La vie des cheminots

Septembre s’en est allé : un mois de plus bouclé dans cet interminable défi 365.

Septembre, ce mois mal aimé qui nous voit reprendre le chemin du boulot et replonger dans la routine, avec ce soleil radieux qui chatouille le museau et donne envie d’aller partout sauf dans un bureau.

Oui : le monde doit savoir qu’on entame notre cinquième semaine non-stop de beau temps en Bretagne et affiliés.

Une rentrée un peu spéciale

Ma rentrée à moi a été un peu différente des autres années : j’ai repris le boulot dans un autre endroit, avec de nouveaux collègues, en changeant radicalement mon trajet, mes horaires, mes pauses déjeuner…

Château des ducs de Bretagne, Nantes

Quand je rentre le soir dans mon petit quartier rennais, et que le soleil se couche sur les toits d’ardoise, les chats du quartier sur les talons, je réalise le chemin parcouru.

J’ai attendu ces instants avec tant d’impatience, je les ai tellement imaginés, j’ai passé tellement de temps à tenter de savoir à quoi ce quotidien ressemblerait, que je ne réalise pas encore très bien ce qui se passe dans ma tête et dans ma vie.

Je ne parle pas vraiment de déboussolement. Je me sens plutôt détentrice d’une immense et soudaine liberté, que je n’ose – ne sais ? – pas encore bien manier.

Réalité

Sortir de ma coquille

Curieusement, ici, je me sens libérée d’une certaine chape de plomb sociale.

Rennes est un terrain de jeu tout neuf, à taille humaine, et où j’ai déjà eu l’occasion de faire quelques rencontres rafraîchissantes et inspirantes, notamment lors des ½ Pixels de septembre. (Fait amusant : j’ai été désignée spontanément comme « La Fille qui tweete » !)

À Paris, la moindre sortie me tétanisait. Mettre le nez dehors prenait d’immenses proportions : prendre le métro, prévoir les correspondances, se préparer psychologiquement à devoir affronter la faune du métro, être sans cesse sur la défensive, supporter la foule, se faire bousculer, faire semblant que le harcèlement de rue n’a pas d’importance, supporter les décibels qui ne baissent jamais, sentir sans arrêt cette odeur épouvantable…

Et si, en plus, c’était pour assister à des évènements dispensables, où je devais faire l’effort de sociabiliser avec des gens qui parlaient surtout d’eux, c’était le pompon.

J’ai quelques souvenirs atroces de soirées où je me suis forcée à aller – en me disant « c’est pour mon réseau ! », tel un bon petit perroquet bien dressé – et où, rapidement, je me retrouvais toute seule à faire le piquet dans un coin.

Le Chartreux dans son environnement naturel

Je me suis souvent demandé ce que je foutais là, et pourquoi je perdais mon temps si précieux à subir des moments aussi inintéressants, ma curiosité ethnologique ayant ses limites.

(Petite pensée pour ces longs instants à débattre intensément avec moi-même pour savoir si je rentrais enfin chez moi, ou si je continuais à jouer la comédie encore une heure ou deux.)

Maintenant, je sais que pour certains, ces moments collectifs en dehors du boulot sont très importants, ça rythme leur semaine. Combien de fois ai-je entendu : « Il faut s’amuser dans la vie ! » ?

Quand je dis que les soirées m’ennuient et que je suis bien chez moi, il y a toujours un petit malin pour me rabattre le caquet, comme quoi je « fais ma timide », je « ne suis pas marrante », je « suis bizarre » – bref, j’ai l’habitude d’être le mouton noir quand je refuse de me joindre au groupe en liesse.

Chelfie

Mon temps libre est une denrée trop rare pour être sacrifiée dans des moments qui me sont désagréables.

Le côté social à tout prix, le côté communautaire à tout prix, le réseautage agressif, « mais tu comprends c’est plus que des collègues, ce sont des amis ! » – voire, pire, « c’est ma deuxième famille ! » – tout cela, ce n’est pas pour moi.

Bien que je ne sois à Rennes que depuis quelques semaines, je ressens déjà plus de simplicité dans les échanges. Des trucs qui auraient pris des proportions terribles à Paris se font rapidement. Les portes sont ouvertes, et il n’y a jamais d’obligation ni de raillerie-représaille. Les rencontres sont plus faciles, il y a moins de snobisme.

