de prédire l’avenir, de dompter le feu… Il paraît même qu’elle est immortelle ! Elle savait lire et connaissait les plantes.
Naïa, je l’ai surtout croisée parce qu’un musée porte son nom, le Naïa Museum, où les œuvres d’art spectaculaires mêlent légendes, surréalisme et artisanat. C’est un délice pour moi et il me tarde d’y retourner ! (…)
La présence des gens que l’on appelle « les rebouteux » est vraiment développée en Bretagne. Lorsque ma famille a déménagé dans les terres (il y a une réelle différence entre habiter sur le littoral et habiter dans les terres), les rebouteux, guérisseuses et guérisseurs, sorcières et sorciers sont devenu-es des personnes dont les ancien-nes nous parlaient. Il n’était pas rare de discuter avec une personne nous précisant qu’iel ne « croyait pas en ces choses là » mais sait-on jamais, ça peut marcher ?
Acheter une maison inhabitée depuis plusieurs années ? Mettez du sel, marin. Invoquez.
Une maladie inexpliquée ? Allez voir untel-le.
Les noms se passent en chuchotant mais ils se passent quand même !
Alors Naïa, je l’ai imaginée la main dans sa poche remplie de cailloux, graines, fioles, tenant de son autre main, les plantes qui aideront sa médecine. Elle est énigmatique et je pense à elle dès que je retourne sur ses terres.
Pour en savoir plus, ne manquez pas mon billet dédié au Naïa Museum, le musée fantastique de Rochefort-en-Terre, dont je vous recommande chaleureusement la visite. Le parcours proposé évolue chaque année.
Bilan et conclusion de cet Inktober
Cet Inktober breton et féministe nous a occupées intensément pendant près de deux mois. Marie-Morgane et moi-même sommes très heureuses et fières du résultat, qui a dépassé nos espérances. Tout différents qu’ils soient, nos styles graphiques se complètent bien.
Personnellement, j’ai la sensation d’avoir progressé et d’avoir réussi à transmettre quelque chose en alliant dessin et écriture. Peut-être suis-je autant conteuse qu’illustratrice, après tout ? Pour moi, le fond a toujours été au moins aussi important que la forme.
Je tire une grande fierté de deux aspects en particulier : avoir réussi à donner corps à la direction artistique que j’avais choisie d’une part et avoir tenu le rythme d’autre part.
Du concept…
…au premier jet.
Le résultat correspond exactement à ce que j’avais imaginé au début. Ce n’est pas toujours le cas pour mes autres projets créatifs : j’imagine souvent un truc très cool, très beau, et au final la réalisation me paraît bâclée. Je sais bien que le chemin est plus important que la destination, ça ne m’empêche pas d’être souvent déçue malgré tout.
Quant au rythme, j’ai réussi à publier les 9 dessins que je m’étais promis de faire et engagée à publier, certes au prix de grands efforts.
J’ai consacré à ce projet beaucoup plus de temps que prévu. Je me suis levée à 5 heures du matin six jours sur sept pour dessiner, écrire et préparer les publications sur les réseaux sociaux avant de commencer ma journée de boulot. J’ai également passé plus d’une vingtaine d’heures à écrire le billet que vous venez de lire.
Art is hard, people. Mais c’est si important.
Réception
Outre la satisfaction d’être allées jusqu’au bout de ce que nous avions imaginé, Marie-Morgane et moi avons été infiniment portées et motivées par les nombreux retours et soutiens que notre InkToBreizh a reçus, en particulier sur Instagram.
Story de SvenCoralieYoga.
Ce n’est pas du yoga mais l’InkToBreizh de @LaLuneMauve a enchanté mon mois d’octobre.
Une occasion de (re) découvrir les mythes bretons avec un regard féministe.
C’était aussi l’occasion de découvrir le travail de @MariusHeureux.
Story de SterennFavennec partageant l’Ankou de Marie-Morgane.
Parce que ma copine @MariusHeureux et @LaLuneMauve ont fait un travail incroyable pour linktobreizh (sic)
Story de FileuseDeNuit partageant mon dessin de Katel Gollet.
La danse a toujours été ultra problématique en Bretagne… J’aime particulièrement cette légende de Katell la perdue, folle de danse et de liberté. 🤍
Que ce soit des « j’aime », des partages ou des commentaires, nos communautés se sont beaucoup engagées à nos côtés pour soutenir ce projet. Nos créations ont aussi touché un public plus large que d’habitude, ce qui a été une source supplémentaire de satisfaction.
