Un week-end de trois jours, quelle aubaine ! Direction la Normandie, mon autre région de cœur, où j’ai vécu un an, il y a un siècle environ.

L’endroit que j’ai toujours préféré en Cotentin, ce sont les dunes de Biville. Près de 200 hectares de sable, de végétaux, de vent et de mer. C’est un des plus vieux massifs dunaires d’Europe.

La mer, enfin

Lieu de pèlerinage, Biville est un petit village dont les célèbres dunes de sable fin sont également décrites comme « calvaire », à cause de la grande croix qui surplombe ce paysage lunaire.

En faisant abstraction des bondieuseries, on ne peut nier que l’air, ici, contient quelque chose d’inexplicable et de puissant.

Contraste

Pour accéder à la plage, il faut prendre son courage à deux mains et dévaler les longues pentes de sable dangereusement inclinées.

Les enfants s’embêtent moins : ils les descendent assis sur des sacs en plastique, qui leur servent de luge improvisée.

Une fois redescendu sur terre, on observe la mer, loin, là-bas. Le silence est presque total.

Le vent nous murmure de nous élancer là où les éléments se rencontrent. Nous avançons donc, sous un ciel de coton gris.

Ciel de coton gris
Le Mur

Le sable se fait de moins en moins mœlleux ; mes chaussures contournent les jolis coquillages.

Joli coquillage
Petit trésor

D’un instant à l’autre, tout le paysage change ; tantôt d’or et d’orage, mordoré, il vire au blanc clair puis au gris souris. Selon la lumière, le ciel se pare tour à tour de turquoise ou de violet.

Je mitraille inutilement, acceptant malgré moi l’insaisissabilité du moment présent.

Seul face à l'immensité

À quelques pas de l’eau, le vent prend une toute autre tournure. Cinglant, il défait ma chevelure, rosit mon nez et m’empêche d’y voir clair.

Yep !

Éblouie par le feu et par le sel, je remets mes lunettes de soleil.

Quitter le rivage pour retourner près des dunes s’accompagne d’un étrange silence ; un peu comme si nous avions laissé le vent là où il était.

Bleus

Plusieurs bunkers jonchent la plage, témoignant d’une période pas si lointaine où certains se battaient pour la liberté.

Choc esthétique

Ces colosses de pierre sont désormais vides. Vandalisés, leurs dessins naïfs tentent de nous faire oublier les massacres que l’on devine ici…

Le béton armé se dresse, exogène et malheureux, et se pose comme un vaisseau extraterrestre, perdu entre ciel et mer. On pense à la Planète des singes, à la fin d’une civilisation quelconque.

Bunker

Quelque chose me saisit…

C’est alors que d’immenses nuages sombres chassent le bleu du ciel ; il est temps de quitter la plage pour retourner arpenter les dunes. Le sable fin et les herbes hautes disparaissent rapidement, au profit d’une toundra piquante.

Les dunes de Biville

Une couverture écossaise plus tard, nous voilà allongés à donner des noms aux nuages et à rire à gorge déployée.

Couverture écossaise

Et puis c’est à nouveau le silence.

J’inspire à pleins poumons cet air qui sent si bon ; j’ancre mon être tout entier dans cet instant d’intense quiétude.

Les dunes nous cachent et nous protègent. On est si bien ; faut-il vraiment rentrer ?

Toundra normande

Au hasard de nos pas, de minuscules coquilles blanches et vides ; du lichen en veux-tu en voilà, des buissons ardents, recouverts de fleurs jaunes.

Là-haut, quelques goélands braillent pour nous rappeler que nous ne sommes que des païens qui foulons un sol qui leur appartient.

Noir et jaune
Lichen et coquilles vides
Au loin

Le soir, de retour au bercail, je repenserai à ces tons naturels, à la fraîcheur du vent et à la beauté du ciel. Un moment simple, sans artifice, qui m’a permis de me recentrer, de délester mon âme, en quelque sorte.

Je suis fille de la mer ; la tête dans les étoiles, les écailles bien sur terre.

Pensée du soir, espoir

12 commentaires

  1. J’ai grandi dans la région la plus éloignée de la mer possible, et pourtant dès que je la rencontre, je ne peux que penser qu’un morceau de moi lui appartient.

    Merci pour ce moment d’évasion qui me donnerait presque l’impression d’y être, odeur d’iode dans le nez, cris des mouettes, cheveux au vent, à sentir le sable se dérober sous mes pieds nus lorsque les vagues se retirent.

    1. À Rennes, on a des mouettes aussi ; ça me permet de patienter jusqu’à la prochaine bouffée d’embruns… :)

  2. Wahou, c’est magnifique.

    Tes photos et ton texte donnent tellement envie d’y aller…(c’est à l’autre bout de la France pour moi mais un jour peut-être).
    Merci Marie pour avoir partagé ce moment.

    1. Merci pour ton commentaire qui me fait super plaisir <3

  3. Moonlight

    9 avril 2015

    merci pour ce joli billet. :-*

    1. :-*

  4. J’aime beaucoup ces billets Escapades. Tes photos sont superbes, je découvre une région que je ne connais et que j’ai de plus en plus envie d’arpenter, un jour…
    Mais c’est surtout un régal de te lire, une respiration ! :)

    1. Merci Hélène ! ^.^

      Je pense que la presqu’île du Cotentin te plairait ; c’est un endroit magnifique, d’ailleurs surnommé « la petite Irlande », encore très différent de la Bretagne, bien qu’il y ait des points communs.

      Vivre en Bretagne et aller en vacances en Normandie, ma vie est décidément trop pénible ! ;)

  5. quel billet poétique, merci de nous faire partager ces instants!

    1. ♥︎

  6. Mélanie

    27 avril 2015

    Tombée par hasard sur ton blog car je pars bientôt à Londres…Je suis originaire du Cotentin et tes mots sont très jolis! Ma région est peu connu mais elle donne une bouffée de grande liberté et libère du stress du quotidien!! Il y’a aussi une grande partie gourmande: La maison du biscuit A Sortosville en Beaumont, un pur moment de régal et de surprises (il faut compter une heure 30 voir deux heures de visites car on y reste pour boire un thé ou un chocolat et manger des gâteaux!)… a bientôt

    1. Merci pour votre commentaire, Mélanie ! En effet, la Maison du biscuit vaut le détour :)

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