Par un curieux coup du sort (ou à cause de Mercure Rétrograde), j’ai découvert plus de musique cool ces dernières semaines qu’en six mois.

Ma sélection mensuelle a donc été particulièrement difficile, tant je voulais vous parler d’albums différents.

J’ai fini par ne garder que le très meilleur. Attention, y’a du lourd !

Lingua Ignota – CALIGULA

Style : noise abrasive, opéra liturgique, death indus… Débrouillez-vous avec ça.

Life is cruel and time heals nothing. CALIGULA de Lingua Ignota est sans doute la plus grosse claque musicale que j’ai prise depuis… All Bitches Die de Lingua Ignota (qui était déjà ma plus grosse claque musicale depuis Anna Von Hausswolff).

Je ne sais même pas par quoi commencer tellement cette œuvre est plus grande que tout ce que je connais : dès les premiers instants, CALIGULA nous plonge dans un univers intime, viscéral, oppressant et furieux.

Kristin Hayter a décidé de garder les prises les plus laides et les moins féminines de sa voix pour accroître le profond sentiment de malaise et la souffrance qui transpirent par tous les pores de cet album.

Comme le dit l’article de Revolver (lien ci-dessous), cet album, c’est un peu comme si un service religieux était dévoué à la colère d’une femme.

It just blows my mind how much people hate women, how much the world hates women and how crushing it is to have more and more information and proof to that out there in the world… So I feel a great sense of responsibility in surviving with other women, like frantically trying to keep control of our fucking bodies.

Kristin Hayter, citée dans The Biblical Wrath of Lingua Ignota

Quelle CHANCE de vivre à l’époque où une artiste pareille émerge. Kristin Hayter a l’immense courage de disséquer en public les violences physiques, sexuelles et psychologiques qu’elle a subies – et, ce faisant, de faire de sa musique des hymnes pour toutes les femmes qui y ont survécu.

Mon morceau préféré : MAY YOUR FAILURE BE YOUR NOOSE (« que l’échec soit ton nœud coulant »).

CALIGULA : un album gigantesque, qui réussit l’exploit de rendre audible l’inconcevable. Album de l’année, sans hésiter !

Pour en savoir :

Oranssi Pazuzu – Värähtelijä

Style : black metal psychédélique

C’est grâce aux organisatrices du festival rennais Les Enlaidies que j’ai découvert Oranssi Pazuzu, d’excellents black métalleux finlandais.

Seulement attention, ici on ne parle pas du black metal de papa, avec sa production dégueulasse tapée sur un vieux magnéto des années 90 et ses thèmes embarrassants.

Non, ici on parle de ces nouvelles générations de musiciens biberonnés au black qui ont la créativité, le toupet mais aussi la décence de proposer des œuvres musicales plus sophistiquées mais tout aussi intenses.

Soyez prévenu·es : écouter Värähtelijä une première fois vous condamne à le réécouter encore et encore, comme si vous veniez de tomber dans une interminable spirale descendante et hypnotique.

Orbel – Beyond There

Style : post-rock bouleversant

C’est en suivant le fil tissé par Lisieux (dont je vous ai parlé le mois dernier) que j’ai découvert la musique d’Orbel.

Quatre morceaux à peine, mais bon sang, quelle intensité dès les premiers instants ! De tous, c’est Some Bones qui me sidère le plus : sorte d’invocation suicidaire d’une intensité rare, qui m’a laissée coite dès la première écoute.

La galette se termine avec The Coward, aussi doux en apparence qu’amer dans ses paroles – une beauté solennelle dont je ne me suis pas remise.

Beyond There, ce n’est pas vraiment du metal, pas vraiment de la folk, et je ne pense pas non plus que cela rentrerait dans les catégories habituelles des musiques dites gothiques.

Et pourtant… Orbel délivre – c’est le mot – des torrents de mélancolie, d’agressivité et de poésie sublimes qui rappellent mes trois styles musicaux de prédilection. Un groupe français à suivre de très près, d’autant que leur album sort à la rentrée (youpi !).

Public Memory – Wuthering Drum

Style : darkwave instinctive

Des bienfaits de la fonctionnalité « Lecture automatique » de Spotify, qui s’améliore chaque semaine, et grâce à qui j’ai découvert les paysages sonores de Public Memory, un trip hop hypnotique et sombre.