La suite
On nous a beaucoup demandé d’éditer nos dessins sous la forme d’un livre de contes bretons féministes. Ce serait évidemment pour nous un honneur de voir ce projet se concrétiser, et nous envisageons de pitcher ce projet à plusieurs maisons d’édition bretonnes, pour voir.
Pour l’instant, nous n’envisageons pas d’auto-édition, car nous n’avons ni le temps ni l’énergie de nous consacrer pleinement à un tel projet. Mais qui sait de quoi l’avenir sera fait ?
Enfin, il est possible que nous éditions nos dessins sous forme de tirages, à condition de trouver la bonne imprimerie et le bon rapport qualité-prix (nous n’avons pas envie d’opter pour une impression offset bas de gamme).
Nous vous tiendrons bien entendu au courant de la suite.
Merci beaucoup pour l’intérêt que vous avez porté et continuez à porter à ce projet ! Nous sommes très reconnaissantes pour votre soutien.
Pour rester sur le thème du dessin et de la Bretagne, nous vous invitons à découvrir l’autre InkToBreizh qui a eu lieu sur Instagram en octobre, à l’initiative de la papeterie brestoise Eor Glas Studio.
Et si vous avez envie de relever le défi Inktober l’année prochaine, peut-être que mes conseils pour dessiner chaque jour (ou presque) vous seront utiles.
Bibliographie
Livres
- BAIN George, Celtic art: the Methods of construction, Constable and company, Londres, 1989, treizième édition
- BAUDOT Karine, COATANÉA Nausicaa, LE BELLEC Nathalie, SOHIER Yannick, Bretagne nord insolite et secrète, Jonglez, Versailles, 2011, première édition
- BATIGNE Stéphane, Lieux de légendes et de croyances. Pays de Questembert & Rochefort-en-Terre, Stéphane Batigne Patrimoine, Questembert, 2017
- CHEVALIER Jean (dir.), GHEERBRANT Alain (dir.), Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Éditions Robert Laffont et Éditions Jupiter, Paris, 1969, réédition 2012
- CHOUTET Arnaud, Bretagne. Folk, néo-trad et métissages, Le Mot et le Reste, Marseille, 2015
- COUZIGOU Patrice, COLLIOT Bruno, Le légendaire des saints en Bretagne, Éditions Ouest France, Rennes, 2018
- DE KORT Fons, L’Art populaire dans la décoration. Album 1, L’inspiration bretonne, 195 motifs, Atelier de sérigraphie H. Le Mée, Rennes, non daté
- DROÜART Marie, L’Art populaire en Bretagne à travers les âges. Album nº2, Société d’éditions bretonnes, Rennes, 1943
- DROÜART Marie, L’Art populaire en Bretagne. Album nº3, An Doukenn, Rennes, [1950 ?]
- DU ROSCOAT Caroline, DU ROSCOAT Guillaume, Voyage en Terre d’Ys. Guide de voyage sur les traces de la légende de la ville d’Ys, Terres de légendes, 2017
- GANCEL Hippolyte, Les saints qui guérissent en Bretagne, Éditions Ouest-France, Rennes, 2018, troisième édition
- GÉNIAUX Charles, Naïa la Sorcière de Rochefort-en-Terre, Stéphane Batigne Patrimoine, Questembert, 2015
- GIRAUDON Daniel, Sur les Chemins de l’Ankou, Croyances et légendes de la mort en Bretagne et pays celtiques, Yoran Embanner, Fouesnant, 2012
- KERVELLA Divi, SEURE LE BIHAN Erwan, Légendaire celtique, Coop Breizh, Les indispensables, Spézet, 2001
- LASCAUX M., Légendes et traditions de la mort en Bretagne, Éditions JOS, Châteaulin, 1983
- LE SCOUËZEC Gwenc’hlan, Guide de la Bretagne mystérieuse, Tchou, Les Guides noirs, 1968
- LE STUM Philippe, Fées, korrigans, sirènes & autres créatures fantastiques de Bretagne, Éditions Ouest-France, Rennes, 2017
- MERRIEN Nathalie, Mystères de Bretagne, Éditions Jean-Paul Gisserot, 1991
- MORAND Simone, Histoire du costume glazig et bigouden, Yves Salmon éditeur, Chateaugiron, 1983
- NAVATTE Jean-Luc (Dr), Les saints guérisseurs bretons, Éditions Ouest France, Rennes, 1980
- Pax Evit An Anaon, Bulletin Pax nº25, Plounéventer, janvier 1956
- RIO Bernard, Mystères de Bretagne, balade au pays des légendes, Coop Breizh, Spézet, 2018
- RIO Bernard, Voyages dans l’au-delà. Les Bretons et la mort, Éditions Ouest-France, Rennes, 2013
- SATO Tomoko, Alphonse Mucha, La beauté Art nouveau, RMN/Mucha Foundation, Paris, 2021
- Syndicat d’initiative et de tourisme du Nord-Finistère, Bretagne. La Côte des Légendes. Brest et sa région (Finistère), Guide pratique du tourisme, Hamon-Trémeur, Rennes, [1926 ?]
