Alors que je suis en train de finaliser mon troisième récap’ hebdo et que je me demande bien qui peut en avoir quelque chose à fiche, me revient en tête ce que tous les bouquins de développement créatif que je lis répètent en boucle : fais ce qui te plaît et partage-le, les gens qui aiment les mêmes choses que toi finiront par te trouver.

C’est totalement le point de départ de Show your work! d’Austin Kleon, que j’ai lu il y a une dizaine d’années et que j’avais beaucoup aimé, mais dont j’avais fini par ne plus avoir aucun souvenir, faute d’avoir pris des notes.

J’ai régulièrement de bonnes grosses lubies autour de personnalités que je suis la plupart du temps sur Internet, et Austin Kleon en fait partie. Ce qu’il partage m’inspire et me motive depuis des années.

Sa newsletter est le seul contenu Substack que je consens à payer, ce qui n’est pas rien, parce que Substack est une plateforme moisie jusqu’à l’os (par exemple Substack a soutenu, amplifié et monétisé des contenus nazis (en anglais)).

Quoi qu’il en soit, ces derniers jours j’ai lu et décortiqué pas mal des publications d’Austin Kleon, notamment ce billet dans lequel il présente en détails ses propres carnets (en anglais). Outre le fait de peser chaque carnet avant et après l’avoir rempli, il a aussi pour manie d’attribuer à chacun un « guardian spirit », en général un auteur ou une autrice dont il colle la photo au début de chaque carnet.

Il monte un exemple dans la vidéo ci-dessous, qui est en anglais et qui n’a pas de sous-titres ni de transcription :

J’ignore pourquoi, mais je me suis mis en tête de faire la même chose : j’ai placé mon nouveau carnet sous le haut patronage d’Austin Kleon, ce qui est sans doute stupide étant donné qu’adopter les méthodes et outils d’une personne que j’admire ne m’a jamais, hélas, auréolée du même talent.

J’ai aussi commencé à écouter cette conférence d’Austin Kleon (en anglais, sans sous-titres ni transcription) alors que je peignais. Ça n’a pas été super pratique, car en l’écoutant parler, je n’ai pas pu m’empêcher de prendre des notes, interrompant ma peinture toutes les trois minutes.

Dans cette conférence, qui a déjà quelques années, Austin Kleon parle de son troisième livre, Keep going. Il explique qu’il a écrit ce livre avant tout pour lui-même, car il avait fini par perdre toute motivation d’écrire et de partager des trucs, alors que c’est son cœur de métier et qu’il est connu pour ça.

Écrire pour répondre à un besoin identifié, c’est aussi ce qu’il a fait dans Show your work!. Dans les premières lignes, Austin Kleon explique que les lecteurs et lectrices qu’il rencontre IRL lui posent sans arrêt les mêmes questions sur l’autopromotion, comment faire connaître leur travail, quel a été son secret pour devenir célèbre, etc.

Ma première réaction a été bien entendu de trouver ces questions pathétiques, avant de me rappeler que je me les pose depuis longtemps moi aussi, et que j’ai le droit d’arrêter de faire la faux-derche.

En réalité, ce qui me marque en relisant ce livre, c’est la façon dont l’auteur le rattache en permanence aux besoins de son lectorat.

Une phrase en particulier me trotte dans la tête : We can stop asking what others can do for us, and start asking what we can do for others. (« Nous pouvons arrêter de nous demander ce qu’autrui peut faire pour nous, et commencer à nous demander ce que nous pouvons faire pour autrui. »)

Cette idée de repenser ce que l’on publie à l’aune de son utilité pour autrui rejoint l’idée du livre Badass. Making Users Awesome de Kathy Sierra, autre pépite avec laquelle je bassine tout le monde depuis que je l’ai dévorée l’an dernier. (Encore une découverte faite grâce à un article de blog (en anglais), soit dit en passant. Rouvrez vos blogs, s’il vous plaît.)

Dans mon métier de designer, ce qui me sert de boussole c’est l’expérience utilisateur, l’accessibilité et la valeur d’usage des projets qui me sont confiés. Mais en tant qu’écrivaine et artiste, je galère à trouver le juste milieu entre, d’un côté, cette volonté d’apporter de la valeur à autrui et, de l’autre, mon souhait de renouer avec une écriture plus spontanée, même si ça répond seulement à mes propres besoins.

Parfois, j’ai l’impression de jouer un double jeu en continuant à cloisonner ma persona numérique, y compris sur La Lune Mauve avec l’Antichambre : adopter en public une posture figée, « officielle », me décentrant pour apporter de la valeur à tout prix, vs. exprimer mes passions et mes émotions avec plus de sincérité, devant un comité réduit.

