Plusieurs révélations me sont venues cette nuit, ou plutôt ce matin, tôt – j’étais réveillée à 3 h 30 du matin, et j’ai mis plus de deux heures avant de me rendormir : forcément, j’ai eu le temps.

La première révélation, c’est qu’après avoir blogué des années sans avoir aucune « niche » digne de ce nom, j’ai réalisé que ma niche à moi, ce sont les cogitations, quel que soit le sujet.

Ce n’est pas que j’aime me prendre la tête (peut-être que j’ai aimé ça, étant plus jeune, mais maintenant que j’ai la trentaine bien tapée, j’aspire à toujours plus de simplicité et de zen) – c’est juste que je réfléchis toujours intensément à tous les sujets qui me tiennent à cœur.

Quand j’essaie d’expliquer ça, me viennent toujours ces paroles de Tori Amos qui font partie de mon Top-5-des-paroles-de-Tori :

What’s so amazing with really deep thoughts?

Donc, ouais, ma niche, c’est ça : les really deep thoughts.

Et je crois qu’en me reconnectant à La Lune Mauve, je reconnais mon besoin d’avoir un espace personnel, semi public, pour garder une trace de toutes ces cogitations, ne pouvant tout garder pour moi et n’ayant pas, au quotidien, l’occasion d’en parler suffisamment pour me délester de ce flot incessant de pensées.

(NB : ce flot de pensées s’est quand même bien calmé depuis quelques années, et tant mieux, car à une époque c’était devenu invivable.)

In memory of when I gave a f@ck

C’est aussi la reconnaissance de mon besoin de me reconnecter (encore) à des personnes qui cogitent aussi beaucoup, de proposer des contenus un chouïa plus intenses et émotionnels que mes bonnes adresses à Londres, quoi. Je n’ai rien contre mes billets londoniens, en revanche je suis amère de voir que ce sont les seuls billets qui retiennent massivement l’attention, même des années après leur publication initiale, aux dépens des nombreux billets plus personnels et plus créatifs que j’ai pu publier sur mon précédent blog.

À un moment, j’avais l’impression d’avoir muté en guide touristique : les gens m’écrivaient par email pour me poser des questions ultra précises à propos de leurs futurs périples, en me demandant limite de tout organiser pour eux ! O_o

C’était vraiment devenu pénible, non seulement le côté sans-gêne, mais aussi parce que les autres contenus que je publiais, qui étaient, eux, plus personnels et plus créatifs, ne récoltaient pas le dixième de l’attention qu’attiraient mes billets « bonnes adresses » et « WordPress ».

Je crois que tout ça m’a aidée à comprendre l’importance d’avoir une niche bloguesque, en fin de compte. Même si j’ai longtemps résisté à cette idée, j’admets aujourd’hui que trop se disperser, éditorialement, attire des lecteurs peu souhaitables : des gens qui ne font que passer, qui tombent sur votre billet au hasard de leurs recherches dans les moteurs de recherche, et qui ne reviendront jamais. AU-CUN IN-TÉ-RÊT, humainement.

Moi, si je continue à bloguer, c’est vraiment pour établir une relation émotionnelle avec les personnes qui me lisent. Lorsque je publie quelque chose, quelle que soit la forme ou l’endroit, j’ai l’espoir secret que cela donnera lieu à des interactions intéressantes.

Que la publication de mes cogitations fera sauter le verrou des cogitations de celleux qui me lisent, et qu’ensemble, on pourra poursuivre la cogitation et, qui sait, peut-être s’engager ensemble sur la voie de l’apaisement.

Avec les années, j’ai appris que cette interaction avec ces âmes complices ne survient pas toujours au moment de la publication ; parfois, cela survient des années après, quand elles vous disent tout à coup que tel ou tel texte que vous avez publié jadis a trouvé un écho particulier en elles, et les a, dans le meilleur des cas, poussées elles aussi à écrire, créer, agir. (Entre nous : rien n’est plus gratifiant pour moi que ça. ♥︎)

Au fond, bloguer, c’est ça : c’est planter des graines pour l’avenir. Mais il faut bien choisir ses graines. On peut se lancer dans un jardin sauvage, mais ça va demander, paradoxalement, deux fois plus d’entretien (dixit mes beaux-parents, experts en jardinage de grande ampleur).

Alors qu’un petit jardinet, même limité en taille et en variété de graines, sera plus facile à entretenir et à apprivoiser. Il vaut mieux tenir soi-même une petite épicerie fine que travailler à la chaîne dans un supermarché.

Bon, mais je digresse un peu…

La seconde révélation que j’ai eue cette nuit, c’est que les trolls qui attaquent mon travail, que ce soit aujourd’hui ou à la grande époque de La Lune Mauve, sont des gens qui n’ont pas les clés pour comprendre ce que je publie, qu’il s’agisse de clés émotionnelles, psychologiques (empathie) ou intellectuelles.

