Visiter le château de Combourg accompagnée de Stella Polaris, quel privilège !

J’aime bien quand mes ami·e·s viennent me rendre visite en Bretagne, car c’est l’occasion de découvrir des lieux insolites ensemble. :-)

Château de Combourg
« Portrait de Chateaubriand » par Anne-Louis Girodet.
Portrait de Chateaubriand par Anne-Louis Girodet, musée d’Histoire de la Ville et du Pays Malouin, Saint-Malo.

Combourg est une petite cité de caractère située en Ille-et-Vilaine, et surnommée « berceau du romantisme » par François-René de Chateaubriand.

En effet, l’écrivain, né à Saint-Malo en 1768, y a passé une partie de son enfance et de son adolescence, logeant avec sa famille dans le célèbre château, racheté en 1777 par son père.

François-René décrit ces jeunes années comme moroses, auprès d’un père taciturne, et d’une mère pieusement mélancolique. L’enfant et sa sœur Lucile se retrouvaient donc souvent seuls dans l’angoissant château, ainsi que dans le parc qui l’entoure.

Histoires de fantômes

Le petit René raconte au fil de ses Mémoires les terreurs nocturnes auxquelles il était en proie : son père l’obligeait en effet à dormir seul dans une chambre sinistre, située dans la Tour du Chat, une aile réputée hantée du château.

J’étais niché dans une espèce de cellule isolée au haut de la tourelle de l’escalier qui communiquait de la cour intérieure aux diverses parties du château. La fenêtre de mon donjon s’ouvrait sur la cour intérieure ; le jour, j’avais en perspective les créneaux de la courtine opposée où végétaient des scolopendres et croissait un prunier sauvage. (…)

La nuit, je n’apercevais qu’un petit morceau du ciel et quelques étoiles. Lorsque la lune brillait et qu’elle s’abaissait à l’occident, j’en étais averti par ses rayons qui venaient à mon lit au travers des carreaux losangés de la fenêtre. Des chouettes, voletant d’une tour à l’autre, passant et repassant entre la lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l’ombre mobile de leurs ailes.

Relégué dans l’endroit le plus désert, à l’ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres.

Et quelles ténèbres ! Deux fantômes en particulier s’y promenaient la nuit venue : le fantôme d’un chat noir, accompagné… d’une jambe de bois claudiquante.

Le chat noir et la jambe de bois du comte de Combourg
Le chat noir et la jambe de bois du comte de Combourg
par Ωméga, licence CC BY-NC-SA 2.0

La jambe de bois

Le fantôme de la jambe de bois appartiendrait à un des seigneurs de Combourg, le Comte Malo-Auguste de Coëtquen (1679-1727), qui avait perdu sa jambe lors d’une bataille particulièrement sanglante.

Chateaubriand lui-même commente cette troublante apparition dans ses Mémoires :

Les gens étaient persuadés qu’un certain comte de Combourg à jambe de bois, mort depuis trois siècles, apparaissait à certaines époques, et qu’on l’avait rencontré dans le grand escalier de la tourelle. Sa jambe de bois se promenait seule avec un chat noir.

Le chat noir

L’histoire du chat quant à elle est encore plus glauque. Au XIVe siècle, on avait coutume d’emmurer chats noirs, ou enfants morts-nés, dans certaines habitations pour y conjurer le mauvais sort : un enfant mort-né n’ayant pas été baptisé, il était considéré comme étant le fruit du Malin.

Quant aux chats noirs, well, ces pauvres bêtes ont toujours pâti d’une mauvaise réputation, totalement infondée. (Encore aujourd’hui, d’ailleurs : saviez-vous que dans les refuges pour animaux, les chats noirs ont le plus de mal à se faire adopter ?)

À Combourg, on a effectivement retrouvé la momie d’un chat emmuré dans les murs du château. Le hic, c’est que cette macabre découverte n’a eu lieu que bien après la mort de Chateaubriand !

Momie de chat noir

Si j’avais été un chat moi-même, et que j’avais été emmurée vivante par des humains, j’aurais également pris un malin plaisir à hanter les humains alentour pendant des générations et des générations…

Le carnet de croquis de Stella Polaris
Le carnet de croquis de Stella Polaris.

Du reste, on imagine aisément les courants d’air, les craquements de la toiture et les claquements de porte suggérer les pas de la jambe de bois ainsi que les miaulements du chat à un enfant à l’imagination débordante, livré à lui-même dans une pièce inquiétante d’une forteresse qui ne l’était pas moins.

L’écrivain, précurseur du romantisme, continua malgré tout à aimer les chats : il adoptera notamment Micetto, le chat du Pape Léon XII.

Zone paranormale

Tiens, en parlant de fantômes, si vous avez envie de rire, je vous recommande la vidéo ci-dessous, tirée de l’émission Zone paranormale sur TMC !

L’avantage : on y voit des pièces qu’on ne voit pas lors de la visite guidée, et la vidéo ne dure que 20 minutes.