Je dois parfois me rappeler que c’est bien sur mon blog personnel que je suis en train d’écrire, et pas sur un quelconque site de presse ou plateforme collective où l’expression personnelle serait moins à sa place. J’ai la liberté de publier ce que je veux ici, mais est-ce que j’en profite ? De moins en moins avec le temps, pour des raisons déjà évoquées.

J’écrivais il y a quelques semaines que le fait de lire des blogs personnels mis à jour avec plaisir est peut-être LE truc qui m’inspire et m’aide le plus à retrouver la motivation pour bloguer. Pour écrire, il faut lire. J’en ai encore eu la preuve ce matin même. Tout est parti de ce billet de Baie Funeste :

À propos de lecture, récemment je relisais quelques articles d’un vieux blog qui m’a accompagné dans mon adolescence. Je tairais le nom, puisque l’autrice ayant fait le choix de disparaitre complètement d’internet, je préfère garder secret cette trace qui persiste -je me demande même si elle est au courant que c’est encore là. Bref, en lisant ses suggestions vieilles de 10 ans, je me suis apercu qu’elle avait à l’époque évoqué LE livre de ma vie. LE livre, pour quelqu’un comme moi qui ne sait pas lire plus de trois phrase sans s’endormir, c’est LE livre qui m’a choppé et m’a fait vivre la passion d’un récit vers lequel on revient avec hâte et dont on ne veut pas sortir. (…) Par la suite, voyant que l’auteur [de ce livre, ndlr] n’avait publié qu’un roman, je m’étais mise en tête que c’était sans doute un livre un peu honteux auquel j’avais accroché par manque de repère. Alors quelle ne fut pas ma surprise de voir, des années plus tard, ce roman figurer parmi les références d’une personne qui m’a inspiré pendant si longtemps!

Je connais exactement le sentiment décrit ici. Ça m’a donné envie de retourner lire le vieux blog en question à mon tour. Il est abandonné depuis 2012, mais qu’importe : la qualité et l’authenticité sont toujours là, et ça me brûle les yeux tellement ça n’existe plus, des blogs comme ça.

En relisant quelques billets, le manque de spontanéité de ma propre écriture m’a sauté aux yeux, par effet de contraste. Paradoxalement, ça m’a aussi donné une furieuse envie d’écrire, pour écrire mieux.

Citée par Austin Kleon, l’autrice britannique Cressida Cowell explique que lire des auteurs morts est quelque chose d’essentiel et de fantastique : leurs voix, leurs émotions, leur intelligence, leurs opinions sont capturées pour toujours dans cette technologie extraordinairement brillante et irremplaçable qu’est le livre.

De même, c’est très fort pour moi de pouvoir relire de temps en temps le blog de quelqu’un qui n’existe plus, numériquement parlant, et avec qui je n’ai pas su rester en contact IRL, à mon grand regret.

Je respecte cette disparition numérique volontaire, mais cette personnalité brillante, drôle et cultivée me manque. Je lui dois autant de découvertes que de coups de pied au cul pour écrire et vadrouiller moi-même. Relire son blog de temps en temps m’encourage plus que jamais à partager mes centres d’intérêt chelous, et à ne pas m’excuser d’être une personne aussi focalisée et obsessionnelle. Il y a de la place pour ça aussi sur le web.

Nos blogs personnels n’ont pas l’obligation d’être « utiles » ou de répondre à des besoins identifiés. C’est une démarche bien différente que celle qui consiste à écrire un livre qui doit se vendre…

Marie

Déjà 13 commentaires

  1. Rien n’est inutile, rien n’est ridicule, mon amie.

    Ce que le burn-out m’a appris, c’est bien qu’il est important d’accepter ce qui « sort » de notre cerveau comme c’est. C’est comme ça, et c’est bien. C’est une trace de qui l’on est à un moment donné, et ça, ça n’a pas de prix, je trouve. Comme le fait de se référer à de vieux blogs / sites, ce que tu exprimes si bien. C’est comme ça parce que ça devait l’être. Cet exercice de lâcher prise, c’est celui que je ressens et me ravit quand tu publies un billet dans l’Antichambre.

    Je trouve que la séparation que tu opères est probablement encore nécessaire. L’exposition de tout ce qui nous arrive d’intime, peut-être que tu n’es pas encore totalement à l’aise de la partager dans sa profondeur. Je te comprends, et ça rejoint ce que dit Kleon : tu as, grâce à ce que tu nous partages en public, une audience qui est sûrement différente de celle de l’Antichambre.