Web
- Barbe d’Héliopolis, Wikipédia, consulté le 13/08/2021
- Dahut, Wikipédia, consulté le 13/08/2021
- Station 12 — Saint Maurice, Les Mémoires de Locronan, consulté le 13/08/2021
- Marine la Déguisée, Wikipédia, consulté le 13/08/2021
- MORVAN Françoise, Les Seiz Breur, art national breton et art totalitaire, Regionalismes.info, consulté le 22/10/2021
- René-Yves Creston, Wikipédia, consulté le 22/10/2021
- Seiz Breur, GRIB (Groupe Information Bretagne), consulté le 22/10/2021
- Telgruc : la fontaine de Saint-Divy (Sant Divi), Crozon-bretagne.com, consulté le 25/11/2021




























































Stella Polaris
3 janvier 2022
Je commente tard, mais waouh, quel article passionnant ! J’ai adoré le projet, alors en découvrir comme ça les coulisses… C’est juste inspirant, en fait. Ca donne envie de faire des projets porteurs de sens, au-delà de la beauté superficielle.
(Aussi, je suis allée lire les articles sur le nationalisme breton. Très important de rappeler encore et toujours l’insidiosité de l’idéologie totalitaire et raciste, merci pour ça.)
Marie ☽
1er février 2023
Merci beaucoup, ma chère amie ! Je pense en effet qu’utiliser l’art pour passer des messages, notamment politiques, est ce qui le distingue des arts décoratifs et du design.
(J’étais persuadée de t’avoir déjà répondu ; pardonne-moi pour cette réponse tardive…)
Lullaby
29 décembre 2021
Je prends enfin le temps de commenter par ici ^^ »
C’est un superbe et admirable travail que tu as fait là, ainsi que Marie-Morgane ! Chaque fois qu’un nouveau dessin était publié (je l’attendais avec impatience, déjà ^^), j’étais à la fois ravie au niveau beauté de l’image, mais aussi mon esprit ! Certaines légendes, je les connaissais déjà, et j’étais heureuse de découvrir votre version féministe (j’approuve !), d’autres, je les ai découverte avec ravissement !
Si un jour un livre se concrétisait, je l’acquérerai avec grand plaisir !
Merci pour ce beau billet qui présente les coulisses, les sources, c’est un gros travail qui a été fait, et le résultat est magnifique ! Bravo !
Marie
29 décembre 2021
Merci infiniment pour ton soutien tout au long de ce défi, Magali, ainsi que pour ton adorable commentaire ce matin ! 💜 Cela m’a beaucoup encouragée de pouvoir compter au fur et à mesure sur ton attention et ta bienveillance.
Pour être honnête, en me lançant dans ce projet j’avais un peu peur que, une fois que l’effet de nouveauté serait passé, tout le monde s’en ficherait rapidement et qu’il faudrait lutter pour obtenir un peu d’attention et de soutien. Non seulement cela n’a pas été le cas, mais grâce aux partages successifs – dont les tiens, merci encore ! –, peu à peu la rumeur s’est amplifiée et notre travail a pu toucher de nouvelles personnes intéressées par une Bretagne moins caricaturale et plus mixte.
Mealin
2 décembre 2021
La couleur te manquait peut-être, mais cela ne se sent pas du tout, chaque illustration de la série était top. Merci d’avoir pris le temps de raconter l’envers du décors dans ce billet, c’était (presque) aussi impressionnant que les dessins eux-mêmes que j’ai eu l’impression de complètement redécouvrir !
Bravo :)
Marie
7 décembre 2021
C’est hyper gentil, merci beaucoup !
Maud Amoretti
2 décembre 2021
Outre les somptueuses illustrations, toutes ces explications et tout ce travail de recherche inspirent!
J’ai relu le billet trois fois car je me régale à chaque lecture.
Bravo pour cette initiative magnifique!!
Marie
9 décembre 2021
Je suis hyper flattée par ton retour, merci infiniment Maud !!
Le Corner d'Evangeline
1er décembre 2021
Ces dessins sont tellement canons. C’est vraiment du beau travail.
Marie
7 décembre 2021
Merci de tout cœur !