L’œil du cyclone

Bref, cette longue tirade pour dire quoi ? C’est juste que, parfois, on a le sentiment d’être exactement là où on est censé-e être, à cet instant précis, cet instant-.

C’est exactement ce sentiment que j’ai.

Je ne sais pas s’il durera longtemps, ni si ma route s’arrête ici – j’en doute –, mais j’aime ce moment-ci et j’y suis attachée.

Happy go lucky

Cela étant dit, avoir quitté Paris pour « la province » (ce mot typiquement parisien !) et en avoir parlé publiquement s’accompagne quand même de quelques inconvénients.

Par exemple, on pense que, parce que je vis maintenant en Bretagne, je suis forcément disponible 24h sur 24/7 jour sur 7 pour aller boire un verre, manger un morceau voire pour héberger le tout venant sous prétexte qu’on-se-connaît-de-Paris-ou-d’avant.

Street art rennais

Certaines connaissances, qui ne me contactaient jamais quand j’étais à Paris, manigancent déjà pour venir me voir, avec des plans très précis quant à ce qu’ils feront une fois sur place, sans même me demander mon avis.

Ils imaginent sans doute que je ne verrai pas d’inconvénient à leur prêter un lit, à remplir leurs verres et leurs assiettes, et à préparer leurs itinéraires…

Ça me fait un peu bizarre. Il faut vraiment mal me connaître pour penser que mon goût immodéré pour la solitude s’est estompé avec les kilomètres !

Et puis sinon… merci

L’autre truc que je retiens aussi de ces premières semaines dans ma nouvelle vie, c’est tous les témoignages que j’ai reçus, de vive voix ou par Internets interposés, de personnes qui se tâtent de déménager, de changer d’air, ou qui sont à deux doigts de sauter un pas important dans leur vie, et qui m’ont remerciée d’avoir partagé mon expérience sur mon blog, me disant à quel point cela leur fait du bien de voir que c’est possible.

Bonjour Nantes !

Je ne peux pas vous dire à quel point vos commentaires, vos emails et vos petits mots ici et là me touchent.

Merci d’être là, de me lire, mois après mois, d’emprunter un instant les cheminements tortueux de mon esprit, d’avoir la patience de découvrir ce que j’ai envie de partager avec vous.

Ce blog fêtera ses huit ans en novembre, et, loin d’en avoir marre, j’espère mettre à profit mes déplacements incessants pour écrire davantage. S’il y a des sujets qui vous intéressent en particulier, n’hésitez pas à m’en parler :)

Une carte bien typique
Piloutage

Marie

26 commentaires

  1. C’est des photos et des mots qui font très plaisir à lire.
    ça fait vraiment plaisir de voir que tu te fais à ta nouvelle vie :)

    Et ne te laisse pas squatter!!! :D

    1. Merci Nan’s ! :)

      Et ne te laisse pas squatter!!! :D

      Ça compte, le squattage par chat ?

      1. Non le chat il a le droit, puis il est tellement mignon que c’est très très difficile d’y résister je trouve.

        1. C’est vrai ! ^.^

  2. Carine Reignault

    6 octobre 2014

    Cela fait plaisir de constater que tu te sens bien dans ton nouvel environnement. Profites bien! ;-)

    1. Merci Carine ! ^.^

  3. J’aurais pu écrire ce que tu ressens mot pour mot (ou plutôt tu as écrit ce que je ressens ;) )

    J’ai quitté Paris pour tout ce que tu as cité plus haut pour Rennes également, y’a 2 ans, et ca fait plaisir de voir qu’on est pas la seule à se sentir plus libre ici :)

    Je te souhaite que ca continue :)

    1. Salut Callie, sois la bienvenue par ici ! :)

      C’est chouette de savoir que tu te plais toujours à Rennes, deux ans plus tard. Sais-tu où on peut manger le meilleur cheesecake de la ville ? C’est une info importante pour la gourmande que je suis :-p

      1. J’aime celui du « Thé au fourneau » aux portes mordelaises mais j’en ai pas testé suffisamment pour le déclarer meilleur de la ville :)

        1. C’est vrai qu’il est très bon ! Mon prochain test : celui du Frogs :-P

  4. Raphaël Y.

    7 octobre 2014

    Super ! D’un autre coté ça me parait pas très dur de s’adapter à la vie hors de Paris. Beaucoup moins de pression sociale, plus de temps, plus de temps passé dehors…

