Après plusieurs semaines de disette, j’ai enfin pu mettre la main sur un exemplaire du DVD Tori Amos Live at Montreux.

J’ai aussi acheté la version CD, présageant que ces enregistrements égaleraient – voire surpasseraient – en qualité et en émotion l’avalanche de bootlegs officiels que la torride Tori nous a vendus ces dernières années.

Tori Amos Live in Montreux

Fougue et fraîcheur

Une fois réglés des problèmes de lecteur DVD récalcitrant, je me suis plongée dans ces concerts certes courts mais d’une intensité poignante, révélant comme je l’espérais toute la force de Tori Amos en live. A savoir: juste une fille et son piano (ici, pas encore de Bösendorfer, mais un Yamaha CP70 de bonne facture), et un énorme sac émotionnel à vider.

Ce qui m’a le plus frappée, c’est la fraîcheur de ces performances, pour ne pas dire leur brutalité émotionnelle.

A l’image du corps de la musicienne qui ne tient pas en place, se déhanche et se contorsionne autour d’un micro curieusement placé, Tori Amos livre ici une interprétation fougueuse, entière et brute de pomme de chansons devenues cultes: Crucify, Precious Things, Silent All These Years, ou encore Me and a gun, implacable, glaçante, prenant le public de court et lâchant – c’est le moins que l’on puisse dire – le pavé du viol dans la marre.

Une star en devenir

Comme ne manque pas de le souligner le petit livret glissé dans le boîtier du DVD, il y a un fossé entre la première performance – celle de 1991 où Tori assure la première partie des Moody Blues, le teint en vrac, l’attitude fuyante, où elle joue pour la première fois des morceaux de Little Earthquakes, qui à cette époque n’est même pas encore enregistré – et la seconde performance – celle de 1992 où Tori est une star en devenir grâce au succès inespéré de son premier album.

En 1992, l’attitude de l’artiste est assez hautaine – la musicienne stoppant net le concert au bout de cinq minutes pour demander au premier rang de bien vouloir la fermer quand elle joue (habitude qu’elle gardera d’ailleurs au fil des années – certains coups de gueule sont ainsi immortalisés sur plusieurs bootlegs).

En 1991, l’inconnue aux cheveux de feu et parée de bleu fait quelques fausses notes, oublie ses propres paroles, raconte un peu maladroitement des instants de sa vie.

Tori Amos Live in Montreux

L’année suivante, Tori Amos envahit l’espace, cette fois parée d’un rouge assorti à une bouche vorace, interprétant chacun des morceaux de sa setlist avec une nonchalance passionnée mais vaguement détachée:

My attitude by then was more like, « Right then! » I went out to impress. The person that played in ’91 didn’t know anything about the music press and their blades, but the person that played in 1992 knew all about those blades. There has to be something about your energy on stage playing on your own that is just bigger than life. The trick is you have to plug in, and become a container for thos 220 volts.

Tori Amos, Q magazine, juin 2008

Tori Amos en concert, c’était ça: une pianiste éhontément douée, capable de provoquer des frissons d’un seul accord; une jeune-femme en devenir, totalement habitée par ses morceaux qu’eux et elle semblent converser tout du long, dans une bulle sonique fracassante, à l’abri du monde.

Tori Amos est alors un diamant brut, un joyau sinon impoli du moins non policé, une force vive de la nature qui remue les braises à coup d’ivoire, tantôt caressé, tantôt frappé, accédant sans doute à la Source la plus intense par la même occasion.

Un DVD incontournable

Le DVD Tori Amos Live at Montreux 1991-1992 est certainement le DVD incontournable à posséder pour quiconque aime la musique introspective, licencieuse et passionnée de cette Américaine adoptée par l’Angleterre – une porte menant à une époque fondatrice et malheureusement bel et bien révolue.

