Ciel breton (5)

Alors que le bourg est encore plongée dans la brume, je m’élance.

Chaque matin, la lumière décroît. Je fends ce dernier bout de nuit, les yeux encore humides, la démarche un peu mécanique – la caféine tarde à agir.

Le chemin est court. C’est l’occasion de humer l’air et d’écouter le silence.

Ciel breton (4)

Quelque part, dans un autre espace temps, mon double dort encore paisiblement, rechargeant ses batteries avant d’affronter le Monde, la Puanteur et le Vacarme.

J’ai une pensée pour ce moi d’avant, avant de refermer la porte sans bruit.

Ciel breton (6)

Le train fend la nuit, et le brouillard recouvre tout. Après des mois d’agitation et de nervosité, les choses commencent enfin à se calmer.

Certes, il me reste à prendre ce nouveau rythme dont on m’a tant parlé. Mais la tâche de fond a disparu : ce signal d’alarme permanent auquel j’avais fini par m’habituer s’est éteint, sans que je sache dire à quel moment cela a eu lieu.

Ciel breton (7)

Pendant tous ces allers-retours en train, j’ai le temps – bien sûr – de cogiter.

Déménager, dans mon cas, ce n’est pas juste changer de logement : c’est découvrir non pas une, mais deux nouvelles villes, faire la connaissance de nouveaux visages, gagner en qualité de vie, me remettre à conduire, imaginer de nouvelles sorties et de nouveaux loisirs, tisser de nouveaux liens, me fondre dans le paysage, clore certains chapitres, me rapprocher de la nature, me remettre à écrire, éviter soigneusement qu’on me qualifie de « Parisienne ».

Ciel breton (3)

Après des mois d’attente, je m’autorise enfin cette lente détente, ce bonheur simple de n’avoir plus rien à faire.

Et tant pis si j’échoue lors des interrogatoires carriéristes. Tant pis si la réaction d’autrui me renvoie une fois encore à ma différence. Ne pas faire comme les autres n’est pas ma devise : je suis juste dessinée comme ça, lassée d’avoir à me justifier.

Ciel breton (2)

Bientôt l’automne, et le début de ces mois plus froids, plus singuliers, où on peut s’habiller tout en noir, porter des vestes, des pulls et des Doc Martens sans que personne ne s’en offusque.

En attendant, je vis ce mois délicat, cette phase de transition, avec la précaution d’un chat qui découvre sa nouvelle famille.

Dehors, le soleil s’est levé. Je m’élance.

Ciel breton (1)

Marie

17 commentaires

  1. Magnifique billet plein de poésie avec ces jolis nuages <3
    On sent que tu assures le contre coup de ces mois de stress. Tant mieux si tu commences enfin à respirer et savourer. Je pense que c'est normal d'avoir un temps d'adaptation.
    J'avoue que le fait de pouvoir conduire me fait un peu rêver. Un jour il faudra que je recompte sur cette possibilité ^^
    Ça m'a fait sourire ce que tu as dit que les interrogations carriéristes…
    L'hiver est aussi synonyme à mettre des jupes, bottes, collants sans être emmerdées.
    Des bisous

    1. Merci Ally ! <3

  2. C’est doux et paisible, et je m’imagine dans une dizaine année m’éloigner moi aussi de la capitale, vivre plus paisiblement.

    Très belles photos, très bel article! J’adore.

    Merci pour cette petite escapade.

    1. Merci Candice ! <3 Ça me fait plaisir de te lire par ici :)

      je m’imagine dans une dizaine année m’éloigner moi aussi de la capitale, vivre plus paisiblement.

      Vers quelles contrées irais-tu ? Le Danemark, pour de vrai ?

      1. Je sais pas, ça dépends de beaucoup de choses. Mais j’aimerais bien aussi avoir une maison tranquille à la campagne pas trop loin (en Seine et Marne par exemple, je suis fan de ce département qui regorge de pépites). Mais le Danemark si seulement! Moi je trouverai du travail, ma moitié, ça sera plus difficile.

  3. Ah, quelle poésie!

    Je t’admire beaucoup pour ton choix de vie, te lire me réconforte. C’est à dire qu’il me reste une année d’université et puis je ne sais pas trop quoi faire de ma vie, et savoir qu’on n’est pas obligés de « faire comme tout le monde », c’est rassurant.

    Et vivement le retour du noir et des Doc Martens! ;)

    1. Hello Alia ! :) Merci pour ton commentaire !

      Je t’admire beaucoup pour ton choix de vie, te lire me réconforte. C’est à dire qu’il me reste une année d’université et puis je ne sais pas trop quoi faire de ma vie, et savoir qu’on n’est pas obligés de « faire comme tout le monde », c’est rassurant.