    1. Y’a sûrement des gens qui trouveraient ça ennuyeux… (Je pense à certaines de mes amies épidermiquement parisiennes.)

  5. Allez, avoue : tu es payée par l’office du tourisme rennais ? 5e semaine de beau temps, gnagnagna…
    Blague à part, je suis ravie de lire tout ça, et j’espère que si jamais je me décide à faire un tour par chez toi tu seras effectivement dispo pour boire un verre ;-)

    1. Plutôt deux fois qu’une, très chère ! :)

  6. Nicolas Hoizey

    7 octobre 2014

    Hello Marie,

    Heureux de voir que tu te plais bien dans ta nouvelle vie, mais javais peu de doutes ! ;-)

    Je trouve dommage que tu te sois forcée à « assister à des évènements dispensables, où [tu] devais faire l’effort de sociabiliser avec des gens qui parlaient surtout d’eux », le réseau doit se faire naturellement, il ne faut pas le forcer, sinon il est instable, battis sur des sables mouvants, toujours à la limite de l’écroulement. Il doit surtout être un moyen, jamais un objectif. Et sa qualité importe bien plus que ça quantité, comme souvent.

    J’espère que cette distance que tu arrives maintenant à prendre —je ne parle pas des kilomètres—, t’aidera à avoir progressivement un autre regard sur Paris et les quelques parigots de valeur qu’il y reste, loin de cette rancœur que je sens pointer dans tes propos… ;-)

    Bises.

    -Nico

    1. Salut Nico !

      le réseau doit se faire naturellement, il ne faut pas le forcer, sinon il est instable, battis sur des sables mouvants, toujours à la limite de l’écroulement. Il doit surtout être un moyen, jamais un objectif. Et sa qualité importe bien plus que ça quantité, comme souvent.

      Tout à fait d’accord avec toi.

      J’espère que cette distance que tu arrives maintenant à prendre —je ne parle pas des kilomètres—, t’aidera à avoir progressivement un autre regard sur Paris et les quelques parigots de valeur qu’il y reste, loin de cette rancœur que je sens pointer dans tes propos… ;-)

      Oui, je comprends que tu aies cette impression.

      Je n’ai pas de problèmes avec « les parigots » ou ni avec les individus en général (il y a d’ailleurs quelques Parisien-ne-s qui me manquent !) – ce sont les groupes qui me mettent mal à l’aise.

      Si je parais rancunière, c’est que je garde de mauvais souvenirs des quelques fois où je me suis sentie contrainte d’assister à tel ou tel évènement.

      Les fois où j’ai accepté malgré tout d’y assister, j’étais tiraillée entre, d’une part, ma tendance innée pour la solitude, et, de l’autre, la volonté de ne pas faire trop ma sauvage, de faire acte d’ouverture.

      Mais, au final, c’est toujours moi qui ai pris la décision d’y assister (ou pas). Donc, si rancune il y a, elle ne concerne que moi.

      J’ai bon espoir que la distance m’aide à prendre de la distance avec tout ça :)

      1. Nicolas Hoizey

        8 octobre 2014

        OK, je comprends tout à fait que les groupes te mettent mal à l’aise, j’ai moi aussi du mal quand j’arrive dans un dont je ne connais aucun membre.

        En tout cas, profite à fond de ta nouvelle vie, et continue à nous faire rêver avec ton blog !

        A bientôt.

        1. Merci ! ^.^ (Tu as vu, j’ai publié le making of de Sucre d’Orge !)

  7. stefiegraphie

    8 octobre 2014

    Heureuse de voir que Rennes « fits you well ».
    J’ai trouvé ce même équilibre en Californie :)

    Chose à laquelle je ne m’attendais absolument pas, les gens vivent plus proches de la nature, on voit des aigles dans le ciel depuis la fenêtre, on nourrit les colibris sur le balcon, sur l’un des trails derrière chez moi, il n’est pas rare de croiser des hérons, des égrettes (egrets). En allant sur la côte Pacifique, les pélicans, tellement majestueux qu’on oublie encore d’appuyer sur le déclencheur, des phoques, les dauphins et aussi des baleines. Sur les hauteurs, on a croisé un puma (un Mountain Lion oui oui comme l’OS ;-)
    Faire de la randonnée ici est un régal que ce soit en montagne ou sur le littoral :)
    Ce contact avec la nature est quelque chose qu’on ne pouvait avoir sur Paris, je me souviens m’être émerveillée devant un rat nageant sur les berges de Seine en me disant qu’il était vraiment temps qu’on quitte la Capitale.

