Alors voilà, ça a eu lieu.

Pour être tout à fait honnête, on ne savait pas vraiment à quoi s’attendre; d’ailleurs, on ne sait toujours pas comment qualifier ce qui vient de se passer.

Amanda a le bourdon

Quand Amanda Palmer apparaît, la salle est chauffée à blanc. La musicienne fait une entrée magistrale sur la scène, parée d’un voile, marchant dignement – en dépit de ses béquilles – d’un pas lent mais rythmé. (Où l’on retrouve la figure de la mariée silencieuse qu’Amanda interpréta souvent lorsqu’elle était mime.)

On jubile alors de la voir enfin – cette personne dont la voix rauque et le piano rageur nous ont si souvent accompagné. Et puis Jason Webley, en première partie, nous a mis en jambes. Du coup, lorsqu’Amanda débute son concert avec le premier morceau de son album, Astronaut, on jubile.

Ensuite, ce sont plusieurs chansons très calmes, voire tristes, qu’enchaîne la pianiste. C’est lors du troisième morceau qu’on commence à avoir moins la banane, que le silence se fait un peu plus pesant, et qu’Amanda semble perdue dans d’obscures pensées. Mélanie rapporte que la musicienne écrasera même une larme pendant un morceau particulièrement solennel. Mais qu’importe: the show must go on.

La suite du spectacle semblera remettre du baume au coeur de l’artiste, qui lors de son ultime morceau au ukulélé, aura retrouvé son charmant sourire.

Des guests talentueux

On est arrivés pile à 20h, or on avait déjà loupé, sans le savoir, deux des quatre premières parties. (La prochaine fois, ça serait bien de marquer sur les billets que le concert commence à 19h, merci.)

Du coup, Jason Webley est déjà en plein show, seul avec son accordéon immense, totalement dans son trip, euphorique et se foutant bien de notre gueule, enclins que l’on est à tendre le doigt en l’air et à tourner douze fois sur nous-mêmes comme il nous l’a demandé. Ses compositions sont honnêtes, mais c’est grâce à sa performance dynamitée au Guronsan qu’elles révèlent toute leur efficacité.

S’en suit la prestation de Zoë Keating (ex-Rasputina), violoncelliste anguleuse et discrète au magnifique sourire. Grâce à son multi-pistes, elle enregistre progressivement ses nappes pour les rediffuser tout en en jouant de nouvelles. Ainsi se crée devant un public médusé une bulle sonique grave et sublime, dont l’ôde à Amanda « fucking » Palmer sera le point d’orgue.

Keating reviendra sur scène pour accompagner Amanda (ressuscitée pour la peine), à l’instar de Lyndon Chester, pâle violoniste aux doigts de fée. C’est sûr, ça change des Roumains et de leurs crins-crins dans le métro!

Enfin, c’est la troupe du Danger Ensemble, composée de deux hommes et deux femmes, tous plus azimutés les uns que les autres, qui assure une grande partie du show: hantant la scène comme dans un souvenir, tantôt déguisés, tantôt discrets, mais toujours barrés. On apprendra qu’ils ont suivi Amanda en tournée depuis leur Australie natale et ce alors qu’elle n’a pas de quoi les payer. Du coup, chaque membre de l’Ensemble passera dans le public pour récolter quelques sous glissés anonymement dans des platform boots.

Il faut dire qu’on a moins l’impression de voir des groupes catapultés sur scène par simple hasard de la programmation que des membres d’une même famille, comme l’a très justement dit Mélanie.

Le spectacle est hybride, transgenre, sexy. Les thématiques des reprises touchent souvent à la prostitution, et Dans le port d’Amsterdam, scandé dans un français presque parfait sur fond d’accordéon barré, achève de séduire un public déjà conquis par tant d’extravagances.

Par contre, ça, j’ai pas trop aimé

Bien que chaque morceau joué par Amanda Palmer ait été interprété de manière impeccable (techniquement et émotionnellement), on regrettera qu’elle n’ait pas joué davantage de titres issus de son album à elle: ainsi, Runs in the family, Oasis ou Have to drive auraient été du petit Jésus en culotte de velours. Mais bon, on a eu droit à Half Jack (précédé d’une magnifique introduction instrumentale force piano, violon et violoncelle, plus sombres que jamais), à Mrs O. et à Coin-Operated Boy, chansons cultes des Dresden Dolls, alors on ne va pas se plaindre.

Autre étrangeté: le playback. Sur Guitar hero, Amanda et sa troupe se prêtent à un playback, certes endiablé, mais pour le moins surprenant. Effectivement, c’est un morceau rock, très rock, or il n’y a sur scène ni guitare branchée, ni batterie. D’où le playback. N’empêche, on est restés interloqués. Il aurait peut-être mieux valu la sauter au profit d’une chanson jouée pour de vrai. Y’a que nous qui préférons voir des morceaux live lors d’un concert?