Maïtané
1er décembre 2021
Merci énormément pour ce billet très détaillé. J’ai un amour particulier pour les séries, et là avec une série féministe et bretonne je suis totalement conquise.
Merci pour tous les détails sur les origines, les recherches, les lieux, les textes, les allers-retours, les choix graphiques, la façon dont vous avez réussi à vous compléter, le choix radicaux qui ont été faits <3
C'était passionnant, et si un tirage est réalisé un jour je suis très intéressée <3
En plus je trouve ton style graphique très affirmé et très élaboré sur tous ces dessins ! Quand on voit la richesse des "brouillons" et la proximité avec le résultat final qui a beaucoup d'intensité… Bref, j'adore, bravo pour tout ce travail <3
Marie
7 décembre 2021
Merci beaucoup Maïtané ! J’ai toujours adoré les making of et les coulisses de projets créatifs, aussi montrer les brouillons et expliquer ce que j’aurais pu mieux faire est quasiment un réflexe. Cela me fait super plaisir que ce type de contenu te plaise !
Alexandrine
1er décembre 2021
Votre InktoBreizh est très beau, et je vous (re) dis encore bravo à toutes les deux !
Et j’avais pas du tout capté cette histoire de bordures se rejoignant pour former un seul rectangle ! C’est très beau comme ça, tous les dessins réunis en un seul : on voit bien la continuité et les rapports entre eux.
J’ai retrouvé dans votre InktoBreizh ce qui continue de fasciner les gens aujourd’hui encore en Bretagne : ce mélange de « folklore », de paganisme récupéré (ou pas), et ce rapport étroit avec les éléments et la nature.
Comme tu connais déjà mon opinion sur certains sujets je ne reviendrai pas dessus.
Et mon arrière-grand-mère n’aurait certainement rien compris aux écritures : elle ne parlait pas le « breton unifié », mais bien le breton de Guémené-sur-scorff, du coup, pas sûr qu’elle aurait tout saisi…^^
J’ai beaucoup apprécié vous voir travailler toutes deux sur un sujet commun, et qui sortait de l’ordinaire. Encore bravo !
Marie
7 décembre 2021
Merci beaucoup Alexandrine !
Audrey
1er décembre 2021
Que de recherches et de travail, on voit que tu t’es sérieusement éclatée et c’est une réussite. Je suis ravie de pouvoir en lire plus sur les coulisses de ces dessins et sur les détails que j’avais ratés (la bordure pourtant si évidente !). Tu as une vraie étoffe d’illustratrice et j’espère que les vents (bretons ou non) te pousseront toujours plus loin dans cette direction. J’ai remonté ton Instagram par curiosité récemment, et que de progrès en très peu de temps, c’est fabuleux <3
Marie
7 décembre 2021
Merci infiniment Audrey !! J’ai une vague idée de ce que je réussis mieux à faire maintenant que par le passé, mais je n’ai pas de vision claire du moment à partir duquel ça a commencé à se voir. C’est vraiment précieux pour moi d’avoir ton retour à ce sujet.
Sempra
1er décembre 2021
Encore bravo pour l’accomplissement qu’est cet InkToBreizh !
Ca représente un travail de recherche énorme et une sacré endurance. Vous en ressortez avec une œuvre à quatre mains dont vous pouvez être fières !
J’ai adoré que tu décortiques ton (votre) processus créatif, c’est hyper intéressant (comme j’ai adoré voir tes brouillons à chaque publication).
Mes coups de coeur : Dahut pour toi et Sainte Onenne chez Marie-Morgane <3
Marie
7 décembre 2021
Oh c’est chouette de connaître tes préférées ! Merci *beaucoup* pour ton soutien tout au long de ce projet. 💜
Pimprenelle
1er décembre 2021
Ouah… estomaquée.
Par :
– la beauté et la finesse des dessins que je redécouvre un mois plus tard (la cohérence avec la bordure m’a tuée)
– les réalisations fabuleuses photo-dessin de Marius Heureuse que je n’avais pas encore vues !
– le don de raconter, de planter le décor, d’expliquer et mener la lectrice étape par étape, photos et références à l’appui
– les engagements derrière le projet
– l’ampleur des recherches et de l’investissement personnel
Vous brillez, toutes les deux.
Marie
7 décembre 2021
Merci infiniment, Pimprenelle ! 💜
Delphine
1er décembre 2021
Au milieu de tout ce billet très détaillé et très riche, j’ai eu un gros coup de coeur pour l’Ankou de droite <3
Marie
7 décembre 2021
Merci Delphine ! C’était le dernier dessin de Marie-Morgane, et elle s’est surpassée.