    Avec un cher collègue que je ne vois pas assez IRL, nous avions formulé qu’en conception « UX » (je déteste l’expression mais bref), notre rôle de designers était de tout faire pour que les personnes qui utiliseront nos artéfacts puissent exercer leur intelligence. Ça me rappelle ce que tu cites de Kleon : que peut-on faire pour les autres, et non pas s’adapter à eux.

    Pour moi, la meilleure manière de créer une patte est encore de la laisser se développer comme elle le souhaite, en mêlant personnalité et créativité.

    Ravis-nous encore de tes pensées intimes 💛

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    1. Merci pour ta présence et ta bonté, ma chère MC. 💜

      Je repense souvent à ce que tu m’avais dit, il y a déjà de ça quelques années, à propos de mon choix de séparer « mes deux Maries ». Ce grain de sable continue à suivre son petit roulis personnel à l’intérieur de ma coquille.

      Pendant longtemps, ce souhait de dissocier de manière nette ce qui relevait de LLM de ce qui relève de mon activité pro était une réaction de défense face au cyberharcèlement que j’ai vécu il y a une dizaine d’années.

      Aujourd’hui, ma réflexion a progressé. Certes, je me sens moins flippée à l’idée qu’une personne qui me fréquente dans un cadre pro puisse découvrir mes publications personnelles. Mais j’ai quand même décidé de ne pas utiliser mon patronyme dans ce cadre, pour d’autres raisons liées à mon histoire personnelle. Nous pourrons reparler lors d’un prochain moment ensemble !

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  2. Merci pour ce chouette article ! J’ai découvert Austin Kleon il y a peu de temps, et Show Your Work et Keep Going sont sur ma pile à lire, attendant leur heure. Je suis dans une période très nostalgique de l’internet que j’ai connu et qui m’a construite. Je suis bien heureuse d’avoir toujours gardé mes espaces d’expression personnelle, même s’ils ont bougé, migré, évolué avec moi. Et en te lisant, je me suis demandé si j’avais gardé ma spontanéité avec ma newsletter (évolution naturelle de mon blog). D’un côté je pense que oui : récemment on m’a demandé si j’écrivais parfois des newsletters en avance, et je ne le fais jamais – enfin si, j’écris le jeudi ou le vendredi pour une publication le dimanche. Je tiens à ne parler que de ce qui m’habite au moment T. De l’autre, j’essaye toujours d’écrire quelque chose de pertinent pour les autres, on va dire « normal » puisque certaines personnes me payent pour cette newsletter. Quand je publie dans une newsletter un texte que j’ai écrit juste pour moi (un bout de fiction expérimentale, un poème), je me dis toujours que ce n’est pas ce qui est attendu de moi. Je vais méditer longuement à ton article je pense !
    (Bien contente d’avoir rouvert mon flux RSS ce matin)
    Bises !

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    1. Hello Pauline ! Merci beaucoup pour ton partage à propos de cet équilibre que tu recherches entre la spontanéité de ton écriture d’un côté et la pertinence, l’utilité de chaque texte pour autrui. Ça m’a fait très plaisir de te lire.

      En ce moment, je remets à plat l’architecture de l’information sur mon blog, et je fais face à quelques dilemmes : écrire pour moi, écrire pour autrui ? Écrire une catégorie pour moi, et les autres pour autrui ?

      Je me dis que l’essentiel, c’est surtout de prendre plaisir à écrire. Lire tes newsletters m’intéresse, y compris sur des sujets éloignés de moi (la parentalité, par exemple). Ce que je trouve « pertinent » (bien que je ne l’aie jamais conscientisé de la sorte), c’est la façon dont tu réfléchis et dont tu réussis à exprimer tes réflexions de manière à la fois synthétique, intelligente et piquante.

      À mon niveau, après une coupure estivale bienfaitrice, je relativise davantage le caractère « utile » de mes textes. Mon souci constant de rendre service aux autres, y compris à travers l’écriture, est la conséquence de deux éléments importants de ma vie.

      Le premier, c’est la déformation professionnelle : en effet, une partie de mon travail salarié consiste à écrire et concevoir des contenus utiles.

      Le second provient de l’éducation que j’ai reçue et, plus globalement, de ma socialisation en tant que fille, jeune-fille puis femme : j’ai appris très tôt à faire passer autrui avant moi-même, par peur de l’abandon.

      Finalement, je me demande si ma préoccupation constante de rendre mon travail d’écriture utile, pertinent, fonctionnel même, ne relève pas quelque part d’une forme de care.