Le petit jeu fut le même sur et Umbrella de Rihanna. Bon, disons les choses franchement: quel intérêt? Certes la scénographie avec le Danger Ensemble hissant bien haut de beaux parapluies victoriens au-dessus d’Amanda était superbe (mention weirdo à la « pluie de bière »). Mais bon, une reprise digne de ce nom aurait été autrement créative…

De même, on est restés insensibles à la reprise de Bon Jovi, même chantée « en vrai ». On n’a pas complètement saisi l’intérêt de la chose.

Enfin, mention passable pour quelques énergumènes énervés du public qui lâchaient des « blagues » assez douteuses en anglais (notamment le « Go back stranger! », dont on n’a pas su dire s’il était adressé à un autre membre de l’assistance, ou à Amanda herself. D’ailleurs celle-ci rétorquera à juste titre: « Can’t we just get along? »). Enfin c’était pas drôle, quoi.

En résumé, ce concert se révéla aussi étrange, multiforme et grand-guignolesque qu’on l’attendait. Une plongée dans un monde de Freaks, 2h30 d’entertainment analytique et souvent à fleur de peau.

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17 commentaires

  1. Aller, Amanda, viens aussi le donner à Lyon ton show, on t’attend :-)

  2. peut être manquez vous vous même d’humour?
    le playback d’umbrella n’était il pas du second degré? la reprise de bon jovi aussi, une manière de pointer du doigt la pauvreté de certaines musiques, le « go back stranger », venant de ma bouche, étant aussi (faut il vraiment préciser??) du second degré suite à la conversation qu’avait eu amanda avec le public sur nos présidents respectifs, allusion à notre cher nicolas « la françe tu l’aime ou tu la quittes »

    quand à sa réponse “Can’t we just get along?“, elle était dite avec le sourire, suite aux rires d’une partie du public
    vous n’aimez pas le playback, mais paradoxalement vous n’aimez pas non plus l’interaction avec son public (elle me selblait être la première à donner la parole aux energumènes énervés dont vous parlez)

    pour ma part, déçu que des énergumènes comme vous gâchent et surtout travestissent le souvenir de cette soirée
    vous auriez peut être mieux fait de vous laisser porter par la magie!

  3. En général, je ne pense pas que l’humour (aussi second degré soit-il) ait besoin de justification si?

    Et j’aimerais bien avoir l’avis d’Amanda Palmer sur ce « go back strangers » parce que j’ai trouvé qu’elle souriait plutôt jaune.

    J’aurais aussi préféré entendre d’autres titres de son album solo, le temps semblait compter, plutôt que des reprises humoristiques. Pour ma part, j’ai ressenti une certaine magie, mais à d’autres moments!

    En espérant que mon commentaire ne travestisse pas le souvenir de cette soirée parfaite. Amen.

  4. J’ai vu quelques vidéo, ça avait l’air sympa!^^ Je ne connais pas encore très bien la musique d’Amanda Palmer, je vais m’y mettre un jour peut-être!

  5. Personnellement, j’ai marché à fond sur les deux morceaux en playback. Umbrella, j’en avais vu des vidéos et je ne comprenais pas l’intérêt du truc, mais ça m’a beaucoup fait marrer en vrai. Et pour Guitar Hero, j’ai peut-être plongé à fond parce que ça s’enchaînait avec Strength Through Music qui m’avait vraiment prise à la gorge, et que les deux chansons se répondent en partie. En y réfléchissant après coup, je me disais en plus que l’idée de jouer en playback collait curieusement plutôt bien avec la thématique de Guitar Hero, ou du moins ce que je comprends des paroles. J’ai vraiment adoré tout le concert en bloc. Y compris le côté décalé de certaines reprises.

  6. Merci à tous pour vos commentaires :)

    @Vladkergan: peut-être lors de la prochaine tournée?

    @PATRICK:

    pour ma part, déçu que des énergumènes comme vous gâchent et surtout travestissent le souvenir de cette soirée

    Je ne savais pas que ma modeste chronique, publiée sur un blog quasi-confidentiel, devait « gâcher et travestir » le souvenir du concert aux yeux du monde entier, lol

    le “go back stranger”, venant de ma bouche, étant aussi (faut il vraiment préciser??) du second degré suite à la conversation qu’avait eu amanda avec le public sur nos présidents respectifs, allusion à notre cher nicolas “la françe tu l’aime ou tu la quittes”

    Bah oui faut préciser, car sur le moment je n’avais pas du tout saisi le rapprochement Sarkozy/concert d’Amanda Palmer. D’ailleurs, à froid, je ne comprends toujours pas la subtilité de cette blague.

    vous n’aimez pas le playback, mais paradoxalement vous n’aimez pas non plus l’interaction avec son public (elle me selblait être la première à donner la parole aux energumènes énervés dont vous parlez)

    Ce n’est pas l’interaction avec le public qui m’a gênée, au contraire, mais bien les quelques saillies énervées de celui-ci dont je parle dans ma chronique, nuance. Comme si, dès qu’un artiste donne un peu la parole à son public, ça doit forcément partir en quenouille.

    Je ne remets pas en cause votre humour, mais entendre depuis le fond de la salle « Go back stranger! » face à une troupe internationale sans avoir saisi le rapport visiblement évident à la phrase du Président, ou encore « Fucking bastard! » (j’ai oublié de le mentionner, celui-là), bah ça fait bizarre, quoi. Surtout que, à côté de ça, j’ai adoré le concert comme je le dis dans les 3/4 de mon article.