Ce n’est pas un jugement de valeur ; à force de publier, depuis quasiment 15 ans maintenant (!), je vois bien quel est le type des lecteurs avec qui « ça le fait », avec qui je m’entends bien, qui s’intéressent sincèrement à ce que je fais, et qui apprécient ce que je publie au sens large.

Or, les trolls et globalement les gens qui me détestent et détestent les trucs que je fais, n’entrent absolument JAMAIS dans cette typologie.

Déjà, comme ils ont un a priori sur moi, ils ne me connaissent pas et n’apprennent pas à me connaître ; ensuite, je pense vraiment qu’il s’agit d’une catégorie de personnes qui ne partagent pas la même sensibilité que moi, et qui passent donc complètement à côté de ce que j’essaie de partager à travers mes diverses créations.

J’ai repensé à un tweet qu’un troll avait publié suite à mon billet consacré à mes cartes de vœux 2016 : il avait dit qu’il « ne comprenait pas le délire ». Je lui concède qu’il a vu juste : il ne comprend pas le délire. Déjà, il considère que ce que je crée et publie est « un délire » (jugement de valeur, donc), et il assume qu’il ne le « comprend pas », donc que sa perception ne va pas jusque-là, ou qu’il lui manque des infos, un contexte, ou de l’empathie pour pouvoir accepter ces contenus comme autre chose qu’un « délire ».

Donc voilà, de leur propre aveux, mes trolls « ne comprennent pas le délire ». Et vous savez quoi ? Ça me va très bien ainsi. Je peux même dire que je trouve ça vraiment cool ! C’est comme si vous et moi nous parlions un langage secret que les trolls entendent mais ne comprennent pas. Ils passent à côté d’un truc hyper fort qui se passe, et c’est tant mieux. Personnellement, je m’amuse mieux sans eux dans les parages.

Je suis soulagée d’avoir compris que je n’écris pas pour eux. J’écris pour des personnes qui me ressemblent, aussi narcissique que cela me semble, écrit comme ça : je cherche à me connecter à d’autres âmes sensibles, d’autres êtres ambivalents, aux expériences et aux sensibilités complémentaires aux miennes.

En retirant mes billes du jeu malsain de ma « communauté » professionnelle, j’ai de bonnes raisons de croire que je vais vite disparaître du radar des récents trolls auxquels j’ai été confrontée, et que cela va me faire le plus grand bien de continuer mon petit bonhomme de chemin grâce à un chemin alternatif, qui ne se trouve pas sur les cartes que l’on vend en supermarché.

Je suis contente de ne plus passer mes journées scotchée sur Twitter, à lire les tempêtes dans un verre d’eau successives qui agitent tout ce petit monde ; je suis contente de ne plus souffrir de tout ça, de ne plus lire ce qui peut me blesser, et de prendre doucement mes distances avec les personnes qui restent amies avec les gens qui m’ont publiquement blessée.

On fait tous des choix, à chaque moment de notre vie.

Le mien, c’est de faire mes petits projets créatifs dans mon coin, sans plus ressentir le besoin d’être approuvée à chaque instant par des personnes à qui tout m’oppose.

Edit : ce billet de Seth Godin.

Marie

Déjà 2 commentaires

  1. Ok, c’est peut-être bizarre mais la première chose à laquelle j’ai pensé en lisant cet article, c’est aux commentaires des mecs dans la rue (des trolls de rue ?) sur mon apparence. Plutôt que de me blesser, leurs remarques sur mes fringues de corbeau ou de mamie, sur ma taille ou mon poids, me font surtout penser que je suis bien contente de ne pas leur plaire : le jour où je plairai à des mecs comme ça, aussi bas du front, sexistes, et conventionnels dans leurs goûts, c’est qu’il y aura un gros problème ! (Parfois, j’appelle ça mon filtre à connards.)

    Répondre

    1. Je suis bien contente de ne pas leur plaire : le jour où je plairai à des mecs comme ça, aussi bas du front, sexistes, et conventionnels dans leurs goûts, c’est qu’il y aura un gros problème !

      Ah mais tellement ! Les trolls quels qu’ils soient tentent de prendre l’ascendant sur nous en nous méprisant et en nous le faisant savoir, mais il ne tient qu’à nous de ne pas leur donner ce pouvoir sur nous. J’ai mis du temps à le comprendre.

      Je pense que rien ne les fait plus braire que d’être ignorés par des créatures si différentes d’eux… Du coup maintenant, j’applique une politique 0% trolls sur mes blogs, sans aucun scrupule. Déjà que le simple fait d’avoir dû lire leur caca avant validation a souillé ma journée et mon esprit, je ne veux plus, en plus, leur faire l’honneur de publier leur méchanceté, tout en m’infligeant de recroiser de temps à autre leur pseudo, avatar et agressivité.

      Bon bien sûr c’est facile à dire pour Internet ; dans la rue c’est une autre paire de manches…

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser les balises suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Billets adjacents