      Désormais, quand je doute sur l’orientation à donner à un texte, je m’efforce de prioriser mes propres besoins et aspirations, et de mettre un peu plus en sourdine la petite voix qui m’intime d’essayer de le penser comme si j’étais l’une des personnes qui le liront, avec ce besoin fantasmé d’y trouver à tout prix une espèce de solution.

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  3. Merci pour cet article, je te rejoins totalement dans l’envie de motiver les gens à rouvrir leurs blogs. D’avoir rouvert le mien en janvier me fait tellement de bien. Et même si je n’ai pas le temps d’écrire sur tout ce que j’ai envie, je peux prendre le temps de faire de longs articles, d’explorer n’importe quelle forme, de retrouver un espace à moi. Et en faisant ce qui me plaît, je suis heureuse, et je crois que d’autres gens s’y retrouvent alors c’est super, tout le monde est content.
    Cela permet de garder une spontanéité et une forme de joie qui manque aujourd’hui aux réseaux sociaux, selon mon expérience, bien entendu .

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    1. Je partage tout à fait ton ressenti : cette joie et cette spontanéité, ça fait vraiment du bien. On a beau filtrer et trier les comptes que l’on suit sur les réseaux sociaux, les mauvaises nouvelles et le seum qui s’en suit finissent quand même toujours par arriver jusqu’à nous. Et le volume, les chiffres, l’effet « chambre d’écho » amplifient encore cette négativité pesante que l’on peut déjà ressentir de base parce que : la vie.

      Pendant la grosse pause numérique que j’ai faite en 2023-2024, je me suis désabonnée de beaucoup de comptes liés à l’actualité, notamment féministes. Je n’étais pas en assez bonne forme morale pour ne pas tout prendre extrêmement à cœur et en souffrir.

      Je me dis que prendre le temps de célébrer ce qui nous apporte de la joie, de la fraîcheur, est aussi une façon de faire communauté, de se soutenir les un·es les autres, à plus forte raison entre personnes subissant l’hétéropatriarcat. C’est difficile de lutter si on n’a plus aucun espoir.

      Partager les œuvres, les endroits, les initiatives qui nous empêchent de nous noyer dans le seum, c’est tendre une perche à d’autres pour en peut-être en faire l’expérience aussi. Savoir que certains de mes billets peuvent nourrir des lectures, des écoutes, des voyages, et même des rencontres, je continue à trouver ça extraordinaire.

      Merci pour la motivation que tu m’as donnée toi-même, non seulement vis-à-vis du blogging, mais aussi de la dégafamisation. Ce que vous avez partagé, avec la Nuit des Temps, à propos de votre choix de jeter Meta au profit de Mastodon et Substack et Google au profit d’Infomaniak nourrit beaucoup mes réflexions sur ces sujets.

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  4. C’est facile d’être soi-même dans l’immédiateté et l’éphémère, c’est plus compliqué de l’être vis-à-vis d’une publication qui a pour vocation de rester, un temps voire « éternellement » tellement il est compliqué d’effacer ses traces sur Internet. Et je pense que ça joue sur ce double-jeu (ou plus !) que tu ressens. Ce qu’on écrit sera jaugé par des personnes qu’on ne connait pas, qui ne nous connaissent pas, à un moment qu’on ne contrôle pas et sans pouvoir nécessairement éclaircir le contexte, cela incite à la prudence et au cloisonnement.
    Je pense qu’on se posait moins la question il y a 20 ans à l’âge d’or des blogs persos. On n’était plus dans le partage sans arrière pensée, que ce soit en publiant du contenu ou en le consommant, Internet était une toile vierge qu’on peignait chacun à notre manière, dans son coin ou en commun.
    Internet a changé et la société dans laquelle nous vivons aussi. Les contenus sont beaucoup plus nombreux aussi, plus fréquents. Toujours plus toujours plus vite. Il est sans doute temps en effet de descendre du train en marche et de retrouver ces voix personnelles, sans intention autre que le partage, de retourner cultiver ces fenêtres sur nos jardins secrets.

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    1. Merci beaucoup pour ce commentaire très riche, Nannig. Je partage ton analyse et n’aurais pas pu mieux l’exprimer.

      C’est peut-être normal, en fin de compte, que notre perception d’Internet et de ce que l’on se sent libre de publier ou pas soit désormais teintée (ou carrément en demi-teinte, me concernant). Il y avait sans doute une part de fraîcheur et de naïveté partagées à l’époque qui nous a fait forte impression et qui nous manque maintenant. Je ne peux pas m’empêcher de penser que la monétisation du moindre contenu a aussi joué un grand rôle dans ce que je perçois comme une forme de conformisme aux dépens d’une expression personnelle.