    @Anne: Commence avec les Dresden Dolls, c’est encore plus jouissif :)

    @Mélanie: oui Guitar Hero était bien, même en playback! Comme tu dis, ça n’est sûrement par étranger au thème de la chansons.

    Il n’y aurait eu que ce playback, ça ne m’aurait pas dérangé. Mais vu qu’Amanda et ses acolytes ne cessaient de s’inquiéter de l’heure qu’il était, de peur de dépasser le temps qui leur était alloué, je pense que se limiter à un playback et à une ou deux reprises eut été suffisant…

    A froid, je regrette vraiment qu’elle n’ait pas joué davantage de morceaux de son album, car comme tu le dis, ils prenaient à la gorge et touchaient au sublime.

  7. >PATRICK: ainsi donc j’avais bien saisie l’allusion à une citation sarkozienne … et bien même avec la confirmation de son auteur, ce trait d’humour surement valable dans une autre situation, s’est révélé d’un mauvais gout certain en le lançant depuis la foule anonyme à des gens très probablement pas au courant des « subtilités » politiques franchouillardes …

    Je profite l’humeur « on rale » pour couiner, sans effet aucun je ne me fais pas d’illusion, envers les photographes en herbe qui lèvent bien haut leur compact numérique écran allumé afin que tout le monde profite de leur bras et de l’appareil qui rayonne de contentement … j’étais dans le 1er quart de la salle et la période où je n’ai pas eu la vision de la scène entachée de ces lumineux points dansants ne doit pas excédée 60 secondes, oui mesdames & messieurs !!!

    >vous auriez peut être mieux fait de vous laisser porter par la magie!
    mwarf mwarf mwarf …

  8. Bien vu Imp! Et je partage aussi pour le coup des appareils photos (surtout que bon, un photo zoomée, prise dans une salle de concert, les bras tendus, on sait ce que ça donne :D ) et ça aussi pour le coup ça brise un peu la magie du truc, surtout sur l’intro du concert que j’ai trouvé absolument EX-CE-LLENTE!!

    On râle on râle mais c’est surtout que le consensuel, c’est pas très intéressant ;)

  9. +1 pour la forêt d’APN tendus bien hauts!… En plus c’est vrai que dans une aussi petite salle que la Boule Noire, c’est difficile de les éviter :-/

  10. non mais genre ton blog est super. Je dis pas ca a cause du linkback hein … oh que non. Juste que ton blog est beau, que ta plume m’interpelle, et que tu argumentes comme il faut.

    Ah ouais, FLUX RSS direct quoi. Au plaisir !

  11. Salut Rod, bienvenue par ici! Merci pour ton commentaire qui fait chaud au coeur :) Et pour le linkback, c’est tout naturel, les photos du concert d’Amanda Palmer sont à tomber par terre.

    Ravie que tu aies ajouté mon blog à ton agrégateur ^_^ A bientôt, donc.

  12. un petit plaisir cette review! ton blog a décidément la classe
    j’y ai assisté aussi à ce concert, d’ailleurs tu étais juste devant moi – enfin je pense t’avoir reconnue

  13. Pour le morceau sur lequel on l’a vue verser une larme, je lui ai demandé les références quand elle est ressortie pour les dédicaces et elle m’a dit que ce morceau la faisait pleurer à chaque fois (comme on le voit d’ailleurs sur une vidéo d’un autre concert que j’ai trouvée sur YouTube).

    Et pour les commentaires du public, ce n’était pas « fucking bastard » mais « fucking Boston » en réponse à son « fucking French » – ce n’était pas méchant et tout cet échange m’a plutôt fait sourire, perso (de mon point de vue, elle s’attendait à ce que le public lui réponde sur le même ton).

    Pour info, je viens de rapatrier mes photos et mon compte-rendu sur le Cargo.

  14. @fooeleven: héhé merci, ravie que cette chronique t’ait plu! Quant au concert en lui-même, si celle que tu crois être moi portait une jupe écossaise mauve et était accompagnée d’un grand viking chevelu, oui, c’était moi :-P

    @Mélanie: ah au temps pour moi, je n’avais pas compris « Fucking Boston »! En effet ce n’était pas méchant. Mais le « Go back stranger » me fait toujours un drôle d’effet ^^;

  15. Bon… Amanda remettra le couvert le 06 février au Divan du Monde…. Elle a intérêt de jouer « runs in the family » sinon je brûle tout :p

  16. Mais c’est une nouvelle énorme! :-D Les places risquent de se vendre comme des petits pains, j’ai pas intérêt à louper le coche.

    +1 pour le brûlage massif si on n’a pas « Runs in the family ». Non mais!

  17. Bon ça va il n’y a pas eu lieu de sortir les extincteurs, elle l’a chanté « Runs in the family » :D

  18. […] ayant déjà vu Amanda en tête d’affiche deux fois auparavant (et quels concerts !), j’attendais forcément encore mieux que ce qu’elle nous avait déjà offert. Sa […]

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