Quand cette musique fantômatique débarque dans tes oreilles au beau milieu d’une journée interminable, c’est un petit miracle.

Des morceaux courts, bien calibrés, mélodieux et éthérés à souhait, avec ce je ne sais quoi d’inquiétude qui rythme l’ensemble.

L’EP suivant, Demolition, est tout aussi délicieux.

Krzysztof Drabikowski – Панихида (Panihida)

Style : black metal liturgique

Ces idiots de Batushka se disputent le nom du groupe depuis des mois pour des raisons de gros sous, au point d’avoir demandé à la justice de trancher pour savoir à qui reviendra la marque.

Résultat : Krzysztof Drabikowski a perdu, et c’est sous son propre nom qu’il a été contraint de sortir ce nouvel opus, tandis que Bartłomiej Krysiuk a conservé la marque Batushka et a sorti, de son côté, Господи. Deux nouveaux albums de Batushka pour le prix d’un, donc.

Après plusieurs écoutes des deux disques, l’avantage artistique est clairement du côté de Drabikowski : ce Panihida est le digne successeur de l’immense Litourgiya.

Motanka – Motanka

Style : folk metal intense

Les Ukrainiens de Motanka ont choisi comme symbole une poupée de chiffon traditionnelle, censée porter bonheur.

Nul doute que cela leur a réussi, puisque après avoir gagné la W:O:A Metal Battle du Wacken Open Air en 2018, qui est probablement le plus gros festival metal au monde, les voilà déjà signés chez Napalm Records, qui est probablement l’un des plus gros labels metal au monde.

Je ne pensais pas aimer autant ce premier album, Motanka. Mais force est de constater que je n’ai jamais écouté du metal aussi lumineux, ni aussi vivant. Ça me touche.

La voix clair de Viktor Verba y est pour beaucoup, capable d’envolées lyriques totalement ahurissantes (en particulier sur Air et Oy Ty Moya Zemle).

Et quelle surprise de retrouver dans certains passages de bonnes vieilles vibes des années 90, façon Soundgarden. Quelle est cette diablerie ?

Non, vraiment, ça s’écoute très bien, et même si c’est un chouïa propret, difficile de ne pas se sentir pousser des ailes en écoutant cet album à fond la balle !

Dernière minute

Ah et avant de rendre l’antenne, je viens d’apprendre que tout le back catalogue de TOOL est enfin disponible sur Spotify et consorts. Il était temps !

Marie

Déjà 6 commentaires

  1. Que du bon (pour ne pas changer) :)

    Et dire que ces prochaines semaines on attend le nouveau Tool et le nouveau Cult of Luna <3

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    1. Oh yeah ! La rentrée va être chaud bouboule !

      Répondre

      1. Je viens de lancer Motanka et wow (j’avais pas encore eu l’occasion d’y jeter une oreille). Comme tu le dis, il y a une grosse vibe 90s dans le truc.

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  2. Ah ! Lingua Ignota ! Jusqu’à ce que tu en parles, je ne connaissais pas du tout. Son album Caligula, après une première écoute en pointillés, tourne régulièrement dans mes oreilles depuis (toujours en pointillés). Pourtant, je n’aime pas le genre noise (dominant sur certains morceaux), mais cet album est un tel bijou, inclassable, et surtout d’une puissance rare ! Que j’ai été époustouflée dès la première écoute. Je pense d’ailleurs que c’est la raison de mon écoute « en pointillés », car les morceaux m’emportent tellement loin, sur une vague émotionnelle si forte, que par prudence, je préfère « doser » ^^
    Un besoin de dosage qui vient aussi sans doute du fait qu’avant de me lancer dans l’écoute de Caligula, j’écoutais souvent l’album Animism de Tanya Tagaq, qui est très « primaire » lui aussi (dans le sens : re-connection à sa part animale, aux émotions dans ce qu’elles ont de plus cru). Du coup ça faisait beaucoup mais bon sang, qu’est ce qu’est puissant ! Une claque, c’est le mot, un raz-de-marée même (pour Caligula)
    J’ai aussi été séduite par Public Memory. L’atmosphère qui s’en dégage est à la fois sombre, mais pas dénuée d’espoir, avec quelques petites sonorités NINesques bien sympathiques. La voix de la chanteuse me rappelait par moment aussi celle de Collection d’Arnell Andréa.
    En tout cas, grâce à toi, ma playlist s(enrichit encore ! Merci ! :)