      Même si les initiatives comme l’IndieWeb permettent aujourd’hui de retrouver et de participer à « cet autre Internet », sans clôtures ni murs, je me fais souvent la réflexion que ça nécessite un minimum de connaissances techniques, et que ça exclut donc pas mal de monde. Je me rends compte que ces derniers mois, je lis surtout des blogs personnels de gens un peu comme moi : à l’aise avec les techniques web, voire travaillant carrément dans le milieu tech, ayant un certain confort de vie qui leur permet de poursuivre une telle activité de publication, et d’explorer à l’envi des centres d’intérêt de niche. Malgré toute la richesse de ces millions d’univers personnels, parfois j’ai quand même un sentiment d’entre-soi.

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      1. À la fois il y a un ticket d’entrée pour faire soi-même sur le web, et à la fois je me dis que c’est comme ça qu’on à commencé (nous les vieux qui ont démarré avec Internet) et c’était assez inclusif finalement : on a « tous » mis les mains dans le cambouis pour personnaliser notre page Myspace ou notre Livejournal sans se poser la question de si c’était « trop technique » ou pas. Ce côté naïf que tu évoques (et que je partage) évitait de se poser trop de questions ^^ On a suivi les tutos et zou.
        Après monter une solution complète indépendante c’était un cran au-dessus et je trouve que c’est encore plus complexe de nos jours. Donc par rapport à une appli « clé en main » qu’on ne modifie pas soi-même l’écart est encore plus grand donc forcément c’est compliqué !

  5. Pimprenelle

    15 juillet 2025

    Comme ça me parle ! J’ai récemment eu l’idée de revisiter deux vieux blogs que j’adorais viscéralement dans ma vingtaine, mis hors ligne depuis, en allant sur Internet Archive et en bidouillant un peu les URL. Paf, ça a marché et tout m’a re-explosé au visage, tout ce que j’aimais et qui était caché dans un repli du web, archivé, à portée de main à condition de chercher. Ça m’a fait beaucoup de bien (je me rappelais parfaitement de certaines formulations, phrases, photos, images), et m’a rappelé à quel point ces blogs avaient été constitutifs de mon approche d’internet (je crois que je visitais une quinzaine de sites en 2010 en tout et pour tout). Les autrices se doutaient-elles l’importance qu’elles avaient pour des visiteurs anonymes ? (de mémoire, les commentaires étaient fermés sur ces blogs)

    (et sinon, sacré Austin Kleon, toujours pertinent – c’est d’ailleurs LLM qui me l’a fait connaître !)

    Répondre

    1. Je comprends tout à fait ton émotion face à ce déluge de souvenirs. Pour l’adolescente que j’ai été, cet Internet fort en gueule, qui pouvait se le permettre car encore largement pseudonymé à l’époque, était aussi important que certains albums, livres ou films. Mais il en existe moins de traces. Retomber sur l’une d’elles est en effet une explosion.

      Les autrices se doutaient-elles l’importance qu’elles avaient pour des visiteurs anonymes ?

      À mon avis, non. Paradoxalement, peut-être que ça préservait l’authenticité de leur écriture ?

      (et sinon, sacré Austin Kleon, toujours pertinent – c’est d’ailleurs LLM qui me l’a fait connaître !)

      Je n’en suis pas peu fière. Merci pour ce commentaire très chouette !

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  6. Sur la notion d’utilité, si tu ne l’as pas fait, je t’invite à lire les essais L’éloge du bug de Marcello Vitali-Rosati et Antidote au culte de la performance d’Olivier Hamant, qui questionne notre monde où tout est centré sur l’utilité, la productivité, l’optimisation et la performance.

    (Olivier Hamant est intervenu chez Mixit)

    Si l’utilité est quelque chose que je questionne de plus en plus (et que je me suis rarement posée pour mon blog), ça m’a pas mal remué sur les questions de productivité et d’optimisation.

    En tout cas, j’espère que tu vas continuer à te réapproprier cet espace !

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    1. Merci beaucoup pour cette reco, Luce ! C’est pile dans mes questionnements, et je suis sûre que ça m’ouvrirait plein d’autres perspectives. Ce livre se trouve en bonne place dans ma liste de souhaits.

      Et oui, moi aussi j’espère que je vais continuer sur cette lancée. Pour l’instant, ça tient, j’ajuste en temps réel. Ce qui m’aide c’est d’écrire chaque semaine, peu importe le sujet.

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