L’inconvénient : l’hystérie du médium et les cris d’Armelle à la fin !…

Je pense que, désormais, je débuterai chacun de mes billets consacrés aux curiosités en Bretagne par ce GIF :

Au cœur de la Bretagne

Bestiaire démoniaque

Le château de Combourg se visite avec un·e guide. Mais, en l’écoutant, on a regretté que l’accent soit mis sur des détails graveleux concernant la vie sentimentale de Chateaubriand, aux dépens de la dimension gothique du lieu. Il y a pourtant fort à dire à ce sujet !

Heureusement, j’avais lu Lieux mystérieux en Bretagne de Dominique Roger et Bruno Colliot avant d’y aller. Ce livre m’avait appris la présence d’une chauve-souris de pierre, située dans la courtine nord. Il fallait absolument que je la voie !

Comme il est très aisé de passer devant sans la voir, voici quelques indications pour la trouver : à la fin de la visite, sous les toits, juste avant de franchir la dernière porte, observez l’angle du mur, car c’est là que la chauve-souris se trouve.

Bestiaire démoniaque du château de Combourg

La présence de cette chauve-souris aux ailes déployées ne cesse d’intriguer :

S’il est fréquent sur les façades et les intérieurs des maisons d’autrefois de décrypter des signes et symboles représentant des esprits tutélaires, ces figures dites apotropaïques (qui conjurent le mauvais sort, visent à détourner les influences maléfiques, ndla) représentent toujours une image positive, sorte de porte-bonheur, de force spirituelle (…).

Là, la signification de la présence de cet animal de l’ombre, qui dans le bestiaire médiéval est une incarnation des comportements maléfiques, suscite bien des interrogations…

Dominique Roger, Lieux mystérieux en Bretagne, p. 19

La petite chauve-souris de Combourg

Autres curiosités du château de Combourg

Le château de Combourg recèle bien d’autres bizarreries, notamment dans son parc.

Riwallon et la pierre blanche

Les eaux dormantes qui s’étendent aux pieds du château de Combourg, surnommées « le Lac tranquille » par Chateaubriand, sont intimement liées à une légende décrite dans le Guide de la Bretagne mystérieuse.

Un jour, au XIe siècle, Riwallon Ier de Dol, surnommé Capra Canuta (Chèvre Chenue, ou Vieille Chèvre), premier seigneur de Combourg, se promenait au bord de cet étang.

Alors qu’il s’approchait de la fontaine de Margatte, située à l’une de ses extrémités, il aperçut un nain dont la longue barbe blanche s’était prise dans un buisson de ronces.

Après bien des difficultés, Riwallon finit par délivrer le lutin. Celui-ci raconta qu’il avait été pris au piège pour avoir essayé de dérober une pierre blanche qui s’y trouvait logée. Cette pierre avait, dit-il, des pouvoirs magiques : il suffisait de la jeter dans les eaux de Margatte pour les empêcher de déborder.

Quelques temps plus tard, Riwallon rencontra une femme âgée qui lui barrait le passage. Cela le mit tant en colère qu’il finit par l’insulter. Celle-ci prononça alors une malédiction : Puisqu’il en est ainsi, les eaux de Margatte vont se mettre à couler, à couler, à couler, jusqu’à ce que le village et ton château lui-même soient engloutis sous elles.

À l’instant où elle prononça le dernier mot, les eaux se mirent à couler et à inonder la vallée. Riwallon se remémora alors le nain barbichu, et courut chercher la pierre blanche. Il la jeta dans la fontaine, et l’inondation s’arrêta sur le champ.

Une ancienne légende celtique

Cette légende, raconte Gwenc’hlan Le Scouëzec, est une variante d’une légende celtique ancienne, que l’on retrouve à divers endroits en Bretagne (on pense forcément à la légende de la ville d’Ys, à Douarnenez, dans le Finistère sud).

Selon cette légende, des eaux infernales menacent à tout moment de surgir du monde inférieur pour immerger la terre. Seules les « clés de la mer » (comme la pierre blanche) les maintiennent à leur place. Mais pour combien de temps ?

La croix de Lucile

Retour dans le parc du château : l’emplacement de la croix de Lucile indique l’endroit où Lucile de Chateaubriand passait des heures à lire et à prier, suscitant ainsi l’admiration de sa mère, qui était dévote.

La croix de Lucile, la sœur de Chateaubriand

Cette croix est d’ailleurs située juste à côté d’un faux cyprès de 15 mètres, qui a reçu le titre d’« arbre remarquable » en 2012. L’enchevêtrement de branches situé à sa base est admirable :

L’arbre remarquable du parc du château de Combourg

Autres curiosités

Le parc du château de Combourg réserve également quelques surprises aux adeptes de geocaching.

Enfin, lors de votre entrée dans le vestibule du château de Combourg, ne manquez pas le fabuleux porte-manteau à tête de Méduse, situé au fond à gauche de la pièce. Mon amie et moi sommes tombées en pâmoison devant cet objet extraordinaire.