Le mixage du DVD est d’une qualité impressionnante, conservant toute la dynamique de ce concert acoustique et à fleur de peau. En somme, un DVD qui contraste en tout avec le son surproduit du DVD précédent, Welcome to Sunny Florida. On regrettera simplement la similarité des deux tracklists successives, ainsi que la brièveté du DVD (chaque concert ne dure que 45 minutes) et son manque de bonus.

Vous avez vu le DVD? Qu’en avez-vous pensé?

Marie

4 commentaires

  1. Pas vu, mais tu donne envie là avec ta chronique!

  2. C’est fait pour ça! :) Je te le conseille, si tu as l’occasion de le voir.

  3. Ah ça oui, ça donne terriblement envie..
    Je ne vais vraiment pas tarder à le regarder ce DVD !

    Je me souviens d’avoir lu ton commentaire du dvd « Welcome to Sunny Florida » sur ton site aenymia..
    Tu parlais d’un « beau ratage » ou un « beau gâchis », je sais plus exactement.. Ca m’avais beaucoup rassurée car je m’attendais tellement à un truc énorme (surtt pour le tout 1er dvd de la rousse enchanteresse !) que j’ai été quand même bien déçue.

    Deux clients d’amazon.fr avaient rédigé deux critiques très favorables.. Je crois qu’à l’époque, j’avais dû écouter une ou 2 fois « Scarlet’s Walk », qui fut le 1er album découvert de Tori, juste après l’écoute du best-of « Tales of a librarian » (qui est super, n’est-ce pas ?  :) ).

    Tout comme toi, j’avais eu du mal à vraiment m’imprégner de cet album. Bon, faut dire aussi que j’avais lu plusieurs fois les propos de fans décrivant leur déesse et sa musique à coup de « la folie Tori », et souvent ils adoraient également Björk.
    Je m’attendais à quelque chose d’explosif.. c’est pourquoi l’album Scarlet m’a un peu décontenancée.
    Du coup, après avoir vu le dvd, j’ai préféré écouter plus souvent d’autres albums, notamment « Boys for Pele » ou « From the Choirgirl Hotel » qui sont d’ailleurs particulièrement « expressifs » ;)

    Pis, en 2002 dans un magasine de rock (sais plus lequel..), j’avais lu un billet qui m’avait carrément donné l’eau à la bouche..
    C’était pour la tournée 2002 je crois, il me semble que c’est celle de Scarlet’s Walk ? Le/la journaliste avait décrit Tori comme étant la seule à pouvoir provoquer un grand frisson à une salle toute entière.

    Enfin heureusement, j’ai redécouvert comme il le faut ce bel album subtil depuis.. Par contre, je regrette toujours, (comme pour « The Beekeeper » d’ailleurs) de ne pas entendre plus distinctement sa voix. Oui, je chipote lol !

    Ce qui est justement extrêmement agréable avec l’album « Under the Pink » c’est son aspect hyper acoustique ; on perçoit bien la voix de Tori, sa puissance émotionnelle et ses tonalités variées  :D !

    Bon allez, assez parlé !
    Comme toujours, tes mots à la fois fervents et sobres sont un régal à lire..
    :))

  4. En plus, dans le live de Sunny Florida, ce qui est frustrant voire agaçant au moment où elle chante « Professional Widow », c’est qu’elle omet « fucker » (.. »Star fucker/just like my daddy/selling his baby »..) ;
    tout comme lorsqu’elle ne prononce pas du tout « come » dans « Precious Things » .. « So you can make me come/that doesn’t make you Jesus » (une phrase qui vaut de l’or, typique du franc parler de Tori il me semble ;) !).

    Sinon, ya une touche plus positive : le coffret spécial de « Scarlet’s Walk » est très beau, avec dans le dvd les bien nommés « Treasures » et surtout la carte dont le concept semble plus élaboré encore que le plan de carte dans le livret de « From a Choirgirl Hotel » _ quelle imagination fertile, cette Tori  :)

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