      Ça me touche beaucoup tout ça ! :*)

      J’ai eu un parcours assez alambiqué depuis que j’ai eu le bac, et même avant ça, j’ai eu pas mal d’espoirs contrariés. Donc j’ai l’habitude de sortir des chemins battus, et aussi de remettre en cause mes aspirations, de cogiter dessus pendant longtemps avant d’être sûre qu’il s’agit du bon choix.

      Parfois, j’aurais bien eu besoin de lire ce genre de billet, d’être rassurée… Cela me semble naturel aujourd’hui de combler ce manque, plusieurs années après.

      Aussi, si ça t’aide et t’encourage, c’est vraiment la meilleure chose que je pouvais immaginer !

  4. Allez, juste merci pour ce joli billet, poétique et revigorant juste comme il faut ! <3
    Je te souhaite une douce bonne transition et une bonne rentrée !

    1. Merci pour ton petit mot, Hélène ! C’est doux à lire également ^^

  5. C’est la première photo de ciel que j’ai prise, le lendemain de mon emménagement. ^.^ #Bretagne #FTW

  6. C’est un bel article, et joliment illustré. Le lire c’est un peu comme aérer la pièce, la pollution de la ville en moins….

    Le problème des voyages en train c’est qu’il faut parfois aller à 300km/h en TGV pour voir (ou sentir) le monde ralentir, une sorte de bullet time IRL, on est dans une bulle, une parenthèse, qui nous déphase avec le reste du monde (encore plus sur un Lyon – Paris où la couverture réseau laisse à désirer) et cette « stase » amène parfois à de sacrées réflexions… Du moins c’est ainsi que j’ai vécu les 40h de trains en 60jours que j’ai dû faire récemment.
    Mais au final, ce qu’il y a de mieux avec les trains, ce sont les retards… Dans la vie de tous les jours, quand nous sommes en retard : on court pour le rattraper. Le stress suit le rythme cardiaque dans sa montée effrénée et où essaie de courir après un temps qui nous filera entre les doigts quoiqu’on fasse.
    Alors qu’en train, si jamais il s’arrête 2h en pleine voie, on n’y peut rien, on attend, on accepte, on se résout à subir, mais surtout à relativiser. On va profiter de ce temps imposé pour finir son livre, pour rattraper sa nuit, pour regarder les gouttes de pluie glisser sur la fenêtre de manière saccadée, en imaginant qu’elles font la course et s’apercevoir qu’on n’avait plus pris le temps de les contempler depuis bien longtemps…

    Pour le reste, les changements de rythme dans la vie passe toujours par une phase de transition, plus ou moins marquée. La faiblesse du manque de repère se fait oublier au profit de l’émerveillement qu’on a à les découvrir, c’est comme se glisser glisser sur un cours d’eau et découvrir de nouvelles choses à chaque coude de la rivière. Même si on hésite, on se redécouvrir craintif, peut-être même méfiant, mais comme le dit le proverbe : « ce n’est qu’en s’armant de courage, que celui qui a peur du noir peut contempler l’aurore ». (j’irai le déposer à l’INPI demain)

    En te souhaitant que cette transition se passe comme tu le souhaites.

    PS : Dans l’absolu, les personnes qui ne te trouvent pas normale sont celles qui sont différentes (et vice versa, preuve qu’en fait ça ne signifie pas grand chose ^^ )

    1. Merci Philippe ! Tes réflexions sur le voyage en train sont très similaires aux miennes. Le temps semble s’arrêter un peu, parfois.

      Par contre :

      Mais au final, ce qu’il y a de mieux avec les trains, ce sont les retards…

      Ah non, hein ! Surtout pas le vendredi soir, quand tu as hâte de rentrer chez toi, et que tu te prends 1h10 dans les dents… :-P

      1. Tu as tout à fait raison :)
        C’est juste que mon dernier retard (de plus de 2h quand même) était un lundi matin et ça n’avait pas eu trop d’incidence sur le boulot, du coup c’était presque bien tombé ^^ Et j’avais été étonné par le calme ambiant du wagon (ou alors ils finissaient leur nuit).

        Mais quand on rentre chez soi où que c’est important, là oui c’est plus une séquestration (toute proportion gardée) qu’autre chose.

  7. Oh la la que cet article me touche et trouve écho en moi …

  8. Pour reprendre le terme d’Alia, c’est juste tout à fait ça : cet article, petite échappée dans ton monde, et les photos sont réconfortants. C’est bon de te lire Marie :)
    A l’aube d’un changement pour moi aussi, (de moindre envergure) voir que les choix pris en son âme et conscience, sans se soucier des autres sont bien souvent ceux qui nous conduisent sur le bon chemin, c’est réconfortant aussi
    Belle journée

    1. Merci pour ton petit mot, Viny ! C’est bon de te lire aussi. ^.^

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