Porte-manteau Méduse

J’espère que ce billet vous aura donné envie de visiter le château de Combourg, une étape de choix en Ille-et-Vilaine pour découvrir la Bretagne insolite. N’hésitez pas à mes poser vos éventuelles questions, je me ferai un plaisir d’y répondre ! :)

Entrez dans un reliquaire, toutes les têtes de mort semblent ricaner, parce qu’elles découvrent les dents ; c’est le rire. De quoi ricanent-elles ? Du néant ou de la vie ?

François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe (1848)
Vue romantique depuis les hauteurs du château
Vue romantique depuis les hauteurs du château.

À noter, un hommage à Chateaubriand à Rennes, où il a été collégien. Cette plaque commémorative se situe rue du Capitaine Alfred Dreyfus :

Déjà 6 commentaires

  1. Bien beau retour de visite :)

    Pour les visites guidées, malheureusement les personnes ne sont pas toujours libres de raconter ce qu’elles veulent (surtout quand ce sont des emplois précaires) et les exigences/attentes des responsables ne sont pas toujours très axés pédagogie… Cela ne dédouane pas tous les guides, par contre pour certains qui n’en ont pas conscience cela peut parfois expliquer des choses.

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    1. Merci Mealin !

      Pour les visites guidées, malheureusement les personnes ne sont pas toujours libres de raconter ce qu’elles veulent (surtout quand ce sont des emplois précaires) et les exigences/attentes des responsables ne sont pas toujours très axés pédagogie…

      Je te remercie de m’avoir sensibilisée à ça, je n’en avais pas idée. La guide qui nous a fait visiter était sérieuse et tout, rien à dire, mais c’est vrai qu’on était un peu déçu·e·s que le commentaire ne reflète pas l’ambiance gothique des lieux. Il y avait pourtant laaaargement matière à un storytelling mystérieux ! (Mais bon, j’avoue, le prix hyper élevé de l’entrée explique aussi ma critique : je n’en ai pas eu pour mon argent, disons.)

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  2. Je regrette beaucoup de ne pas passer autant de temps en Bretagne que l’intérêt que je porte à cette région, et mes racines bien sûr, pourraient laisser supposer.

    Donc je dévore ce genre de billet avec avidité, d’autant plus quand on trouve dans les autres ingrédients châteaux & fantômes. Pour moi c’est irrésistible, même si je n’ai pas forcément quelque chose à apporter en commentaire.

    J’espère que tu continueras à poster ce genre de chose, d’autant que je me faisais la réflexion en voyage, un billet de blog c’est quand même plus propice pour poster des photos de détails qu’une plateforme comme Instagram, où hors-contexte ces mêmes détails m’apparaissent personnellement comme particulièrement insignifiants, au moment de les poster. En plus ils se retrouvent séparés les uns des autres une fois sur les timeline de ses abonnés…

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    1. J’espère que tu continueras à poster ce genre de chose

      Oui ! C’est le genre de contenus que je veux le plus développer sur La Lune Mauve. J’en ai plein en cours d’écriture d’ailleurs :)

      d’autant que je me faisais la réflexion en voyage, un billet de blog c’est quand même plus propice pour poster des photos de détails qu’une plateforme comme Instagram, où hors-contexte ces mêmes détails m’apparaissent personnellement comme particulièrement insignifiants, au moment de les poster. En plus ils se retrouvent séparés les uns des autres une fois sur les timeline de ses abonnés…

      Ouais, je te rejoins complètement… Je pense que c’est le genre de billets intéressant « sur le long terme », le temps que le SEO fasse son office. Sur le moment, comme tu dis, on n’a pas forcément quelque chose à rajouter, mais dès qu’on prévoit un petit périple dans le coin évoqué, là ça peut être davantage pertinent.

      En tout cas ça me fait super plaisir que tu aies pris le temps de me laisser un mot d’encouragement ♥

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      1. « Pris le temps » c’est le mot oui, la page est restée ouverte plus de 2 jours avant que je ne clique sur « Envoyer ». C’est chouette d’ailleurs que de nos jours les navigateurs gardent les textes saisis en mémoire, je n’en revenais pas (les brouillons de commentaire font partie de mes graals du web).

        À propos, c’est bien grâce à un de tes billets je n’ai pas manqué le cimetière Greyfriars à Édimbourg :-)

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        1. À propos, c’est bien grâce à un de tes billets je n’ai pas manqué le cimetière Greyfriars à Édimbourg :-)

          Ah ça me fait super plaisir de le savoir ! J’espère que tu n’as pas croisé le fantôme de MacKenzie…

          C’est chouette d’ailleurs que de nos jours les navigateurs gardent les textes saisis en mémoire, je n’en revenais pas

          Cela m’a souvent sauvé la vie, aussi (l’image est volontairement exagérée).

          Répondre

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