    Répondre

    1. Merci beaucoup Lulla pour ton retour, si sensible. En effet, ce sont des musiques qui ne se consomment pas « comme ça », ce sont de véritables œuvres d’art contemporain. En écrivant cela, je me souviens avec tendresse de ta découverte de Rosa†Crvx, via LLM aussi je crois ! :)

      Répondre

  3. Absinthia Taetra

    12 août 2019

    Bien le bonsoir Marie.
    Merci pour ton message. Bon courage pour la lecture de mon pavé;)
    J’ai eu le temps de parcourir une petite partie de ton blog. Car je joue un peu trop les mamans poule, mais la santé de notre vieille minette de 22ans commence sérieusement à décliner, alors on l’accompagne…jusqu’au bout.

    Hâte de lire tes articles. La première question qui me vient à l’esprit est la suivante : As tu toujours eu le même pseudo? Et une autre, peut être que ces pseudos te disent quelque chose : frozenqueen, defborg, Marie elfe, Mistabys, Beatrick, Stellarys Reine Lezard….
    Le mien était arckanumforest sur skyblog. Je l’ai supprimé sur un coup de tête , quand je voyais que 2 blogueuses qui se haïssaient venaient se crêper le chignon sur mon blog en plus de leurs blogs respectifs.
    En ce qui concerne Twitter, je ne connais pas mais le peu que j’ai pu voir m’a vite fait passer l’envie de me créer un compte : quand je vois à quel point cela peut être énergivore au niveau du temps mais également de l’énergie, rien qu’à voir comment ça se frite sur les forums de protection animale, avec parfois des gens bornés et ignorants. Les débats virtuels me mettent vraiment mal à l’aise . Et je crois que j’ai de plus en plus de mal avec le voyeurisme virtuel (linkedin,

    Tu es donc allée à l’expo sur les cabinets de curiosités de Landerneau ? Quel est ton ressenti ? Le déplacement vaut il le coup ?

    Je lis au fur et à mesure tes articles, je préfère prendre temps de les lire au calme et de m’en imprégner. J’ai adoré ton article sur les brocantes, les préparatifs, le marchandage, le plaisir de chiner au cul du camion, quand la ville est encore endormie…

    Nous habitons non loin de Rennes à Vitré. Et nous avons élu domicile dans un ancien prieuré Bénédictin Restauré (notre voisin étant quelque peu bruyant si on n »y est pas habitué : le clocher de l’église )
    Peut être l’as tu déjà visité ? Une ville complètement ambivalente qui ne fait pas dans la demie-mesure : soit des grenouilles de bénitier pleines aux as, leurs costumes tirés par 4 épingles, ou bien ceux qui triment et travaillent en usine et qui n’apprécient guère plus le changement que les premiers. Et quand on travaille dans le milieu culturel et associatif et bien il faut mieux rester discret
    Le regard des gens ici est tout de même assez pesant !
    Et forcément avec nos cheveux longs, et notre style vestimentaire , tatouages… Autant dire que l’on ne passe pas inaperçu.

    Encore de chouettes découvertes musicales ! J’aime beaucoup Orbel.
    Batushka est passé à Rennes l’an dernier. Tu y as été ?

    Je vois que tu es une amoureuse du Bestiaire Fantastique  : Harpies, Phénix, Krampus, Mélusine , d’ailleurs je ne connaissais pas du tout ce peintre russe pour les Harpies ! Merci , Merci, Merciiiiiiiii

    Et bien pour venir boire un verre à Rennes c’est avec grand plaisir !

    Voilà, sinon sur le plan musical pour te rendre la monnaie de la pièce^^
    Et bien je te conseille de prêter une oreille à cet album : Novemthree/Sangre De Muerdago – Braided Paths
    Et côté Black à ce morceau : A Forest of Stars – Gatherer of the Pure (rien que le clip du morceau est sublime!)

    Je te souhaite une bonne fin de soirée.

    A la Revoyure;)

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