    C’est amusant comme certaines connaissances (et même famille…) nous contactent également soudainement – sans avoir pris de nouvelles depuis notre départ de France – pour les héberger durant plusieurs semaines et même avoir le culot de nous demander de leur prêter la voiture pour leur éviter d’en louer une (!), tout en devant, la aussi, jouer au guide touristique puisqu’en plus nous on parle anglais (et tu veux aussi un bretzel à la cannelle et des M&M’s à la citrouille ?) alors que lorsque nous étions sur Paris on ne se voyait jamais. Le syndrome du « j’ai pas l’temps » peut-être. Tsst. Tsst. :)

    Il m’est arrivé de botter en touche et de demander à la personne de me donner les coordonnées de son hôtel pour tenter d’organiser quelque chose le moment venu. Je sais, c’est peu cavalier, autant que d’être prise pour une bonne poire :)

    Et puis, fait étrange, quand on leur dit qu’on ne vit pas à San Francisco même mais à plus 100 km, étrangement la connaissance (ou la famille…) remet son projet en question. Comme si la Californie se limitait à SF (en plus je n’aime pas SF, je la trouve trop proche de Paris niveau mentalité et matuvuïsme).
    Ce n’est pas parce qu’on est loin de France qu’on a envie d’accueillir tout le monde, surtout des gens dont on sait très bien qu’ils seront chez toi uniquement par intérêt.

    1. je me souviens m’être émerveillée devant un rat nageant sur les berges de Seine en me disant qu’il était vraiment temps qu’on quitte la Capitale.

      Je… Oui. ^.^

      Bon, sinon cela me fait hyper plaisir que vous vous plaisez autant « là-bas ». Et ça me rassure un peu ce que tu racontes sur les pique-assiettes… Ça permet de faire un peu de tri dans ses relations, ceci dit. Tu sais à quoi t’en tenir.

  8. La réponse de Stefiegraphie m’a fait rêvé, même si ce n’est pas SF. Il faut que je retrouve mes esprits ^^

    En tout cas pour les gens qui te contactent pour venir dormir chez toi et passer le week-end, oui, ne soit pas surprise. J’ai eu la même à Paris. Comme je sollicite parfois des connaissances quand je voyage pour passer les voir (à condition qu’ils soient dispo et ok bien évidemment). Au début, c’était sympa, après quand on se transforme en hôtel ou guide touristique, j’avoue qu’on se lasse un peu… Mais je crois simplement que cela élargit les possibles dans la tête des gens, une destination de plus à laquelle il n’aurait pas forcément pensé. Et dans le cadre de Paris, comme les gens y sont amenés à y venir souvent…

    Je suis intriguée par ce que tu dis de la simplicité des échanges des Rennais et de la « distance » parisienne. Par contre pour la chape de plomb sociale, je crois que je sens ce que tu veux dire.

    1. Coucou Ally !

      Mais je crois simplement que cela élargit les possibles dans la tête des gens, une destination de plus à laquelle il n’aurait pas forcément pensé.

      Oui, y’a sans doute de ça. Après, ça ne coûte rien à personne de demander si je suis dans le coin quand ils passent par là. Mais entre ça et faire du bien lourdement pour tenter de taper l’incruste un week-end, y’a un monde ! ^^

      Je suis intriguée par ce que tu dis de la simplicité des échanges des Rennais et de la « distance » parisienne.

      Ça n’a juste rien à voir… déjà en densité ! Rennes est vraiment un village à côté de Paris, donc déjà ça simplifie grandement les prises de contact et les rencontres. Y’a pas ce snobisme parisien. Bon, après, je viens d’arriver, on en reparlera dans six mois pour voir si cette première impression était la bonne :)

      1. Je n’ai jamais vraiment ressenti de snobisme parisien, du coup j’avoue avoir du mal à comprendre. J’ai l’impression que c’est plus une histoire de personne, j’ai eu un moment à m’acclimater et trouver mon rythme, comme ça a aussi été le cas à Lyon à un moment. Donc je sais pas :)

        1. :-]

  9. Bienvenue en Bretagne ;) tout est dit dans la description de ta nouvelle vie!!
    Bonne continuation.

    1. Un an plus tard… Merci ! :)

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